A. — DU PEKDCLS DIT EXPLORATEUR DEPUIS L'AHTIQUITE JUSQU'EN
Le pendule dit explorateur se compose , comme on l'a vu , d'un corps solide suspendu à un fil, dont l'extrémité libre est tenue entre les doigts.
La citation la plus ancienne que nous puissions produire, où l'on en fait mention, est empruntée à Ammien Marcclltn s. Il s'agit d'une conspiration contre l'empereur d'Orient Valens (Flavius), qui régna de 364 à 379, dans laquelle les conjurés se livrèrent à des opérations magiques pour connaître le nom du successeur de Valens.
Hilarius, l'un d'eux, après avoir subi la question, raconte aux juges les cérémonies magiques auxquelles ils procédèrent pour savoir le nom du successeur de Valens.
Voici le texte latin :
«Et prior Hilarius : Construximus , inquit, magnificijudices, ad cor-
1 Vojei, pour le premier article, le cahier d'octobre i§53, page 597; pour le deuxième, celai de novembre, page 669; pour le troisième, celai de décembre, page 768; pour le quatrième, celai de janvier i85à, page 36; et, pour le cinquième, celui deafévrier, page 17a. — * Lib. XXIX, cap. 1.
« tin* similitudinem Delphica?, diris auspiciis, de laureis virgulis infaus- «tam banc mensulam quam videtis : et imprecationibus carminum « jecretorum , choragiisque multis ac diuturnis ritualiter consecratam « movimus tandem : movendi autem , quoties super rébus arcanis con- « sulebatur, erat institutio talis. Collocabatur in mediodomus e macula tœ « odoribus arabicis undique , lance rotunda pure superposita , ex diver-, «sis metallicis materiis fabrefacta : cujus in ambitu rotunditatis extremo
• elementorum viginti quatuor scriptiles formœ incisa: pente , dijunge- «bantur spatiis examinate dimensis. Hac* linteis quidam indumenti* «amictus, calceatusque itidem linteis soccis, torulo capite circumflexo, «verbenas felicis arboris gestans, lilato conceptis carminibus numine « pracscitionum auctore. caiimoniali scientia supersistit , cortinulis pèn- « silem anutum librans sartum 1 ex carpathio filo perquam levi , mysticis « disciplinis initiatum :qui per intervalla distîncta retinentibus singulis lit.- « teris incidenssaltuatim, heroosefficit versus interrogationibusconsonos,
• ad numéros et m ad os plenc conciusos : quales leguntur Pythici , vel ex "oraculis editi Branchidarum. Ibi tum quaerenlibusnobis, qui praesenti tsuccedet imperio, quoniam omni parte expolitus fore raemorabatur, «et adsiliens anulus duas perstrinxerat syllabas BEO cum adjectione
• litterae postrema, exclamavit. pra?sentium quidam, Tbeodorum prœ- « scribente fatali necessitate portendi. Nec ultra super negotio est explo- «raturn : satis enim apud nos constabat, hune esse qui poscebatur. »
11 existe deux traductions d'Ammien Marcellin ,. une de l'abbé de Marolles, et l'autre de M. de Moulines3. Ayant eu des motifs d'en suspecter l'exactitude, nous avons prié notre honorable confrère M. Naudet de vouloir bie^ traduire le morceau précédent, et, grâce à son obligeance habituelle, nous pouvons présenter à nos lecteurs une version qui reproduit, aussi fidèlement que possible, le texte, dont le défaut de clarté est incontestable.
Hilarius commença ainsi : « Magnifiques juges, nous avons construit, «à l'instar du trépied de Delphes, avec des baguettes de laurier, sous
• les auspices de l'enfer, cette malheureuse table que vous voyez, et, «après l'avoir soumise, da/is toutes les règles, à l'action des formules «mystérieuses et des conjurations avec tous les accompagnements, pen- «dant de longues heures, nous sommes parvenus à la mettre enfin en
• mouvement; or, quand on voulait la consulter sur des choses. secrètes, « le procédé pour la faire moavoir était celui-ci : on la plaçait au milieu
1 Ou arctum. — * Traduction de l'abbé de Marolles , 3 vol. in i a ; Pari», CUud« Barbier, 167a; 3' vol.; traduction nouvelle (de Moulines). Berlin, 1776, 3 vol. f 3* vol. p. a a3, et Lyon, 1778. 3* vol. p. aoa}.
« d'une maison soigneusement purifiée partout avec des parfums d'Arabie ; u on posait dessus un plateau rond, sans rien dedans, lequel était fait de m divers métaux. Sur les bords du plateau étaient gravées les vingt-quatre «lettres de l'alphabet, séparées exactement par des intervalles égaux. «Debout au-dessus, quelqu'un instruit dans la science des cérémonies t magiques, vêtu d'étoffe de lin, ayant des chaussures de lin, la tête u ceinte d'une torsade (pareille1), et portant à la main un feuillage « d'arbre heureux, après s'être concilié, par certaines prières, la protection '•du Dieu qui inspire les prophéties, fait' balancer un anneau suspendu .( au dais, lequel anneau est tressé d'un fil très-fin et consacré suivant des « procédés mystérieux : cet anneau, sautant et tombant dans les inter- « valles des lettres, selon quelles l'arrêtent successivement, compose «des vers héroïques répondant aux questions posées et parfaitement «réguliers, comme ceux de la Pythie. .. Nous demandâmes quel serait « le successeur du prince actuellement régnant , et, comme on disait que «ce serait uu homme d'une éducation parfaite, l'anneau ayant touché «dans ses bonds deux syllabes 0EO, avec l'addition d'une dernière « lettre , quelqu'un de l'assistance s'écria que la destinée désignait Théo- >• dore. La consultation n'alla pas plus loin , car nous étions convaincus « que c'était lui , en eiTet , que l'on demandait. »
Ce passage a été cité, dans ces derniers temps, comme une preuve que les anciens connaissaient les tables tournantes, et nous le reproduisons avec assurance pour montrer que les mouvements d'un anneau suspendu & un fd étaient un moyen de divination, et qu'en conséquence l'usage du pendule explorateur n'est pas moderne , ainsi que beaucoup de gens le croient. ^
C'est un exemple de toutes les difficultés que présente la traduction de textes où l'on parle d'opérations, de procédés, qu'on ne pratique plus et dont on ne possède pas, d'ailleurs, de descriptions claires et authentiques. Il en est de même de la traduction contemporaine de textes anciens relatifs à des idées obscures telles qu'il y en a en alchimie; aussi pensons-nous que rien ne peut remplacer des traductions anciennes pour nous éclairer dans l'interprétation des textes originaux.
Mais il faut convenir que le texte d'Ammieu Marcellin est d'une grande obscurité, et qu'on ne peut se faire du procédé magique une idée assez précise pour le mettre en pratique sans hésitation : par exemple, comment met-on la table en mouvement ? y appose- t-on les mains, ou bien le mouvement est-il l'effet d'opérations magiques qui
1 J'ajoute ce mot. (Note de M. Naudel.)
n'en comportent pas l'intervention directe ? C'est ce que le texte ne dit pas. Ce défaut de précision explique comment M. de Moulines a pu le traduire sans faire mention du mouvement de la table. Nous donnons en note la traduction des premières phrases du passage cité1. D'un autre côté, on comprend difficilement comment un anneau fait d'un tel fil très-fin, suspendu à un dais, est mis en mouvement en même temps que l'est ie plateau posé sur la table. M. de Moulines traduit : «puis (l'homme «vêtu de lin) balançait un anneau suspendu, et composé d'un 1)1 très- « délié de carpathie qu'on avait consacré selon les règles de la magie. » Mais il fait observer dans une note que le sens de ce passage est fort obscur, et qu'à sa connaissance, rien, dans les commentateurs, ne tend à l'éclaircir. •
Le père G. Schott mentionne le pendule explorateur dans sa Physica curiosa, imprimée en 1661 (lib. XII, page t53a). Il parle de l'usage qu'on eo faisait pour savoir les heures du jour. Nous avons cité le passage dans le Journal des Savants (octobre 1 853 , p. 6 1 o). Le pèTe Lebrun l'avait cité déjà dans ses lettres.
Le père Kirker, dans son livre De manda subterraneo, imprimé en 167a , fait aussi mention du pendule explorateur.
Nous ne nous rappelons pas avoir vu la citation de ces passages dans les ouvrages postérieurs au xvih* siècle, 06 l'o»a parlé du pendule explorateur.
B. — DC PEKDOLE UPLORATECR DE 1798 À 180&.
11 parait que les personnes qui remarquèrent les premières, dans le CTirt* siècle, le mouvement d'oscillation du pendule explorateur, furent un capitaine d'infanterie attaché à l'état-major de Paris , nommé UUiac ; un employé de l'administration supérieure, nommé Desgranges ; enfin, M. Ant. Cl. Gerboin, qui, en 1808, publia à Strasbourg ses Recherches expérimentales sur an nouveau mode de l'action électrique ». H était alors professeur à l'école spéciale de médecine de Strasbourg. Voici comment il raconte l'origine de ses expériences ; elle remonte à l'année 1798. «Dans une des soirées de l'hiver, M. Ulliac, qui était possesseur d'un
1 «Très-magnifiques jupes, nous avons fait, sous de noirs auspices, avec des • branches de laurier et à l'imitation du trépied de Delphes , cette fatale petite labre , tdont nous nous sommes enfin servis, après l'avoir consacrée par des vers »a- «giques, par des imprécations et des cérémonies sans fin : voici ce qu'il a fallu t observer toutes les fois qu'on la consultait sur des affaires secrètes. ••••,» — » Strasbourg, J. G. Levrault. Se trouve à Paris, dite Gabon et C, place de l'Ecole de médecine, etc.
» appareil consistant dans une sphère de bois creux, suspendue à un « fil et renfermant quelques graines, le mit entre les mains d'un jeune en- »fant, dans l'espérance qu'il lui servirait d'amusement. Ayant entouré « l'un des doigts de cet enfant du fd qui soutenait la sphère , il lui or- « donna de tenir le bras assez tendu pour que le pendule acquit une u situation fixe. L'enfant obéit; mais on crut apercevoir que la sphère, « après quelques oscillations irrégulières, avait pris un mouvement, au < moyen duquel elle décrivait un cercle bien formé et dont le diamètre u allait en ^agrandissant. J'arrivais alors dans la maison où MM. Ulliac a et Desgranges étaient réunis. Nous observâmes ensemble ce singulier «phénomène, et je fus, dès ce moment, convaincu qu'il supposait «l'existence d'une cause active et paissante; mais je me gardai bien m de former, sur la nature de cet être, des conjectures qui, sans doute, « eussent été aussi inexactes qu'elles étaient prématurées. »
Après cette observation, M. et madame Ulliac, M. Desgranges et M. Gerboin, se reconnurent la faculté de faire mouvoir le pendule comme le jeune enfant.
Vers la même époque , Fortis observa le même phénomène et le décrivit. Il faisait usage d'un pendule formé d'un cube de pyrite de fer, suspendu à un fil d'un quart ou d'une moitié d'aune de longueur, dont il tenait l'extrémité libre serrée entre deux doigts.
Ce fut après la mort de Fortis, arrivée en i8o3, que Ritler répéta son expérience et en fit beaucoup d'autres analogues, dont un compte fut rendu, sous le titre de : Recherches physiques intéressantes, dans un journal de Tubingue l, la Feuille du matin, n° a6, 3o de janvier 1807.
L'article parle d'abord du voyage que fit Ritter en 1806, pendant lequel il connut Campetti le sourcier. Il raconte que Ritter se rendit avec Campetti à Milan, où se trouvait Charles Amoretti, qui, lui aussi, était doué de la faculté hydroscopique. Il alla ensuite à Pavie s'entretenir avec Volta. Enfin, de retour à Munich avec Campetti, il se livra à diverses expériences devant Ritter, Schelling et François Baader. A la suite de ces expériences, Ritter répéta avec succès l'expérience du pendule de Fortis, et y en ajouta un grand nombre que la Feuille du matin de Tubingue fait connaître, en ces termes :
« On prend un cube de pyrite ou de soufre natif ou un métal quelconque. La grandeur et la forme de ce corps sont indifférentes-, on «peut, par exemple, employer un anneau d'or. On attache ce corps à
1 Morgenblatt jar gebildete Stânde, im VerUg der J. C. Cotta'schen Buchhandlung, etc.
«un morceau de { ou -j aune de longueur; on tient celui-ci serré entre u deux doigts, et suspendu perpendiculairement, en empêchant tout "mouvement mécanique; le mieux est de mouiller un peu le fil.
«Dans cet état, on place le pendule au-dessus ou assez près d'un « vase rempli d'eau , ou au-dessus d'un métal quelconque. On choisit . » par exemple, une pièce de monnaie, une plaque de zinc ou de cuivre : u le pendule prend insensiblement des oscillations elliptiques qui se foru ment en cercle, et deviennent de* plus en plus régulières.
«Sur le pôle nord de l'aimant, le mouvement se fait de gauche à 1 droite.
«Sur le pôle sud, il se fait de droite à gaucho.
«Sur le cuivre ou l'argent, comme sur le "pôle sud.
o,Sur le zinc et sur l'eau, comme sur le pôle nord.
«Il faut avoir soin de procéder toujours de la même manière, c'est- «à-dire d'approcher toujours le pendule de l'objet, soit de haut en bas. «soit de côté; car, en changeant de manière, on change aussi le rénsullat, le mouvement qui s'était fait de gauche à droite se fait de u droite à gauche , et vice versa.
« Il n'est pas indifférent non plus que l'opération se fasse de la main u droite ou de la main gauche; car, chez quelques individus, il y a une « telle différence entre le côté droit et le côté gauche, qu'elle forme la «diversité la plus prononcée des pôles.
« Toute supposition d'erreur dans ces épreuves est facile a détruire . « par cela seul que le pendule s'ébranle sans aucun mouvement méca- « nique; la régularité des mouvements finira par vous en convaincre « entièrement. Vous pouvez varier les expériences à l'infini ; vous pouvez « encore donner au pendule une impulsion mécanique opposée à son » mouvement, il ne manquera pas de reprendre sa première direction <• lorsque la force mécanique aura cessé d'agir.
«Si l'on tient le pendule sur une orange, une pomme, etc., du côté « de la queue, le mouvement se fait comme sur le pôle sud de l'aimant ;
si l'on tourne le fruit du côté opposé, le mouvement change aussi; « la même différence de polarité se montre aux deux bouts d'un œuf « frais.
«Elle se montre dune manière encore plus frappante dans les diffe « rentes parties du corps humain.
«Sur la tête, le pendule suit le même mouvement que sur le zinc. «Sur la plante des pieds, le même que sur le cuivre. «Sur le front et sur les yeux, pôle nord. « Sur le nez , pôle sud.
«Sur la bouche, pôle sud.
« Sur le menton comme sur le front.
« On peut fuire des expériences analogues sur toutes les parties du <« corps. La surface intérieure et extérieure de la main agissent en sens « inverse. Ce pendule se met en mouvement sur chaque pointe du doigt, «et même sur le quatrième ou l'annulaire, muis dans une direction op- « posée à celle des autres doigts. Ce doigt a aussi la faculté d'arrêter le » mouvement du pendule ou de loi donner une autre direction, si on « le pose seul sur le bord de la table sur laquelle on fait les expé- « riences.
« L'abbé Amoretti avait déjà fait des épreuves du même genre sur le « petit doigt ou doigt annulaire.
« L'opinion de M. Ritter est que la baguette divinatoire n'est autre chose «qu'une double pendule, qui, pour être mis en mouvement, n'a besoin que « d une force supérieure à celle qui produit les effets qui viennent d'être « décrits. »
C. — DES KECREflCHCt EXPERIMENTALES DE GEMIOIN >CR M. PE1DCI.E K*f t-OriATETR.
Eo 1 808 parurent les Recherches expérimentales sur un nouveau mode de l'action électrique de Ant. Cl. Gerboin, professeur à l'école spéciale de médecine de Strasbourg, dont nous avons parlé pins haut Ses recherches ne comprennent pas moins de a53 expériences, composant un texte de 356 pages in-8*. Si quelque chose peut prévenir contre les expériences des esprits réfléchis dont les habitudes sont étrangères aux sciences expérimentales, mais qui ont conscience de pouvoir apprécier un livre d'après ses résultats et les raisonnements employés à l'appui des opinions de l'auteur, c'est sans doute l'œuvre dont nous allons parler. C'est le physicien M. Masson qui nous a fait connaître ce livre, assez rare aujourd'hui» mais intéressant à nos yeux parce qu'il peut être cité à l'appui de notre définition de la méthode expérimentale. En effet, si la physique et la chimie doivent à la pratique de cette méthode un degré de certitude qu'on n'accorde pas, en général, aux sciences dites d'observation, bien des gens s'imaginent que des travaux qui so composeront d'expériences auront par là même un caractère d'exactitude qui manquera à des travaux afférents aux sciences de pure observation. Eh bien , c'est là une erreur malheureusement trop ordinaire. Tel travail d'observation peut être réellement bien plus exact que tel travail composé d'expériences qualifiées de faits par beaucoup de gens qui ne se rendent pas compte de ce qu'est un fait dans un langage rigoureu-
sèment scientifique ou rigoureusement positif. Notre proposition sera vraie, si l'auteur de recherches fondées sur ia simple observation appuie chacune de ses conclusions sur des propositions qu'il a contrôlées par des observations incontestables; car, en ce cas, il aura été fidèle à la méthode expérimentale telle que nous la définissons, tandis que l'auteur de recherches dites expérimentales qui aura tiré des conclusions dont l'exactitude ne sera pas démontrée par des expériences ultérieures leur servant de contrôle, sera par là même infidèle à cette méthode; car n'oublions pas que le caractère de celle-ci réside essentiellement dans le contrôle par l'expérience d'an raisonnement suggéré par la simple observation , ou déduit d'une expérience préalable.
Donnons maintenant, sans remarque critique, un aperçu de l'ouvrage de Gerboin. Rappelons que le pendule dont il faisait usage se composait d'un fil de chanvre et d'une sphère ou d'un cylindre plus ou moins dense. Le fil devait être conducteur de l'électricité, et le corps grave qui y était attaché ne devait être ni anguleux ni pointu.
Les hommes sont doués à divers degrés d'une faculté ou force que Gerboin appelle organo-électrique , parce que, selon lui, elle se compose de fluide électrique et d'une faculté de l'organisation.
Cette faculté, lorsqu'elle est suffisamment intense chez un homme se manifeste par le mouvement que prend un pendule tenu par le pouce et l index de sa main droite ou gauche.
Si le mouvement est normal , le fil et le centre de gravité du pendule décrivent un cône , ou , ce qui revient au même , le centre de gravité décrit une courbe circulaire.
L'énergie de la force organo- électrique se montre, chez l'homme, sous quatre formes distinctes, dont chacune constitue l'état habituel d'un certain nombre d'individus. Ces formas sont :
i* La qualité expansive;
a° La qualité compressive ;
3° La qualité perturbatrice passive;
4* La qualité perturbatrice active.
1 . La qualité expansive est la faculté par laquelle un homme met en mouvement modéré et régulier un pendule qu'il tient entre le pouce et l'index au-dessus de certains corps.
Le fluide auquel Gerboin attribue les effets de la qualité expansive est fourni par le tissu cutané.
2. La qualité compressive se manifeste par l'impuissance de mettre en mouvement le pendule qu'on tient entre deux doigts et par la faculté d'arrêter le mouvement d'un pendule que tient un homme doué de la
qualité expansive, lorsque l'homme doué de la qualité compressive vient à toucher convenablement la main du premier.
■ Le contact le plus efficace es\ celui d'un des trois premiers doigts avec son semblable, surtout celui du médius avec le médius (Gerboin,
pages kô et 46).
Le contact cessant, le mouvement recommence.
3. La qualité perturbatrice passive est la faculté expansive à un haut
degré d'énergie.
Elle appartient non à tous les hommes doués de la faculté expansive. mais à certains d'entre eux qui présentent les phénomènes suivants :
Si l'homme est doue de la qualité perturbatrice passive, qu'il tienne un pendule, et qu'il reçoive convenablement le contact d'un homme doué de la qualité expansive ou d'un homme doué de la qualité compressive, il arrivera :
i^Le pendule étant en repos, que celui-ci prendra un mouvement en sens contraire de celui qu'il aurait pris dans un cas ordinaire.
î° Le pendule étant en mouvement circulaire de droite à (fauche, il prendra un mouvement circulaire de gauche à droite, et vice versa.
Le mouvement produit en dernier lieu redeviendra inverse par un nouveau contact (Gerboin, p. 69, 5o).
On constate cette qualité par le contact d'un des trois premiers doigts de la main du premier homme avec le doigt semblable de la main du deuxième homme. Le contact des deux médius est le plus efficace (page 5o).
Gerboin, qui croit a la réalité des mouvements de la baguette causés par des corps, considère tous les sourciers comme doués de la qualité perturbatrice passive.
h. La qualité perturbatrice active appartient à un homme qui, incapable de mettre le pendule en mouvement, fait changer le sens ou la direction des oscillations d'un pendule, lorsqu'il vient à toucher la main de celui qui le tient. L'homme doué de la qualité compressive sans qualité perturbatrice active réduirait le pendule au repos par le contact (Gerboin, p. 5a).
En définitive , il n'y a que les hommes doués de la qualité expansive et de la qualité perturbatrice passive qui jouissent de la faculté de faire osciller le pendule; les hommes doués delà qualité compressive et de la qualité perturbatrice active ne produisent donc d'effets qu'en touchant les hommes en possession des deux premières qualités qui tiennent un pendule en mouvement.
Les distinctions que nous venons d'exposer d'après Gerboin sont loin
d'être précises et claires, surtout lorsqu'il les envisage relativement aux doigts de la main, organes essentiels de préhension pour tenir le fil du pendule , et siège principal des qualités précédemment définies. Elles se manifestent surtout aux extrémités des doigts de la main et du pied; quelquefois elle s'étend à la partie extérieure de la bouche.
Selon lui, la qualité expansive se manifeste lorsqu'on saisit le pendule avec le bout des doigts de la main ou du pied, le médius excepté. Il en conclut :
i* Que l'extrémité des doigts est le siège principal de la qualité expansive (Gerboin, p. 61, 6a, 63, 64);
a° Que le médius esf évidemment compressif dans ses ciïels (p. 67).
On ne voit pas la liaison de cette conclusion avec les observations suivantes :
Deux hommes doués à peu près également de la force expansive sont réunis :
i° Les effets du pendule sont augmentés plus ou moins par le contact des trois premiers doigls-,
a* Le contact des doigls annulaires change la direction du mouve ment;
3° Le contact des doigts auriculaires le fait cesser. Gerboin en conclut :
i° Que le doigt annulaire a la qualité perturbatrice;
a° Que le doigt auriculaire a la qualité compressée (p. 7a).
Enfin, lorsqu'un homme doué de la faculté de perturbation est mis en communication avec un homme exerçant actuellement l'influence expansive, le contact de chacun des cinq doigts produit l'effet perturbateur (p. 71 ) : tous les doigts développent donc le même effet {p. 7a).
L'influence organo-électrique de l'homme est susceptible d'être modifiée par les corps qui sont placés au-dessous du pendule, corps que Gerboin qualifie d'explorés.
Les corps explorés qui agissent sur le pendule peuvent être des corps inorganiques ou des corps organiques.
Corps inorganiques (y compris les principes immédiats des corps organisés) ; les premiers peuvent donner lieu à Irois effets sur le pendule :
i° Ils sont sans action;
a' Le mouvement circulaire qu'ils lui impriment se fait de gauche à droite, c'est le sens que Gerboin appelle oxygène; il l'attribue à l'électricité vitrée ou positive, à la force ou qualité expansive;
3" Le mouvement circulaire qu'ils lui imposent se fait de droite à
gauche : c'est le sens que Gerboin appelle hydrogène; il l'attribue à lelectricité résineuse ou négative, à la force ou qualité compressive.
A. Les corps qui agissent sur le pendule de gauche à droite sont : L'arsenic, le charbon;
Le zinc, l'antimoine, le bismuth, le cobalt, l'eau, l'alumine, les oxydes noir et rouge de fer, l'oxyde de zinc, les fleurs d'antimoine, l'oxyde de bismuth, l'oxyde brun de cuivre, l'oxyde jaune et l'oxyde rouge de plomb, l'oxyde noir et l'oxyde rouge de mercure;
La flamme de phosphore, les acides phosphorique , arsénique , sulfurique, nitrique, boracique, oxalique, tartrique;
L'alun;
Le corps ligneux des plantes qui ne végètent plus : l'amidon , la gomme blanche, le sucre, le sucre de lait.
B. Les corps qui agissent sur le pendule de droite à gauche sont : Le soufre , le phosphore ;
Le fer forgé, le fer battu, l'étain, le plomb, le cuivre, le platine, l'argent, le mercure;
Les sulfures de fer, de cuivre, de mercure;
Les acides muriatiqne, phosphoreux, sulfureux, benzoïque;
Le sel marin, la magnésie, la potasse, la soude;
La flamme d'une bougie;
Le sel ammoniac, le savon sec;
L'éther sulfurique, l'huile de thym, le camphre et les résines, Le succin;
La fibrine sèche, la pulpe cérébrale,
C. Les corps qui n'agissent pas sur le pendule sont : Le diamant;
L'eau congelée, la neige, la silice pure, le quarte hyalin, limpide ou opaque, lorsqu'il n'est pas imprégné d'oxydes métalliques; le verre, qui a pour base 1a terre siliceuse et qui contient peu de substances métalliques;
L'acide phosphorique vitreux ;
Le borax vitrifié;
La flamme de l'alcool;
Le coton blanchi , la soie écruc ou blanchie , la laine , etc.
D. Gerboin nomme des corps qu'on pourrait qualifier de capricieux, parce qu'Us n'agissent pas constamment d'une même manière, et que quelquefois ils n'agissent pas du tout; tels sont :
La houille, surtout si elle est pyriteuse, la plombagine; La blende, l'orpiment;
Divers minerais métalliques;
Le schiste noir, la pierre de "Florence;
Plusieurs substances végétales et animales dans un état commençant de décomposition.
Gerboin fait dépendre l'action des substances inorganiques sur le pendule de leur composition chimique, de leur figure et de la situation de leurs parties à l'égard du pendule, enfin de leur masse.
L'action sur le pendule est d'autant plus régulière, que le corps est formé d'un plus petit nombre de principes, et que la combinaison est plus exacte. 9
La surface plane est plus favorable à l'action qu'une surface anguleuse. Le centre d'une figure symétrique éteint toujours le mouvement ou l'empêche de se produire. Les deux moitiés d'une même surface tiennent de leur état mathématique des propriétés opposées et une sorte de polarité.
Enfin un même corps agit avec d'autant plus d'intensité , que sa masse en rapport avec le pendule est plus considérable , et que cette masse présente plus de surface.
Les êtres organisés, considérés comme corps explorés, cest-â-dire ronime corps soumis à l'action du pendule , ont présenté à Gerboin les phénomènes suivants :
Le pendule, placé au-dessus des deux premiers doigts de la main ou du pied, ou au-dessus de la surface du corps qui est doué de la propriété compressive , oscille de gauche à droite.
Au-dessus du bout du doigt annulaire ou au-dessus de la surface du corps doué de la propriété perturbatrice, il oscille de droite à gauche.
Enfin, au-dessus du médias et du cinquième doigt, et sur la ligne médiane du corps ou ses principales, le pendule ne se met pas en mouvement.
Les végétaux présentent des phénomènes analogues ,• mais ils sont plus complexes.
L'action résulte presque toujours de la qualité vitale des parties , de leurs formes et de leur constitution intime.
Gerboin conclut que la réaction excitée par les êtres organisés ne diflere pas réellement de celle que font naître les corps inorganiques.
Dans tout ce qui précède, nous avons conservé, autant que possible, les expressions de l'auteur. Nous reprendrons plus loin quelques observations et expériences de Gerboin, pour montrer qu'elles rentrent dans le principe d'explication que nous allons exposer.
D. — DES RECHERCHE? DE M. CHÏTRBOL ÎCIf LE PlHDDl.K DIT EtPLOIUTBCR .
La curiosité que nous eûmes de tout temps de connaître les faits du • ressort de l'histoire des facultés de l'homme, nous fit profiter de l'amitié du respectable M. Deleuze pour nous initier au magnétisme animal , et en étudier les phénomènes dans toutes les occasions qui se présentèrent à nous de 1810 à 181 3. Un jour, c'était en 181a, M. Deleuze nous parla , dans notre laboratoire , du pendule de Forlis et de Cb. Amorelti, et nous suggéra le désir d'essayer à en reproduire les effets : c'est ce que nous fîmes aussitôt. En communiquant les résultais de nos essais à M.OErstcdt, qui suivait alors à Paris l'impression de la traduction française de ses Recherches sur t identité des forces chimiques et électriques, et avec lequel nous avions de fréquents entretiens, il nous avoua que, malgré le cas qu'il faisait des idées de Ritler, son opinion n'était point encore arrêtée sur la cause du mouvement du pendule de Fortis.
Des motifs divers, qu'il est superflu de donner, nous firent ajourner la publication de nos expériences à l'année 1 833 , où elles parurent sous la forme d'une lettre adressée à M. Ampère. M. OErstedt, après en avoir pris connaissance à Copenhague , nous écrivit qu'il partageait complètement notre manière de voir. En 18461, deux anciens élèves de l'École polytechnique, MM. Desplaces et Chabcrt, et M. Robert, ayant communiqué à l'Académie des sciences des expériences sur le pendule de Fortis, nous nous permîmes de rappeler les nôtres; et, dans ie compte rendu de la séance du 1 h décembre 18A6, on inséra un extrait de la lettre de la Hevae des deux mondes. Enfin, lorsque, cette année ( 1 853), il a été question des tables tournantes, nous avons vu avec satisfaction l'accueil fait à nos idées par plusieurs journaux fiançais et étrangers; et cette satisfaction s'est encore accrue par les recherches littéraires auxquelles nous nous sommes livré sur la baguette divinatoire et le pendule explorateur. En reproduisant des passages textuels de notre lettre, on verra les analogies des faits qui s'y trouvent décrits avec ceux que nous ont offerts des auteurs dont nous ignorions les ouvrages en 1813, lors de nos expériences, et même en 1 833 , lors de leur publication. Mais, si l'analogie des faits est évidente, l'interprétation que nous en donnâmes diffère absolument de celles dont, antérieurement, ils avaient été l'objet.
1 Compte rendu ie l'Académie des sciences, t. XXIII, p. 1082.
LtTTHE de M. Chevreul i M. Ampère , sur une classe particulière de mouvements
L'ilay près de Paru, >3 mars i833.
Ne pouvant reproduire cette lettre, nous citerons le passage suivant, tout expérimental , et auquel nous ne changerons rien. Le lecteur verra, sans doute, combien l'analogie de nos expériences est grande avec des faits anciennement observés que nous avons cités dans l'examen que nous venons de faire des écrits où ils se trouvent. Mais maintenant, satisfait de cette remarque, nous réservons la comparaison des faits et le développement de leurs conséquences pour des articles ultérieurs.
• Le pendule dont je me servis était un anneau de fer suspendu à an ûl de chanvre; i) avait été disposé par une personne qui désirait vivement que je vérifiasse moi-même le phénomène qui se manifestait lorsqu'elle le mettait au-dessus de l'eau , d'un bloc de métal ou d'un être vivant, phénomène dont elle me rendit témoin. Ce ne tut pas, je l'avoue, sans surprise, que je le vis se reproduire, lorsque, ayant saisi moi-même de la main droite le fil du pendule, j'eus placé ce dernier audessus du mercure de ma cuve pneumato-chimique, d' une enclume, de dlusieurs animaux, etc., etc. Je conclus do mes expériences que, s'il n'y avait, comme ou me l'assurait, qu'un certain nombre de corps aptes a déterminer les oscillations du pendule, il pourrait arriver qu'en interposant d'autres corps entre les premiers et le pendule en mouvement, celui-ci s'arrêterait. Malgré ma présomption, mon étonnement fui grand lorsque, après avoir pris de la main gauche une plaque de verre , un gâteau de résine, etc., et avoir placé un de ces corps entre du mercure et le teudule qui oscillait ao-dessas, je vis les oscillations diminuer d'amplitude et s'anéantir entièrement; elles recommencèrent lorsque le corps intermédiaire eut été retiré, et s'anéantirent de nouveau par l'interposition du même corps. Cette succession de phénomènes se répéta un grand nombre de fois avec une constance vraiment remarquable, soit que le corps intermédiaire fût tenu par moi, soit qu'il le fût par une autre personne. Plus ces effets me paraissaient extraordinaires, et plus je sentais le besoin de vérifier s'ils étaient réelfemont étrangers à tout mouvement musculaire du bras, ainsi qu'on me l'avait affirmé de la manière la plus positive. Cela me conduisit à appuyer le bras droit, qui tenait le pendule, sur un support de bois que je faisais avancer à volonté de l'épaule à la main, et revenir de la main vers l'épaule. Je remarquai bientôt que, dans la première circonstance, le mouvement du pendule décroissait d'autant plus que l'appui s'approchait davantage de la main , et qu'il cessait lorsque les doigts qui tenaient le bl étaient eux-mêmes appuyés, tandis que, dans la seconde circonstance, l'effet contraire avait lieu; cependant, pour des distances égales du support au fil, le mouvement était plus lent qu'auparavant. Je pensai, d'après cela, qu'il était très-probable qu'un mouvement musculaire, qui avait lieu a mon insu, déterminait le phénomène, et je devais d'autant plus prendre ceUe opinion en considération , que j'avais un souvenir vague, a la vérité, d'avoir été dans un état tout particulier lorsque mes yeux suivaient les oscillations que décrivait le pendule que je tenais à la main.
« Je refis mes expériences , le bras parfaitement libre, et je me convainquis que le
souvenir dont je vient de parler n'était pas une illusion de mon esprit, car je sentis Irès-bien qu'en même temps que me» yeux suivaient le pendule qui oscillait, il y avait en moi une disposition ou tendance au mouvement , qui, tout involontaire qu'elle me semblait, était d'autant plus satisfaisante, que le pendule décrivait de plus grands arcs ; dès lors , je pensai que , si je répétais les expériences les yeux bandés , les résultats pourraient en être tout différents de ceux que j'observais : c'est précisément ce qui arriva. Pendant que le pendule oscillait au-dessus du mercure, on m'appliqua un bandeau sur les yeux, le mouvement diminua bientôt ; mais , quoique les oscillations fussent faibles, elles ne diminuèrent pas sensiblement par la présence des corps qui avaient paru les arrêter dans mes premières expériences. Enfin, a partir du moment où le pendule fut en repos, je le tins encore pendant un quart d'heure au-dessus du mercure sans qu'il se remit en mouvement; et, dans ce temps-là, et toujours à mon insu, on avait interposé et retiré plusieurs fois, soit le plateau de verre , soit le gâteau de résine. • Voici comment j'interprète ces phénomènes.
je tenais le pendule à la main, un mouvement musculaire de mon m insensible pour moi, fit sortir le pendule de l'étal de repos, et les osune fou commencées, furent bientôt augmentées par l'influence que la vue exerça pour me mettre dans cet état particulier de disposition ou tendance au mouvement. Maintenant, il faut bien reconnaître que le mouvement musculaire , lors même qu'il est accru par cette mime disposition, est cependant asaex faible pour a'arrêtef, je ne dis pas sous l'empire de la volonté, mais lorsqu'on a simplement la pensée d'essayer $i telle choie l'arrêtera; il y a donc une liaison intime établie entre l'exécution de certains mouvements et l'acte de la pensée qui y est relative, quoique celte pensée ne soit point encore la volonté qui commande aux organes musculaires. C'est en cela que les phénomènes que j'ai décrits me semblent de quelque intérêt pour la psychologie ot même pour l'histoire des sciences ; ils prouvent combien il est facile de prendre des illusions pour des réalités, toutes les fois que nous nous occupons d'un phénomène où nos organes ont quelque part, et cela dans des circonstances qui n'ont pas été analysées suffisamment. En effet, que je me fusse borné à faire osciller le pendule au-dessus de certains corps, et aux expériences où «es oscillations furent arrêtées, quand on interposa du verre, de la résine, etc., entre le pendule et les corps qui semblaient en déterminer le mouvement, certainement je n'aurais point eu de rai«on pour ne pas croire à la baguette divinatoire et à autre chose du même genre. Maintenant on concevra sans peine comment des hommes de très-bonne foi, et éclaires d'ailleurs, sont quelquefois portés à recourir à des idées tout à fait chimériques pour expliquer des phénomènes qui ne sortent pas réellement du monde physique que nous connaissons l. Une bis convaincu que rien de vraiment extraordinaire n'existait dans les effet» qui m'avaient causé tant de surprise, je me suis trouvé dans une disposition si différente de celle où j'étais la
1 «Je conçois très-bien qu un homme de bonne £w, dont 1 attention tout entière est fixée sur le mouvement qu'une baguette qu'il tient en ses mains peut prendre par une cause qui lui est inconnue, pourra recevoir, de la moindre circonstance, la tendance au mouvement nécessaire pour amener la manifestation du phénomène qui l'occupe. Par exemple, si cet homme cherche une source, s'il n'a pas les yeux bandés, la vue d'un gaxon vert, abondant, sur lequel il marche, pourra déterminer en lui, à son insu, le mouvement musculaire capable de déranger la baguette, par la liai'on établie entre l'idée de la végétation acùve et celle de l'eau. •
première fois que je le* observai, que longtemps après , et à diverses époques, j'ai essayé, mais toujours en vain, de les reproduire.
« En invoquant votre témoignage sur un fait qui s'est pas«é sous vos ycûx, il y a plus de douze ans , je prouverai a mes lecteurs que je ne suis pas la seule personne sur qui la vue ail eu de l'influence pour déterminer les oscillations d'un
pendule tenu à la main. Un jour où j'étais chez vous avec le général P et
plusieurs autres personnes, vous vous rappelez sans doute que mes expérience* devinrent un des sujets de la conversation ; que le général manifesta le désir d'en connaître les détails, et, qu'après les lui avoir exposés, il ne dissimula pas combien l'influence de la vue sur le mouvement du pendule était contraire à toutes ses idées. Vous vous rappelés que, sur ma proposition d'en Caire lui-même l'expérience , il fut frappé d'étonnement lorsque, après avoir mis la main gauche sur les yeux pendant quelques minutes, et l'en avoir retirée ensuite, il vil le pendule, qu'il tenait de la main droite, absolument immobile, quoiqu'il oscillât avec rapidité au moment où ses yeux avaient cessé de le voir.
Les Laits précédents, et l'interprétation que j'en ai donnée, m'ont conduit à les enchaîner à d'autres que nous pouvons observer tous les jours. Par cet enchainement, l'analyse de ceux-ci devient a la fois et plus simple et plus précise qu'elle ne l'a été, en même temps que l'on forme un ensemble de faits dont l'interprétation générale est susceptible d une grande extension. Mais, avant d'aller plus loin, rappelons bien que mes observations présentent deux circonstances principales :
• i' Avoir pensé qu'un pendule que je tenais pouvait se mouvoir, et qu'il se soit mu sans que j'aie eu la conscience que mes muscles lui imprimaient une impulsion , voilà an premier fait.
• a* Avoir vu ce pendule osciller, et que ses oscillations soient devenues plus étendues, par l'influence de ma vue sur mes muscles et sans que j'aie eu la conscience de cette influence , w>i/<à un second fait.
F/article suivant sera consacré aux tables tournantes.
E. CHEVREUL
[La suite à an prochain cahier.)
Franc. CXrellii ncmorum Itali.e veteris tabulas cen edidit Coelest. Cavedonius; accesserant Franc. Carellii numorum qaos ipse collegit, descriptio; Fr. M. Avellinii in eam adnotationes. Lips. mdcccl, in-4° max.
DEUXIÈME ARTICLE1
Après le coup d'oeil général que nous avons jeté sur l'ensemble de la coHectiorrde médailles de la Grande Grèce de Carelli , il nous reste à exa-
' Voyez, pour le premier article, le cahier de juin i85a, p. 337 e* smT
miner en détail cette collection , la plus considérable et la plus choisie qui eût encore été formée en Europe, et la première, sans contredit, de toutes celles qui ont été jamais publiées de cette classe. En nous livrant à cet examen , qui ne saurait manquer d'offrir de l'intérêt à ceux de nos lecteurs qui sont versés dans la numismatique, nous nous attachecherons surtout à faire connaître les importantes acquisitions qui ont signalé, dans cet espace d'à peu près un demi-siècle, les progrès de la science , de manière à compléter à la fois l'œuvre de Carelli et le travail de son savant interprète, M. l'abbé Cavedoni; et, pour les médailles connues avant l'époque de Carelli, qui forment certainement la plus grande partie de sa collection, nous ne nous arrêterons que sur celles qui pourraient avoir encore besoin de quelques explications, en passant tout le reste sous silence.
I^es trente premières planches du recueil comprennent la série des as italiques, telle qu'elle existait du temps de Carelli. Le plus grand nombre de ces pièces était déjà connu par la publication qui en avait été faite par le cardinal Zelada, par Micali, par les éditeurs du musée d'Arigoni et par d'autres antiquaires. Carelli n'avait fait que les reproduire, en y ajoutant quelques pièces servant à accroître cette série, dont les attributions sont généralement mises hors de doute par les inscriptions qui en accompagnent les types. Ce sont des as de l'Étrurie , de l'Ombrie et du Picenum , dont la classification se trouve aujourd'hui mieux établie et la suite plus complète, grâce au travail des RR. PP. Marchi et Tcssieri. Comme nous avons fait connaîtra ce travail à nos lecteurs, de manière à les mettre à même d'en apprécier le mérite et la nouveauté *, nous nous croyons dispensé de revenir une seconde fois sur le même sujet. Nous ajouterons seulement que toutes les questions, tant historiques qu'archéologiques, qui concernent les as italiques, et généralement toutes les monnaies primitives de fltalie, sont traitées de la manière la plus approfondie et la plus critique dans un ouvrage posthume du grand antiquaire napolitain Avellino, qui se publie à Naples par les soins de son digne neveu, M. Minervini2. Dans l'état où cette publication , si savante et si exacte , se trouve entre mes mains, elle embrasse les monnaies, tant onciales que frappées, de Popalonia, Telamon, Volatcrrte, de l'Étrurie; de Tader, Jgavium, Ariminum, et Pisaaram, de l'Ombrie; d'Ancone, de Finnam et à'Hatria, du Picenum ; et, pour la suite monétaire de chacune de ces villes, qui forment
' Journal des Savants, novembre i84o, p. 654-670; décembre, p. 733-741; mars i84i, p. 172181; mai, p. 257-270. — 1 Italim vêtons namismata, anctore viroedeberrimo Franc. M. Avellmio. Neapoli, m dccci, p. 1-88.
le sujet des trente premières planches de Carelii. elle#eprésente l'état de la science d'une manière si sûre et si exacte, que je n'aurais rien à y ajouter. Aussi me bornerai-je à un* très-petit nombre d'observations sur quelques-unes jdes pièces comprises dans ces trente premières planches»
Les médailles attribuées à Véies par Carelii, d'après Sestini-, suivi par Mionnet \ pl. x , n** 1 , a , 3 et 6 , en raison de la légende TEIOESA , qui se lit au revers , et qui n'offre réellement aucun rapport avec le nom de Véies, sont aujourd'hui rangées parmi les incertaines par tous les antiquaires. Elles ne sauraient appartenir à Yéies, qui fut prise et détruite en l'an de Rome 358, bien avant l'époque où l'on put frapper des monnaies de bronze dans le Latium , sinon dans, le reste de l'Italie. Les types , la fabrique et le module, pourraient les faire attribuer à quelque ville étrusque, voisine du Latium3; et le mélange des lettres étrusques, r, O» fl, grecque, Z, et latines, E, I, qui se remarque dans l'inscription, à peu près comme dans la légende ZEIC, des médailles de Signia, viendrait à l'appui de cette présomption. C'était sans doute cette considération qui avait porté Carelii à réunir, sur la même planche, ses prétendues médailles de Véies à celles des villes du Latium, Alba Facentia, Sigma, Aqainum et Cosa; et M. Cavedoni, qui ne pouvait partager son erreur, l'a suivi à regret «dans cette disposition, ainsi qu'il le déclare, parce qu'il n'était pas maître de changer l'ordre des planches : Unde etiam in hac tabula numos etruscos latinis admiscait, qaos hic inviti describimas, ne pertarbetar ordo tabalaram. A notre tour, nous avons cru devoir consigner ici cette déclaration du savant éditeur, pour qu'on ne le rende pas responsable de la faute de Carelii. La même planche lui fournit encore l'occasion de rectifier deux erreurs commises par Carelii au sujet des médailles de Cosa, qu'il attribuait, à une Cosa du Liris, qui n'exista jamais, mais qui, de l'avis d'Avellino, suivi par tous les numismalistes , doivent être restituées à la Cosa des Hirpins, et dont la seconde, réputée à tort de Cosa, d'après la légende mal lue* KOHANO, est une de «s monnaies campaniennes, frappées suivant toute apparence à Capoae, du temps de l'alliance romaine , avec l'inscription ROMANO.
1 Sestini , Chut, gênerai p. 7. C'est à lort que Millingen regardait L«nzi comme l'auteur de cette attribution, Contider. $ar la numisr*. de l'anc. Italie, p. 17a, 1 )- Lanzi se bornait à lire sur ces médailles le vrai nom Peitheta, qu'il regardait comme celui d'une ville étrusque* inconnue, cl il avait raison, Saggio, t. II, p. a a , tav. v, n. 11. — * Supplément, t. I, p. ao&, nM 55-55. — * Millingen était d'avis que ces monnaies appartenaient à une ville nommée Peitkeea et située au voisinage de Tader, où elles se retrouvent ordinairement. Considérations , etc. . p. 170.
Les médaillée Camars, publiées pl. xi. n" 3. a. devaient être «cariées du recueil de Carclii, attendu qu'elles ne méritent aucune con^ liance. Lea inscriptions, présumées étrusques, qui se lisent sur des exemplaires du inusée d Arigoni 1 et du musée d'Hédcrvar3, paraissent «:lre le résultat d'une illusion d'antiquaire, aussi bien que le type même du Chasseur debout derrière le sanglier; c'est, du inoins, ce qu'avait soupçonné Sestini3, et ce que déclare M. Cavcdoni, d'après deux exemplaires du inusée d'Kste4 qu'il a sous les yeux. Mdlingen affirmait aussi que les légendes étaient entièrement supposées, et que le mauvais état des médailles, dont le métal était «Itéré par l'oxydation, avait pu seul permettre à des esprits prévenus d'y voir tout ce qu'ils désiraient v trouver3. On doit donc retrancher de la numismatique les prétendues médailles de Cunwrs, qui ne figurent pas en effet dans le récent travail d'AveUino; et il est tout à fait inutile de leur chercher une patrie , soit à Caire, de l'Élruric, comme le proposait K. Ott. Millier*', soit à Camers ou Camerintun1, de l'Ombrie, comme le pensait en dernier lieu M. Lep sius*. Mais ce point établi, il reste encore à fixer l'attribution des monnaies onciales du module de quadnats, dont le type, consistant en un sanglier courant à droite, est reproduit sur chaque face, avec trois globules, et sans inscription. Ces médailles se rencontrent assez communément, et l'une d'elles est gravée dans le recueil de Carclii, pl. xi, n° 1 . Le savant éditeur les range parmi les incertaines de la Campante, tout eu proposant aussi l'Apulie. Sur quoi je prendrai la liberté d'observer que, pour aucune des villes de la Gampanie, grecques, osques et latines, il n'est prouvé, jusqu'ici, qu'elles aient eu de la monnaie onciale, tandis qu'il est avéré que plusieurs ville* de l'Apulie . notamment Venasia et Lueeria, possédèrent en abondance des monnaies onciales, au point qu'il existe plusieurs séries de Vas de Laceria; et, en second lieu, que le type du sanglier est connu sur les médailles des villes de l'Apulie, telles qu'slr/H et Salapia. Il y aurait donc toute probabilité à ranger les pré tapdues médailles de Cornacs parmi les incertaines de l'Apulie, en attendant que quelque nouvoau monument numismatique nous fasse con naître par une inscription leur véritable patrie.
Le savant éditeur de Carclii assigne aux incertaines de l'Étrurie deux médailles, qui se trouvent gravées sur la planche \ii%aM 1, a. S. L'une
' Mus. Angon. 1. 111, lab. 39, o. 8. — ' Mus. Htdervar. part I, n. 3i&. ■ — 1 Detcrix. ii mob. nudagl. gnek. L I, p. \. — * Mas. A fat. catahej. Welleiihewn. a. 371. — * Considérations, etc. . p. 1 70. — 6 Die Etmskmr, p. 33». — - T Abekwn. Mutelitalim , p. 39, 3). — ' De Tabul. Euawb. partie I , p. Ai .