JUVÉNAL ET SES SATIRES
femAaîre, trop portée à modifier arbitrairement les textes d'après Jes inspirations, souvenl trompeuses, d'un goût individuel, traitant en sus* pects nombre de passages soupçonnes, peut-être bien à tort, d*interpolation ou de transposition. Il s est abstenu surtout d'acct'der aux grands démembrements opérés par celte avenlureuse critique dans les œuvres de lantiquité, et particulièrement dans le recueil de JuvénaL Il ne croit pas, avec M. Ribbeck \ et son incrédulité s appuie de fort bonnes raisons^, à un faux Juvènal, auteur, pour le compte d*un li braire-éditeur de Rome, qui aurait voulu grossir le volume ths satires du véritable, sinon de la \vi\ déji suspecte pourtant au vieux scholiasle '*, du moins de la x', de la xn', de la \i\f, de la xiv' et de la xv', dont oir n avait jamais jusqu'ici, que je sacbe, suspecté laulbenlicité , (pii ne manquent, je crois, à aucun manuscrit» et qu*onl citées les grammairiens anciens, Servius et Priscien entreaulres.sansles distinguer témoins du nîonde des autres; et vëritablemenl elles ne s en séparent que par des différences qui sont loin d'autoriser cet étrange dédoublement dn poëte. Si la censure y devient moins exclusivement romaine, moin% véhémente, moins emportée, donnant plus de place ii des développements moraux analogues k ceux de répîlre, doit- on donc s en tant étonner? IVépître morale est comme h retraite du satirique fatigué de la violence de son lôle, dont le progrès de Tàge a modéré, adouci l'humeur, qui passe, sans trop d^eflbrls, de la correction sévère des mœurs à la lâche plus douce d'enseigner, de recommander les principe* delà vie Imnnête et raisonnable. Ainsi, avant Juvénal, avait fini Horace; ainsi, plus lard, a fini Boileau, qui a marqué, par ces vers charmants, cette naturelle évolution :
Faut-il dans la satire encor me signaler,
Et, dnns ce champ fécond en plntsantrs malices ,
Faire encore aux auteurs redouter mes» caprices ?
Jadis , non sans luiuulte , on m y vil éclater,
Quand mon esprit plus jeune, et prompt à s'irriter,
Aspirnîl moins au nom de discret et de sage;
Que mes cheveux plus noirs ombrageaieni mon vidage :
Maintenant, que le temps a mûri mes désira ^
Que mon âge, amoureux de plus sages pluisirH,
Bientôt s'en va frapper à son neuvième luaUe ,
* Voir la préface de son édition de Juvenai, 1^69, et son ouviage Intitulé : Der echie und Jtr unechie Javemtl, m« kntische Vniersachung , i865. — ' Voyez page> xji et suivantes de rintfodnclion. — ^ 1 Ula n pterisque exploditttr et dicilur noii» • esse Juvcnaîis. •
l'i JOlîHNAL DES SAVANTS. — JANVIER 1871
.rniiiu* inioux luuii repos qu'un embarras illustre. Quo <riiiio v^Ati ardeur mille auteurs animés Aigui.KMil contre moi leurs traits envenimés; {)\w loul, jiiM|u*à Wnchêne, et m*insullc et m'accable, Aiijtun-triini , vieux lion, je suis doux et traitable; Jo n'arnit* point contre eux mes ongles émoussés, AiiiHÏ f|ue mes beaux jours mes chagrins sont passés; Jo lu' .Hi'us phis Taigreur de ma bile première, Kl laiî<.Hr nux froids rimcurs une libre carrière *.
(hiaiil i\ l 'iiilcriorilé de quelques-unes dos dernières pièces du roriiril dr Juvrnal, il nVsl pas plus difïicilo de se lexpliquer. On y rcnuirqur ahHohnnent les mêmes défauts que dans les autres, mais sin- ^iilirrruM'iil a;;^ravés; les mêmes mérites, mais fort affaiblis; c'est le lort d'un f-rand âge, auquel le poêle ne peut parvenir sans quelque di'dliillance. Il y a, en tout temps et partout, de cette décadence néiTSMiire d'illu.slrrs exemples. On peut se figurer que, dans un lointain avenir, «piand il ne restera plus de notre hisloire littéraire que des nul ions inromplète.s et confuses, quelque critique savant, curieux, lianii. pourra trouver dos raisons spécieuses pour distinguer entre im vrai (iorneille vi tu» ffiux Corneille, et, poussant à bout sa découverte, allt»r iuMiirA allribuer au dernier, avec Agésilas et Attila, plusieurs de rO!i dnunoM . <["» cîompt^*i»t aujourd'hui parmi les belles œuvres du grand lUM^e. (l'<^»l préciHêinent ce qu'il est arrivé de faire à M. Ribbcck, comnrfnunl (Ions I" I<>1 ^'" f^^^ Juvénal, traité par lui de déclamateur smn lalenl, tl«* |><'*îl esprit, «de radoteur et de cuistre 2,» la \* satire, eolje tit's rird.r, considérée par beaucoup comme le chef-d œuvre de Miii aiih^ur; l«'^ xm" «'^ x'^*» '^" ^^ ''^^"* ^^^^ nombre de ses plus beaux, (le !ie^ pluH rélehrej* v^'Vs. Ce paradoxe singulier ne paraît pas d'ailleurs .ivou pa^^é 5un.H réclamalion, sans protestation \ même en Allemagne. I\u MMiîi lo- \v\\\ tUM» (lissrrlation, publiée à Bonn assez récemment*, \\m^ lauuelle tni î»V.h| appliqin'^ A démontrer, par une élude attentive vl mumlioUM* du loxie de Juvénal, qinl ny a. entre toutes les satires ,,,,y p,.Oeut M»n nom, piùce» sans doute inégaies en mérite, nulle dif- Li, e..enlirlle, i\uMM aux formes de la versification aux procédés dv I. .oiu|H.Mhon ri du M) le, '^ la manière de comprendre et de sentir
y ... X ^ M do (iuillrragne,..- ' • Kîn Saaibader, ein Stubenphilisler. . - ^ \..,^ v*.uv Milu^. do tn^« ooncliiinle. obwirylions de M Despois, dans soncomple
les choses divines et humaines. Continuons donc de ne croire qu à un seul Juvénal, celui que M. Widal vient d'analyser et de commenter avec un zèle si méritoire.