‹ Journal des savants (volume 5)Chapitre 71 sur 79 · MONUMENTS DE SICILE · texte numérisé non relu

MONUMENTS DE SICILE

est inconlestablemeot le plus ancien de tous* Son entr<§e principale esl au levant; il a tlix-scpt colonnes sur les façades latérales; il est liexasljie , ç est-à-dire qu'il a six colonnes en façade. Dix-neuf colonnes étaient encore en place en 1823. Neuf marches, qui occupent toute la largeur de la façade , servaient à raonler au temple.

Les plans des temples sélinontins ont un caractère particulier, qui ne se retrouve point dans les autres villes grecques. Le vestibule qui précède [pronaos) est sans colonnes; il est fermé par un mnr simple. L'opisthodome est fermé complètement, sans colonnes et sans porte du côté du péristyle; d'un autre c*Hc, le péristyle qui entoure le temple fist large et laisse de 1 espace autour de la cella : c*est le contraire des auti^es temples grecs, dont le péristyle est étroit, serré contre la cella; nest plutôt une décoration qu un portique destiné à la foule; la preuve, c'est que les trois degrés du stylobate sont très-hauts, et , pour ainsi dire, inaccessibles, si bien que devant rcntre-colonnement qui correspond à la porte d^enlrée du sanctuaire on ajustait de petites marches intermédiaires, égales à lentre-colonnement, A Sélinonte, neuf marches faciles et douces régnent sur toute la largeur.

Hiltorf a judicieusement rapproché ces deux innovations et constaté que les portiques do temple C étaient de véritables portiques, qu'ils servaient à la foule, soit pour la réunion des marchands, soit pour les fêtes, soit pour des usages journaliers. Tandis que, dans la plupart des villes grecques, le sanctuaire est interdit à tout profane. les Sélinontins avaient adopté cette disposition particulière, combinaison économique des besoins religieux et des besoins civils. Celte observation dlliltorl constitue une véritable découverte ^

L'antiquité du temple C est démontrée par ses proportions mômes (les colonnes n'ont en hauteur qiie h diamètres 2/5), par les seize cannelures, qu'on ne retrouve quau vieux teDiple de Diane et au temple de Jupiter à Syracuse, par la pesanteur de rentablemenl, qui est égal à la moitié de la hauteur de la colonne, par des triglyphes trapus et la

' Au contraire, il est juste de ligoaler une découverte d*ane autre nature qui

avait échappé au savant partisan de la pol^fchromîc. Dans sa rt^stauration du prétendu lemple dT.rapédoch', il avait peint îe.'* li iglyphes en jaune d'ocre, comme le resle du temple. Les fouilles rrlleni-yres, entreprises par le gouverncimenl napolitain , ont mis au jour dea trigîjphes bleus, ce qui esl conforme à toutes les observations que les architectes ont faifes depuis s-ilr les monuments de la Grèce, el ce que j'ai .signalé non-seulemciïl mr le.s débris du vieux Parihénon a Athènes, mais sur le* triglyphes qui ont dû couronner les tours de ï Acropole, au moins du coté de rentrée.

Ibrme ogivale de leurs canneliireâ, par des deini-mutules de neuf li^uttes au lieu de dix-lmit, placées sous les métopes ei commandées par l'importance des iriglyphes, par les gouttes coniques, recouvertes et reudues cylindriques par le stuc, enfin parles sculptures des métopes.

Ces sculptures, découvertes jadis par MM. Harris et AngeU, architectes anglab, qui n ont pu les emporter de Sicile, sont aujourd'hui au musée de Palerme, Le gouvernement napolitain les a retenues au moment où ceux qui les avaient exhumées à leui^ frais voulaient les faire embarquer : s'ils ont perdu le fruit de leurs recherches, il leur en reste rhonneur. On peut voir à rÉcole des beaiu-arls de Paris les moulages de ces sculptures, mélange de grossièreté et de finesse, d'art grec archaïque et d'influence orientale. Des firagments assez nombreux sont on outre, au musée de Palermc; mais les trois sujets les plus intéressants et les plus complets sont un char traîné par quatre chevaux, Persée tuant Méduse, Hercule portant les Cercopes liés et suspendus au bout d'un bâton.

Hiltorf , qui avait déjà relevé sur divers membres de l'architecture du temple des restes de couleur, notamment du rouge, du vert et du bleu sur la corniche, du stuc jaune sur tes- colonnes et Fenlablement, a vu, avec une satisfaction profonde, sa théorie confirmée par les découvertes des architectes anglais. Plusieurs parties de ces sculptures por taient et portent encore des traces de couleur. Tous ceux qui ont visité le musée de rUniversité de Païenne ont remarqué, sur ces curieux reliefs, le timon du char, les harnais des chevaux, les liens qui attachent les deux Cercopes, le carquois et le bouclier d'Hercule, les bords de l'égide, les draperies et les plis du pi^plusde Minerve, une couleur rouge très-nette. Au moment oii les sculptures ont été tirées du sol, on a constaté, en outre, que les sourcils et les yeux des personnages avaient été rehaussés de noir, que ta ceinture de Persée avait été peinte de rouge et de bleu, enfin que des parcelles de dorure étaient encore visibles sur les bordures et les méandres de la tunique de Minerve,

Le temple C est situé djms lacropolc. Si nous descendons de cette colline» qui fut la ville primitive, et traversons la vallée sablonneuse qui la sépare de fautive moitié de la ville, nous rencontrons les ruines eittassées du temple désigné par la lettre S sur le plan d'Hîttorf,

On remarque, comme au temple C» que la cella présente une longueur considérable, en proportion, du moins, de sa largeur, car elle a quarante et un mètres sur neuf. Le péristyle est ample et propre à admettre la foule, comme au temple C; l'opisthodome sans porte; le sly^ lobate, qui» dans l'architecture grecque, n'est que le piédestal des co-

MONUMENTS DK SICILE. 607

lonnes, a fait place à des marches continues tout autour du temple» qui n ont que vîogt-six renlimètres chacune , et qui sont, par conséquent , accessibles et douces à monter. Si le monument était encore debout. nous serions certainement choqués de voir ce stj'lobate aminci, qui ne répondrait plus k In fermeté écrasante de rentablemCnt et ne donnerait plus aux colonnes une assiette assez épaisse ni assez robuste. Mais farchilecle a du déroger aux traditions pour satisfaire aux mœurs de Séli nonte et aux exigences de la midtitude. L'acropole était trop étroite pour contenir la population, et le temple G ne sunisaît plus aux réunions des marchands, qui se servaient de son portique comme dune basilique ou dune bourse. Le temple nelait point pour cela profané, le sanctuaire étant fermé de toutes parts; mais autour du sanctuaire se développait la vie civile, par une sorte de transaction avec la religion.

Outre les vraisemblances histonc|ues, ce qui prouve que le temple dont il s agit est postérieur à celui de Tacropole, c'est qu'il esï plus élancé de proportions; ses colonnes ont, en hauteur, cinq fois leur diamètre. La diminution du fut vers le sommet est encore trop forte; k chapiteau et son tailloir ont une série exagérée; le galbe du chapiteau est toujours déprimé et mou. Cependant les triglyphes sont moins larges et ont permis de répartir avec régularité la suite bien égale des mutulcs avec leurs gouttes. Ce qui est véritablement remarquable, je puis dire beau, c'est le chéneau qui couronnait les longs cotés du temple. Les ornements peints qui le décorent en font un des cléments les plus importants pour riiîstoire de farcbitecture antiqu<\ llitlorf a reproduit^ avec leurs couleurs (rouge, jaune, vert, hrun^, bleu) lespalmettes, les enroulemenlSi les fleurons, les calices, les méandres, qui étaient sculptés ou gravés.

Je n'en dirai pas autant du chéneau attribué au temple R et figuré avec ses couleui^ à la planche à6 d'Hittorf 11 est encore plus beau, si l'on veut, mais il a été restitué d'après le chéneau de Métaponte, trouvé quelques années plus tard par le duc de Luynes. Les couleurs, de faveu même dllittorf ^, sont copiées sur les terres cuites du temple de Mêlaponte. Ce document, qui a tant de valeur pour la question générale de la polychromie, a moins d'appropriation h un édifice de la Sicile et surtout de Séhnontc. Le chéneau du temple S me paraît donc plus digne d'attention. Mais llittorf s'est dédommagé en constatant les cou-

' Planche 56. — * Peut-être le bnin él ait-il prîtiiilivement du noir. — ^ Pag. i Ag: • Nous avons restitué la cymabe Formant chéneau et les tuiles de recouvrement en «terre cuite avec leurs ornemenls et leui-s couleurs, diaprés celles découvertes h

c Métoponte, •

des lumières en tous les genres parmi la race grecque; elle avait pour organe une revue, YÈpiirisXéyios, qu imprimait à Vienne un professeur laborieux et dévoué, Anthime Gazis* J'ai dit la n race grecque : » ro yévos est, en effet» le mot expressif dont se servent volontiers les auteurs deTHeUade déjà renaissante, mais toujours esclave. Les Grecs ne sont pas encore une nation; même dans les provinces où ils forment la majorité de la population, ils ont des maîtres; ailleurs ils forment de petits groupes, des chrétientés, des églises, comme on aurait dît dans les premiers temps du christianisme. Mais, dans cette dispersion mêrne et sous le joug de l'islamisme, ils onl la conscience obstinée de leur unité nationale et de leur unité religieuse , deux choses qu'ils ne veulent pas séparer. Alors déjà ils songent à épurer leur langue, à la relever d'un trop long abaissement. Déjà ils poursuivent ïaUicisme coumvi^ la vraie langue hellénique; ils dressent le plan dune Encyclopédie, qui, depuis la grammaire jusqu'à la poétique, ressuscitera cette langue et cette littérature de leurs ancêtres, et ils y veulent travailler par Texeraplc comme par la théorie. Cest en giTc ancien que Gazis sadresse à ses compatriotes, qu'il développe ses plans et ses programmes d'éducation; c'est en grecancien que sont rédigés les mémoires d^érudi lion, les nouvelles littéraires et scientifiques que publie Y Hermès savant L* Allemagne et la France sont mises à con tribu lion pour ranimer et pour diriger le goût des lettres dans les écoles lielléniques; les moindres nouveautés, venant de lEurope occidentale , sont accueillies avec une curiosité naïve, A la distance où nous sommes aujourd'hui de l'an 1811, n*est-il pas assez piquant pour nous de retrouver là, entre une dissertation archéologique et l'annonce de diverses éditions de Thucydide, d'Arrien et d'Eutrope, quelques lignes où Ton apprend aux Hellènes que sur le toit de notre Palais Royal, à Paris, vient d'être installé le petit canon, devenu célèbre, où les rayons du soleil mettent le feu, en se concentrant, à midi, au foyer d'une lentille? Un historien de notre grande ville serait peut-être embarrassé de chercher, à llieure où nous sommes, la date d'un si grave événement ^

Interrompu après quelques années dun succès qu'il nous est difficile d'apprécier, ï Hermès samini vient de renaître avec une autorité plus digne de son titre. C'est en Hollande, auprès de l'Université de f^eyde, qu'a été fondé le nouveau Aéytoç Éppt^^. dont un volume seulement, mais

* Un de nos confrères m*apprcnd oppoiLuuémenl, à ce propos, que ce fui vers iSSoque le petit canon du Paiaîs-Hoyal descendit clu toit pour Être înstallé, comme nous le voyons encore, 5ur un piédestal, à l'une rfes exU-émités du Jardin,

Page 1