LITTERATURE SAVANTE
uii fort gros volome a pLirii jusqu'ici ^ On y peut mesurer les progrès que lerudjtiou et la critique ont laits parmi les Grecs depuis un demisiècle, grâce au3t studieux pliilologues que la Grèce envoie suivre les cours des universités d'Allemagne et de Hollande. M. Konlos est un de ces philologues; reçu dorteur et complimenté alors en Ibrt bon grec par M. Cobet, il a voulu créer avec lui un Recueil destiné à propager les fortes doclrines de h philologie. Ses Prolégomènes ont pour objet de montrer <* que les lettres grecques ne sont bien enseignées ni dans la u Grèce libre, ni dans la Grèce esclave; que la cause de ce mal est sur- <( tout rinsuffisance des livres qui servent à renseignement,» et, pour cela, Fauteur soumet plusieurs de ces livres à un sévère, très-sévère examen, qui n^occupe pas moins de cent cinquante pages. Puis il nous annonce que, pour régénérer les études helléniques, il est heureux d'avoir obtenu le concours de celui qu il appelle a le prytane des cria tiques, le graild et admirable hiérophante de rhellénisme. » Jlgnore si M* Cobet accueille sans réserve Temphase de pareils éloges; je voudrais croire aussi qu il na pas trop encouragé Imipitojable rigueur avec laquelle le docteur Konlos traite les Grammaires et les Chrestomathies de ses compatriotes. Pour Téloge comme pour le blâme, ces hyperboles ne sont guère de notre siècle ni de notre goût, et, quant aul livres classiques, on les pourrait corriger ou réformer sans prodiguer la colère et le mépris à tant d'honnêtes gens qui nont, après tout, mis en péril ni TÉtat ni la société* Cela soit dit sans nier, pour le fond , l'utilité de tant de remarques minutieuses et fines sur le vocabulaire et la syntaxe du grec ancien. Les corrections du philologue anglais M- Badliam sur Thucydide » celles de M. iNaber (souvent moins heureuses, il laut 1 avouer) sur Dion Cassius, mais surtout celles de M. Cohet sur Clément d'Alexandrie, seront certainement, pour nous autres hellénistes de FOccident, la partie la plus instructive et la plus attrayante du premier volume de ce A6yios Epft>?î. Bien que six cents pages de critique verbale, uniquement rédigées et annotées en grec, sans aucune division en chapitres, sani; aucune tablepour faciliter les recherches, offrent, en général , une lecture laborieuse, le nouveau Recueil mérite d'être continué, comme on m'assure c^uil va l'être, et il faut souhaiter, pour Thonneur de la Grèce, qu'il puisse fêtre plus largement par des Hellènes, quoique le grec de trois étrangers tels que MM, Cobet, Naber et Badham , y fasse très-bonne figure.
Le Philistor d'Athènes, dont quatre volumes ont paru de i86i à
* Un volume en irok fascicufes» publié à Leyde en 1866 el années suivantes.
i863» n'avait pas les raèmes prétentions que YHermis k la haute crilique. Mais it a rendu» dans sa courte existence, de véritables sem'^îces aux études s-ivanles. D'abord» il a imprimé pour la première fois un grand nombre d'inscriptions, et d'inscriptions considérables par le sujet et par Télendue; je veux parler surtout de ces documents relatifs à l'éphébie athénienne, dont le recueil complet va être prochainement publié en France par M. Albert Dûment ^ Cest là aussi que furent consignés les principaux résultats des fouilles heureuses faites par M, Strack sur reniplaccmenl du théâtre de Bacchus. M» Koumanoudis, le plus habile el le plus libéral des antiquaires athéniens, M. Pervanoglou, dont le lalenl s est formé à Técole de TAllemagne , et s'en montre digne . M, Mavrophrydis, Fun des membres les phis distingués de la Société archéologique, ont, avec le concours dune élite de laborieux philologues, fourni à ce recueil une grande variété d articles sur la htlérature et les antiquités, articles parmi lesquels figurera notre honneur, la traduction de plusieurs fables de La Fontaine. Quelques titres suQii\)nt pour montrer cette heureuse variété : «Sur Torigine et sur la dispersion de fuDité (rnationale du peuple hellénique; — Sur la pédagogie, en général, w par M. Xanthopoulos; — Conjectures étymologiques et Observations i< grammaticales; — Sur TAthéna chryséléphantine de Phidias, par a M. Mavrophrydis; — ^ Sur VAréopagitique et sur le Demonicas dlsocrate, «et sur le plan des Histoires de Thucydide, par M. kyprianos, auteur «de la traduction grecque du beau livre d'Ottfr. MùUer sur l'histoire de u la littérature grecque; — Observations critiques sur le texte de divers «auteurs, et partictihèrement d'Euripide, par Tavocat G, BeUios, que «nous avons vu mourir à Paris dans la fleur de Tàge; — la Religion «des anciens Grecs» par M. Mavrophrydis; — Sur les énùtXnpoi el les nénlSiKQi âvyarépes dans lancien droit altique, par M. Costis; — Sur H rinipnrtance de la littérature dans la Grèce moderne, lettre adressée " aux rédacteurs du Philistor par un philhellène de Genève, M* Duvil- <*lard; — ^ Traduction grecque du programme de questions recomman- H dées aux membres de l'Ecole française d'Athènes par l'Académie des «inscriptions et belles-lettres; » témoignages précieux à noter de l'union qui régnait alors entre notre Ecole et les philologues athéniens, et que pourtant nencounigeait pas assez le directeur de cette Ecole, M. Daveluy. Dans ce grand nombre d'écrits, que nous ne pouvons signaler
Par une lieureLise coïncidence, le présent cnhierdu Journal des Savants conlienl un spécimen des résultais obtenus par M. A» Dumont dans lélude de ces précieux do€timeot8.
LirrERATURE SAVANTE.
tous, les plus couiUs ont cjuelquefois un singulier intérêt. Telle est ia note où iVL Kontos corrige habilement un passage altéré de Lucien*; celle où M* Kouinanoudis restitue, par un habile et léger changement, le texte de la célèbre définition du Destin parle philosophe Chrysippe, texte qoe nous a conservé Aulu-Gelle ^, et qui avait résisté, jusqu ici » aux eflbrts de tous les éditeurs. Ces petites découvertes de la critique méritent d'être relevées au passage; car, autrement, parmi la foule des publications philologiques de l'Europe , elles courent le risque d*échapper aux hellénistes les plus intéressés à les connaître.
Des recherches d'un autre genre et d'une autre importance, que les Hellènes lettrés poursuivent depuis plusieurs années avec un zèle qui s accroît chaque jour, ont pour objet les dialectes populaires. Dès le commencement Je ce siècle» Kodrikas en avait donné Fexemple; notre Ecole française d'Athènes n'y élait pas restée étrangère» Eu »853, M* Beulé soutenait devant la Faculté des lettres une thèse sur cette ques^ tion : An valfjuns iitiffua apad vcieres Grœcos exsUterii; puis, en 1866, le regi'etté M G. Deviile soutenait de même, devant la Facuhé de Paris, une ibèsc en français sur le patois tzaconien, le plus étrange des dialectes du Peloponèse, le plus obscur par les altérations quil a Tait subir au fonds commun de la langue hellénique*
En 1867, M. Christopoulos, alors ministre de Tinstruction publique, organisa une information méthodique sur les nombreux patois entre lesquels se partage le parler du pauvre peuple dans les villages du continent et des îles. Pour cela il avait lait surtout appel aux maîtres d'école des moindres villages, et il avait confié, dans Athènes, à un professeur émérite, Michel Scbinas, le soin de réunir et de coordonner ces matériaux dans un lexique général de Tidiome vulgaire. La rédaction du PhUistor a pris une part fort active à ces travaux; outre plusieurs mémoires spéciaux sur des mots romaïques, comme i(T<Ttx et ses dérivés, comme les pronoms [là^, aas, osU, etc., elle a publié un recueil de mots macédoniens, par M* Pantazidès » un recueil de mots cypriotes, par M. Hiéronymos Mjrianthis^ Elle a même donné place à quelques articles d'une philologie plus ambitieuse sur le lexique et la grammaire
^ Uiaîogui^ de courtisanes, 11^ 1, 011 M. Kontos, su lieu de àTtptéfnffv, que donnent les manuscrits. IH èTryj\tpi{Ât}v , de préférence à tûvà^tjv, proposé pur son maître, M. Cobet. — ^ VK 2. on |i£TairoAoufjt£j'<i)v , mis au lieu de {isià 'moXv pLèv olv, par un trè»-i(^ger changement» donne nn sens IrèB-clair et c]iji répond très-bien à volvens semet ipsa sese de la traduction latine d*Auiu-Gelle. — * M. Th, Rind a publié, en Allemagne, un mémoire sur le dialecte cypriote, dans le tome XV de b ZeiUchriftJur vergUichcnde Sprachforschung.
des langues aryennes, sujet bien dillicile, et sur lequel on ne s*ëlonne pas que les Ecoles de la Grèce ne soient pas encore au courant des progrès de la science européenne. Depuis plusieurs années déjà, un aulre i"ecueil nous avaîl fait connaître ces explorations émincmmcut nationales sur les formes dialectiques de la langue grecc|ue vivante* Je veux parler du journal qui s'est d^abord appelé modestement Journal des Écoliers, È^npt'SpU rêv Maô^yTdSv, de i85a à i856, puis de 1867 à 1 870, Joarnal des Amis de la science, ou. si Ton veut, des Savants, KÇ^nfJteph 7ù5v ^tXofxaO^v. C'est là que furent imprimées des notes pbilologîqties sur les dialectes d*une quinzaine de villes grecques, notamment d'Ampliissa et de Lamia, un glossaire de Cytlmos» une histoire abrégée de lalpbabet grec, un parallèle du romaïque avec le grec ancien, sujet jadis traité en France et en français par M. Jules David, que nous avons connu suppléant de M. Boissonade à la Faculté des lettres de Paris; une lettre sur le grec moderne, par M. Pliilippos Joannou, littérateur dune science variée, qui naguère aussi, en i863, exposait, dans iAlmanach national [Èôvixbv JifxepoXéyiOv) de M. Maiûno Vreto, le programme le plus sage des réformes dont la langue moderne paraît susceptible. La Pandora, fondée en 1 85o par MM. RUangabé, Paparrigopoulos rt Dragoumis, et qui est aujourd'hui, en Grèce, le plus ancien des recueils périodiques do littérature, s est également associée à ce patriotique souci. Non-seulement elle accueille et publie avec soin toutes les découvertes d*anliquilé, toutes les inscriptions inédites, mais elle ouvre aussi ses colonnes à des recherches de pure lexicographie, à des chants populaires, à des études sur les proverbes; c'est ainsi quelle nous faisait récemment lire une étude comparative des proverbes cypriotes et des proverbes rhodiens. Nous aimons singulièrement à voir les Hellènes s'occuper ainsi de leur tangue vulgaire ; c'est pour eux le meilleur moyen d'en appréjrirr les richesses, c'est le meilleur encoura^ gement à n'en pas altérer le caractère et la naïveté par trop d'emprunts H la langue classique de l'antiquité. A cet égard, une heureuse réaction semble se produire chez eux contre l'indiscrète ambition des écrivains qui rêvent un retour à latticisme de Xénophon et de Démosthène , comme si rhellénisme, sous sa forme nouvelle, au milieu de l'Europe civilisée, ne pouvait pas, ne devait pas se borner è garder, en la per« fectionuanl selon le besoin de chaque jour, la langue néo-ijrecqae , analoguc aux langues néo-hiines, qu'a produite le travail des siècles durant le moyen âge.
Les trois derniers recueils que nous venons de citer sont tous trois imprimés en Grèce. Sans excepter les sciences physiques et matbéma-
LïTTÉnATURE SAVAINTE.
tiques, qui d'ailleurs ne manquent pas non plus d'organes spéciaux^ ils admettent toutes les variétés de l'érudition et de l'invention littéraire. -Foiivre, presque au hasard , les derniers numéros de la Pandora, et j'y trouve des articles sur Platon, sur Julien TAposlat, sur des questions de droit public el de droit civil, par exemple, sur Témancipation des femmes; des biographies dliommes célèbres, des descriptions» des l'écils de voyage, des peintures de mœurs, des drames et des romains, ceux-là le plus souvent traduits de quelque langue européenne de TOccident, comme La joie fait pear, de M"'' de Girardin, el le Péché de Madeleine, dont rauteur, je crois, a, jusqu ici, gardé lanonjme. A ces publications se rattachent naturellement des pages où Ion traite udu tï roman français et de son influence sur les mœurs en Grèce, n Ceux de nos écrivains, tels que M. L. Figuier, qui s'appliquent, avec plus ou moins de succès, à vulgariser les résultats de la science moderne, sont fort goûtés des Hellènes, qui ne manquent pas de traduire leurs écrits, soit dans les revues, soit même dans le feuilleton des journaux quotidiens^. Enfin, car il faut bien des distractions à la frivolité alhéniemie comme à la frivolité française, les énigmes et les rébus ont aussi leur |>lace à la fin de chaque numéro ; mais ce que devraient imiter plus régulièrement nos feuilles périodiques, de fréquents errata {AtopBf^réaj constatent et corrigent les fautes qui ont échappé à rimprimeur.
Plus variée encore et, d'ailleurs, plus constamment séjîeuse est la rédaction de YÈipnfupU rêv ^iXafiaOêv. Elle comprend, en effet, outre des mémoires soil originaux, soit traduits de quelque auteur étranger, tous les actes de l'autorité politique ou municipale qui ont quelque rapport avec renseignement et les écoles. Cela donne au journal une phvsionomie à peu près semblable à celle de notre Journal général de T/fï,*traction pahliqae , interrompu depuis un an, après quarante ans d'existence^.
VAlmanach national, fondé et entretenu, pendant huit années, avte beaucoup d'intelligence et de courage par M. Marino Vreto, fils d Un
^ On lira précisément sur le phis rénent de ces recueils une note que nolrr ' confrère, M, Joseph Bertrand, veut bien ratlûclier au présent article. — '^ Ceci nous rappelle le tort beau volume que publiait, en 18G7, à Conslnnlinople, un jeune Grec , qui vient d'être enlevé à son pays par une mort prématurée : Tô ZiyLTruv , VU fiivers. L*auteur, M. Rljflplnrcbis, avait aussi publié, sou» le titre de ïlâfn^aaaos , un bon choix rie poésie grecque moderne (Alhénes, 18G8, in-ia). — ^ A cette occ.i- 8ion, il me sera peut élrc permis de rappeler que j'ai jadis publié, dan» le Joarnul (général (\on\e IV. n" 99 et tome XVIÎI, n" 24). deux articles qui coristalenl, à quatorze ans de distance, quclqucs-yns des progrès de la Huéralure i^avante cbez le» Grecs noa contemporains.
être aussi naturalisé en France : ce sont les dissertations lues dans les solennités anniversaires ou à fouvertiire des cours universitaires, puis imprimés aux frais de 1 établissement où la lecture en a cté entendue. Un chef d'institution athénien, M. G. G. Pappadopoulos, en a donné l'ex* relient exemple, et nous lui devons, sous cette forme, plusieurs mémoires dune sérieuse valeur, un entre autres sur les portraits de Démoslhène , à propos d'un buste de cet orateur récemment retrouve dans les ruines de sa patrie H un autre sur les jctu des enfants athé* niens-, etc. L'Université d'Athènes nest [)as, que je sache, entrée jusqu'ici dans cette voie. Quelques discours d'ouverture de ses professeurs sont néanmoins de véritables dissertations sur les matières dépendant de leur enseignement. Chez nous, on en peut dire autant de quelques discours prononcés dans nos distributions annuelles des prix. Mais ce sont là des exceptions et des exceptions trop rares. Combien il serait à souhaiter quelles devinssent la règle! Beaucoup de professeurs trouveraient dans ce devoir roccasion de traiter quelque question spéciale, de soumettre à ropinion publique des chapitres isolés d*un travail dont rcnsemhic peut s'améliorer, grâce h cette épreuve partielle et préalable. Par là s'éveillerait entre les lycées, entre les facultés de nos diverses provinces^ une salutaire émulation. Nous ne saurions croire conibiea une si heureuse organisation de la publicité savante a contribué, en Allemagne, à la force des études» en détournant les maîtres, même ceux des gymnases, des routines de leur vie journalière, pour les engager dans des recherches qui contribuent au progrès de la science. Il est temps pour nous d*y songer, si nous voulons que lerudition franraîse se développe et s'élève comme il convient aux justes ambitions de l'esprit fraurais.
Pour revenir à la Grèce, dont cette préoccupation patriotique nous a un instant écartés, le rapide aperçu qui précède suffit à montrer dans ce pays un remarquable mouvement de curiosité et d'activité littéraire. Encore n avons-nous parlé ni des recueils tout spéciaux comme ïEphtméride urcht'ohïjique et les Actes de la Société archéolocjiqac d'Athènes, que nous avons appréciés dans nos précédents articles sur Tépigraphie grecque, ni de publications qui ont élé trop éphémères pour avoir exercé sur le progrès des études une inlluence notable, comme sont : ô Q^T^s, le Spectateur^ que publia, en i836, Michel Schinas;
' Atliènes, i853, in-8". — ' Athènes, i86o, ma". Je puis oiler encore le Prol^ramme de i866, c[ui Iraile de l'influence qu'a exercée rit*HUen sur fe grec vul-
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à ^X\7ji^ùp.vtffiaw , le Mémorial (jrec , que publia, en i8i3,M Nicolaïdis; n EùrépTit}, TEaterpe, qui parut en 18^7 sous la direclioo de M. Rhangabé; î} \pu<TcùXU^ la Chrysalide, en i863 etanoeessuivanles.il y a peu de journaux grecs quotidiens qui ne réservent une place dans leurs colonnes aux nouveautés de I érudition et des sciences. Certains recueils de documenls, par exemple, les fascicules (ÏAuccdota, imprimés à Corfou (1816-1817) par l'habile pliilologue Mu&loxidi, qui fut correspondant de rinstitut de France, el les ISsoeXXnvixà Ai'd)>.£X7<x, qu imprime depuis deux ans» à Athènes, une société littéraire qui a pris pour titre le Parnasse, mériteraient aussi detre mentionnés. Quelques autres recueils, comme V Abeille, ii MéXuraa, journal de médecine, échappent trop à notre compétence pour que nous nous permettions de les apprécier ici. D'autres, peut-être;, ne sonl pas pai^enus à notre connaissance, que nous aurions volontiers compris dans rexamen quon vienl de lire. En général, il est très-diflîcile pour un homme de lettres parisien de se tenir au courant des travaux de la ^ience dans l'Orient. Nos relations avec Fécole française d'Athènes, avec les écoles chrétiennes comme celle des Pères Lazaristes, à Smyrne , les relations même du commerce français avec la librairie hellénique n*y suffisent pas, La plus riche bibliothèque qui soit à Paris pour la littérature grecque moderne, celle de notre confrère et ami M, Brunet de Presle, offre bien des lacunes que tout son zèle ne réussit pas à combler- Ce n*est pas que les Grecs ne soient, en général , fort empressés à nous faire connaître leurs publications; le plus souvent même ils les envoient, à litre gratuit, aux personnes qui peuvent sy intéresser, et ils regardent ces envois comme un témoignage qu*ils nous doivent de leur reconnaissance pour les encouragements que la France leur prodigue depuis tant d'années. Mais, pour tout cela, aucune éommunicalion régulière ne s est, jusqu'à présent, établie entre les deux pays. Que ce nous soit une excuse, si nous n'avons pu, malgré notre bonne volonté, satisfaire ici à tous les devoirs d une bibliographie et d'une critique consciencieuses, Les nombreux volumes que nous avons sous les yeux nous autorisent pourtant à exprimer un jugement général sur les travaux des lettrés grecs. Loriginalilc, sans doute, y est rare; les traductions et les analyses d'ouvrages étrangers y abondent ; mais qoe peuvent de mieux les Hellènes, que de propager dans leur pays les lumières quils recueillent dans notre Kurope occidentale? Dans presque toutes les parties du savoir humain, nous sommes devenus pour eux ce qu'ils ont été jadis pour nous, des inslitutetirs; ils le savent, et ils aiment à le dire avec une franchise qui leur fait honneur. L'archéologie, du moins, est un terrain
Mémoires militaires relatifs à la succemon dEspagne sans Louis XIV, t IX, X et XI. Paris, 1 856 à 1862, in-A°. — Misloire du prince Ea(jène de Savoie (en allemand), par M. Amelb* Vienne, i864t 3 voL î^-8^
GINQUIÀUE ARTICLE K
Le XI* et dernier volume de nos Mémoires militaires contient les documents les plus amples sur la campagne de 1712 et sur la bataille de Denain, qui en fut le glorieux couronnement* Rien ne manquerait, sur ce point » i la satisfartion du lecteur, &i les préposés à la publication faite au nom du Depot de la guerre , au lieu de se borner à l'impression pure et simple du manuscrit de M. le général de Vault, rédigé il y a cent ans. avaient complété Tceuvre du savant et judicieux officier par Tindication , sinon par la reproduction de documents importante et curieux, relatifs au même sujet, et publiés depuis cette époque.
Nous avons eu plus d'une fois à exprimer des regrets de ce genre dans nos articles précédents* Ils sont ici plus marqués encore, parce que la négligence des éditeurs est plus fâcheuse ; nous tacherons d'y suppléer, en rendant compte des événements de cette mémorable année.
Le maréchal de Villars avait parfaitement compris , en prenant ses quartiers d'hiver, en 1711, qiiels seraient les embarras de la campagne prochaine. Ils s'accrurent de toutes les calamités privées dont fui affligé Louis XIV à cette époque , et par rincertitude des négociations ouvertes a Londres. Un seul point semblait gagné, c'était la retraite du duc de Marlborough. que ne pul éviter le prince Eugène, dans un voyage qu'il fit en Angleterre pour ce motif, au mois de janvier 1711^, mais les forces de la coalition n'en demeuraient pas moins formidables. L'appoint qu'en reliraient les Anglais était insignifiant, et Thabile capitaine qui les commandait semblait en être devenu plus hardi et
' Voir, pour le premier article , le Journal des Sav<in(4 , cahier de novembre 1 870 . |). 661 ; pour le deuxième, le cahier de décembre, p» 725 ; pour le troisième» le cahier d'oclobre 1871, p. 5o2 ; pour le cjuatrième, le cahier de novembre, p. ^bj, — * Voy. uoe importante collection : The îetters and dispatclies of John CkurckiU, firsi duh of Jlfarlhoroagh , from 1 702- 1 7 1 2 ; edit. G. Murray» 5 vols. Lon*fon, 1845, gr W'8\
MÉMOIBES MILITAIRES. 625
plus enlreprenanU Viilars a racontai d'un accent pénétré les adieiu de Louis XIV, au jour du départ pour la Flandre, les tristes pressentiments dont était agitée Tàme du vieux rai, et les héroïques résolutions auxquelles le monarque s était arrêté '. Les appréhensions de Louis XIV a étaient point exagérées; la situation militaire de la France était aussi critique qu'on peut Fîmaginer* Le plan du prince Eugène était, depuis longtemps, de s*oiivrir la vallée de l'Oise, dont la source remonte aux coteaux des Ardennes, et de s*avancer sur Paris par cette voie directe, dont la place délabrée de Guise était la seule défense. C'était pour couvrir cette vallée, et son débouché vers Mons, que Viilars avait livré la terrible bataille de Malplaqoet ( i i septembre i 709). Mais, quoique le champ de bataille y fiil resté A rennemi, les perles du prince Eugène et de Mariborough avaient été si considérables^, qu'ils n osèrent continuer leurs tentatives sur une trouée si bien gardée. La campagne de 1710 avait été employée à tàter le terrain sur d'autres points, et à essayer de l'invasion par une autre voie. Les ennemis forcèrent la ligne de la Scarpe; nous défendîmes péniblement la ligne de l'Escaut et de la Censée; les quatre places de Douai, Béthunc, Aire et Saint-Venant» furent Ibrcées; mais la coalition ne pensa pas s être assuré des points dappui assez solides pour marcher en avant. Il y avait, à la traverse, les place» et la ligne de la Somme; et les passages entre la Lys et TEscaut, par où l'on espérait péuétrer, n'étaient rien moins que libres; nous conservions sur TEscant, la Sambre et la Meuse, des positions inquiétantes p«*ur l'ennemi* La campagne de 1711 s'était usée entre les hésitations de la cour de Versailles, dont nous avons exposé les résultats, et les tâtonnements des deux généraux coalisés, qui cessèrent enfin au jour où Bou-
* Viilars a raconté que. lorsqu^en 171^ il iul reçu de rAcadémic française, \i voulut, dans son discours de réception, parler de cette conversation où le roi lui avait fait pari de son dessein généreux, pour te cas où la victoire aurait trahi aob armes, en ces extrémités où la France était réduile. Toutefois Vilïars n'osa livrer à la publicité un fait de et genre sans enavoirrag^rémenldu roi. Mais le munarque , après avoir rêvé un raoïnenl. répondit au guerrier académicien: tOn ne croira
• jamais que, sans m'en avoir demandé la permission, vous parliez de ce qui s'est
• passé entre vous el moi. Vous le permettre et vous Tordonuer seraft la même
• chose, et je ne veux pas que Ton puisse penser ou fun ou l'autre.» — * Le brutl vivait couru dans Tarmée française, qui se retirait eu bon ordre, que Marlboiougtt avait été Uié dans la mêlée, et ce fut sur cette rumeur que fut composée au bivouac français la célèbre chanson : MarWrouck s'en va^t-en guerre. Elle lut rapporlce plus tard de Flandre à Parts par une bereeuscdu malheureux dauphin, qui fut Louis XVML laquelle, en la chantant, pour endormir le royal enfant , lui redonna une vogue que favorisaient les circonstances.
JOURNAL DES SAVANTS. — DÉCEMBflE 1871.
châin fut enlevé. La possession de celte place ouvrait un nouveau débouché.
Pendant les quartiers d'hiver, les hostiHtés n avaient point» à vrai dire ♦ été interrompues. Toutefois les Français sétaient bornés à inonder et rendre inabordable le pays qu'ils ne pouvaient défendre. Dès l'entrée en campagne, au printemps, les coalisés s'appliquèrent à dégager le lit des rivières et à rétablir la navigation, pour assurer leurs convois et faciliter les opérations offensives. Une série de manœuvres» de cotnb^ifs et de marches savantes, eut pour objet de préparer le terrain et d*assurer les meilleures chances è chacun des belligérants. Dans cette œuvre préparatoire, larmée française, commandée provisoirement par le maréchal de Monte.squiou, ne commit aucune faute, et prit de bonnes dispositions; mais cet habile oflicier jugeait, au grand mouvement qui se manifestait chez fennemi, que ce dernier ourdissait quelque dessein considénthle. Les troupes anglaises avaient même pris, pendant ces premiers mois de faonte, et malgré les négociations de Londres, une pari Irès-aclive aux diverses opérations militaires de Tarmée ennenue. Elles étaient commandées par le duc d'Albemarle , d'origine hollandaise, en attendant le duc d'Ormond, qui avait la confiance plus particulière du cabinet tory.
Le maréchal de Villars, bien qoe non encore remis de sa blessure, reprit la direction de farmée de Flandre en avril i 7 i 'ï. A cette époque, Arras et Cambrai semblaient être menacées par le [mnce Eugène. Villars crut devoir concentrer ses forces pour couvrir ces places, et se borner à robservalîon jusqu'à ce que l'ennemi eût mieux accusé ses desseins. 11 adressait au roi la dépêche suivante, datée du 38 avril :
« Depuis mon arrivée sur cette frontière, je nai vu aucunes lettres de "la Haie, d'CJtrecht» ni de toutes les places ennemies qui m'assurent la «paix conclue avec l'Angleterre; mais, comme ce nest pas sur ces avis «que je dois me régler, surtout ne voyant pas ces nouvelles confirnciées «par les ordres de Votre Majesté, je nai omis aucune de toutes les «précautions possibles pour n'être pas surpris par un ennemi que j*ai «trouvé campé en front.de bandière... » [Détail de mesures stratégiques et locales.)
(i J'ai informé dès mon arrivée M- le duc du Maine et M. Voysîn, par «plusieurs lettres réitérées, que rartillerie de Votre Majesté, que Von amavoit assuré être prête, nétoit plus en état de .servir; ce nest que a depuis quatre jours que j'ai pu envoyer 1 5 pièces de canon au comte «de Broglie» et même tirées parles chevaux des vivres. Aujourd'hui «nous en avons 5o ébranlées, mais les chevaux en sont si ruinés par
u les fatigues de riiyver et les mauvaises iiourniures, (jiul est arrivé «déjà deux fois qu*e!les sont demeurées à moitié chentin des journées «quelles dévoient faire, B nianque ySS chevaux dont je nai aucune ic nouvelle. Je suis sans ponlons, el je D*ai pas, à beaucoup près, le a nombre des charrettes nécessaires.
ti Votre Majesté jugera mieux que personne du perii avec lequel on if soudent une attaque de poste, quand on est privé de tous ces secours. uElte sait mieux que moi s*il sera au pouvoir du prince Eugène, arrivé «sur les frontières, d engager une action et de se servir des troupes an- (i glaises. Toutes les troupes des ennemis sont présentement rassemblées H entre l'abbaye d'Anchin el Douai . . ,
n La raison de guerre vou droit que toutes les troupes de Votre Mate jcsté fussent pareillement ensemble, du moins entre Cambrai et Arras. aCe seroH cependant tenir neuf lieues de pays lorsque Tennemi est en u bataille. Mais, comme nous sommes couveris d assez bons postes, il ny « auroit pas de péril à se tenir dans cette étendue de pays; et cest ce qui M n*est p3s même en mon pouvoir, puisque les subsistances me man- « queroicnt bientôt.
"Tout ce que je puis faire, c*est de faire venir la cavalerie de Doul- M lens entre cette ville et Arras, tirant ses fourrages de Doullens; de faire «venir le camp qui est sous Landrecies, à moitié cliemin de Canibiai, Il tirant toujours de Landrecies; de mettre la maison de Votre Majesté «au Catelcl, tirant toujours de Saint-Quentin; les autres corps tirant te de Péronne » Hapaume, Albert, Bray el Corbie. et finfanterie en pre- M mière ligne,
«Votre Majesté ne laissera pas d'être inquiète d'une telle situation, u quand elle saura sou ennemi assemblé. Mais ma disposition est forcée, H puisque je serois épuisé de fourrages en six jours, si j en prcnois une u autrc-
iiJe prends bien toutes les précautions imaginables pour n*être pas « surpris par des partis toutes les nuits : les signaux, des courriers tou- (( jours prêts, .,,, Si une action générale dépend du prince Eugène, les «apparences sont que nous Taurons. * .
uJespèn* pouvoir gagner le premier poste, qui est le meilleur; mais uje nomme fautre» en casque, par une marche forcée, les ennemis H puiâ3ent arriver en force devant moi, sur Montenescourl. Si cette ac- «tidn est possible, Votre Majesté en connoît mieux que personne les « conséquences. Qu'Elle ait la bonté de jeter les yeux sur Tordre de ban taille, et d'examiner si, le jour d*un engagement, elle ne trouveroit pas «que MM. les maréchaux d'Harcourt et de Berwick, qui sont présente-
courte durée, la place ilu Quesnoi qui dérendiiit cette position. Cet événement porla la tciTeui' dans Versailles, Ce fut bien pis, lorsqu»^ Eugène , poursuivant sa pointe eut investi Laudrecies* De là aux sources de rOise il ny avait plus qu un pas à franchir. Lentreprise ennemie s'anoonrail avec les apparences d'un succès assuré : hardie, mais non téméraire, elle s appuyait des règles de fart, et les postes occupés par les deux armées en autorisaient la tentative; aussi Eugène était-il plein d*espérancc. Ses manœuvres imposaient au cabinet tory» qui hésitait, tenu en échec par les vvhigs, et qui n'eût osé signer la paix après une grande victoire du prince généralissime. Les coureurs autrichiens savançaient jusque Soissons. Depuis deux siècles, la monarchie n'avait pas été dans un plus grand péril. Les lamiliers du roi lui conseillaient même de se retirer sur la Loire. Tous les monuments historiques, tous les témoignages contemporains, attestent celte impression profonde et universelle. On ne peut émettre un doute sérieux i cet égard.
Au milieu de ces anxiétés, que les infortunes doraesti(]iies rendaient encore plus pénibles, Louis XIV déploya une incomparable fermeté, soutenue par une rare liberté d'esprit. Secondé par fliabile chef de son cabinet militaire, M. de Chamlay, élève de Turenne et de Vauban, el dont Saint-Simon nous a laissé un si attachant por liait, le roi passait ses journées et souvent ses nuits à suivre son armée et Villars sur les cartes, et, tout en honoratit son lieutenant de la plus complète confiance, à réclairer par une admirable correspondance, dont notice XI* volume contient de curieux mais incomplets monuments, Villars, de son côté, trouvait, dans une activité prodigieuse et dans un dévouement absolu, le temps et le pouvoir de courir incessamment la campagne, d'étudier tous les buissons, tous les plis de terrain, tous les ruisseaux; de se montrer partout au soldat, el d'écrire au roi des rapporls quotidiens, attendus avec la fièvre à Versailles, et par lesquels, à vingt-quatre heures de distance, le prince était en communication continue avec son général, et se tenait au courant des opérations poursuivies. Ceiit été peu de chose encore pour Villars, si mille rapports particuliers et clandestins n étaient partis journellcmenl du camp de Flandre pour Paris el Versailles, où la préoccupation des esprits disposait à tout croire et à tout craindre. et multipliait aussi les difficultés du maréchal, obligé de répondre à une foule d'observations inutiles ou importunes qui lui arrivaient de la cour ou des ministres. Jamais homme neut peut-ctre une tache aussi mde et une aussi grande responsabilité. Quoique souQrant encore de son genou fracassé à Malplaquet. Villars, pénétré de ses devoirs envers
Cependant le roi mandait à Villars : « S'il arrivoit que les ennemis «voulussent faire le siège de Landrecies, vous savez quelles sont mes
w intentions et je ne puis que vous Jes répéter Le retardement de
aTarrivée de mîlord Stafford (porteur de ramiîstîee) pourroît vous jeter u dans un embarras que je suis bien aise de prévenir, par t'apporta tt Tordre que je vous donne daller attaquer et combattre les ennemis, ûslls font le siège de Landrecies. Le^ troupes anglaises sont placées de ti manière que» si elles demeuroient où elles sont présentement» elles u couvriroient Tarniée qui fait le siège. 11 semble que vous ne pourriez «attaquer les ennemis sans attaquer aussi le quartier des Anglais* , .; il «faut, en ce cas, quaprès avoir passé TEseaut, . . • vous fassiez savoir ti au duc d'Ormond Tordre que vous avez, le priant de prendre avec les u Iroupcs anglaises un poste plus éloigné, afin d'éviter avec ses troupes «toute occasion de combattre, et ne rien faire à son égard qui fût con- «traire 5 la suspension d'armes, que je regarde cotnme réglée et coui< venue, quoique le traité n'en soit pas encore signé. Le duc d'Orraond «ne ponrroitse dispenser, dans le même esprit, de quitter son quartier. «Mais, s il ne le fait pas, vous ne laisseriez pas de continuer votre u marche pour attaquer et combattre les ennemis, au hasard cjue les <t Anglais y fussent mêlés, parce que ce seroit de leur part un manque t( de bonne foi, s'ils prétendent se servir de la négociation présente pour u couvrir le siège de Landrecies , et se mieux assurer de la prise de cette « place , en meltant , par leur seule présence, mon armée dans Timpossî- « bilité de la secourir, lï
La suspension d'armes ne fut notifiée aux alliés que le 17 juillet, el le duc d'Ormond, à la tetc d*un faible corps d'Anglais, se sépara du prince Eugène. Les troupes étrangères à la solde de TAngleterre dér clarèrent vouloir rester avec les coalisés, et reçurent leur paye de ta Hollande. Plusieurs Anglais de distinction demeurèrent aussi auprès d'Eugène, et Dunkerque fut livra, comme gage des promesses faites par le roi, au cabinet britannique. Le maréchal de Villars, considérant le petit nombre de troupes que le duc d'Ormond détachait du prince Eugène (18 bataillons et aooo chevaux), trouvait la remise de Dunkerque dun prix trop élevé pour le médiocre service que rendait le général anglais, au point de vue des opérations militaires. Le prince Eugène demeurait aussi redoutable après la séparation qu'auparavant , et des renforts, arrivés des bords du Hliin, compensaient amplement la perte de la coopération britLinnique.
On avait espéré cependant quaprès la retraite des troupes anglaises Teflet moral produit par cet événemept empêcherait le prince Eugène
de songera de nouvelles enlreprmcs. Il n'ea fut rien, et ce priace, irrité de la défeclion anglaise» voulant relever d ailleurs le courage des Hollandais, marcha résolument sur l^andrecies, le jour même où fut publié farmistice avec rAngleterre. Celle hardiesse ëmut beaucoup Louis XIV. Sa correspondance avec Villars, pendant tout ce mois de juillet, porte une empreinte d'inquiétude marquée. Dans une longue dépêche du 8 juillet, M. Voisin revient encore sur la prolongation des lignes de Marchîennes, qui, de la Scarpe à la Sambre» occupaient, à ce moment» une étendue de neuf lieues. Villars s'en souvint bien, lorsqu'il apprît rinvestissement de Landrccies; il avait des instructions impérativcs et précises pour le cas qui se présentait; il se liàta dy obéir. Le prince Eugène ne doutait pas quon ne courut au secours de Landrecies, et cest ce qui augmenta sa sécurité pour ses lignes. Villars, en elTet, concentra sur-le-champ ses troupes répandues dans les environs de k Censée I pour se porter rapidement dans la direction de la place investie. «Dès le i8, dit M* le général de Vault, le maréchal rappela « les trente-six escadrons qu il avoit envoyés entre Guise et Sainl-Quentin , «et se fit joindre par la réserve de M. le comte de Broglie. et par les «autres troupes qui étoient sur la Censée. Son dessein étoît de marcher u droit au prince Eugène; et le roi, qui précédemment avoit pensé que, «attendu l'éloîgnement où étoit Landrecies de toutes les places d*oii les (I ennemis pou voie ut tirer leurs subsistances et leurs munitions, il eut u mieux valu chercher h interrompre les communications en attaquant «la ligne de Marchiennes, laissa au maréchal, par sa lettre du ly, la «liberté de combattre les ennemis par les endroits qu'il jugeroit les « plus accessibles , et qui le conduiroient le plus sûrement à les empè> «cher de faire le siège de Landrecies. »» Le générai de Vault ne donne point ici le texte des deux dépêches du roi dont il s agit, et Ton a lieu de le regretter, aujourd'hui que imîliative de la manœuvre de Denain est devenue l'objet d'une discussion nouvelle* L*éditeur du XI' volume de nos Mémoires militaires ne s est point souvenu, en 1863, que de i853 à 1860 M, Feuillet de Couches avait, en collaboration avec d autres hommes de lettres, publié le Journal de Datujean, et quau XIV volume de cette grande publication» M. Dussicux avait joint un savant et curieux mémoire accompagné de pièces inédites et fort importantes sur la question en litige. En conférant les deux séries de documents qui sont aujourd hui sous les yeux du public, Téditeur de notre XP volume aurait singulièrement augmenté rintérét des Mémoires mililaires, surtout s'il avait complété les lacunes qui restent encore à combler dans la production des pièces de corre-spondance. Celles qu'à
publiées M. Dussietii nous apprennent que, ie ly juillet , le maréchal de Villars, dont le quartier général était à Noyelles, y convoqua un conseil de guerre, pour recueillir les aris des ofliciers géneraujt sur le meilleur parti h prendre en Tétat de& ordres du roi. Du point oii Ton était, on pouvait ou marcher sur les lignes de Marchiennes, noo sans péril il est vrai, mais avec quelques chances de succès peut-être ; ou bien passer TEscaut au point le plus propice, se diriger sur les sources de la Selle, et y chercher l'armée d'Eugène, pour la combattre et débloquer Landrecies, Ce qui s'est passé dans ce conseil de guerre est révélé en un rapport secret et détaillé , envoyé à M. Voisin par le maréchal de camp de Silly, qui lui était dévoué- Ce témoignage est corroboré par une dépêche de ViUars, où Ton voit qn*il y avait aussi, sous ce grand règne, des moments de défaillance, inséparables de ta misé* rable humanité. On avait espéré, dans le camp de V^illars, qu'après la défection anglaise la paix allait être conclue, et fun voyait, au coQtraire* les hostilités recommencer avec un redoublement d audace et de vigueur de la part du prince Eugène, Il fallait décidément croiser le fer, et les esprits en demeuraient confondus autant qu affectés* Villars écrit au roi, le i8, qu'il a été obligé de lire les ordres du monarque pour se faire obéir; tout le monde avait compté sur la paix et retournait se battre â contre-cœur Le même jour, i8, Villars écrivait à M. Voisin : — «Vous verrez. Monsieur, par la lettre que j'ai fhonneur d'écrire à *iSa Majesté, que j'ai été obligé de lire les dépêches à la plupart de uMM, les officiers généraux. Cela étoil nécessaire; tous avoient compté usur la paix, et de celte douce espérance on ne retourne pas bien voidontiers à I apparence d'une bataille dont rexlrême conséquence pra- «duil bien des raisonnements. Après cela, si nous en venons à une <i grande action, je suis persuadé que, le premier coup de canon tiré . « tout le monde trouvera son ancienne valeur- »
A Noyelles, romme nous lavons dit, on semblait être en position de faire, sur Denain, une pointe où la garnison de Valenciennes pouvait rendre d*utiles services, et pourtant personne à Noyelles na proposé de manœuvrer sur Denaîn, ni le maréchal de Montesquiou ni aucun autre. Le secret de cette opération possible était donc renfermé dans la pensée de Villars et du roi. Si, comme on Fa prétendu, M. de Montesquiou en a eu plus tard l'idée, il n'a certainement pas été le seul, et il n'a rien appris, à cet égard, au général en chef, quand il en a proposé l'expédient, en face de Landrecies. Montesquiou n avait point, quoi qu'en dise Saint-Simon, ces instructions particulières de la cour qu on ne preti-ouve nulle part; s'il les avait eues, il n eût pas opiné, comme il le
fit à Noy elles, pour entraîner Tarméc vers Landreries, croù le retour sur Denain était plus difijcilc et plus périlleux. Le coaseil de guerre fut donc d'avis unanime d'aller passer TEscaut entre Crèvecœur et le Catelet, de murclier vers les sources de Ui Selle, et de là sur la Sambre. Villars se rendit à regret à cet avis, ainsi que le prouve la de^pèche du 1 7. «Je vous assure, disait-il à M, Voisin, que mettie tous les œufs «dans un panier est une phi^ase qui bourdonne fort à mes oreilles.*» Cette lettre se croisait avec celle du même jour, que le roi, ignorant encore rinvestissement de Landrecies, adressait au maréchal, et dans laquelle on lit : uMa première pensée avoit été, dans féloignement où use trouve Landrecies de toutes les autres places d'où les ennemis «peuvent tirer leurs munitions et convois» d'interrompre leur cominu- Huication en faisant attaquer les lignes de Marchiennes, ce qui lesmet- « troit dans rimpossibililé de continuer le siège; mais, comme il ma uparii que vous ne jugez pas cetljû entreprise sur les liffnes de Marchiennes it praticable y ]e m'en remets à votre sentiment par la connaissance pfus t( parfiiite que vous avez étant sur les lieux, et je ne puis que vous conet limier les précédents ordres que je vous ai donnés pour empêcher le « siège de cette place et combattre les ennemis par les endroits que vous u jugerez plus accessibles, pgndant quils viendront pour s'établir devant « la place, , • . » De son côlé, M. Voisin écrivait le même jour, 1 7 juillet, au comte de Broglie, commandant la réserve de Villars : tiOn prétend ti que le prince Eugène doit se déterminer ces jours-ci à faire un nouveau «siège, de Landrecies ou de Maubcuge. Je vous supplie de me^ mander «si vous jugez qu'en faisant le siège de Landrecies, ib puissent toujours «conserver leur communication à Douai par Marchiennes, pour en «tirer leurs convois et munitions de guerre, ce qui est fort éloigné de w Landrecies; et il est néanmoins bien difficile qu'ils les puissent faire «venir d'ailleurs, n'ayant rien de plus près que Mous, s'ils ne tirent pas «de Douai. S^ilélait possible, dans ce grand ébignement, d'attaquer leurs alignes de Denain, pour couper la communication, ce moyen paraîtrait le «plus assuré et le moins hasardeux, pour les obliger à lever le siège; et levons feriez bien d'en écrire vous-même à M. le maréchal de Villars, «et de lui en envoyer un projet, lui marquant le nombre de troupes « dont vous auriez besoin , de quelle manière et en quel temps il devroit «les faire marcher pour vous les envoyer et en ôter la connaissance c^aux ennemis. Comme il doit passer l'Escaut avec Farmée du roi «lorsque les ennemis s approcheront de Landrecies» il me semble que» «dans ce mouvement général de Farmée du roi, la contre-marche que «feront quelques brigades par les derrières pounoit aisément être
u cachée. Le roi ne veut point laisser prendre LaDdrecies, comiiie on a ufait le Quesnoy, et Sa Majesté hasardera plutôt une bataille pour se- «courir la place que de ne rien faire du tout. C'est pour cela que je <* vous prie d'examiner s il seroit possible d*empèchcr le siège en inler- «rompant cette communication du camp de Douai* t>
On na pas, audt^pôt de la guerre, la réponse de M. de Broglie, qui ne parait pas avoir tté favorable, en ce niouient du moins, à une iliversion sur Denaîn. Dans la pensée du ministre, cent donc été le comte de Braglîe qui, avec les réserves de Tarmée, anraît pu tenter de couper les lignes de M.ircbiennes, pendant que le corps principal de larmée française, sous le général en chef, se portait en avant sur Landrecîes; et celle circonstance expliquerait Tavîs négatif exprime ou le silence gardé dans le conseil de guerre de Noyelles. En somme, il est bien avéré que le roi et Villars avaient l'œil ouvert sur Denain, bien avant le a 4 juillet, et que, depuis longtemps, l'attaque des lignes de Marchiennes était lohjel d'une discussion confidentielle et hypothétique entre les deux grands personnages.
Du camp de CateauCambrésis , où il s*élaît porlé en quittant Noyelles , V^illars écrivait, le ao juillet, à Louis XIV : «Depuis neuf heures du u matin que j'ai écrit un mot à M. Voisin, ^ai reconnu, avec M. le ma- M réchal de Montesquiou et plusieurs de MM. les officiers généraux, les u quartiers des ennemis, en deçà de la Sambre, que la nature des lieux u ne permet pas d altaquer, et je cherche encore; car nous devons percer «les bois cette nuit, mais avec peu d'espérance de réussir. Nous troon vons donc que Ion ne peut altaquer rennemî qu'en passant la Sambre , net cela par une bataille générale avec larmée toul entière, et, selon u Topinion de M. le marquis de Coigny, avec désavantage, sur la nature u des lieux, l'ennemi plaçant son armée enlîcre, la droite sur la Sambre , M et suivanl le ruisseau de Priche* Nous ne croyons pas devoir donner «celte bataille sans les ordres de Votre Majeslé-, cependant nous <t allons demain malin reconnoître les postes; si nous les trouvons plus «favorables que nous ne fespérons, nous n'attendrons pas les ordres ndc Voire Miyesté pour attaquer. S'il est question d'une bataille avec A désavantage, je la supplie de me pardonner la liberté de les demander. i Le plus ou le moins de temps que tes ennemis ont eu ne leur donne ftittcim avantage, car la force de rinveslissement consiste dans la na-
• ture du pay?; ce n'est pas qu'il ne relève de la terre en quelques en* ^^||f^^ - c'est son armée entière que nous trouverons après avoir
• Milc^ - -^libre, comme nous sommes obligés d'y mener aussi fainnée
• t^ijitrc de Votre ^lajesté* Si ctiie vue ne réassit pas , on se toarnera dm
MÉMOIBES MILITAJBES.
u tous les côtés* Les intentions de Votre Majesté sont connues, et je puis n rassurer de notre très-grande envie de combattre. L'on ni*oblige, avant <tde finir, d assurer Voire Majesté que nous ne pouvons de ceci faire «une aflaire particulière; il faul aller rombattre avec tout, au delà de *< la Sambre. J'ai riionueui\ etc. n
A cette lettre du 30, le roi répondit le !î 1 : iVous demandez mes <c ordres. Je ne crois pas pouvoir mieux m'expliquer que j'ai fait par mes u lettres précédentes. Mon intention n'est pas de vous engager à faire i< ce qui est impossible; mais pour lont ce qui est possible pour secourir
*< Landrecies, vous devez ie faire M. de Tingry (commandant
« à Valenciennes) pourroil profiler de ce temps pour attaquer les postes «de communication des ennemis» du côte de Marchiennes, qui sont
«apparemment fort dégarnis Enfin c*est à vous de déterminer,
a sans nouveaux ordres » et le temps et le lieu de laclion , et à prendre tous « les meilleurs arrangements pour y réussir. »
Le même jour, 21 , Villars écrivait i M. Voisin une dépêche importante, à demi chiffrée, dans laquelle on lisait : uJai été voir comment unous paissions altaijaer le camp de Demain , à quoi l'on na pa songer qae ndans le temps (jae tious éloignions tannée ennemie de l'Escaat; car, lorst« qu'elle y avoit sa droite, on ne pouvoit le tenter avec aucune appa- ' reuce de surcés. Je com[)te donc faire demain toules les démarches «qui pourront persuader l'ennemi que je veux passer la Sambre, et je « tâcherai d* exécuter le projet de Denain , qui seroit d*une grande utilité* «S'il ne réussit pas, nous irons par la Sambre. Je suis assez bon servi- <• teur du roi pour garder la bataille pour le dernier. Elles sont, comme « vous savez, dans la main de Dieu, et de celle-ci dépend le salut ou la «perle de rEtal, et je S'jrais un mauvais Français et un mauvais serviuteur, si je ne faisois les réflexions convenables. Je suis, etc. »
Sur ces entrefaites, il arriva au camp de Villars ime dépêche de M. de Tmgry, qui. de Valenciennes, devait concourir à lattaque de Denaio, et qui dissuadait de Tentreprcndre» par de^ motifs qui parurent péremptoires aux officiers généraux les plus déterminés. M, de Broglie et M. de Vieuxpont. Le maréchal manda donc, le 22 , à M. Voisin, qu'il fallait renoncer au projet de la veille : v J'en suis très-fâché, disait Vil- «clars; mais, quand ceux-là refusent, je nirai point rolfrir à d'autres, 'i On peut douter que. dans ce dernier plan, farmée tout entière dùl se porter sur Denain. Villars ajoutait qu'il marchait sur la Sambre, pour passer la rivière aussitôt les ponts disposés. Il ne devait point écrire le îiS; il voulait avoir, pour des éventualités imminentes, sa complète liberté d'espril et d'action. Mais M, Voisin fut désolé quand il reçut la
lettre du maréchal, et, le i3 même, il lui actressa une dépérbe groodease qui, heureusement, n arriva qu'après le trionnplie du a à : VUIars passa la journée du î3 tout eulière à cheval, en r^contuiissanees et visites de lieux; il s'assura, par des conférences avec ses officiera les phis assidus, du péril d'une grande halaille livrée sous Landrecies, ou Tennemi était, avec toutes ses forces, retranché dans une position formidable; et, illuminé dun soudain éclair, par la proposition de M. de Montesquiou lui-même, qui avait étéd^un autre avis à Noyelles, il prit immédiateraent le parti décisif d*ufie marche rapide sur le camp de Denain, non plus, celte fois, par un grand détachement, comme la chose avait été souvent projetée, mais par Tarmée tout entière, et en prensint le camp ennemi à revers, au moyen du passage nocturne de TEscaot, en aval de Bouchain, Pour exécuter son hardi projet, V illarsdut trompera la fois et Tennemi et son armée; il y réussit à son gré. Vers cîimi heures du soir, toute farmée française se mit en mouvement, et tout le monde croyait que c'était pour ^marcher sur Landrecies. Mais, à la nuit tombante, on fit demi-tour, et Ton se dirigea, au pas de course, à gaucho sur l'Escaut, au grand élonnement des soldats, qui crurent qu'on faisait fausse roule et qu'il fallut détromper. L'armée entière chemina toute la nuit, franchit VEscaut heureusement sur des ponts habilement jetés et disposés peut-être à l'avance, et, d'une marche forcée, elle arrivait, k dix heures du matin, sur les relranchenienls du grand chemin de Paris, quelle enlevait à la baïonnette, sans que le prince Eugène se fut douté, sur les liauteurs de TEcaillon, de ce qui s'était passé la nuit dans la plaine. Du (frand chemin de Paris, Villars marcha en toute hâte sur le camp de Denain dont le commandant demeura tout étonné d'une attaque si impré\njie. Le retranchement fut emporté d'assaut, avec perte de peu de monde. « J'entrai, dit Villars, dans le retranchement à fa tète «des troupes, et je n'avois pas fait vingt pas que le duc d'Albemarle, «commandant le camp, et six ou sept lieutenants généraux de Tempc- <treur se trouvèrent aux pieds de mon cheval. Je les priai d excuser si «les affaires présentes ne me permettoient pas toute la politesse que je «leurdevois, mais que la première étoit de pourvoir à la sûreté de 1 leurs personnes. J'en chargeai des officiers de considération , et, appe- .liant le comte de Broglie, Comte, lui dis-je, marchez A Marckîennes. «Je poursuivis ensuite les ennemis qui ne songeoient qu'à fuir. Mal- -heureusement pour eux, leurs ponts sur l'Escaut se rompirent, et les • vinfil-quatre hatnillons qui défendoient le camp furent entièrement ^ f€\$ on tués. )>
Le prince Eugène ftit atterré au spectacle de ce désastre, qu'il ne
pouvait empêcher de Fautre côté de TElâcaut* Il avait perdu ses magasins, ses dépôts d artillerie et de munitions. Un ténjoiti oculaire, qui fut depuis le maréchal de Saxe, nous a laissé la relation de cette surprise méniorable et de Téniotion du prince, mordant son gant de dépit, et n'ayant plus quà songer à la retraite. La France était sauvée»
Ch. GIRAUD.
La $aiie à un prochain cahier, )
D après les inscriptions récemment découvertes.
Du nombre des Athéniens de nindiiion libre, depuis l'année i8ci avant J, G., jusqu*â Tannée ais après J. C.
Un des mémoires les plus remarquables de Letronne est consacré à la population de TAttique*. Boeckh, dans son livre sur YÉconomie pu- Uiquedes Atkéniem, a aussi traité cet important sujet. Sur le point principal, cest'à-dire sur le nombre des hommes majeurs de condition libre , ces deux savants sont arrivés à desrésidtats incontestables'*. Si je reprends celte question, ce nest pas que je veuille discuter les chiflres qu'ils ont admis; mais Boeckh et Leti*onne s'arrêtent au début du iv*" siècle avant notre ère; le dénombrement de Démétrius de Phalère
' Mémoires de V Académie des inscriptions et belles- let très , nouvelle ftérie, t. Vt, p* i65. ^ * BoeckLi et Lcironne ne sont réellement en désaccord que sur le nombre des esclaves. Letronne ne veut pas admettre le chiffre de ioo.ooo conservé par Athénée (VI, p* U7a). Son argumentation, »i savante qu'elle soit, n'est pai« décisive, et, jusqu*ici, la vérilé parait être du côlé de BoecUi . qui accepte, pour les esclaves comme pour le reste de la population, les assertions du Banquet des sophistes. Quant .mx autres divergences de détail, elles proviennent de ce que Boeckh et Letronne multiplient le nombre des hommes majeurs de condition Ubre par de» chiffres différents et parfois hypothétiques < Le plus sur est de prendre pour hase les Tables de moriaUtt? rectifiées par les dernier» travamt de la science moderne.
di.
JOURNAL DES SAVANTS. — DECEMBRE 187i
Les épbèbes avaient une bibliothèque, tfont nous retrouvons le cala* logu«% en notant sur les marbres les mentions, qui ny sont pas rares, de dons ou d'achats précieux. A la diflerence des autres cludiaots. ils allaient en corps aux cours des philosophes et des rhéteurs; les décrets disent qu*ils donnaient l'exemple de la bonne tenue. Des concours annuels permettaient de récompenser les plus méritants ; le stratège des hoplites présidait la commission d'examen qui. à la fui de chaque exercice, jugeait des progrès des élèves.
Ce qu'il faut surtout remarquer dans ce programme, c'est que les jeunes gens étaient soumis au pouvoir absolu de l'État; que le peuple et le sénat intervenaient sans cesse dans la vie intérieure du collège, que pas une loi , pas un règlement n'avaient de valeur si le vote populaire ne les consacrait» que le sénat en particulier, par de nombrensf^ cIoIpgations, surveillait sans cesse les maîtres et ies élèves ' ,
Préoccu[)és des dangers de la démocratie» (]uelques publicistes tuo* derne», et parmi eux je citerai surtout Cbanning, ont demandé que, pour la profesmn de citoyen comme pour toutes les autres, il y eût ud noviciat; ce noviciat était obligatoire dans la plus célèbre et la mietix réglée des cités helléniques*'. •
I^a plus ancienne des inscriptions éphébiques connue jusqu^ici ne date que de la 4* année de lacxïiv'' olympiade'; encore ne contient-eile
' La seule étude d^ensemble consacrée juftqu ici à Téphébie est la dissertât ion iHÉU^'unilo de M. Dittenbejv<?r • ^^ ephehis Atiins, Gôlting, i863, travail fait avec teMUVOtip di' Hoin , mais où Vntiteur na voulu qirefïleorer ce beau sujet Nous de- «gei» à M. NFulNiiiiT des rmunrquGâ intéres.santes , et presqiie toujours très-exftcf es . mÊ «llirlqur*» questions èphébiques : Ccmmentatio epigraphica^ BeHio, i86g. ^^ * S &lit mpprorher dm institutions éphébîques ces lignes de Cbanning écrit as en \ lit cause de la vérité de dire que je crois la fraiicbise électorale Ml* noire pays» Je trouve que ce grand privilège ne devrait pas être I » pn5 «île in^Hlruil du principe de notre gouvernenient et des veii, et qui ne peut donner quelque preuve d*une vie au moins (ts princqiaux de nos grandes écoles publiques devrait être onuc» de toutes classes leurs devoirs comme citoyen, de leur tinissanco des principes politiques pour qu'elles pussent faire v »f li?ur vote. Ce aevrail être une fêta nahùnale, une solennité pudu j tunes gens au privilège du, vote; ce pouvoir ne devrait être tmm dn aspirants, et il faudrait que cet examen se Ht entoure ^ imuoAAUltfs , propres à éveiller dans la jeunesse et dAiis V ientioiecil de la hante responsabilité et de Tbonneur de <L>U de l archonte Ntx/« (a8i av, J, C.)* Euslraliadis :
ks prix fuite aux élèvei de M. G. G. Puppudopoulos i^wr^v9^ ab^ooTOi, Athènes, i85i, n" 7, 17, 19, ak t. r p. ^f** Rangabé, Antiquités helléniques, t II,
pas le catalogue complet des éphèbes pour larchontal auquel elle se rapporte. Les catalogues complets commencent à la clxi*" olympiade ti {i 33 av. J, C.)* ; cest seulement h partir de cetle époque que les stèles permette ut de fixer la population d'Atliènes.
Les termes du problème sont d'une grande simplicité. Nous avons, pour un certain nombre d'années, la liste des Athéniens de dix-huit h dix-neuf iins; ces chiffres doivent nous faire connaître le total de la po pulatioo libre *^. Mais, avant de faire ces calculs» il fallait sVirrêter à deux difficultés. Les catalogues sont datés par des noms d*archonles; deux ou trois de ces archontes tout au plus figurent sur les listes de Corsinî et de Clinton; il importait de fixer Tannée de tous res nouveaux éponymes. C est Tobjet d'un mémoire publié sous ce titre : Essai sur la chronologie des archontes athéniens posténeurs à la cxn' olympiade et sur la succession des magisirais éphéhifjues ^ . Les inscriptions éphébiques fournissaient, poui ce travail, urïe méthode très-lente, mais sûre. Comme elles portent presque toujours la liste des professeurs du collège, que ces professeurs sont nombreux , qu'ils restent en charge plusieurs années, et même parfois durant leur vie entière, que, de plus, il y a entre eux une hiérarchie qui permet d'établir un cursus, on comprend qu'en faisant la liste chronologique de ces fonctionnaires on arrive à un classement relatif des marbres. Telle était la première partie de ces recherches; on devait ainsi diviser les marbres en classes. Il fallait ensuite, dans chaque classe, trouver un point fixe, une date positive , qui permît de Tattribuer à une époque donnée* La date d'un seul archonte une fois déterminée entraînait celles de tous les éponymcs de la série. Un travail aussi minulieux ne saurait se résumer. Ce qui» n>ieux que tous les arguments particuliers, démontre la vérité des résultats obtenus, c'est faccord que présentent entre elles toutes les parties de cette chronologie; cVst le parallélisme constant de la liste des éponymcs et de celle des fonctionnaires*. De nouvelles découvertes compléteront ces tableaux; elles nen modifieront pas les séries principales^.
p. 1 17, ir8,aSî, 709» etc.; Pkiîoîogas, t XII, p. 735; t. XllI, p. 107. Cette ftlele, découverte par fragments, a été piititiée k plusieurs reprises. L'hooneur d*en avoir fixé le texte appartient à MM. Eushatiadis et Rrrciibofï; ce dernier, dans le Pliilolotius , a donné une bibliograpliîe très-complète de tous les fragments. — CC aussi, pour la date^ mon Essai sur ta chronologie des arckontei, p, î6. — ' Arcbontat do hjjvatoç, Phtiistor, l. î , fascic* 3 , p, 90. Eph. arch. , n'* /i 1 07. Enui sur la chronologie du archontes , p* a4* — ' On remarquera que nous ne parlons ni des métèques» ni des esclaves, — Unvolumein-8% Didol , 1S70. — ^ Voir, à la lin de YEisai cité plus haut , huit tableaux qui donnent la liste des archontes d'Athènes et des fonctionnaires éphébiques. — ^ 11 est juste de rappeler d'eiLcettents travaux partiels faits à diverses époques pour
La seconde difiicullé venait d'une contradiction, au moins apparente, entre les tejLtes des scholiastes sur Téphébie et les documents épigraphiques» Les scholiastes disent tjue la période éphébique était de deux ans '. Il est évident que chaque catalogue ne contient que les éphèbes d*une seule annce. Sur ce second point, aucun doute nest possible. Les catalogues portent pour titre : Oi Kpvjêot énl rov Sslms âpxQ^^oç r:elte expression peut désigner les cphèhes de deux années. Ce qui ne permet pas d'hésiter, cest la rédaction du décret qui précède le calâlogue; il commence par rappeler que les éphèbes ont prêté le serment d'entrée; il énumèrc ensuite, mois par mois, tous les actes du coHcge; il tt^rmine en disant que les jeunes fçeiis ont passe devant le sénat la revue de sortie. È-îTotTitravro Se xal ^tt* êZ6Sf^ tv$ è<piiSs{a§ rnv dtTtéSei^iv 70 fiouX^x ils ont, à leur sortie de ïéphébie, passé la revue [ordinaire] devant U* sénat. Il n'e>t pas un srul décret qui mentionne les fêles ou les actes de deux années difl'érentes, j| n'en est pas un seul qui s'explique, si Ton suppose
eooipléler ies listes de Corsini « l de Clinloî». Outre le* remarques Je Boeckh dans le Corpus» toujours excellentes lors même qu'il n'arrive pas à des réaultata certains, vovez DiUenhergcT : Attisckê Archonten zwischéti Ofymp. cxxrt and cxxx ( Hermès « 1867. p- 285 à 3o6). — Meier, Commentatio epigraphicu , Haïis, iBSa.^ — Commentatto secunda. Halis, i854. — VVeslermaon : article Archonte dans Pauly "< fie(il Etuyclopetinf 186G. — ^Hermami : Lehrbach dcr Gnechischen Sfautsaheiikûmer, Heidelberg, i855. [I. 569, — RossojKJiilos » KaràXoyoi tù^v iv kOrivaiç yst^ofiévùm âp)(ài'7fûv; Atiiènes 1861. -^- Curliu» : Nackrichten von der Georg. Aatjusts Universitàts and der Kôni^L GeselbchaJÏ der Wissmchajhn za Gôitingen, 186a, p. 333.^ — Scheibel : Scaligeri ÙX^fiirtà^tûv dvaypap^} , Berlin, i853. — A Kirdditiff r îst in AthenjetnaU Priestera *ltrr Sotvren datirt worden'? Hermcn, t. 11 , p, iGi, — HerUberg, Gesckichle des Grie cheniand unier Herrschaft der Rômer. Hall. 18G6-18 8. M. Hertiberg fait des remarques iiUéressantes sur les êponynies qui a| pnrliennenl à des familles iinpartrtnles. MM.KusUaU.idia el Koumanoudis, en publiant les inscriptions éphébiques. onl donné, •ïurlachrtmologie de^ archontes, tla notes dont il faut inujours teoir compte. IVlaîs le travail le plus remarquable est celui de M. Neubauer, Commentatio rpic^niphica , Berlin, 1869, M. Nenbaner éîudîela chronologie de5 archontes postérieurs à l*étnblissement de Tenipire romain; son livre est excellent. J'ai eu connaissance de cet ouvrage quand le mien était acliev*^. Il m'a cependant été possible de vtrilier toutes les dates propo&écï^ par ce s^avant, et aussi* pour la période où nous nou* reneoD- Irons, de mettre à probt ses recherches. En 1871, dans l'Annuaire de riSssociiition pour rencou rarement des études grecques en Fràoue, M, Gh.-Em. Ruelle a publié mi iahleati chronologique de f archotiîcs athénierts postérieurs à la cxn' olympiade, tableau ilf^iié d'iiprès mon Essai et précédé d'une étude critique. M, Huelle a fait la preutm éi ••* calculs, — * Ulpîen Ad Dem. de falsa legatione, i, V» p, 117, édît. Wolf. — Dm. Atha, t. Il . p. 4^8, édit. Didot, Voir surtout Frikffm. hist. grmc, édit. Didot . t. U . ■kil* CUulon, Ftisti Hellen. , t. Il, p, 362. Hermann, Lerfihiivh derffrwchr Staatttili , i I%S« ik 8. La meilleure discussion de ces textes se trouve ilans Touvrage sur r«iMkii^M. Heinrich, cité plus haut, inttio.
quii se rapporte aux jeunes gens de deux années* Ce qui permet de se rendre romple de h rontradiclion des scholiastes et des textes épigraphiques, cest la diirërencc des époques. Les textes, du reste très*rares. desscholiasles, se rapportent tous à des passages de Démosthène, d'Eschine ou de leurs contemporains, c est-à-dire h on lemps sensiblement antérieur à celui du premier décret éphébique qui soit suivi d*un catalogue et rappelle pour Tannée entière des actes du collège. Ce décret, daté de l'arcliontat de Lënaîos, est, d'après mes calculs, de la cLxn* olynip. i, c*e&t-à-dire de l'année i32 avant notre ère, et concerne les jeunes gens de l'année i33^. H faut reconnaître qu après l'éj^oque macédonienne un changement s*est fait dans le collège, que la période biennale a été réduite alors à une seule année ^.
Pour Texactitude des calculs, il importerait de savoir si les éphèbes des catalogues ont de 18 à 19 ans, ou de ig à 20 ans. Aucun document ne permet de répondre à cette question. Toutefois on remarquera que changer fâge légal de la majorité civile et politique est un événement si grave, que, s'il s'était produit, nous en trouverions sans doute trace dans les écrivains de rantiquité. Que, par suite, au conlraîre, de la décadence , quand toutes les anciennes institutions perdaient quelque chose de leurs caractères premiers, la période éphébique ait été réduite de deux à un an, cest là un changement qui ne peut nous surprendre. Je propose de reconnaître , sur les Catalogues , des Athéniens de 18 à 19 ans. Lors même que cette hypothèse serait plus tard reconnue fausse, ce qui est peu probable, elle n aurait infirmé nos calculs que dans de faibles proportions.
Reste la part qu'il faut faire aux abstentions. Il résulte de tous les décrets que le passage dans l'éphébie était obligatoire, comme le service militaire, comme le serment politique à 1 8 ans. A la belle époque, tous les pères envoyaient certainement leurs fils à lephébie. Que, plus tard, au début de l'ère chrétienne, quelques habitants des dèmes éloignés aient négligé ce devoir pubhc, le fait parait probable; mais, pour quiconque connaît le caractère grec, sa passion des fêtes, des cérémonies, des exercices en commun, finstitution devait avoir assez de charmes pour attirer à elle presque tous les jeunes gens. Évaluer les abstentions à — est certainement au-dessus de la vérité.
Tous les catalogues ne sont pas également complets; beaucoup ont été rédigés par des sections du collège, par des confréries particulières
^ Euai sur la chronologie, p. So. — ' C'est ce qu'admet sans hésitation M. Dii^ tenberger, oavr. cité, p, ai.
que les jeunes gens formaient entre eux. On ne peut déduire de pareilles listes le nombre total des élèves dune année que par le rRisocineiïientî il faut entrer dans de longues discussions qui. il est vrai, permettent presque toujours d arriver à des résultats certains, mats qui supposent une étude entière de l'histoire de Téphébie. Sans nous arrêter pour le moment à ces catalogues partiels, nous citerons ceux qui conservent les noms de tous les membres du collège, ceux qui sont assez bien conservés pour ne laisser place qu*à des erreurs insignifiantes.
1* Fin DO DBCJXlèMB SlBGLft AfAMT fiOTRE È&t :
Inscriptron V '. glxi' olymp. 4 (i35 av. notre ère). Le uombre des éphèbes esl exprimé en toutes lettres ; i34 Athéniens'.
Inscription Vï. clxu' olymp. 2 (i3i av, J. C); lao éphèbes environ*
Inscription VIL gliii* olymp. 4 (tsg av. J. €.). Catalogue peu endomoia^^ de 1 4o à 1 5o éphèbes*
Inscription VIIL clxiii* ùlymp» a (127 av. J. C,). De 120 à ïa5 éphèbes.
Inscription IX, clxiv' olymp, 1 (i34 av. L C), De 190 à 100 éphèbes athéniens.
1' Èïn DU PBEMieil SIECLfi AVA?IT fVOtAE ÈRB*
Inscription XX. CLXxiv" olymp. 3 (3g av. J. C). De bb à 60 éphèbes.
3* HfiGNES DE CLAUDE ET DE NERON*
Inscription XXXVL 4a «p- J. C. lao à i3o éphèbes.
Inscription XXXIX. 53 ap. J, C. Catalogne incomplet; environ 100 éphèbes,