‹ Journal des savants (volume 5)Chapitre 8 sur 79 · Chapitre premier. — Les Vers jumeaux · texte numérisé non relu

Chapitre premier. — Les Vers jumeaux

« 1 , Tout ce que nous sommes actuellement résulte de ce que nous «avons antérieurement pensé; c'est fondé sur nos pensées; c'est fait de unos pensées. Si un homme pense ou agit avec une pensée mauvaise, «le mal le suit comme la roue du char suit le pied de celui qui le H traîne.

u 1, Tout ce qtie nous sommes actuellement résulte de ce que nous « avons antérieurement pensé; c*est fondé sur nos pensées; cest fait de «nos pensées. Si un homme parle ou agit avec une pensée pure, le i* bonheur le suit comme une ombre qui ne le quitte jamais.

«r3. — Il m'a injurié, il ma frappé, il m*a ruiné, il nia dépouillé. « — La haine ne cessera jamais dans les cœurs qui nourrissent de tels « sentiments.

« 4, — Il m'a injurié, il ma frappé, il m'a ruiné, il ma dépouillé. « — La haine cessera dans les cœurs cpii ne nourrissent pas de telssena timents.

« 5, Car la haine ne peut jamais cesser par la haine; la haine cesse "par l'amour» C'est un précepte bien vieux.

«6. Et quelques-uns ne savent pas que nous devons tous ici-bas en « arriver à une fin; mais d'autres le savent; et c'est pour cela que leurs <t querelles s apaisent.

a 7. Quand on vit en ne songeant qu^au plaisir, lâchant la bride à « ses passions , immodéré dans ses jouissances, paresseux et faible, Mâra» rt le tentateur, ne manquera pas de vous vaincre, comme le vent rentrverse un arbre tropiaible pour lui résister.

(* 8* Quand on vit sans songer au plaisir, en domptant tous seft sem,

H luodéré dans ses jouissances, lidèle el Ternie , liera ne peut pas vous «•vaincre, pas plus quo le vent ne peut renverser une montagne row rheuse,

H 9. Celui qui désire revêtir le saint vêtement de couleur jaune sans «sêln" au|^ravant purilio du pechê; celui qui dédaigne la tempérance u ol la vérité, celui-là est indigne du vêtement de couleur jaune.

10. Celui qui $*est purifié du péché, qui s*est eGTorcé d*acquérir

• loutes les vertus et qui recherche la tempérance et b vérité, celui-là « osl digne du vêtement jaune.

«^ I I . Ceux qui trxnivent Fa verile dans Terreur et qui trouvent Ter- « ivur ilans h vérité irarrivent jamais à la vérité, et ils ne poursuivent .* que des désirs vains.

>» 11. Ceux qui irouveni I.* \erite dans la vérité et Terreur dans Ter- " ivur. tvux-IA arrivent i U verilv. et ils |>oursuivent des désirs réels.

«« kV IV uièuie que Li pluie fait irruption dans une maison mal « iHMiverte . tie n^ênie la (vission l'ait irruption dans une âme irréfléchie.

«^ 1.^. IV uièuie que la pluie ne pénètre pas dans une maison bien réouverte, la (VASsiou, de mémo, ne peut p«)s faire iiniption dans une n .\uu« qui raisonne.

u ic*>. I.e piH'heur qui tait mal s afflige en ce monde, et il s afflige HUU.VHÎ dans Tautie; il s afflige dans les deux. Il >'afflige et il souflre de « voir h* mal qiu^ son ivuvrt* a o;uist\

M i(î. l/houune de bien jouît du bonheur eu ce monde, et il jouit «tlu bt^uheur dans Tautre monde. Il se rejouii. et il est heureux en » voyaut la puivtè de Sii pa>piY aelion.

« i-'» Le nuvhaut soulVre dans ce monde et il souAVe également udauH Tauriv; il soulViv tLius le^ deux. Il souffre en songeant au mal

• qu'il a liiil. «*t il '«ouffiv da\antage encxïre en marchant dans sa voie «« unuivaifte.

^^ |8, l/houune do bien e>l heureux dans ce monde, il est heureux «rtUiWi (huiJi TiUitie; il o>t heureux dans tous les deux. Il est heureux ^^ ou peuwani iMi \w\\ ipn'l a Tait; il est encore plus heureux en m^irchant 1^dau<l le bon ebeniin qu'il >uil.

« I »|. l/bouune qui ne pense pas par lui-même a beau pouvoir réciter .une louuue partie ilu lexle saint, et d'ailleurs il ne le fait point, il .uVm m^ A eonqUer au nombre des religieux; mais il est comme le . bouv le r qu* eouqUerail len vaebes des autres

.40 0^m^^\ h^ *eebdt*iir de la loi ne peut en citer quune petite * ...ai. .iii\iviiiit owhM louto iwssîon, tojite haine, et toute in-

PAUABOLES DE BOIJDDHAGHOSHA,

uêtie complé, bien quil ne pense point à ce monde ni a Tautre, parmi « la corporation des prêtres. •>

Voilà le premier chapitre, et je crois que personne ne pourra le lire sans être frappé de la nature des penst^-es qu'il renferme» et plus encore du style dans lequel ces pensées sont rendues* Le bouddhisme des premiers temps n a ni ce fond ni cette forme*; au troisième concile même, les choses n'en [)ouvaienl être déjà à ce point, el ces brèves sentences, qui ne laissent pas d avoir des prétentions Ittléraires, ne répondent point à Tesprit de cette époque enthousiaste et peu laconique» comme le montrent tous les documents que nous en connaissons.

Mais poursuivons cette analyse, et passons au second chapitre. Il traite de la réflexion, dont fauteur fait le plus grand éloge et dont il vanle les bienfaits. La réflexion est le chemin de fiaMnortalité; l'absence de réflexion est ie chemin de la mort. Ce n'est plus vivre que de ne pas réfléchir. La réflexion est une source de joie pour ceux qui sont avancés dans la science des ariyas '. C'est par elle que les sages atteignent le Nirvana, qui est le suprême bonheur; et ils peuvent» quand ils jouissent de ce bien, dédaigner tous les autres biens. Ils dominent te vulgaire par leur sagesse, comme on domine la plaine quand on est au sommet d'une haute montagne. C'est par la réflexion que Maghnvan (Indra) s est élevé à l'empire des dieux. Le bhikshou qui se plaît à réfléchir est bien près du Nirvana.

A la louange de la réflexion» succède une louange non moins vive de la pensée et de lattention. Rien n est plus diflicile que de bien fixer ses pensées et de s'en rendre un compte exact; mais» quand on veille de près sur soi-mOnie» on ne risque plus de faire une chute. Quand on sait jusqu'à quel point ce corj>s est fragUe» facile à briser comme un vase de terre; quand on a fait de sa pensée comme une forteresse, on peut attaquer Mâra» le lentateur, avec Tarme de la sagesse; on peut le maintenir quand on l'a vainru, et Ton ne cesse jamais de combattre. Rien au monde ne peut faire plus de bien quun esprit bien dirigé; rien ne fait plus de mal qu'un esprit dirigé dans une mauvaise voie.

Le quatrième chapitre est intitulé Les Fleurs; et, en effet, Fidée et le mot de Fleurs y reviennent presque à chaque vers. «Qui dominera «cette terre et le monde d'Yama et le monde des dieiLx? Qui trou

' M Max-MûHcr explique les arîyas par les élus (ihe elect). Peut-être le mot tfélus est-il par trop spécial nu christianisme; i! y a quelque danger k prendre le» mots d'un vocjibuiflire religieux pour les transporter dans un autre, (Voir aussi chapitre XII, veva 164.)

.^S JOIRWL DtS SAVANTS — JA?IVIER 1871.

• vera \^ rh^njn tpljni de \à vehtjbie r«tn. comme f homme habile sait liv^uver U \rjie fleur quil cherch-f / Le disri|de docile dominera ' \x terre et !e monde d ^^fiu et \e Oivode des dieux; le disciple docile ronveri niu* peine !? chemin bniiant de la Terlu, ainsi que «rhouMne h.^b :!e *jiiî trouver îa vraie flei r qu'il chettAe.» Celui qui si!l que Je cor{^ ,i n oins de consistance que Tecume légère peut braver \l,ir« et <e> flt'^hes. dont fe5 jx^înte* 5ont des fleurs; celui-là ne verra limais le rvM des morts. I^ moct soumet rhf>mme qui ne cherche que des fleuri d,^ns cette vie. Le sji^e doit passer sur celte terre comme fabeille qui t*re «h^ miel de< fleurs sans !•=< rât^r. Ainsi qu'une belle fleur bien tvloree, bien odorante, telle* sent les paroles belles et fécondes de celui qui .i^it couime il parle. Le parfum des fleurs ne peut se ré- (vu)dre à Toppoc!^ du \ent. non plus que i*odeur d'une bouteille d'huile de Tagara; mais le partum des cens de bien et de leurs bonnes actions se re|V)nil au loin et penètrt^ en tous lieux, et \-a même trouver les dieux dans le mouvle qu'ils habitent. IV même qu'un Ks peut pousser sur un amas de dt eoinbres ie k>nc d*une gramle route, et y répandre son doux fMiituu . de même aus*î L" disciple du B.^u Jdha . vraiment édairé. brille par Tet^at de sa science ,m milieu de la foule, qui ressemble aux dé- OxMubies du chemin et qui marche dans les ténèbres.

(^n (HMit tixMiver que ce< image* sont asseï gracieuses, et, si Ion veut ntème, asse* iu,*tes; mais ces raffinements d expressions et ces companiisons paxviblement atïectet*s nont ri':n de primitif; et. pour que les écrivains en arrivent à ce jn^int dVIegam^. qui tout à Theure sera du n^uvais goût, il faut qu ils aient dcrrièiv eux bien des prédécesseurs beaucoup |*lus si?nple>.

Le cin<|ui^u)e chapitn^ est la critique, parfois amère, de la folie dont la piu|v,iii des hommes sont aveugles en se livrant aux joies et aux p.tSsMOUN de ce monde : .. La nuit est longue pour celui qui ne dcwrt «|>rt«; un nulle e^t ItMig pour le voyageur fatigué; la vie est longue n pour le tou qui ne connaît jkïs la vraie loi ! Ces fils sont à moi; ces ri- «ohf*!«»ej* }«^MU A nu>i. telles son! les pensées dont le fou se tourmente. ^ Il ne !t'app«u lient pas A lui-nn^me. (^unment, à plus forte raison, des «enfanh. <lo^ HVhoi^» innirnùent ils lui appartenir? Un fou serait vai- MiemcMl.tMHiM 10 dm^mt tonte sa vie avet^ un sage; il ne sentirait pas « \\\\\s la vOiitt* que U\ cuillor m^ seul le goût du potage. Les fous n'ont .NiM^ de pluH grandît enneiniJ» quVux-uu^mes; car leurs mauvaises ac- . tVvu^ nsM lont pour eux les lVuil> lc\s plu» amers. Tant que la mauvaise .é^^^.^^l^^^^^^s^^Us^^^nM^u iVuit. lo fou smKHt"HM«'eIle est du miel; « UM^x quand elle m^^nl. lo fou .eut alors toute la douleur qu elle pro-

PARABOLES DE BOUDDHAGHOSHA. 5^

**cluit. 11 y a nue route qui mené h la richesse, il y en a une auti^quj H mène au Nirvana. Si le bhiksliou, le disciple au Bouddha, en est bien (iConvainru» il ne cherche plus les hommes; mais il cherche à s isoler w de ce monde. »

Autnnt le (bu vient d'être déprécié, autant ie sage est exalté dans le sixième chapitre: u Les hommes dont l'esprit s appuie sur les solides M fondements de la science, qui ont renoncé à toutes les alTections, ti qui sont heureux sans être attachés à quoi que ce soit, qui ont su y vaincre toutes leurs faiblesses et qui sont remplis de kmiières» ces «hommes-là sont libres, mi^me dès ce monde. »

Au-de£»sus du sage , le Dhammapada place encore l'homme qu il appelle le Vénérable, larliat, larabanta. Les dieux mêmes ne peuvent s'empêcher d'envier Tarhat. (c L'homme qui est libre de toute crédulité « et qui coimaît Tétre incréé, qui a rompu tous les liens, éloigné toutes ules tentations, renoncé à tous les désirs, relui-la est le plus grand «des hommes. «

Le ( hapitre huitième est intitulé d'une façon assez étrange : les Mille; et les pensées qu'il contient justifient en partie ce titre, ainsi qiie le montreront quelques citations : « Un discours a beau être composé de t» Mille mots, si ces mots uont pas de sens, un seul mot intelligible u vaut mieux ; car celui qui Tentend peut se 1raii[|uiLlïser. » Un seul mot de la loi vaut mieux que des centaines et des milliei*s de stances {gàthà!») qui ne signifient rien. Vaincre mille ennemis dans la bataille » ce n'est rien; la plus giaude des victoires est de se vaincre soi-même. Il rf y a pas de Dieu , pas de Gandharva , ni Màra avec Brahma » qui puissent changer en défaite la victoire qu'on a remportée sur ses propres passions. Rendre hommage un seul instant à un homme plein de science vaut mieux que mille sacrifices, que des sacntices qui dureraient cent ans, fussent-ils adressés à Agni * dans la foret. Lia instant de sagesse, d'activité, de vertu, vaut mieux que de vivre cent ans dans Tignorance, dans 11 paresse, dans le vice. L'homme qui vit cent ans sans com* prendre le commencement et la fin des choses, sans comprendre fimmortahté et la loi snblime, vaut moins que celui qui na vécu qu'un moment, mais en comprenant l'origine et ia lin. la vie immortelle et la loi suprême.

Le mal est le sujet du neuvième chapitre; et le pieux auteur du Dhammapada s'efforce de montrer toutes les conséquences fatales d'une mauvaise conduite, et les conséquences heureuses qu'entraînent les

^ Agni, dieu du feu, app^rlienl exclusivemeal au panthéon brahmanique.

PARABOLES DE BOUDDHAGHOSHA.

w i'ables(arhats). des élus (ariyas), des gens vertueux, el qui suit de tt fausses doctrines, ne porte des fruits que pour sa propre destruclton , «cortime îes fruits du kallhaka, du roseau ^; c'est par soi seul quoii lait M le mal; c est par soi seul qu'on soufire; c'est par soi seul qu'or» ne fail upas le mal; ccst par soi seul quon se purifie. La pureté et riuipurelé <'n appartiennent qu'à Tindividu seul; personne ne peut purifier uu *' autre* Que personne n oublie son devoir propre pour le devoir d'un «autre, quelque grand qu'il soit; quand un homme a compris son <» devoir» qu'il Taccom plisse toujours avec la plus sérieuse attention, w

Dans le treizième chapitre, lauteur lance uu anathème contre le monde» et il cherche à montrer tous les dangers qu'il fait courir à rhomaie ; «Ne suivez pas la loi mauvaise! ne vivez pas dans Tirré- «flexion! ne suivez pas les fausses doctrines! ne soyez pas fami du <c monde! pratiquez la loi de la vertu ; ne pratiquez pas celle du vice! u L'homme vertueux vit heureusement dans ce monde et dans lautre, «Les cygnes voyageurs vont dans le chemin du soleil, et ils traversent ules airs, grâce au merveilleux pouvoir dont ils sont doués. Les sages il comme eux sortent de ce monde quand ils ont vaincu Mâra et toute usa suite. La souveraineté de la terre, la conquête du ciel, l*empire de « tous les mondes, ne sont rien auprès du premier pas quon fait dans u la voie de la sainteté, «

Le chapitre quatorzième, intitulé rKveiilé, le Vigilant, en d autres termes le Bouddha, est peut-êlre la partie de tout le Dhammapada qui porte l'enipreinte la plus vive de renseignement bouddhiste : w Les iii hommes poussés par la peur cherchent partout uu refuge , dans les «montagnes, dans les forets, sous les buissons, sous les arbres sacrés. «Mais ce nesl point là un sur refuge; ce nVsl pas là le meilleur refuge. « On n est pas délivré de tous les maux pour s être retiré dans ces asiles; «mais celui qui a cherché son refuge dans le Bouddha, la loi et Tas- « semblée^» colui qui comprend clairement et qui voit les quatre vé- « rites sublimes, à savoir : la douleur, lorigine de la douleur, la des-

• truction de la douleur el la sainte voie qui , par huit chemins, conduit ftà la guérison, le plus sûr refuge, le meilleur des refuges, celui-là, «dans ce refuge inviolable, est à l'abri de toute douleur ^n

A cette profession de foi, qui est essentiellement bouddhiste, succè-

* Le roseau menrt après avoir porté son fruit , et on le coupe pour avoir le fruit qu'il porlct — ' Ces vers se retrouvent mot à mot dans le Pràtihârya soulra : voir Eugène Btirnouf, Introduction à l'histoire du huddhisme indien, page i8G» —

* i^ar les quatre vérité» sublimes, voir Le Bouddha ci ia religion, page 8i, 5* édition.

ti2 JOURNAL DES ^AVANTS. — JANVIER 1871.

(Icnl, dans Je quinzième chapitre, des généralités, sans aucun caractère spécial , sur le bonheur : «Vivons heureux en ne haïssant pas ceux qui « nous haïssent! Restons hbres de toute haine panin des hommes qui se «plaisent k haïr! Vivons heureux en n'ayant rien que nous regardions «romme à nous. Nous serons comme des dieux spiendides, se nour- " rissant de félicité. La santé est le plus grand des biens; le contentece mont est la plus grande des richesses ; la confiance est le compagnon (' le meilleur; le Nirvana est le bonheur suprême. Quand on marche en f< compagnie de fous, on souffre tout le long du chemin; la compagnie t« des fous, comme celle dun ennemi, est toujours dangereuse; la com- « pagnic (les sages fait autant de plaisir que la rencontre d'une personne " qu'on aime. »

Quant au plaisir, tel que le comprend le chapitre seizième, il consiste surtout dans une indifférence absolue: «Que l'homme se garde « bien de rien aimer; car perdre ce qu'on aime est une douleur; quand " on n'aime rien , quand on ne hait rien , on est libre de toutes chaînes. » Par la même raison, il faut fuir toute affection, parce que les affections engendrent toujours la crainte, et que la crainte est un mal. De même (jue les paixînts et les amis accueillent au retour celui qu'ils aiment quaiul il revient d'un lointain voyage; de même les bonnes œuvres accueillent celui qui les a faites, et qui revient du monde d'ici-bas dans l'autre monde, avec l'empressement que les amis mettent à recevoir leur ami.

Les deux chapitres suivants, le Chagrin, l'Impureté, ne présentent rien de romarquable; l'auteur y enseigne les moyens divers d'éviter le chagrin, qui trouble les cœurs, et l'impureté, qui souille les âmes. Ses conseils sont, comme toujours, fort sages; mais, sous la forme où il les donne, rien ne les distingue et ne leur donne un prix nouveau.

Au contraire, dans le chapitre dix-neuvième, intitulé le Juste, nous IrotivoDs quelques définitions qui méritent d'être étudiées, parce qu'elles nînr(|uent en traits assez saillants le caractère propre du Dhammapada. ( '.rs (lélinif ions sont celles des différents noms qu'on attribue aux religieux lw»ti(ldhislcs selon leur degré de sainteté. «L'homme en qui tous les ' viccH sont dctruils jusqu'à leurs racines les plus profondes, celui-là est " un luiiat, un vétiérable. Ce n'est pas la tonsure qui fait un çramana •I (riiii li(Hnnu) (|ui, loin de toute discipline, ne parle jamais que pour M nirntir. tin hounne peut-il être çramana, quand il est encore l'esclave «du dcriir m iU) rintempéranee? Celui qui dompte le mal, que le mai \\n\\\\ \Uiù\ u\i Krand, celui-là mérite le nom de çramana (un homme (^ doiimltM. ptHvr (|u'il a dompté le mal sous toutes ses formes. Un homme

PARABOLES DE BOUDDHAGHOSHA. 43

unW pas un bhikshou (un religieux mendiant) par cela seul qu'il a demande sa nourriture aux autres. Le vrai bliikshou est celui qui «ob^eiTe la loi tout entière; ce D>st pas celui qui ne fait que meudiei\ «Celui qui est au<lessus du bien et du mal, qui est chaste, et qui. u doué de la science, traverse ce monde, celui-là est aussi un bhik$hûu> «Un homme n'est pas un niouni parce quil obserre le silence V. si («d ailleurs il est déraisonnable et ignorant; mais le sage qui, prenant la << balance^ choisit le bien et fuit le mal, celui-là est un mouni, et il esl umouni par cette seule vertii. Celui qui, dansce monde, pèse lesdeuxcou tés des choses, celui-là est aussi appelé un mouni, Celuilà n'est pas un « ariya qui fait tort à toutes les créatures vivantes; mais celui qui a pour u toutes les créatures vivantes sympathie et pilié, celui-là est un ariya. »>

Le chapiti-e vingtième, intitulé la Voie, n est pas aussi précis qu'on pourrait le désirer; il ne fait guèi>e que nommer la voie à huit branches, selon Texpression spéciale des bouddhistes; mais il ne la décrit pas en détail, comme on s^y attendait; et il suppose toule cette doctrine leilement connue, qu'il ne fait que Teffleurer: « La meilleure des voies est la M voie à huit branches; les meilleures des vérités sont les quatre mots*^; «la meilleure des vertus, c'est iimpassibilité ; le meilleur des hommes «est celui qui a des yeux pour voir. Cette voie, et il n'y en a pas wdautre, est celle qui conduit à purifier son intelligence. Marchez dans «cette voie; toute autre quelle est un piége de Mira. Tous les êtres «ci'éés doivent périr. Celui qui sait et qui voit cela se résigne à la dou- M leur; c'est la voie qui mène à la pureté. Surveiller ses paroles, dominer «son esprit, ne commettre jamais aucun mal dans son corps, ce sont M là les trois roules d'aetion que Thonmie doll toujours attentivement V regarder, et il fournira la carrière enseignée par le sage, »

Les idées qui composent le vingt-druxièiiie chapitre sont assez diver ses, et M. Max-Muller a eu raison d'ijîtituler ce chapitre : Mélanges. Au milieu de quelques préceptes fort sensés, maistrès^généraux, ce qu on y peut remarquer, ce sont de grands éloges adressés tout à la fois aux hralmianes et aux disciples de Gotama. Ainsi, en parhmt du brahmane, lauteui' va jusqu'à dire : u Un vrai brahmane, bien qu'il ait tué son père « et sa mère, bien qu'il ait tué deux nobles rois, et qu'il ail détruit un

' Il y a tlans le mot de mouni une sorte de jeu de mots élYmologique. Moum signifie ordinairement • solilairc ; » mais maotina, àéri\'è de moum, sîgniBe • silence; * e\ et! effet le» di^ux idée» de MïliUide et de silence sontasseï voisines Tune de l'autre Lci Bouddha .l'nppelait d*abord Çàkyamouni, ce«t4-dire le Solitaire des Çâkps (Voir M «\' M ûl 1er, Butjldha(jkothaé puraùfet, p. cxirxiv en noie.) — * Les quatre moU, ou les (jualre vérités 5ul)limes; voir un peu plus haut, page 4i , en noie.

Mi.

PARABOLES DE BOUDDHAGHOSHA. 45

«et sobre, il vaut mieux voyager seul, comme un éléphant soliu taire *.»>

La soif dont il est question dans le chnpitre vingt-quatrième est naturellement tout emblématique; cest la soif des jouissances et des plaisirs, qui altère sans cesse l'âme des gens vicieux, el que rien ne peut éteindre: «La soif de Thomme insensé s accroît sans cesse comme une <i plante grimpante; il se tourne çà et là» comme le singe cherchant un « fruit dans la forêt Quand on peut dominer cette soif sauvage, chose si a dilFicite à conquérir dans ce monde, on voit toutes les souffrances s'éloif gner, comme les gouttes d eau glissent sur une feuille de lotus. De umême qu'un arbre est solide lant que sa racine est ferme en terre, et «quil pousse des rejetons quoiqu'il ait été coupé, de même» si Ion ne a détruit pas toutes les causes de la soif, cette douleur des renaissances w successives vous sera toujours imposée. Les hommes qui sont poussés «par la soif se débattent comme un lièvre pris au piège; retenus dans «les liens et dans les rhaînes. ils subissent successivement ta douleur a pendant un temps qui ne linit pas. Les hommes poussés par la soif se «débattent comme un lièvre pris au piège; que le mendiant, qui veut « devenir impassible, chasse loin de lui cette soircjuidcvore. Les hommes « sages ne regardent pas comme une lourde ch;*jne celle qui est faite de if fer, de bois ou de corde; bien plus lourde e^t la chaîne que nous im- « posent ta garde de pierres précieuses, de riches anneaux, et le soin de ti fds ou d'une femme. Quand un homme est agité par les doutes, quand u il est plein des plus violentes passions, quand il ne songe qui son n plaisir, sa soif ne fait que s accroître de plus en plus, et il ne fait que « rendre ses chaînes plus lourdes. Quiuid un homme ne ressent plus de u soif ni aucune alïection , tpiand il roniprend les mots et leur véritable usens, il a rc^u son deririer corps (il ne renaîtra plus); il est appelé le ((grand sa^'e, le ^rand homme. Les plaisirs détruisent fhomme insensé, M qui ne songe pas à Tuutre rivage; l'insensé, par la soif des plaisirs, se «détruit lui-même, comme s il était son plus mortel ennemi. »>

Le vinqt-einquième chapitre est consacré à fëloge emphatique du bhikshou, du mendiant qui observe rigoureusement toutes les prèscriptions de la loi : «Qu'un bhikshou ne dédaigne jamais ce qu'il a ^reçu; qu'il n'envie pas la part des autres; s il se laisse aller à envier «les autres, il n'aura jamais la tranquillité de Tesprit. Un mendiant qui ne

* Il y a ici Iroiî» vers <jui terminent ce chapitre et qui ne paraissent pas se ralla- \ ce qui précède. On y célèbre les plaisirs légitimer que le sage peut se donner nnt le bien danâ les diverses situations de lu vie.

*' .lOnWAl OE^ >A\AMS —JANVIER 1871.

.v;*;^;- IV - c p/u ijnii .i ivçu >fra ioue par le> dieux mêmes, si sa

•: > ::;v. p> iioncluibir. Celui qui ne s'identifie pas

. • > ^- ^-' '• *"tv .: q.L: uo >jilii^o jamais de ce qui a cessé

■ .; ;. . - i.K.î> ,-î ji: veriubie bliilshou. Le bhiksliou

• - . .' . . :u ,>c i\i.:: :c da:i< ij docU'ine du Bouddha,

= V -.■ N ^^:u . iiC:>s non de tcKis les désirs na-

..; O.. v> /.; » *.: cette b.irque; quanti elle sera

• ». : vc: : . .;c Ai.T.iN*-. -^i-'ia p3>5ion etde la haine,

i* \ '. . i .V î- ..ï s.- î.\ V- li :î y .* fws de méditation;

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.^ •. N ■. i: M Le .' ik'ih.-ii. qui. même étant fort

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