MONUMENTS DE SICILE
Sélînonte. Le secoms d'Alcibiade et des Athéniens fut inutiie aux Sëgestains, qui se jetèrent alors dans les bras des Carthaginois. Ils durent à ces terribles alliés des victoires répétées à diverses époques, et. Tan àog. la ruine de Sëlinonte» mais ils lui durent aussi bientôt une éiroile servitude. Maîtres de toute la partie orcidentalc de la Sicile, les Carthaginois firent peser sur Ségcste le même joug, et Texccration des Siciliens contre une ville qui avait attiré rennemi de la patrie commune n'allégea point leurs maux. Pendant lo tyrannie d'Agathocle, Ségeste Jut soumise rnix plus diu^s traitements. Dix mille citoyens périrent, la ville fut dépeuplée, les jeunes filles et les cnftints vendus en Italie : Agatliocle alla jusqu'à ehanger le nom de Ségeste eu celui de Dkœopolis, ville de la justice. Après son départ, la ville retombe entre les mains des Carthaginois, elle se relève, elle se révolte, et finit par se faire asservir et dépouiller. C'est alors que fut transportée à Carthage la fameuse statue en bronze de Diane, que Cicéron nous décrit' comme presque colossale, avec une longue robe, le carquois surfépaule, un arc dans la main gauche, un flambeau allumé dans la main droite. Aussi Ségeste lutelle heureuse d*échapper à cette domination implacable en se donnant aux Romains, avant même la fin de la première guerre punique ^.
Lamilié du peuple romain valut aux Ségestains des terres nouvelles concédées, des privilèges, une prospérité depuis longtemps inconnue- L empire leur fut aussi favorable que la république; sur leur demande, Tibère fit restaurer le célèbre temple de Vénus au sommet du mont Eryx. Les historiens citent d'autres édifices magnifiques, le temple d'Enée, celui de Diane, d'autres dédiés à Esciilape et à Cérès.
On suppose que cette florissante cité fut ruinée au commencement du x* siècle par ces invasions africaines qui lui avaient été si fimestes dans Tantiquité : ce n'étaient plus les Carthaginois, mais les Sarrasins. Il est dit dans un vieux manuscrit attribué au diacre Pierre^ que, «vers «Fan 900, les peuples africains étant venus en Sicile, sous Abraime, y « firent daflVeux ravages, dévastèrent et incendièrent Ségeste et d'au- *« très villes. » Pendant sept siècles on ignora son emplacement; ou plutôt ses ruines, désignées par le nom tristement éloquent de Barbara, lurent délaissées et méconnues. Ce fut Fazello, rhistorien de la Sicile, qui les signala le premier à la curiosité des savants du xvf siècle^.
Lorsque Hittorf voulut dessiner et mesurer ces ruines, il ne trouva
' In Verrem, iv, 33. — * L'an a 6^ avant J. C. — * Cenni iaîh antichilà di Se-g$sta, par Antonio Marrone, page 43. — * Délia sloria diSiciUa, livre VU. cb. Vf.
flot JOURNAL DES SAVANTS. — DÉCEMBRE 187 1.
que leurs détails nous reportent au siècle de Périclès et même au siècle de Pisistrate. Trois de ces temples sont encore archaïques, et ie plus ancien remonte probablement à la fondation même de la ville. Laspect que présentent les ruines de Sélinonte est vraimeni: imposant* Le lieu est désolé et désert. La fièvre y rè^ne et en chasse les hommes qui seraient tentés de profaner la solitude ou les débris. Sur les deux promontoires où fut jadis Sélinonte, d'énormes et ionam* brables matériaux sont étendus sur le sol, tels que les machioes de guerre des Carthaginois les ont renversés. Ils sont couchés comme une armée de braves le lendemain d'une défaite, tous ù leur rang. Le voyageur a peine à escalader leurs fragments gigantesques, dont le plus petit surpasse la taille de Thomme, Aucun témoignagne de Thisloire ne peut donner une idée plus saisissante de la puissance d'un peuple qui a grandi si rapidement sur la scène du monde et qui en a été précipité si vite.
J'étais à Sélinonte au milieu de Fanlomne de ï8/ic). Un soleil ardent pesait sur ma tête ; fair un peu lourd des marais était allégé par la brise qui soufflait de la mer; celte brise venait d'Afrique, de Carthage peut-6tre, et les palmiers nains qui couvrent certaines parties de la côte me faisaient également penser à FAfrique, que Ion croit distinguer au delà des flots bleus au moment où Thorizon se courbe et se dérobe. C'est à Sélinonte que le désir de voir ou de chercher les ruines de Carihage m est venu, désir que je ne devais satisfaire que dix ans plus tard. Eu effet» la ruine de Sélinonte est le signe le plus frappant de la domination des Carthaginois en Sicile, de même que la destruction de Carthage a été le sceau de la grandeur de Rome. Les monuments d'une cité qui a excité la crainte et l'envie des Phéniciens d*Afnque méritent donc fétude patiente et prolongée qu Hittorf leur a consacrée.
Pour distinguer des édifices de même genre, dont les divinités nous sont absolument inconnues, Tauteur a pris sim[>lement Tnlphabet et les a appelés temple A, temple B, temple C. etc., selon Tordre topographique. Il aurait peut-être dû préférer l'ordre chronologique, à cause des déductions qui! favorise; mais nous nous conformerons à sa ciassification , sans nous arrêter au temple A, qui n offre aucune nouveauté digne d'attention, ni au temple B, qu Hittorf a surnommé le temple d'Empédoch, et qu'il a rendu célèbre par son grand ouvrage sur la Polychromie^ \ nous parlerons d abord du temple C, qui
' ResiiUitiûn da temple d-Empédocle, ou Architecture polychrome chez les Grecs. Dans ce bel ouvrage, qui a fonclé la répiilation d^Hiltorf comme archéologue, ou verra le temple B décril avec tiél«>il, represenlé sur une grande écludle, avec le^. coti leurs qui le décoraient.