CANALISATION SOUTERRAINE OU DRAINAGE
Ce chapitre, remarquable par son importance et le grand nombre de faits du ressort de la science qu'il renferme, nous suggère une remarque applicable a des mots du langage scientifique auxquels nous voudrions ;Att»cher un sens précis, qui ne donnât lieu à aucune méprise, à aucun rvAlewt<*nd«, Par un sens précis y nous entendons le sens réel; conséquem< UK^ut. ^ W ^<^^ f^^ vague, la définition le dira; s'il est scientifique, s'il o\p«titt5? \u><^ idée claire, la définition le dira encore, et, dans les deux Crus vui sàurA doiw la signification que l'on doit attacher au mot.
C<Kt^ r\*«v«^u^ ne s'adresse point à M. de Freycinet, et n'est point ^ s^-itmto Jm ukH «Q^ais drain, que la France n'a connu qu'avec l'idée
"'àé tuyaux cérames enterres, et capables de recevoir l'eau du sol par des ititerslices, le plus souvent par leurs joints exempts de tout ciment, et dès lors d*avoir laptitade d'enlever à la terre un excès dVau quelle pourrait contenir au désavantage de la végétation*
Drain, dérive du verl>e anglais to djmus , faire écouler, a un sens si général, quil s applique aussi bien h des iayanx imperméables à Teau , qu'à (les inyaajo perméables , et que d*2s lors Tépilbète de perméables distingue, en Angleterre, les drains employés par l'agriculteur des drains imperméables. Il en eût été absoloment de même en France, si Ton eut employé le mot de conduite, dont le sens général comprend celui du mot anglais drain.
Dans cet élat de choses, j'aurais préféré quen France le mot drain eut été applitpié exclusivement à des tuyaux cérames perméables à Teau souterraine, dont on veut évacuer Texcès dans rintérét de lagricullure, et que le mot de conduite eût été appliqué avec le sens quon lui connaît; car, évidemment, répilhètc de perméable, donnée à des conduites et même à des tayna^v, a besoin d'une explication pour être comprise. Une considération, que je vais développer, parle en faveur à*' nui manière de voir.
Dès qu'il fut question du drainage en France, je montrai que feUet, dans le sol ou on le pratiquait, était double; non-seulement, il flébarrassait la terre d*un excès d'eau, mais encore il appelait dans le sol Faii de sa surface par le vide résultant de Tévacuation de Teau par le drain, effet excellent lorsqu'on sait que la germination et que les racines des plantes ont besoin, pour vivre, du contact du gaz oxygène; évidemment , cet ellet, conséquence de Teau évacuée par le drain , qui est sî favorable à ragricultcur, justilîerait bien, dans la langue de la science appliquée, le mot drain défini par le double elfet que j aï signalé dans le drainage, et, à ce point de vue, lorsque l'eau sccoulerait sans aération par des conduites ou des tuyaux, le mot drainage ne serait plus d'usage.
M, de Freycinet envisage ieségouls sous trois aspects :
l.e premier est le service qu'ils rendent et ceux qu'ils pourraient rendre itncore.
Le second, leur ionuence sur la salubrité des populations urbaine* où ils sont établis.
Le troisième, leur construction relativement aux ouvriers qui doivent y travailler et les mesures prises pour proléger leur existence contre les accidents qui pourraient les menacer.
Le chapitre est terminé par une description des égouls les plus remar-
quables, qu'il considère comme modèles, et uq exposé du drainage qu'il appelle perméable.
L E^ut sous le premier Aspect.
Les premiers travaux dont les villes aient élé Tobjet au point de vue de rassainissement sont : le pavage des rues en pente, un ruisseau au milieu portant les eaux pluviales dans des cours d'eau bu dans des égouts, et des fosses d'aisances qu'on a dû assainir, quand les murs en ont été étancbés. Si cet état de choses laissait beaucoup à désirer, reconnaissons que Tisolement de maisons, en générai peu élevées et pourvues decours et de jardins, présentait des conditions de salubrité trèî«favorables à leius habitants, A mesure que la population a augmenté, que les maisons se sont élevées et que le nombre s en est accru, surtout à l'époque où leau des puits a perdu la pmeté qui était nécessaire aux usages domestiques, la police sanitaire est devenue plus exigeante, et enfin l'établissement des conduites d eau potable et féclairage au gaz ont fait sentir» dans toutes les cités populeuses, la nécessité absolue de prendre des mesures énergiques, et sur la plus grande échelle» afin d'assurer la salubiité aux populations des villes*
Ce n'est guère quù partir de 18/18 quon commença, en Angleterre, h s'occuper sérieusement de l'assainissement des villes, et, bientôt après . radministration de la ville de Paris entra dans la même voie. Qu'on m*pardonne de rappeler le travail que je présentai» en 1 846 , à l'Académie des sciences, où J*envisageai le sujet, non comme administrateur ni comme ingénieur, mais comme simple particulier pénétré depuis longtemps de l'importance du sujet et des fautes commises dans la canalisation de la Bièvre.
Il faut reconnaître que l'administration anglaise et ses ingénieurs ont le mérite incontestable d avoir envisagé la question pratique de la salubrité des villes au point de vue le plus élevé et dans l'ensemble des moyens les plus généraux et les plus multipliés pour Tassurer; mais la diversité et Imdépendance des administrations locales ne leur a pas permis, à forigine, de coordonner leurs travaux d'une manière aussi satisfaisante que la centralisation Fa permis a Paris et aux grandes vdles de France, et c'est lii ce qui explique la grandeur et la coordination des travaux qui donnent à la ville de Paris un caractère d'unité qu'on ne trouve pas ailleurs, et qui se présente surtout d'une manière si remarquable quand on pénètre dans le Paris souterrain et quon en parcourt les égonts correspondant aux rues situées au-dessus; rien, d'ailleurs, n est comparable à l'œuvre administrative de M» le Préfet de la Seine, Hauss-
Tuantii et à rcxéculîon à la fois inlelligenle et hardie de la part de Tingënieur, M, Beigrand, qui a dirigé ces travaux, après une étude approfondie du climat de Paris cl de la géologie du bassin de la Seine. Il fallait ce concours de connaissances lorsqu'il sest agi d'one œuvre propre à exciter un sentiment d admiration chez tous ceux qui l'apprécient avec le savoir nécessaire pour se rendre compte de la science qu'en a exigée 1 accomplissemenL
En principe on adnvet que les égouts doivent desservir toutes les parties d'une ville afin de la débarrasser des eaux pluviales et des eaux ménagères; en outre, on admet assez généralement, en Angleterre, qu Us doivent recevoir les matières solides et liquides des water-closets et tout ce qui sort des écuries, des étables, des abattoirs, et même les résidus des usines que les eaux peuvent entraîner» lorsque, d'ailleurs, ils sont incapables d altérer le ciment et les pierres des égouts*
Je partage celte opinion toutes les fois qu une ville ne peut se débarrasser des matières fécales pour leur emploi immédiat en agriculture, ainsi quon fa fait il y a longtemps en Flandre, dans la vallée de Grésivaudan, et en quelques villes du nord de fltalic; mais, dans le cas ou les populations ont des habitudes qui répugent à cet emploi immédiat, j'approuve l'opinion anglaise, et d autant plus fortement que je nai jamais été partisan de ce qu on appelle la désinfection des matières fécales par des actions chimiques que comme moyen de transition à Yemphi immédiat.
A Paris, on se rapproche de plus en plus de Topinion anglaise, après ths essais qui ont été loin de répondre à fespoir qu on en avait conçu, tel que des caisses l\ séparer la partie liquide des excréments de la partie soHde, à traiter la première par un réactif chimique pour la faire écouler ensuite dans les rivières.
L'administration de la \ille a eu deux opinions contraires en peu de temps. La première a été de prescrire d'étancher les murs des fosses d'aisances, afin d'éviter les infiltrations et que la matière fécale ne pénétrât dans les égouts. En j866 on a eu fidée de supprimer les fosses, d'employer des vameaax dit séparateurs ou divisears, et de faire écouler la partie liquide dans les égouts mêmes.
Enfin, dans mon mémoire de i8/jfi sur ï Hygiène des cités populeuses, j'avais insisté sur favantage de placer dans les égouts les conduites deau et les conduites de gaz, afin d'affranchir la voie publique de la servitude trop fréquente des embarras causés par suite des faites d'eau et de gai et de la réparation des conduites* Je reviendrai sur ce sujet dans le troisième article que j'ai annoncé; je me borne à dire raainte-
nant qu'il ny a qu'une opinion sur i'avanlage obtenu des conduites d'eau placées dans les égouts de Paris; quant aux conduites de gaz, on n a pu s y décider encore dans la crainte des explosions en cas de fuites ; je ne doute pas qu'on ne prévienne un jour ce danger, et je suis heureux que ce soit aussi l'opinion de M. Haussmann , et, si je ne nae trompe pas, celle de M. de Freycinet; car, selon lui, la plus grande difficulté qui s'y oppose est l'indépendance de l'administration du gaz de l'administration de la ville de Paris, et tout le monde sait les inconvénients des conflits.
Enfin, M. Haussmann pensait encore que les ordures que des tombereaux enlèvent chaque jour dans les rues de Paris pourraient être jetées dans des trémies, de manière à être recueillies souterrainement pour être transportées hors de Paris sans affecter la vue et l'odorat des passants.