LK COMMERCE ET L INDUSTBIE
de sueur à la clarté dune lampe, travaillant la nuit, les eniraves aux pieds, on admire comment la mythologie et l'art ont pu déguiser tant (le misères sous tant de charmes. La scène inventée par Tartistc est le moment du repos. Ce ne sont plus des esclaves» ce sont de jolis petits ânes qui tournaient la vaste meule; les génies viennent de les dételer, ils les caressent, ils leur passent au con des guirlandes de feuillage pour écarter les mouches; eux-mêmes, étendus sur rherbe, prennent leur repas, se divertissent . jusqu'à ce que l'heure de reprendre le travail soit arrivée. Lros cl Psyché les regardent et semblent tirer de ce spectacle des réflexions philosophiques.
La scène du pressoir offre quelques détails qui ne sont pas sans intérêt Entre d'énormes poteaux dressés eu terre sont assujettis des rangs de madriers, séparés par des planches horizontales Irès-épaisses. Ces madriers pèsent sur une corbeille pleine de raisins; le jus s'échappe ii flols, tombe dans un large conduit en métal et de là dans une cuve* Deux génies ailés enfoncent des coins pour augmenter la pression \ un troisième, armé d'un piton, écrase des raisins dans un vase placé sur un fourneau. Préparc-t-it du vin ctiit? ou nYcrase-t-îl le raisin et ne le fait-il chauffer que pour obtenir une fermentation plus rapide? Voilà ce que je ne saurais dire : peut-être fabn'quc-t-il simplement du raisiné.
L'industrie la plus flatteuse et le plus souvent choisie par les artistes de Pompéi est celle des fleurs. Le goût des fleurs et l'art de les mêler aux cérémonies, aux létes religieuses ou domestiques, aux feslins, avaient appartenu par excellence à la Grèce. Le nom d'Athènes, selon la naïve étymologie des paysans de FAhique, viendrait cYéLv6o$, fleur. L*Attique. en effet, malgré son aridité apparente, a une flore très-riclie» que la nature renouvelle à chaque saison, aussi généreusement que dans les montagnes verdoyantes et les vallées fertiles de la Grèce ou de TAsie Mineure.
Dès le mois de février les anémomes aux couleurs variées, les narcisses eux grappes odorantes, les cyclamens serrés dans les fentes des rochers commencent à fleurir. Le printemps finit quand le nôtre corn» menée et une autre série de fleurs pkîs robustes résiste mieux à la sécheresse et au soleil. Les orchidées , les bruyères bknches, les iris, les pensées, couvrent les montagnes, les asphodèles et les ornithogales tapissent les plaines. Plus tard, les lauriers roses qui remplissent les ravins et lesïorrents, les agnus-castus, les uiyrtes, le romarin, le thym et d'autres plantes aromaliqucs, bravent les ardeurs de Tété : les baigneurs du moifi d août trouvent la plage de Phalère toute blanche de lis sauvages qui s*épanouissent au milieu du sable et des coquillages re-
VjO journal des savants.— AOUT 1871.
jeti'S pnr la mer. Il faut avoir vécu longtemps en Grèce et en intimité ronstaiitc avec la nature pour comprendre le charme de cette flore, i\uo les (îrers avaient divinisée et dont ils 8*enivraient. J*omets tout ce que la main des hominos avait appoilé des pays lointains, cultive, répundu dans los jardins; ^ornots ces branchages poétiques qui contrihuaiont. autiuit que les llcurs, à décorer les temples, les colonnades, los niaisuiis, le front des vainqueurs ou des convives.
On ron^^oit rimportanco du commerce des fleurs avec de tels goûts : les ItalitMis et los O.sques de Ponq}éi avaient pris aux Grecs ces habitudes et celte passion. Rien n*e$t plus gracieux que les peintures qui retrariMit los travaux dos petits génies qui figurent le commerce des fleurs'. La grande table, couverte de feuilles et de fleurs, les corbeilles qu*ils apportent , quils vident, qu'ils emplissent, les guirlandes suspendues à dos traverses qui touchent le plafond, les bandelettes autour desquelles M'njustent los tresses, tout nous rappelle Glycère, la belle bouquetière do Siryone qu'aimait le peintre Pausias, dont Pausias copiait les œuvres, tant elle savait habilement disposer les nuances et composer »es bou- (|ut*ts. Los plus spirituelles représentations, dans ce genre, se trouvent (lans (|uatrt* rompartiments décoratifs d*une chambre sépulcrale que Sanli-Uartoli a dessinés. Des enfants cueillent des fleurs, remplissent leurs oorhoilles, los portent sur leurs épaules, attachées en équilibre Hur un hàton. On remarquera surtout le petit marchand qui se pro* uiènr tout nu, portant, conune au bout d'une ligne, cette série de Ktiirlandos suspen<luos qui rappellent les cordes d'une harpe. Nos mareliaiids do latM^ls atnhulants n'ont point un autre système de suspension.
Kufin hvH peintres anciens, après avoir représenté diverses industries, devaient représenter aussi les détails de leur art : c'est ce qui nous luurlie le plus. Otto Jahn'^ a réuni sur la même planche les monuments ligures (pii ont trait i\ ce sujet. M. Lcemans l'avait fait avant lui '.
Le plus joli tnhieau est de Pom|)éi. La scène est un jardin : à travers un pnrtiqui* orné de guii^landes de lauriers et d'un bucrâne, on voit en pfM'ftpootivo un vase sur un piédestal et une statue, qui indiquent fort tionimuironient los distances : quelques tiges de plantes à droite du portique; i\ l'ini dos pilastres est accroché un tableau avec son châssis composé do (piatre hAtons cloués aux quatre angles. Au premier plan est
' On |H*uL (:nni|}aror aux pointures les sarcophages romaios où sont sculptées ildii MiiViim ihi iii/^ino genre (Gori, Inscr. Etrur,, III, g et Colomb,, p. XI, vignette). * PUiirh» V . fig. & i 11.^' Mededeeling omirmt de Schilderkunst der Oaden. Amntenlain , i8bo.