‹ Journal des savants (volume 5)Chapitre 21 sur 79 · IJ · texte numérisé non relu

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De grandes confusions proviennent aussi de rhomonymie, quand il n'y n pas de désignation spéciale, ou de la manière dont le nom est ëcril en abrégé. Dans le cas parliculier qui nous occupe, lanl de personnages ont porté le nom de Théodore (Léon Allalîus* en compte jusqu'à cent (juarantc-cînq, et encore la liste n'est pas complète), qu*ii est bien rarement possil>lc de déterminer quel est le Théodore cité. Quant à la confusion dos éléments paiéograpliiques composant I abréviation des deux noms QeoSùipou et QeoSa)phov, confusion citée par Je cardinal Mai, elle n existe pas toujours, parce que souvent, dans les éléments du second , figure au-dessus la lettre t, qui ne laisse aucun doute sur le nom de Théodoret. On en trouve plusieurs exemples dans le manuscrit du mont Athos dont je viens de parler*

La première partie se termine par des fragments du même écrivain, Théodore de Mopsucslc , tirés de ses commentaires sur fëvangile de saint Jean et sur la deuxième épltre de saint Paul aux Corinthiens. Ces iVaginents inédits sont des suppléments utiles aux édilions de Cordier et de Cramer. L'aulem* y mentionne le coramcnUiire quil avait composé sur révangile de saint Mathieu. On en Irouve quelques eitalîons dans la Chaîne publiée par le savant anglais. Ici, comme dans les manuscrits dont s'est servi le cardinal Mai, Théodore y est désigné sous le nom de Mopsuoste, Mo^oveal ict§ ^ k la différence d'un autre écrivain du même nom, mais dlléraclée» HpaxXe*W. Quelques fragments portent simplement le nom de &eoScûpov, sans autre désignation, La Chaîne publiée à Oxford sur saint Luc ne contient pas une seule cilation de notre écrivain, mais on sait d'ailleurs qu il avait composé ausM un commentaire sm' cet évangéliste-

Enfin, comme complément aux publications de Cramer, viennent quelques fragments inédits sur la seconde épître aux Corinthiens et sur répîïre aux Galates.

La seconde partie du volume est consacrée à quatre anciens interprètes des Proverbes de Salomon et des deux prophètes Ezéchif^l et FiSaïe.

Le premier que nous rencontrons est Origène, Yun des [ûus savants docteurs de l'Eglise grecque. Il n'avdit pour ainsi dire cessé d'écrire et de dicter pendant plus de quarante ans: aussi le nombre de ses ouvrages devait-il être considérable; saint Epiphane et Rufin le portaient à plus de six mille. Malheureusement la plupart sont perdus. Dans hi liste de ces derniers figure son commentaiiT sur le livre des Proverbes, On

* Voy. Patr, Nov. DibL l. VJ . |j. 73-1 5G,

n/i JOURNAL DES SAVANTS. — FÉVRIER 1871.

n'en connaissait que trois fragments en grec. Dans les deux premiers , qui sont tirés de l'Apologie de saint Pamphile, Origèno combat la métempsycose. Le troisième, provenant de TEpitome de Gaza, se trouve aussi dans une Chaîne des Pères sur saint Mathieu. On sait que, dans diverses bibliothèques, on conserve des recueils du même genre sur les Proverbes de Salomon. Le jésuite Théodore Pellan, qui en avait acquis un exemplaire, le traduisit en latin. Quelques années après sa mort. Andr<» Schott publia cette traduction à Anvers, en 161 4, ^n-8^ Nous n'avons pas ce livre à noire disposition, mais Fabricius a donné la liste des écrivains qui sont cités dans ce recueil. Origène y figure pour neuf fragments. Le cardinal Maï a recherché avec le plus grand soin dans les Chaînes manuscrites du Vatican toutes les citations inédites d'Origène sur les Proverbes de Salomon, et il a retrouvé ainsi une partie du commentaire perdu, quil nous donne avec une traduction latine.

On peut y admirer, comme dans ses autres écrits, sa grande piété , ses pensées profondes sur Dieu, son éloquente persuasion pour la vertu et sa haine des vices. Il ne craint pas de reconnaître et de renier ses erreurs. Ce quon pourrait lui reprocher, c est de pousser jusquà l'abus la passion pour le sens mystique dans les saintes Ecritures. Aussi Théodore de Mopsueste, suivant le témoignage de Facundus, s'est-îl laissé entraîner à composer un traité contre les Allégoriques et surtout contre Origène. On croit que cet ouvrage n est pas différent des cinq tomes de Théodore contre les Allégories, qu'on dit avoir été traduites du grec en syriaque. Libérât se contente de dire qu'il avait beaucoup écrit contre Origène.

Le commentaire de ce dernier sur les Proverbes contient certains renseignements dont les grammairiens ^ ne manqueront pas de faire leur profit. Ainsi sur le verset 3i du chap. xxx (p. àà) on y lit: «Le (fcoq [dXéKTGjp) se nomme chez nous dtXexra ou yvojpKrlà (cognitor) <i quand il s'agit de ses rapports avec les poules. » L'expression chez nous (-crap' >}/irv) signifie les habitants d'Alexandrie, patrie d'Origène. Le passage est d'ailleurs remarquable, parce que Sturz ^ prétend que le

J'appellerai fattenlion des lexicographes sur quelques mois nouveaux : Avro- ?w<a, XVI, 32, p. 22. — É-jTivvcrrayfjiôj, VI, 4, p. 10. On ne connaissait que le verbe iTTivvcniiù), On lit, xxiv, 7, p. ào : ^apocTTtxovTovcrtv. Le Thésaurus ne donne que la i'ornKî tarpoo'axovT/Jw. Et xxv, 26, p. ^7, diropplTrrùJv, que Tédileur corrige avec raison en dTroppvTrôiv, Ce dernier mol n élail connu que par llcsycliius. Je pourrai» donner un exemple de la forme nouvelle iiroppvTraivoj d'après un passage inédit de Tliroildi-iî Balsainon. — * De dialect. Alex. p. i3/i seq.

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dialecte alexandrin ne reconnaît que la désinence as au premier cas. Déjà le cardinal Mai avait fait la même remarque à propos dun fragment de Cicéron dans lequel nn ancien interprète se sert du nom Alexam pour designer le roi Alexandre, Quant au mo\ yvc^ptcrld, dont la signification est nouvelle, je crois en retrouver le sens étymologique dans le langage biblique. On sait en eiïet que, dans les Livres saints, le moiytyvcj€txù> sert toujours à exprimer les rapports sexuels de Tliomme avec la femme. uAdam autem coynovii Evam midierem suam {kSàfx Si ëyvù) Etïav t^i; yvvaïxa aùjùv), dit h Genèse, IV, i*

Un autre renseignement important» c'est le mot fiha^a ^ employa par Origènc au verset îo du chapitre xk pour désigner la soie. Ce mot était regardé comme appartenant à la langue du moyen âge, parce que les exemples les plus anciens, cormus jusqu*à présent, ne remontaient pas plus haut que le règne de Jut^linien. L*autorité d'Origèiie lui donne une antiquité plus respectable.

Citons encore celuî-ei* Dans la Vulgate, le verset 3 i du cbapilie xxui est ainsi coiiçu : u Ne regardez point le vin, lorsqu'il parait clair» u lorsque la couleur brille dans le verre : il entre ngréablemenl. )> La rédaction des Septante est bien différente : « Car, si vous jetez les yeux «sur les fioles et les coupes, vous marcherez ensuite plus nu quun «mortier.)» Cette dernière expression est Tancien pro\*evhe yvfivérepos tÎTr/pôo, c'est-à-dire plus nu, plus dénudé, [jlus pauvre quun mortier. Suivant Origène le mot iiTrêpov, qui ne figure point dans la concordance grecque de Trommius» est Tobjet que les cuisiniers appellent iptSevs, notion qui se felrouve dans la glose citée par le Thesaaras : iiPistiUam, (jL ^ >y

A la suite du commentaire d'Origène on trouve des fragments de Didyme d'Alexandrie. Ce Didyme a été le sujet d*une juste admiration. Il perdit Li vue dès Tage le plus tendre. Ne connaissant qu'imparlailement ses lettres, lorsque ce malheur lui arriva, il fil graver l'alphabet sur des tablettes de bois; afin d'apprendre à lire au moyeu de ses doigts. II ne s*en tint pas là. Son ardeur pour Tétude lui fil suivre les leeons des maîtres eélèbres et il devint très-habile dans la

' On ne sVxpIif|ue pas comment M. Francisque MichoL qui a fait deux volumes 5ar le comnicrcc de la soie au moyen âge, na pas munie cité une seule fois le mot ft^TfltJflt, auquel le ThesauTiu et Ducange ont consacré cliocun un article. Voy. ausai les Âtacta de Guray dons la table du cinquième volume. — ' On peut citer encore remploi des mois ©-paavîet^off (écrit à tort ^pamjlho\f}o^ dans la laMe), iyûCTrâv ayant plus de force que ^iXslv, cl 'ar7wx^ el ^aéinj^, comme cliez les Italiens pittoco (de islùi)(àf) et povetv.

connaissance des sciences divines et humaines. Il fut lié avec saint Atlianase, qui lui confia le soin de I*école d'Alexandrie, déjà célèbre depuis longtemps. Rufin, Palladius et saint Jérôme vinrent dans cette ville pour le voir et Tentendre. Quand ce dernier écrivait son Catalogue des hommes illustres, Didyme avait quatre-vingt-trois ans passés; il mourut vers Fan 399.

11 avait composé un grand nombre d'ouvrages. Il ne nous en reste que deux authentiques. Le premier est intitulé De la Trinité^ en trois livres. Au commencement du siècle dernier, on n*cn connaissait quune traduction latine faite par saint Jérôme , à la demande du pape Damase. Le texte grec a été retrouvé par Mingarelli, qui Ta publié en 1769 avec la traduction latine. Le second est un traité contre les Manichéens, traduit du grec par Turrien et qui a été imprimé plusieurs fois. On peut citer encore un fragment sur la mesure des marbres et des bois découvert par le cardinal Mai dans un manuscrit de la bibliothèque Ambroisienne. Quant au commentaire sur les sept Epîtres catholiques que nous avons sous son nom dans les bibliothèques des Pères, on ne croit pas que ce soit celui dont parle Cassiodore. Ce dernier nous apprend aussi que Didyme avait composé un commentaire sur les Proverbes, quil avait fait mettre en latin par Epiphane. On en trouve des fragments dans les Chaînes grecques de Peltan et du père Cordier sur le huitième chapitre de saint Luc. C'est de ce commentaire que le cardinal Mai a recueilli et publié les fragments inédits pour faire suite à ceux d'Origène.

Il en est de môme de saint Hippolyte, qui vient aussi apporter son contingent à la collection. Saint Jérôme dit clairement qu'il avait fait des conmientaircs sur les Proverbes, sur l'Ecclésiaste et sur le Cantique des cantiques. Ils sont perdus, à quelques fragments près, que les anciens nous ont conservés. Le premier de ces ouvrages est mentionné dans la liste qui se trouve au-dessous de la statue ancienne de saint Hippolyte placée dans la bibliothèque du Vatican. La seconde ligne incomplète se termine par les lettres... IA2, qu'on supplée et qu'on lit avec toute certitude EUtols Uapoifiias [in Proverbia). La ligne suivante ainsi conçue els "^aXiiovs [in Psalmos) ne laisse aucun doute à cet égard. Les fragments nouveaux de ce commentaire donnés par le cardinal Mal sont au nombre de vingt-neuf.

La série des interprètes des Proverbes est close par Apollinaire, dont les citations sont pou nombreuses mais importantes, Julien le Diacre, Aréthas, Olympiodore et les trois célèbres traducteurs de la Bible, Aquila, Théodotion et Symmaque. A part le premier de ces écrivains ,

PATRUM NOVA BIDLIOTHEGA.

les autres ne figurent que pour un seul fragmeuf . Toute cette portion de la seconde partie est accompagnée d*une version latine.

Après avoir consacré une si grande partie du volume à l*cjiplication des Prophètes, le cardinal Mai a jugé utile d'y joindre les interprèles d'EzéchieL En première ligne vient Apollinaire, extrait d'un manuscrit considérable du Vatican (Oltob. 452 ), manuscrit qui avait autrefois fourni au savant éditeur une longue Chaîne des Pères sur Daniel.

Apollinaire, évoque de Laodicée, comme son père, est le célèbre hérésiarque qui a donné son nom à la secte dite des Apollinaristes. 11 composa» au rapport de saint Jérôme» un grand nombre d'ouvrages sur fEcriturc sainle. Il avait fait, dans sa jeunesse, des commentaires sur les Prophètes, mais avec tant de concision , quil en efllcurait à peine le sens. Il parcourait siniplenicnt le texte, laissant de côté beaucoup de passages qui auraient demande une explication, et ne faisant, pour ainsi dire, que des extraits. Les Chaînes des Pères citent très-souvent le nom dVVpollînaire. Le cardinal Mai a réuni tous les fragments quil a pu découvrir comme provenant de son commentaire sur EzéchieL

Parmi les écrivains qui se sont occupés de ce prophète on doit citer surtout Origène et Polychronius, dont on rencontre un grand nombre de passages inédits. Le savant éditeur nous donne ceux de Polychronius, se réservant de publier plus tard, s*il en a le ioisir [si oHnmJaerit) , ceux d'Origène. Ces derniers figuraient probablement parmi les matériaux destinés aux volumes suivants de cette collection.

Polychronius, né à Antioche et évoque d*Apamée. était le frère de Théodore de Mopsueste. Il vivait dans la première moitié du v" siècle et se rendît célèbre par sa grande piété et par sa science. 11 paraît avoir composé des commentaires sur tous les livres de l'Ancien Testament, On le voit en effet cité très -souvent dans toutes les Chaînes, Le cardinal Mai a consacré un long article à cet écrivain dans la préface (p, xxx) du premier volume de sa collection intitulée Scnptùramveterum^etc. On y trouve des fragments très-considérables de son commentaire sur Daniel ^,

A la suite de Polychronius viennent quelques courts extraits des commentaires d* Apollinaire sur Esaie.

Didyme d'Alexandrie reparaît de nouveau pour un ouvrage tres-cousidérable, qui occupe le restant de la seconde partie du volume. Il s'agit de son ouvrage sur les Psaumes, quil avait expliqués en entier, comme nous fapprend saint Jérôme. Dans la Chaîne publiée par le

* Je lis, cnp. xxva, i, j>. lao : Ôot4«iw rè xare^myfi&t^ xtviftnp jcori ifeupùjv dvàaraatv. Pour x^re^yiAûJi* lisez xars4frjyiJLévùàv.

JOUBNAL J3ES SAVANTS. — FÉVUIER 1871.

père Cordier le nom du savant évoque d'Alexandrie figure Irès-souvent, Mais certaines lacunes qu on y remarque pouvaient faire croire que U commentaire ne comprenait pas tous les psaumes, Ainsi on ne trouve aucun fragment de Didyme pour les psaumes u, iv» v, etc., et rien audelà du psaume cjîx K Mais les manuscrits du Vatican dounenl raison à ^aint Jérôme. En les comparant et les combinant avec le recueil de Cordier on retrouve le commentaire presque en entier. C'est ce travuîl que le nouvel éditeur a publié, transcrivant tout ce quil a découvert dans ses manuscrits.

Une prt^face de Didyme explique 1 esprit et le but de celle iulerpr*^tation. Se servant des paroles du Nouveau Testament qui rapportent au Christ les prophéties contenues dans les Psaumes» il dit que celle partie de rÉcrilure doit surtout être prise dans le sens spiiîtuel.

Le cardinal Mai a traduit en latin re,\plication des quinze premiers psaumes; pour le reste, il a domié le texte grec seulement. 11 espère que les éditeurs postérieurs, augmentant la collection au moyen des manuscrits qu'il na pu consulter, en feront une traduction complète, parce que le célèbre écrivain do fécole d'Alexandrie est un de ceux qui expliquent le mieux le sens chrétien des livres divins.

Le savant cardinal a sansr doute raison de compter sur une augmentation probable des fragments de Didyme provenant des Chaînes des Pères sur les Psaumes. Il ne m'est pas permis de contrôler le fait en cemoujont, parce que, en raison des circonstances, les manuscrits grecs de la liibliolhèquc nationale de Paris ne peuvent être communiqués; mais j'ai entre les mains les moyens de confirmer cette espérance. J'ai parlr plus haut d'un manuscrit grec que j ai acquis au mont Alhos, et qui contient une Chaîne du même genre. J'ai dit, déplus, que rarement le nom des écrivains était indiqué à la marge ou dans le texte. Il sy trouve néanmoins une citation de Didyinr qui ne figure ni dans le recueil de Cordier, ni dans celui du cardinal Mai*. Il est donc probable que, dans les autres manuscrits conservés dans les bibliothèques

' Voy. la liste dans Mai. prwf, p, V. — * Je doone ici ce fragment inédit. In Ps. XLiv, ij : Ti ifiirix rov XpKrloii ^natlk^ltùi nai hpi^^id)^ (fort. hp%p)(jLHGis] àvra, iirvet «TfJLX/pmji , hi* ùv dvéXa^s Sfàvzrov^ tovto jàp âpcûpia jot^ ^Tjrlo^kévoks t^sHpotç

TÙ éx^iv TI -srAsiov tov Xpailoû ^uvajop iisèp (jttJTifpias âXXwv xài xaTd/.vaectJs ha- €éXo^ yeysvtjiiévov nal Kixffaias h% rùv XàyQV amost h%à^t^àpov• Q-epfÂaprmèp yàp to fÀiipùp roûTo, Xpt<y7aO ovv ip.àrioi' rà sùXoyù)^ 'crspi aOroO B-soXoyoi^fÂStfà èffltv • inei ouv ispofTzXàîrto (T\tv rots éikXots x%i ro m veKpdi àptcjls^tjiiç vpLVSidQat , smorw? hc Tfj}p ifi^ri^v aÙToy rà «pacip>;ptii/a •avsT* toùtù) truuiSs* rà piiipov trov iw^p «ràvra

PATRUM NOVA BIBLIOTIIFXA. ll'J

(le Paris et des principales villes d'Europe, on découvrirait de nouveaux fragments qui aideraient à enrichir sinon à compléter le commenlairc fie Didynie sur les Psaumes. Je citerai entre autres le n** i3f| do Pnris qui, ëcrit au x* siècle, est dune exécution admirable et dVme richesse littéraire merveilleuse. Montfaucon * en a décrit les peintures.

Le cotnmentaire de Didyme sur les Psaumes est très-intércssanl. On \j remarque certaines opinions et pensées qui méritent d'être mises en relief. Ici il constate faccord de tous les hommes pour reconnaître lexistence de Dieu. Plus loin il dira : « La religion est la première et la («reine de toutes les vertus; quand elle manque , toutes les autres dispaaraissent. » Et ailleurs, «la loi naturelle est la loi de Dieu.» Li\ il aflirmera la présence du Christ dans fEucharistie, et la grâce divine comme rémunération. Il blâmera fusure et la doctrine de la métempsycose. Il s*élèvera contre les Manichéens, contre les Ariens, qui, de son temps, pullulaient à Alexandrie, et surtout contre les interprètes hétérodoxes de rÉcrilure sainte.

Didyme est subtil et serré dans ses raisonnements, qu'il propose avec netteté et précision; il s appuie partout sur les textes sacrés» qu il explique ordinairement dans un sens très-naturel et dont il avait une profonde connaissance. Saint Jérôme dit quil est simple dans ses expressions et sublime dans ses pensées. Le cardinal Mai prétend qtu' cet écrivain fournit un certain nombre de mois nouveaux ou d^acceptions nouvelles, ce qui s accorderait peu avec la simpHcitc d expression dont parle saint Jérôme. En parcourant, rapidement il est vrai, Ir commentaire de Didyme , nous n'avons pas remarqué de mots nouveaux , a part le substantif eV*<îa4'A€<a^, dont on peut enrichir les lexiques, car on ne fera pas entrer dans cette catégorie certaines formes qui sont évidemment corrompues ^ ou simplement des fautes typographiques *. Tout au plus notera-t-on quelques expressions d'un emploi un peu rare ^:

' Palœogr, p, xi. — ' In Ps. lx, g, p. a 46 : ÈTutayf/iXsias yà^ ^o^<iKts )) éu^v^ts* Plus haut Dîdyme, dans son commentaire sur les Proverbes (cap. xvii, ib, p. 69) emploie le qioL nouveau 'srposT^irdvù}. Le composé ^moXi^tjQos ilonl il se serl (cap. m, 20, p. 60) n'était connu que par Pbilon. — ^ Ainsi in Ps. tw 9» p. 3 4 o, on lit : Kari ràs âvoi^evhaç aou éirayysXhs* 11 faut probnbUment cor^ riger à^evîer*. — In Ps. cxjtxvuii i3, p. 3o5t -zErâtpaSofovTrof^a^, Vuez tjatpaSoÇo- TTOtias, — In Pf. Lxxxvui, Ag, p. 270* vTrey^sùè^nt pour vTrotpevSsrtr — In Pf. cxxxix, 12, p, 3o6 , piX«f^(ïpTî;fAivûw pour piAafXûtpT>/ju6vû^t*. Par occasion j'indiquerai le mot nouveau ^iXat^ipri/fis , employé dans ta BibL Pair, L lU, p. /102. — * In P.*. rx, 9, p. i5i , hertreëshs pour Svtraeêete. — In Pt. cix, 4* p- 28i>. oùx éTTO(Aù)ri}C^j} rf xotTafjwt^ix^ xprjaifisvoç. Corrigez iirAJfjtoriH^ 7) xarûttfKntK^. Matranga {An.gr, 397) a la môme faute stuofjicirrtHws pour otmi>{iOTtHùjç, — ' Je cilerai

120 JOl BNAL DES SAVANTS. — FÉVRIER 187 L

Sous forme d'appendice le cardinal Mai" donne, à la suite du corajnfntaîre de Didyme, In traduction latine du psaume xuv par un an* cien interprète dont le nom est inconnu. Saint Augustin avait fait la remarque que les livres sacrés avaient été bien souvent traduits de rhëbreu en grec, mais qulls ne Favatent jamais été en latin. Quelques notes i)hilologîques accompagnent ce fragment, qui clôt la seconde parlie du volume,

La troisième comprend les traités de deux écrivains latins du moyen âge, Bonizon, évoque de Plaisance et le cardinal Deusdedit.

Le premier, postérieurement à la publication du cardinal Mai, a été Tobjet d un travail très-important dans te second volume de la Bibliotheca rerum (fermanicaram. Ce volume, publié à Berlin en i865i et inlilulé Monnmcnta Grcgoriana, est dû à M. Philippe JalTé, Téditeur de cette collection importante. Il concerne uniquement le pape Grégoire VIL On y trouve un ouvrage de Bonizon, en tête duquel est placée une excellente biographie de l'écrivain qui nous occupe en ce moment. Nous en extrayons les circonstances principales.

Banithon ou Bonizon, un des plus ardents partisans de Grégoire VII, était certainement Italien; mais on ignore le lieu et la date de sa naissance, ainsi que ce quil a pu faire avant 1078* Pendant cette année

les 4u!viint<!s: Ata€sê%iù}<Tts^ in Ps. cxxi , 1, p. 3ot; connu seulement par saint Basile (t. IIL p. 343}* On peut ajouter Isidore de Péluse (IL 58). — Éx^poiyo*^«a, in Ar cxvi , 3» p. î()0. Un aeul exemple tiré de Slobée clans le Thesaaruj, — Ûa- 0}]ixév(à}s, in Ps. xxxvi, 3o, p, ai 5- Eustalhe seulement est cité. Cet adverbe si retrouve tlans la ChainR de Cordîer» à propos du môtne passage, t. I. p. 678, it> — Maxpo>)fA£poff, in Ps. Lxxxvni» 37, p, 270; connu seulement par Euslalhe. On peut cUer aussi Théod. Sîudit. Epist. p. 371. J'indicjueroi par occasion un mol qai manque aux In3tif|ues, {i^HpOT^iapiiL^ d'après hidor. ap. Nicet. Çai, in Mailh, V. Sy el Icbnelût. f^raf. p. i5. El la forme nouvelle fjuxHporjfieptj^ , cod. gr. Coislin* g4, fol. 239, v^ Quant nu verbe (i%Hporf^spsy(o , il est familier aux aslrolo^es. Voy. codt gr. Paris* 243A, fol. 5o, v* et 3606, fol. ia» v\ — MsXêfrox/pyéo}, qiill faut écrire (lehaaor^pyéù^ , in /\n cxvii, la, p. 391; connu par Pollux. Ajoutèx cod. gr. ParJH, i 3o5, foL i30, r*. — tip^u^st^h, in Ps* xci , 9, p» 371. Un seul exemple tiré de saint Epîpluine. Je puis en indiquer deux aulres qu'on trouvera dans saint Germain de Coii^Lvnlinopte» cod. gr*Coi&lin, 378* foL 179» r* et a 10, r'. Pour le tnol nouveau i^^^x^^^^^^ d'après le uiùme écrivain, je renvoie à mes notes Aur Anne Comnène [Uist. jr. des crois> i. M, p. i4, B}. Cet adjecLîf est égalemeoi cniploYci p'»r Nicétas Choniate» dans un discours inédit, cod, Ven. fol. 92, v* : Upài Toti« ùyffa^x^vtKoùs xati dysp^x^o^js TVTro^|ticvûî. — Xpi}€Tlt}pirjfç , in Pi, cxxxiv, I, p 3oa. Un ««cul exemple tiré d'Origène. On peut en citer un autre du raème ^irlvain* Cat. in Pialm. Gjrdcr. t. I , p. 375. j. J'tndjr|uerai encore comme trèsmro la forme compnralive llK^^rétrlepo*, in Pi. cvt, 37^ p. a8a. Le Tliesaotat ne la donm» pas vi Jo n'en tonnais point d'autre exemple.

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(il élait alors évêtjue de Sutri), le pape l'eovoja en Lomhardie pour v ralmer certaines agitations. Après avoir rempli sa mission» il revint à Kome assister à la réunion des évêques pour la profession de Bt^rcuger de Tours, devant Grégoire VIL On ne sait plus rien sur son compte juscprà la fatale année io8a. Pendant le jeune pascal de cette année, alors que Hmri assiégeait Rome, Boni thon , chassé de Sutri ainsi que plusieurs autres évêques fidèles au pape, tomba entre les mains du roi. Il parvint h s'échappei*; mais il fui souvent obligé de changer de demeure pour éviter la perséculion. H est probable qu'il reçut une généreuse hospitalité auprès de la eomlcsso Malhiide, car il lui a dédié un de ses ouvrages. En 1 086 il se trouvait auprès d*ellc.

Etant allé à Plaisance, il fut choisi pour évêque par les catholiques de celte ville. Mais, comme il continuait h se déclarer contre 1 antipape Guibert et ceux de son parti, ces derniers, s*en étant emparés, lui crevèrent les yeux, lui coupèrent les membres^ et le firent mourir dans les tourments. Son corps fut porté à Crémone et enterré dans leglise de Saint-Laurent, oii on lui fit une épitaphe, en trois vers hexamètres, qui le qualifie de martyr de Jésus-Christ. CVst ainsi que Bernold raconte sa mort, qu'il place sous fannéc 1089. Mais Bonilhon a composé trois ouvrages après le 8 juin de cette même année; d'un autre côté son épitaphe dit qu it est mort le i à juillet. Il est donc probable que cet événement ne se rapporte pas <i Tannée 1 o8g. On doit le placer dans Fune des deux années suivantes, car Campi a trouvé, dans un ta bleau de féglise de Saint-Antoine, un évêque de Plaisance nommé Winricus sous la date du 10 avril 1092.

Ces! après la perte de son évêché de Sutri que Bonitbon sVst livré h fétude des lettres. Il est auteur des ouvrages suivants :

I** Boniikonis episcopi Satrini liber ad «micum. Traité en neul livres dont M. Ph. Jaffé vient de donner une excellente édition. C est une •^spèce d'histoire ecclésiastique , conduite jusqu'à la mort de Grégoire VH , et très-importante pour la connaissance des faits de cette époque. Cet ouvrage a du être composé pendant la vacance du Saint-Siège, qui eut lieu du 35 mai io85 au aà mai 1086, puisqu*il n'y est lait mention ni de la mort de Grégoire VII ni de réleclion de Victor IIL

La dédicace ad aniicum est fictive, car il est certain que le livre a été composé pour la comtesse Matlulde, comme il est facile de le voir d'après les éloges nombreux cpie fauteur y fait de cette princesse.

Le savant éditeur traite Bonilhon de faussaire. Il croit trouver les preuves de cette accusation dans le serment d'Othon I"*, dans fabdica

tion de Grégoire VI et clans réleclion des papes. Nous n'avons pas a suivre et à contrôler ici les raisonnements de M. Pli. Jaffé. Contentonsnous de donner sa conclusion : «Ce livre sera très-utile, s'il est consulté « avec prudence. »

2^* Opuscule contre Hugues le Blanc, schismatique. L'auteur le cite lui-même ailleurs, mais il paraît perdu. Il y parlait des actes d'Urbain II et de sa victoire. Cette victoire se rapporte sans doute à Icxpulsion de Rome de l'antipape Guiberl en 1089.

S"* Traité des sacrements, en quelques pages , dédié à Gautliier, abbé de Léon, publié parMuratori^

A° Sur le droit canonique , ouvrage considérable , dont nous parlerons plus loin.

5° On lui attribue encore un extrait des œuvres de saint Augustin , qu'il divisa en huit livres, sous le titre de Paradisas. On le conserve dans la bibliothèque impériale de Vienne. Le recueil est dédié à Jean Walberl, premier abbé de Vallombreuse. Casimir Oudin en a donné l'épître dédicatoire, qui contient le sommaire de chacun des huit livres.

Revenons à l'ouvrage de Bonithon ou Bonizon, comme le cardinal Mai l'appelle, sûr le droit canon , qui commence la troisième partie du volume que nous analysons*-.

On connaissait trois manuscrits de ce traité, qui est divisé en dix livres. Le premier, très-ancien, fait partie de la bibliothèque de Vienne. Les trois premiers livres manquent; ce qui a fait croire à Lambecius (|ue l'abrégé do l'histoire des papes, placé en tête du quatrième, était la préface de l'ouvriïge. Le second manuscrit , également ancien , se trouve à BiHîscia , d'où les Ballerini eurent en communication le commencement des dix livres qui composent l'ouvrage. Le troisième, conservé à Rome, n'est (|u une copie de celui de Brescia. Nous mentionnons simplement un volume du Vatican, parce qu'il ne contient que l'épitomede l'histoire des papes, copié sur celui de Vienne, épitome dont le cardinal Mai avait inséré une partie dans le sixième volume de son Spicilegium Romanam.

Un quatrième manuscrit, appartenant à la bibliothèque du Quirinal,

' Antiq, Ital. lll, 699-604. — ' Dans le livre II, p. 19, i auteur, en priant de roux qui veulent rentrer dans Funité de rÉglîsc, ajoute : «Je dirai dans un nouveau «livre (m novo Uhro) comment Tévêque doit les recevoir, etc.» Le cardinal Mai met en note : t Animadvertamus promissum novum a Bonizone librum, qui cerle u non apparet. > Le savant éditeur a pris librum dans le sens d'ouvrarje, de traité, tandis qu ici ce mot signifie livre. La promesse faite par fauteur est tenue dans le livre L\, p. 66. Cette obseinralion très-juste est due à M. Jaffé. J'ajouterai que prut-6trc, au lieu de in novo Uhro, il faut lire in nom Uhro,

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