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L. VITET

Le Lotos de la bonne loi, traduit du sanscrit, accompagné d'an commentaire et de vingt et un mémoires relatifs au bouddhisme, par M. E. Burnouf, secrétaire perpétuel de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Paris, imprimé par autorisation du Gouvernement à l'Imprimerie nationale, i85a, 1 vol. in-4°, iv-897 pages*

Rgya tcher bol pa, ou Développement des jeux, contenant C histoire du Bouddha Çâkyamouni, traduit sur la version tibétaine du Bkah-Hgyour et revu sur l'original sanscrit (Lalitavistara) , par Ph. Ed. Foucaux, membre de la Société asiatique de Paris. irc partie, texte tibétain, n-388 pages; 2* partie, traduction française, Lxv-Aa5 pages, in-4°. Paris, imprimé par autorisation du Gouvernement à l'Imprimerie nationale, 1847-1 848.

DE LA MORALE ET DE LA MÉTAPHYSIQUE DU BOUDDHISME

DBOXlàUE ARTICLE*.

Caractère el vie de Çàkyaruouni

Pour bien comprendre la réforme morale que Çâkyamouni est venu tenter dans le monde indien, il faut a la fois connaître lr caractère du réformateur avec les principaux incidents de sa vie, et la croyance qu'il a prétendu remplacer par une croyance meilleure. C'est à ces deux conditions seulement qu'on peut s'expliquer avec quelque précision ce que vaut le dogme nouveau qu'il a proposé au genre humain , et les fortunes diverses qu'a subies cette grande entreprise. Si le bouddhisme, né dans l'Inde , a échoué dans son propre pays , il s'est propagé parmi les peuples voisins, qui l'ont recueilli avec un enthousiasme que les

1 Voyez, pour le premier article, le cahier de mai, page 270.

siècles n'ont pas refroidi ; et il domine souverainement encore à l'heure qu'il est, avec les formes variées qu'il a revêtues, sur le quart tout au moins de l'humanité.

Il nous est assez facile de connaître les doctrines religieuses et morales de la société dans laquelle apparut le Bouddha, et qu'il essaya d'éclairer d'une lumière plus pure. Les Védas, d'une part, et, de l'autre, les systèmes de philosophie, avec les commentaires de tout ordre qui les développent et les expliquent, nous sont désormais ouverts; et l'esprit brahmanique, bien qu'on soit très-loin d'avoir exploré toutes ses œuvres, n'a plus guère de secrets pour nous. On sait d'une manière certaine ce qu'il a pensé sur les grands problèmes qui intéressent la raison humaine, sur Dieu, sur le monde et sur l'homme. On pourra bien approfondir davantage les solutions qu'il en a données, à mesure que l'on publiera les monuments où il les a déposées; mais on ne fera pas, sur les points essentiels, des découvertes imprévues, capables de renverser le jugement général qu'on peut dès à présent porter sur la religion brahmanique.

Ainsi, l'une des deux conditions qui semblent nécessaires à l'intelligence de la réforme bouddhique, est assez bien remplie. Quant à l'autre, c'est-à-dire la connaissance de la vie du Bouddha, si elle n'est pas remplie aussi complètement, je ne crois pas quelle soit cependant impossible ; et il me semble qu'on peut, à l'aide des nombreux documents que nous possédons déjà , refaire d'une manière assez plausible l'histoire du réformateur, au moins dans ses circonstances principales. Je les emprunterai aux ouvrages de MM. Hodgson, Csoma de Kôrôs, Turnour, Schmidt, E. Burnouf, Ed. Foucaux; et, avec des guides aussi savants et aussi exacts, on peut être sûr de ne point s'égarer.

La source la plus abondante et la plus ancienne de renseignements, c'est le Lalitavistara. Ce soùtra contient, sous des développements fabuleux , un récit assez régulier et très-acceptable des événements les plus importants de la vie de Çâkyamouni , depuis sa naissance jusqu'à sa prédication à Bénarès; et, si on le complète par les détails extraits de cette partie du Kahgyour tibétain, appelé le Doul-va, les recevant luimême des autorités indiennes, ce récit comprend une biographie tout entière1. A côté de ces deux sources, qui suffisent déjà par elles seules, on doit puiser aussi dans les légendes presque innombrables que renferment soit la collection du Népal au nord, soit la collection des Sin-

1 Voir dans l'analyse de Csoma de Kôrôs, Asiatic Research.es, t. XX , p. 3o9 cl sniv. et dans le Rqya tch'errolpa de M. Ed. Foucnux, t. II, p. 617 et suiv., le récit de la mort de ÇAkvamouni.

gbalais au sud,, soit les immenses recueils des Tibétains et des Mongols, soit enfin les ouvrages chinois. Le seul soin qu'il faille prendre , et que je prendrai ici , c'est de laisser de côté tout ce que ia tradition superstitieuse, et même extravagante, s'est permis d'ajouter aux faits qui composent le fond même du récit. Ces faits sont peu nombreux ; ils sont fort simples, et la raison la plus circonspecte peut les accepter sans le plus léger scrupule. J'avoue qu'il serait impossible d'affirmer absolument qu'ils sont vrais; mais, comme ils sont parfaitement vraisemblables, et qu'ils se trouvent répétés r sans, d'ailleurs, qu'on les copie, chez des peuples divers et fort éloignés les uns des autres, ce serait pousser le scepticisme au delà des bornes que de ne point y donner foi, parce qu'ib ne sont pas présentés dans les formes auxquelles nous autres européens et occidentaux nous sommes dès longtemps habitués. Sous la légende, dont je montrerai d'ailleurs les défauts et les puérilités, on peut retrouver assez sûrement l'histoire; et, pour ma part, je ne fais pas difficulté de croire à la fidélité du tableau que je vais essayer de tracer. Chacun des incidents , même les plus minces , de cette existeuce mémorable ont été consacrés par la piété des fidèles; et il n'en est pas un seul qui n'ait laissé des traces profondes soit dans des monuments, soit dans des livres , dont le nombre est à peu près incalculable.

Ce fut vers la fin du vu' siècle avant notre ère que naquit le Bouddha, dans la ville de Kapilavastou , capitale d'un royaume de ce nom dans l'Inde centrale1. Son père Çouddhodana, de la famille des Çâkyas, et issu de la grande race solaire des Gôtamidcs, était roi de la contrée. Sa mère Mâyâ Dévi était fille du roi Soupra Bouddha, et sa beauté était tellement extraordinaire, qu'on lui avait donné le surnom de Mâyâ ou l'illusion, parce que son corps, ainsi que le dit le Lalilavistara (chap. m),

' Kapilavastou, lieu de naissance du Bouddha, est par cela seul la ville la plus célèbre des légendes bouddhiques. M. Klaprolh a élahli, par des recherches aux-

Suelles M. E. Burnouf donne son assentiment, qu'elle devait être située sur les bords e la rivière Rohini, l*un des affluents de la Raptf. près des montagnes qui séparent le Népal du district de Gorakpour. (Foe-Koueki, p. 199; Introduction à l'histoire du bouddhisme indien, p. »43, en nute; Bgya tcli'er rvlpa de M. Ed. Foucaux, p. 3i. ) Dans la légende de Roudiâyana, Divya avadàna, il est dit que • le Bouddha est né «sur le flanc de l'Himavnt, au bord de la Bliâguîralhî. non loin de l'ermitage du « Riobi Kapila. *{Introd. à l'hist.du bondd. indien, p. 343. ) Au temps de Fa-hian , c'està-dire à la fin du iv' siècle de noire ère, Kapilavastou était déjà en ruines (Foe- Kotu-Ki, p. 198). Hiouen-Tshang visita ces ruines vers l'an 63a de J. C. Il donne au royaume de Kapilavastou 4oo lic-.ies de tour. Il ne peut déterminer l'étendue de la ville, mais elle devait être considérable, puisque les murs seuls du palais du roi avaient à peu près une lieue et demie de circonférence (M. Stanislas Julien, Histoire de la vie de Ihoaen-Tshang, p. ia6 )

semblait être le produit d'une illusion ravissante. Les vertus et les talents de Mâyâ Dévî surpassaient encore sa beauté, et elle réunissait les qualités les plus rares et les plus hautes de l'intelligence et de la piété. Çouddhodana était digne d'une telle compagne, et a roi de la «loi, il commandait selon la loi.» «Dans le pays des Çâkyas, pas un « prince n'était houoré et respecté autant que lui de toutes les classes «de ses sujets, depuis ses conseillers et les gens de sa cour jusqu'aux « chefs de maison et aux marchands'. »

Telle était la noble famille dans laquelle devait naître le libérateur; il appartenait donc à la caste des Kshattriyas ou des guerriers; et, lorsque, plus tard, il embrassa la vie religieuse, on le nomma, pour rappeler son illustre origine, Çâkya Mouni, c'est-à-dire le solitaire (le moine, ft6vot) des Çâkyas; ou bien encore Çramana Gaoutama, l'ascète des Gotamidcs. Son nom personnel, choisi par son père, était Siddhârtha ou Sarvârthasiddha 3, et il conserva ce nom tout le temps qu'il résida près de sa famille à Kapilavastou comme prince royal (Koumârarâdjâ). Plus tard, il devait l'échanger pour de plus glorieux. La reine sa mère, qui s'était retirée, vers l'époque de l'accouchement, dans un jardin de plaisance appelée le jardin de Loumbinî, du nom de sa grand'mère, fut surprise par les douleurs de l'enfantement sous un arbre (plaksha), et elle donna naissance à Siddhârtha le 3 du mois outtâraçâdha. Mais , affaiblie sans doute par les austérités pieuses auxquelles elle s'était livrée durant sa grossesse, peut-être inquiète aussi des prédictions que les brahmanes lui avaient faites sur le fils qui devait sortir d'elle9, Mâyâ Dévî mourut sept jours après, afin quelle n'eût pas ensuite, dit la légende, le cœur brisé de voir son fils la quitter pour aller errer en religieux et en mendiant L'orphelin fut confié aux soins de sa tante maternelle Pradjàpati Gaoutamî, qui était aussi une des femmes de son père, et qui devait être plus tard, au temps de la prédication , une de ses adhérentes les plus dévouées.

L'enfant était aussi beau que l'avait été sa mère ; et le brahmane Asita, chargé de le présenter au temple des dieux, suivant l'antique usage , prétendait reconnaître sur lui les trente-deux signes principaux et les quatre-vingts marques secondaires qui caractérisent le grand homme5, selon les croyances populaires de l'Inde. Quelle que fût la vérité de ces pronostics, Siddhârtha ne tarda pas à justifier la haute opinion qu'on s'était faite de lui. Conduit aux écoles d'écriture 6, il s'y

1 Rgya tdi'er ro/ pa de M. Ed. Foucaux, U II , ch. m , p. 3i. — * Idem, ibid. cli. vu, p. 97 et ch. i5,p. ai 5. — 1 Idem, ibid. ch. vi, p. 55 et 63. — 4 Idem, ibid. ch. vu, p. ioo. — * Idem, ibid. ch. vu, p. io5. — ' Idem, ibid. ch. s, p. lao.

montrait plus habile que ses maîtres, et l'un d'eux, Viçvamilra, sous la direction de qui il était plus spécialement placé, déclara bientôt qu'il n'avait plus rien à lui apprendre. Au milieu des compagnons de son âge, l'enfant ne prenait point part à leurs jeux; il semblait dès lors nourrir les pensées les plus hautes; souvent il se retirait à l'écart pour méditer; et, un jour qu'il était allé visiter avec ses camarades « le village «de l'Agriculture il s'égara seul dans un vaste bois, où il resta de longues heures sans qu'on sût ce qu'il était devenu. L'inquiétude gagna jusqu'au roi son père, qui alla de sa personne le chercher dans la foret , et qui le trouva sous l'ombre d'un djambou , plongé depuis longtemps dans une réflexion profonde.

Cependant l'âge arrivait où le jeune prince devait être marié. Les principaux vieillards des Çàkyas se souvenaient de la prédiction des brahmanes, qui avaient annoncé que Siddhârtha pourrait bien renoncer à la couronne pour se faire ascète. Us allèrent donc prier le roi de marier son (ils le plus tôt qu'il pourrait pour assurer l'avenir de sa race. Us espéraient enchaîner le jeune homme au trône par une union précoce; mais le roi, qui connaissait sans doute les intentions du prince, n'osa pas lui prier lui-même : il chargea les vieillards de s'entendre avec lui , et de lui faire la proposition à laquelle ils attachaient tant d'importance a. Siddhârtha, qui craignait «les maux du désir,» plus redoutables encore que le poison, le feu ou l'épée, demanda sept jours pour réfléchir; puis, sûr de lui-même, après s'être longtemps consulté, et certain que le mariage, accepté par tant de sages avant lui, ne lui ôterait ni le calme de sa réflexion, ni le loisir de ses méditations, il consentit à la prière qu'on lui adressait, ne mettant à son union qu'une seule condition : la femme qu'on lui offrirait ne serait point une créature vulgaire et sans retenue. Peu lui importait, d'ailleurs, quelle serait sa caste; il la prendrait parmi les vaisyas et les coudras, aussi bien que parmi les brahmanes et les kshattriyas, pourvu qu'elle fût douée des qualités qu'il désirait dans sa compagne ; il remettait aux vieillards une liste complète de ces qualités, destinée à les guider dans leurs recherches.

Le pourohita , ou prêtre domestique du roi Çouddhodana , fut donc chargé de parcourir toutes les maisons de Kapilavastou, et d'y découvrir, en examinant les jeunes fdles , celle qui remplissait le mieux les vœux du prince , « dont le cœur, sans se laisser éblouir ni par la famille ni par la « race, ne se plaisait qu'aux qualités vraies et à la moralité 9. » La liste des

1 Rgya uh'er roi pa de M. Ed. Foucaux, ch. xi, p. 1*5. — * Idem, ibii. t h. xti, p. x3». — 'Idem, ibid. p. i33.

vertus exigées fut successivement présentée à une fouie de jeunes filles de tout rang, de toute classe. Aucune ne parut y satisfaire. L'une d'elles, enfin , répondit au pourohita quelle possédait toutes les qualités que désirait le prince , et qu'elle serait sa compagne s'il voulait bien l'accepter. Mandée devant le jeune homme avec une foule d'autres beautés de son âge, elle fut distinguée par lui; et le roi donna son consentement à ce mariage. Mais le père de la jeune fille, Dahdapâni, de la famille des Çakyas, se montra moins facile; et, comme le jeune prince passait pour être complètement abandonné à la mollesse et à l'indolence , il exigea , avant de lui accorder sa fille, la belle Gopâ, qu'il fît preuve des talents qu'il possédait en tout genre. uLe noble jeune homme, disait le sévère « Dandapâni, a vécu dans l'oisiveté au milieu du palais; et c'est une loi « de notre famille de ne donner nos filles qu'à des hommes habiles dans « les arts, jamais à ceux qui y sont étrangers. Ce jeune homme ne con- « naît ni l'escrime, ni l'exercice de l'arc, ni le pugilat, ni les règles de la « lutte; comment pourrais-je donner ma fille à celui qui n'est pas habile « dans les arts 1 ? n

Le jeune Siddhârtha hit donc obligé, tout prince qu'il était, de montrer des talents que sa modestie avait cachés jusque-là. On réunit cinq cents des plus distingués parmi les jeunes Çâkyas; et la belle Gopâ fut promise au vainqueur. Le prince royal l'emporta aisément sur ses rivaux. Mais la lutte porta d'abord sur des exercices plus relevés que ceux auxquels le conviait Dandapâni. Siddhârtha se montra plus habile , non-seulement que ses concurrents, mais encore que les juges, dans l'art de l'écriture, dans l'arithmétique, dans la grammaire, la syllogistique , la connaissance des Védas , des systèmes philosophiques et de la morale, etc. Puis des exercices de l'esprit passant à ceux du corps, il resta victorieux de tous ses compagnons, au saut, à la natation, à la course, à l'arc, et à une foule d'autres jeux où il déployait autant de force que d'adresse a. Parmi ses adversaires figuraient ses deux cousins : Ananda, qui fut un de ses disciples les plus fidèles, et Dcvadalta, qui, profondément irrité d'une défaite, devint, à partir de ce jour, son implacable ennemi. La belle Gopâ fut le prix de son triomphe; et la jeune fille, qui s'était crue digne d'un roi, fut déclarée la première de ses épouses. Dès ce moment, elle prit, malgré les conseils de ses parents, l'habitude de ne jamais se voiler le visage ni devant eux ni devant les

1 Raya tch'er roi pa de M. Ed. Foucaux, ch. xu, p. i36. — * Hiouen-Tshang vit le lieu de la lutte qu'on montrait encore au milieu des ruines de Kapilavastou; voir M. Stanislas Julien, Hiêleire de la vie à* Uiouen-Tihaxa , p. iag.

gens du palais1. «Assis, debout ou marchant, disait -elle, les gens res- «pectables, quoique découverts, sont toujours beaux. Le diamant pré- « cieux et brillant brille encore davantage au sommet d'un étendard. « Les femmes qui, maîtrisant leurs pensées et domptant leurs sens, sa- « tisfaites de leur mari, ne pensent jamais à un autre, peuvent paraître <■ sans voile, comme le soleil et la lune. Le suprême et magnanime Risohi, ainsi que la foule des autres dieux, connaissent ma pensée, mes «mœurs, mes qualités, ma retenue et ma modestie. Pourquoi donc a me voilerais-je le visage? »

Tout heureuse qu'était cette union contractée sous de tels auspices, elle ne pouvait détourner Siddliârlha des desseins qu'il avait des longtemps formés. Au milieu de son splendidc palais et du luxe qui l'entoure, au milieu même des fêtes et des concerts qui se succèdent perpétuellement, le jeune prince ne cesse de méditer courageusement sa sainte entreprise; et, dans l'amertume et l'héroïsme de son cœur, il se disait souvent : «Les trois mondes, le monde des dieux, celui des «asouras et celui des hommes, sont brûlés par les douleurs de la a vieillesse et de la maladie; ils sont dévores par le feu de la mort et « privés de guide. La vie d'une créature est pareille à l'éclair des cieux. «Comme le torrent qui descend de la montagne, elle coule avec une a irrésistible vitesse. Par le fait de l'existence , du désir et de l'ignorance . « les créatures , dans le séjour des hommes et des dieux , sont dans la voie «des trois maux2. Les ignorants roulent en ce monde, de même que m tourne la roue du potier s. Les qualités du désir, toujours accompa- «gnées de crainte et de misère, sont les racines des douleurs. Elles sont « plus redoutables que le tranchant de l'épée ou la feuille de l'arbre «vénéneux; comme une image réfléchie, comme un écho, comme un a éblouissement ou le vertige de la danse, comme un songe, comme «un discours vain et futile, comme la magie et le mirage, elles sont «remplies de fausseté, et vides comme l'écume ou la bulle d'eau. La « maladie ravit aux êtres leur lustre , et fait décliner les sens , le corps et «les forces; elle amène la lin des richesses et des biens. Elle amène le « temps de la mort et de la transmigration. La créature la plus agréable «et la plus aimée disparaît pour toujours; elle ne revient plus à nos «yeux, pareille à la feuille et au fruit tombé de l'arbre dans le courant «du fleuve. L'homme alors, sans compagnon, sans second, s'en va tout « seul et impuissant avec la possession du fruit de ses œuvres »

1 R<jya tch'er nlpa de M. Ed. Foucanx, t. H, ch. xn, p. i5a. — * Voir le premier mémoire sur le Sânkhya, p. ia5, dans les Mémoires de l'Académie de» sciences morales et politiques, t. VIII. — * Idem, ibid. p. 35 1. — 4 Rgya Ich'er

Puis, à ces réflexions pleines de mélancolie et de miséricorde, il ajoutait encore •

. Tout composé est périssable : ce qui est composé n'est jamais «stable; c'est le vase d'argile que brise le moindre choc; c'est la for- ■< tune empruntée a un autre; c'est une ville de sable qui ne se sou '< tient pas; c'est le bord sablonneux d'un fleuve1. Tout composé est " tour a tour effet et cause. L'un est dans l'autre, comme dans la se- « mence est le germe , quoique le germe ne soit pas la semence. Mais la « substance , sans être durable , n'a pas cependant d'interruption; nid « être n'existe qui ne vienne d'un autre, et de la la perpétuité apparente * des substances. Mais le sage ne s'y laisse point tromper. Ainsi le bois «qui est frotté, le bois avec lequel on frotte et l'effort des mains, voilà i» trois choses d'où naît le feu; mais il ne tarde pas à s'éteindre, et le usage le cherchant vainement dans l'espace, se demande : D'où est-il venu ? Où est-il allé ? En s'appuyant sur les lèvres , le gosier et le pa- « lais, le son des lettres naît par le mouvement de la langue ;-et la parole « se forme par le jugement de l'esprit. Mais tout discours n'est qu'un « écho, et le langage à lui seul est sans essence. C'est le son d'un luth, u le son d'une flûte , dont le sage se demande encore : D'où est-il venu? «Où est-il allé? Ainsi de causes et d'effets naissent toutes les aggréga- «tions; et le yogui, en y réfléchissant, s'aperçoit que les agrégations « ne sont que le vide , qui seul est immuable. Les êtres que nos sens « nous révèlent sont vides au dedans, ils sont vides au dehors. Aucun « d'un d'eux n'a la fixité , qui est la marque véritable de la loi Mais «cette loi qui doit sauver le monde, je l'ai comprise; je dois la faire •(comprendre aux dieux et aux hommes réunis. Cent fois, je me suis u dit : Après avoir atteint l'intelligence suprême (Bodhi), je rassemblerai «les êtres vivants; je leur montrerai la porte la plus sûre de l'immor- «talité. Les retirant de l'océan de la création, je les établirai dans le «calme, le bien-être et l'exemption des maladies; je les établirai dans u la terre de la patience. Hors des pensées nées du trouble des sens, «je les établirai dans le repos. En faisant voir la clarté de la loi aux u créatures obscurcies par les ténèbres d'une ignorance profonde, je «leur donnerai l'œil qui voit clairement les choses; je leur donnerai le << beau rayon de la pure sagesse , l'œil de la loi , sans tache et sans cor- « ruption 3. »

Ces pensées poursuivaient le jeuneSiddhàrtha jusque dans ses songes;

rvl pa do M. Ed. Foucaux, t. II, ch. xm, p. iS5 et suit., p. 17a. — 1 Idem, ibid. p. 173 et suiv. — * Idem, ibid. do l'Exhortation, p. 174 et »75. — 1 Idem, ibid. p. 175 cl 17C.

et, une nuit, l'un des dieux du Touchita, le séjour de la joie, Hridéva, dieu de la modestie , lui apparut, et l'encouragea , par ces douces paroles , à remplir enfin la mission & laquelle il se préparait depuis de si longue* années : « Pour celui qui a la pensée d apparaître dans le monde, dit le «dieu, c'est aujourd'hui le temps et l'heure. Celui qui n'est pas délivré «ne peut délivrer; l'aveugle ne peut montrer la route; mais celui qui «est libre peut délivrer; celui qui a ses yeux peut montrer la route. «Aux êtres, quels qu'ils soient, brûlés par le désir, attachés à leurs ••maisons, à leurs richesses, à leurs fils, à leurs femmes, fais désirer, après les avoir instruits, d'aller dans le monde errer en religieux '. »

Cependant le roi Çouddhodana devinait les projets qui agitaient son fils; il redoubla de caresses et de soins pour lui. Il lui fit faire trois palais nouveaux, un pour le printemps, un pour l'été et un autre pour l'hiver; et, craignant que le jeune prince ne profitât de ses excursions pour échapper à sa famille , il donna les ordres les plus sévères et les plus secrets pour qu'on surveillât toutes ses démarches. Mais toutes ces précautions d'un père qui craignait de perdre son fils étaient inutiles. Les circonstances les plus imprévues et les plus ordinaires venaient donner aux résolutions du prince une énergie toujours croissante3.

Un jour qu'avec une suite nombreuse il sortait par la porte orientale de la ville pour se rendre au jardin de Loumbinl, auquel s'attachaient tous les souvenirs de son enfance, il rencontra sur sa route un homme vieux, cassé , décrépit; ses veines et ses muscles étaient saillants sur tout son corps; ses dents étaient branlantes; il était couvert de rides, chauve , articulant à peine des sons rauques et désagréables; il était tout incliné sur un bâton; tous ses membres, toutes ses jointures tremblaient. — «Quel est cet homme, dit avec intention le prince à son cocher? U est • de petite taille et sans force; ses chairs et son sang sont desséchés; ses n muscles sont collés à sa peau , sa téte est blanchie , ses dents sont bran- « Unies, son corps est amaigri ; appuyé sur un bâton, il marche avec «peine, trébuchant à chaque pas. Est-ce la condition particulière de sa «famille, ou bien est-ce la loi de toutes les créatures du monde?» — «Seigneur, répondit le cocher, cet homme est accablé par la vieillesse; «tous ses sens sont affaiblis, la souffrance a détruit sa force; il est dé- " daigné par ses proches, il est sans guide; inhabile aux affaires, on «l'abandonne comme le bois mort dans la forêt. Mais ce n'est pas la » condition particulière de sa famille. En toute créature la jeunesse est

' %a tch'tr ni pa de M. Ed. Foucaax, L II, ch. xiii, de l'Exhortation,

f- >79- — ' «W. ch. xiv, p. 180.

«vaincue par la vieillesse; votre père, votre mère, la foule de vos pa- « rents et de vos alliés finiront par la vieillesse aussi ; il n'y a pas d'autre « issue pour les créatures. » — « Ainsi donc, reprit le prince, la créature «ignorante et faible, au jugement mauvais, est fièee de la jeunesse qui «l'enivre, et elle ne voit pas la vieillesse qui l'attend. Pour moi, je «m'en vais; cocher, détoorne promptemcnt mon char. Moi, qui suis « aussi la demeure future de la vieillesse, qu'ai-je à faire avec le plaisir « et la joie? » Et le jeune prince , détournant son char, rentra dans la • ville, sans aller à Loumbini l.

Une autre fois, il se dirigeait, avec une suite nombreuse, par la porte du midi, au jardin de plaisance, quand il aperçut sur le chemin un homme atteint de maladie, brûlé de la fièvre, le corps tout amaigri et tout souillé, sans guide, sans asile, respirant avec une grande peine, tout essoufflé et paraissant obsédé de la frayeur du mal et des approches de la mort. Après s'être adressé à son cocher, et en avoir reçu la réponse qu'il en attendait : « La santé , dit le jeune prince, est donc comme « le jeu d'un rêve, et la crainte du mal a donc cette forme insupportable! «Quel est l'homme sage qui, après avoir vu ce qu'elle est, pourra dé- « sonnais avoir l'idée de la joie et du plaisir ? » Le- prince, détourna son char, et rentra dans la ville, sans vouloir aller plus loin*.

Une autre fois encore, il se rendait, par la porte de l'ouest, au jardin de plaisance, quand, sur la route, il vit un homme mort, placé dans une bière et recouvert d'une toile. La foule de ses parents tout en pleurs l'entouraient, se lamentant avec de longs gémissements, «arrachant les cheveux, se couvrant la tête de poussière- et se frappant la poitrine en poussant de grands cris. Le prince, prenant encore son cocher à témoin de ce douloureux spectacle , s'écria : « Ah ! malheur à la jeunesse que «la vieillesse doit détruire; ah! malheur à la santé que détruisent tant « de maladies; ah! malheur à la vie où l'homme reste si peu de temps. « S'il n'y avait ni vieillesse, ni maladie, ni mort! si la vieillesse, la ma- « ladie, la mort, étaient pour toujours enchaînées ! » Puis, trahissant pour la première fois sa pensée , le jeune prince ajouta : « Retournons en « arrière; je songerai à accomplir la délivrance3. »

Une dernière rencontre vint le décider et terminer toutes ses hésitations* ; il sortait par la porte du nord pour se rendre au jardin de

1 Rgya tch'ir roi pa de M. Ed. Foucaux, t. II. ch. xiv, p. 18a. — * Idtm, ibid.

(>. i83. — 1 Idem, ibid. p. i84. — * Ces rencontres diverses sont fameuses dans es légendes bouddhiques. Le roi Àçoka avait fait élever des sloupas et des viharas dans tous les lieux où le Bouddha les avait faites. Hioueo-Tihang, au vu* siècle de notre ère. vit encore ces monuments. (Voir M. Stanislas Julien , Histoire de la wa de

plaisance, quand il vit unbbikshou, ou mendiant, qui paraissait, dans tout son extérieur, calme, discipliné, retenu, voué aux pratiques d'un brahmatchari1, tenant les yeux baissés, ne considérant que le joug qui le retient, ayant une tenue accomplie, portant avec dignité le vêtement du religieux et le vase aux aumônes : «Quel est cet homme? demanda «le prince. — Seigneur, répondit le cocher, cet homme est un de u ceux qu'on nomme bhikshous; il a renoncé à toutes les joies du désir «et mène une vie très-austère; ii s'efforce de se dompter lui-même et «s'est fait religieux. Sans passion, sans envie, il s'en va cherchant de» «■aumônes. — Cela est bon et bien dit, reprit Siddhârtha. L'entrée en «religion a toujours été louée par les sages; elle sera mon secours et « le secours des autres créatures; elle deviendra pour nous un fruit de «vie, de bonheur et d'immortalité.» Puis le jeune prince, ayant détourné son char, rentra dans la ville sans voir Loumbint ; sa résolution était prise1.

Elle ne pouvait rester longtemps un secret. Le roi, qui en tut bientôt instruit, devint plus vigilant que jamais*. Il fit placer des gardes à toutes les issues du palais; et les serviteurs du roi, dans leur inquiétude, veillaient jour et nuit. Mais le jeune prince ne devait point d'abord chercher à s'échapper par ruse; et ce moyen, qui lui répugnait, ne devait être pour lui qu'une ressource extrême. Gopà, sa femme, fut la première à laquelle il s'ouvrit; et, dans une nuit, où, tout effrayée d'un rêve, elle lui en demandait l'explication, il lui confia son projet et sut la consoler, du moins pour ce moment , de la perte qu'elle allait faire*. Puis, rempli de respect et de soumission pour son père, il alla le trouver cette nuit même, et lui dit : u Seigneur, voici que le temps «de mon apparition dans le monde est arrivé; n'y faites point obs « tacle et n'en soyez point chagrin. Souffrez , ô roi , ainsi que votre la- « mille et votre peuple , souffrez que je m'éloigne. »

Le roi, les yeux remplis de larmes, lui répondit : «Que faut-il, ô «mon fils, pour te faire changer de dessein? Dis-moi le don que tu « désires ; je te le ferai; moi-même, ce palais, ces serviteurs , ce royaume ; prends tout. »

« — Seigneur, répondit Siddhârtha d'une voix douce, je désire quatre

Hiouen-Tthong , p. ia8; voir aussi la légende d'Açoka, Introd. à thist. du bouddk. ind. de M. E. de Burnouf, p. 385.) — 1 Brahmatchari, ou celui qui marche dans la voie des brahmanes, est le nom du jeune brahmane tout le temps qu'il éludie les Védas, c'est-à-dire jusqu'à trente-cinq ans à peu près. La condition principale de son noviciat est une chasteté absolue. — * Rgya tch'er roi pa, I. II. ch. xiv, p. i85. — *l Idem, ibid. p. 186. — * Idem, ibid. p. 190.

«choses, accordez-les moi. Si vous pouvez me les donner, je resterai « près de vous-, et vous me verrez toujours dans cette demeure, que je «ne quitterai pas. Que la vieillesse, Seigneur, ne s'empare jamais de «moi; que je reste toujours en possession de la jeunesse aux belles u couleurs; que la maladie, sans aucun pouvoir sur moi, ne m'attaque «jamais; que ma vie soit sans bornes et sans déclin. »

Le roi, en écoutant ces paroles, fut accablé de douleur : aO mon «enfant, s'écria-t-il , ce que tu demandes est impossible, et je n'y « puis rien. Les Rishis, eux-mêmes, au milieu du Kalpa où ils ont vécu, u n'ont jamais échappé à la crainte de la vieillesse, de la maladie et de « la mort; ni au déclin. — Si je ne puis éviter la crainte de la vieillesse, « de la maladie et de la mort, ni le déclin , reprit le jeune homme; si «vous ne pouvez, Seigneur, m'accorder ces quatre choses principales, « veuillez du moins , ô roi, m'en accorder une autre qui n'est pas moins « importante : faites qu'en disparaissant d'ici-bas je ne sois plus sujet « aux vicissitudes de la transmigration1. »

Le roi comprit qu'il n'y avait point à combattre un dessein qui semblait si bien arrêté, et, dès que le jour parut, il convoqua lesÇàkyas pour leur apprendre cette triste nouvelle; on résolut de s'opposer par la force à la fuite du prince. On se distribua 1a garde des portes, et, tandis que les jeunes gens faisaient sentinelle, les plus anciens d'entre les vieillards se répandaient en grand nombre dans toutes les parties de la ville pour y semer l'alarme et avertir les habitants. Le roi Çouddhodana luimême, entrouré de cinq cents jeunes Çâkyas, veillait à la porte du palais', tandis que ses trois frères, oncles du jeune prince, étaient & chacune des portes de la ville , et que l'un des principaux Çâkyas se tenait au centre pour faire exécuter tous les ordres avec ponctualité. A l'intérieur du palais , la tante de Siddhârtba , Mahâ Pradjâpatî Gaoutamâ , dirigeait la vigilance des femmes, et, pour les exciter, elle leur disait : « Si, après avoir quitté la royauté et ce pays, il allait loin d'ici errer en «religieux, tout ce palais, dès qu'il serait parti, serait rempli de tris- «< tesse ; et la race du roi , qui dure depuis si longtemps, serait interrompue. »

Tous ces efforts étaient vains ; dans l'une des nuits suivantes, quand tous les gardes fatigués par de longues veilles étaiept assoupis, le jeune prince donna l'ordre a son cocher Tchhandaka de seller son cheval Kantaka, et il put s'échapper de la ville sans que personne l'eût aperçu.

1 Bgya icK'tr roi pa de M. Ed. Foucatn, t. Il, ch. xv, p. 19a. — ' Idem, ibid. p. i93 ; et aussi Abhinickkramana, fol. 4o, cité par M. E<L Foucaux. *

Avant de lui céder, le fidèle serviteur lui avait livré un dernier assaut : et, le visage baigné de pleurs, il l'avait supplié de ne point sacrifier ainsi sa belle jeunesse pour aller mener la vie misérable d'un mendiant ; et de ne point quitter ce splendide palais, séjour de tous les plaisirs et de toutes Jes joies. Mais le prince n'avait point faibli devant ces prières d'un cœur dévoué, et il avait répondu : u Évités par les sages comme «•la tête d'un serpent, abandonnés sans retour comme un vase impur, «ô Tclihandaka, les désirs, je ne le sais que trop, sont destructeurs «de toute vertu; j'ai connu les désirs, et je n'ai plus de joie1. Une t pluie de tonnerres, de bâches, de piques, de flèches, de fers enflam- « niés, comme les éclairs étincelants ou le sommet embrasé d'une mon- * tagne, tomberait sur ma tête, que je ne renaîtrais pas avec le désir « d'avoir une maison *. »

Il était minuit quand le prince sortit de Kapilavastou ; et l'astre Pouchya, qui avait présidé & sa naissance3, se levait à ce moment audessus de l'horizon. Sur le point de quitter tout ce qu'il avait aimé jusque-là, le cœur du jeune homme fut un instant attendri; et, jetant un dernier regard sur le palais et sur la ville qu'il abandonnait : « Avant «d'avoir obtenu la cessation de la naissance et de h mort, dit-il d'une « voix douce, je ne rentrerai pas dans la ville de Kapila; je n'y rentrerai «pas avant d'avoir obtenu la science suprême, exempte de vieillesse oet de mort, ainsi que l'intelligence pure. Quand j'y reviendrai, la ville «de Kapila sera debout, et non point appesantie par le sommeil4. »

Il ne devait, en effet, revoir son père et Kapilavastou que douze ans plus tard , pour les convertir à la foi nouvelle 5.

Cependant Siddhàrtha marcha toute la nuit; après avoir quitté le pays des Çàkyas et celui des Kaoudyas, il traversa celui des Mallas 0 et la ville de Ménéya. Quand le jour parut, il était arrivé à la distance de six yodjanas7; alors il descendit de son cheval, et le remit aux mains de Tchhandaka; puis il lui donna le bonnet dont sa tête était couverte, el l'aigrette de perles qui l'ornait, parures désormais inutiles8; et il le congédia.

1 Ryya tck'er roi pa de M. Ed. Foucaux, t II, ch. xv, p. ao3. — * Idem, ibtd. p. 307. — ' Idem, ibuL p. 199. — * Idem, ibid. ch. de l'Entrée dans le monde, p. ai3. — * Caoma de kôrôs, vie de ÇAkyamouni , extraite des auteurs tibétains, Aàatic Retearehet, t XX, a* partie, p. 296 et suiv. — * Voir M. E. Bnrnouf, IntruL à rhist. da boudd. ind., p. 87. — * Le yodjana valant cino milles, c'est dix lieues à peu prés. Hiouen-Tshang semble compter une distance beaucoup plus grande, au moins soixante lieues. — ' M. Stanislas Julien, Hùi&re de la vie de Hiouen-Tskang , p. ia9.

Le Lalitarvistara, auquel sont puisés une partie de ces détails, ajoute qu'à l'endroit de la terre où Tchhandaka retourna sur ses pas, un tchâitya fut bâti; «et aujourd'hui encore, dit l'auteur, ce tchâitya est connu m sous le nom deTchhandaka-Nivartana, c'est-à-dire Retour de Tchhan- « daka sur ses pas. » Hioucn-Tshang vit encore ce stoûpa , qui avait été bâti, à ce qu'il rapporte, par le roi Açoka1, et qui se trouvait sur la lisière d'une grande forêt que Siddliârtha dut traverser, et qui était la route de Rouçinagara , où U devait mourir.

Une fois seul , le prince voulut se dépouiller des derniers insignes de sa caste et de son rang. D'abord il se coupa les cheveux avec son glaive . et les jeta au vent; un religieux ne pouvait plus porter la chevelure d'un guerrier3. Puis, trouvant que des vêtements précieux lui convenaient moins encore, il échangea les siens, qui étaient en soie de Bénarès (de Kaçi), avec un chasseur qui en avait de tout usés, de couleur jaune. Le chasseur accepta non sans quelque embarras s ; car il s'apercevait bien qu'il avait affaire à un personnage de haute distinction.

A peine s'était-on aperçu, dans le palais, de l'évasion de Siddhârtha, que le roi avait envoyé à sa poursuite des courriers qui ne devaient pas revenir sans lui. Dans leur course rapide, ils rencontrèrent bientôt le chasseur qui était couvert des vêtements du prince; et peut-être lui eussent-ils fait un mauvais parti, quand la présence de Tchhandaka vint les calmer. Il leur raconta la fuite de Siddhârtha ; et, comme les messagers, pour se montrer obéissants aux ordres du roi, voulaient poursuivre leur route jusqu'à ce qu'ils eussent atteint le prince, le cocher les en détourna : « Vous ne pourrez pas le ramener, leur dit-il; le jeune homme « est ferme dans son courage et dans ses promesses. Il a dit : Je ne « reviendrai pas dans la grande cité de Kapilavastou avant d'avoir atteint «l'intelligence suprême, parfaite et accomplie, avant d'être Bouddha. Il «ne reviendra pas sur ses paroles; et, comme il l'a dit, cela sera; Je «jeune homme ne variera pas1. « Tchhandaka ne put offrir d'autres consolations au roi ; il rendit à Mahâ Pradjâpat! Gaoutamâ les joyaux que Siddhârtha lui avait remis; mais la reine, ne pouvant regarder ces ornements qui lui rappelaient de trop tristes souvenirs, les jeta dans un étang , appelé depuis lors l'étang des ornements (Abharanapoushkari). Quant

' M. Stanislas Julien, Histoire de la vit de Hiouen-T$kang , p. i3o. — ' Rgya teh'er rotpa de M. Ed. Foucaax, t. II, ch. xv, p. ai4; Hioueo-Tshang dit que le Bouddha se Gt couper le* cheveux et non qu'il les coupa lui-même , opération assez difficile en effet avec un glaive. Voir M. Stanislas Julien , Histoire de la vit de Hiowtn- Tthang, p. i3o. — * Bgya teh'er roi pa de M. Ed. Foucaux, t. II, ch. xv, p. ai5. — * Idem, ibid. p. 317.

à Gopâ, la jeune épouse de Siddhârtha, elle connaissait trop sa fermeté inébranlable pour se flatter qu'il reviendrait bientôt, comme on voulait le lui faire espérer; et, toute préparée quelle était à cette affreuse séparation , elle ne pouvait s'en consoler, malgré le glorieux avenir de son mari que lui rappelait le fidèle Tchhandaka.

Après avoir séjourné chez plusieurs brahmanes, qui lui offrirent successivement l'hospitalité, le jeune prince arriva de proche en proche dans la grande ville de Vaicàli l. Il avait à se préparer encore à la grande lutte qu'il allait engager avec la doctrine brahmanique ; trop modeste pour se croire déjà en état de la vaincre, il voulut se mettre lui-même à l'épreuve , et savoir en même temps ce que valait précisément cette doctrine. Il alla trouver le brahmane Ârâta Kâlâma , qui passait pour le plus savant des maîtres, et qui n'avait pas moins de trois cents disciples , saus compter une foule d'auditeurs. La beauté du jeune homme, quand il parut pour la première fois dans cette grande assemblée, frappa tous les assistants d'admiration , à commencer par Kâlâma lui-même ; mais bientôt il admira davantage encore la science de Siddhârtha , et il le pria de partager avec lui le fardeau de l'enseignement. Mais le jeune sage se disait déjà : o Cette doctrine d'Aràta n'est pas vraiment libératrice ; la » pratiquer n'est pas une vraie libération, ni un épuisement complet de « la misère. » Puis il ajoutait dans son cœur : « En perfectionnant cette a doctrine, qui consiste dans la pauvreté et la restriction des sens, je » parviendrai à la vraie délivrance ; mais il me faut encore de plus grandes « recherches s. »

Il resta donc quelque temps à Vaiçâlî. En la quittant, il s'avança dans le pays de Magadha 3 jusqu'à Râdjagriha, qui en était la capitale. La réputation de sa sagesse et de sa beauté l'y avait précédé ; et le peuple , frappé d'étonnement de voir une telle abnégation dans un si beau jeune homme , se porta en foule à sa rencontre; la multitude qui ce jour-là remplissait les rues de la ville cessa , dit la légende , ses achats et ses ventes, et s'abstint même de boire des liqueurs et du vin, pour aller contempler le noble mendiant qui venait quêter l'aumône. Le roi luimême, Bimbisâra4, l'apercevant des fenêtres de son palais où l'avait

1 Située dans l'Inde centrale, au nord de Patalipoultra, sur la rivière Hiranyavati, la Gandaki des modernes, presque en face de Patna, et sar les confins du Miihila. M. E. Burnouf croit que Csoma s'est trompé en identifiant VaiçâJi avec Allahabad, l'ancienne Prayâga. (Inlrod. à faiit. du bondi, iad., p. 86.) Voir aussi M. Stanislas Julien, Bitt.ae la vie de Hioiun-Tikang, p. i35. — 1 Jfya teh'er roi pa de M. Ed. Foucaux, L II, ch. xvi, p. aa8. — ' Le Bihar moderne. Voir aussi M. Stanislas Julien, Histoire de la vie de Hiooen-Tshang . p. i36 et suir. — 4 M. E. Bnr-

amené cette émotion populaire, le fit suivre jusqu'au lieu de sa retraite sur le penchant du mont Pandava; et, dès le lendemain matin, pour lui faire honneur, il s'y rendit de sa personne, accompagné d'une suite nombreuse. Birobisâra était du même âge à peu près que Siddhârtha; et, profondément ému de-la condition étrange où il voyait le jeune prince, charmé de ses discours à la fois si élevés et sijsimples, touché de sa magnanimité et de sa vertu, il fut dès ce moment gagné à sa cause, et il ne cessa de le protéger durant tout son règne. Mais ses offres les plus séduisantes ne purent ébranler le jeune ascète; et, après avoir demeuré assez longtemps dans la capitale, Siddhârtha se retira loin du bruit et de la foule, sur les bords de la rivière Nairandjâna l.

Si l'on en croit le Mahâvamsa , cette chronique singhalaise rédigée en vers au v* siècle de notre ère, par Mahânâma, qui la composa sur les plus anciens documents bouddhiques, le roi Bimbisâra se convertit au bouddhisme, ou, pour prendre les expressions mêmes de l'auteur, se réunit à la congrégation du vainqueur, dans la seizième année de son règne. Il était monté sur le trône à l'âge de 1 5 ans, et il n'en régna pas moins de cinquante-deux. Son père était lié d'une amitié étroite avec le père de Siddhârtha; et c'était là sans doute aussi l'un des motifs qui avaient disposé Bimbisâra à tant de bienveillance9. Son fils Adjatâçatrou, qui fut son assassin, ne partagea point d'abord ses sentiments pour le Bouddha ; et il le persécuta assez longtemps avant de recevoir sa doctrine , ainsi que nous le verrons plus tard.

Cependant, le Çramana- Gaoulama, malgré l'accueil enthousiaste qu'il recevait des peuples et des rois eux-mêmes, ne se croyait pas encore suffisamment prêt à sa grande mission. Il voulut faire une dernière et décisive épreuve des forces qu'il apporterait dans le combat. Il y avait à Ràdjagriha un brahmane plus célèbre encore que celui de Vaiçâli. Il se nommait Roudraka fils de Ràma , et il jouissait d'une renommée sans t'gale dans te vulgaire et même parmi les savants9. Siddhârtha se rendit modestement auprès de lui , et lui demanda d'être son disciple. Après quelques entretiens, Roudraka, aussi sincère que l'avait été Arata- Kilâma, fit de son disciple un égal, et l'établit dans une demeure d'ins-

nouf croît qu'il vaut mieux dire Bimbisâra que BimbasAra ou Vimbaiàra. (Voir \'IntrwL àl' Uut.de, boudd. indien, p.i&b). La transcription chinoise vient à l'appui de l'opinion de M. E. Burnouf. Voir VHutoire de la vie de Hiouen-Tskang , par M. Stanislas Julien , p. i3y. — 1 Le Phalgou des modernes. Celte rivière se réunit au Gange près du village de Rouinallan. — * M. Georges Turnour, traduction du Mahâvumta, p. 9 et 10. — ' Rgya Ich'er roi pa de M. Ed. Foucaux, t. II, ch. xvu, p. a33.

tiluteur, en lui disant : u Toi et moi nous enseignerons notre doctrine

ai cette multitude.» Ses disciples étaient au nombre de sept cents. Mais, comme à Vaiçàli, la supériorité du jeune ascète ne tarda point à éclater, et bientôt il dut se séparer do Koudraka ; «Ami, lui dit-il. «cette voie ne conduit pas à l'indifférence pour les objets du monde, ne «conduit pas à ralTranchissrmcnt de la passion, ne conduit pas a 1cm- «pêchement des vicissitudes clc l'être, ne conduit pas au calme, ne con- «duit pas à l'intelligence parfaite, ne conduit pas a l'état de Cra maria, «ne conduit pas au Nirvana. <> Puis, en présence de tous les disciples de Roudraka, il se sépara de lui.

Parmi eux, il s'en trouva cinq qui, séduits par l'enseignement dr Siddhâi tha et la clarté de ses leçons, quittèrent leur ancien maître pour suivre le réformateur. Ce furent ses premiers disciples :. Ils étaient tous les cinq de bonne caste, comme le dit la légende. Siddliàrtba se relira d'abord avec eux Mir le mont Gava; puis il revint sur les bords de la Nairandjanà, dans un village nommé Ourouvilva, où il résolut de rester avec ses compagnons avant d'aller instruire le monde. Désormais il était fixé sur la science des brabmanes; il en connaissait toute la portée, ou plutôt toute l'insuffisance. 11 se sentait plus fort qu'eux. Mais il lui restait à se fortifier contre lui-même; et, bien qu'il désapprouvât les excès de l'ascétisme brahmanique, il résolut de se soumettre , pendant plusieurs années, aux austérités et aux mortifications. C'était peut-être un moyen de gagner line considération égale à celle des brahmanes auprès du vulgaire ; mais c'était peut-être aussi un moyen de se dompter lui-même.

Siddhartha avait vingt-neuf ans quand il quitta le palais de Kapila vastou*.

Ourouvilva est illustre dans les fastes du bouddhisme pur cette longue retraite, qui ne dura pas moins de six ans, et pendant laquelle Siddhartha se livra, sans que son courage faillit un seul instant, aux austérités les plus rudes, « dont les dieux eux-mêmes furent épouvantés. » Il y sou tint contre ses propres passions les assauts les plus formidables; et nous verrons plus tard comment la légende a transformé ces luttes tout intérieures en combats où le démon Pàpiyân (le très méchant ) , avec toutes ses ruses et ses violences, se trouve enfin terrassé et vaincu, rn d gré son armée innombrable, sans avoir pu séduire ou effrayer le jeune

1 La tradition n conserré leurs noms, bien qu'ils n'aient joué aucun rôle considérable: c'était Adjn.ina-Raouniliiiya , Açvadjit, Và«hpa, MnhànAma, Bhadrika. Voir M. Ed. Foucsux, Ryyu tch'c roi pu, t. Il, ch. i. p. i , ot cl», xvn, p. nib — 1 M. Georges Turnour, MahàwmM, y. r,.

ascète, qui, par sa vertu , détruisait l'empire de Màra, te pêcheur. Mais au bout de six ans de privations et de souffrances inouïes, et déjeunes accablants, Siddhârllia, persuadé que l'ascétisme n'est point là voie qui mène à l'intelligence accomplie, résolut de cesser des pratiques aussi insensées , et il reprit une nourriture abondante , que lui apportait une jeune fille du village, nommée Soudjàtâ. II recouvra en peu de temps ses forces et sa beauté, détruites dans ces macérations affreuses. Mais ces cinq disciples , qui lui étaient restés fidèles et l'avaient imité pendant ces six années, furent scandalisés de sa faiblesse; Us le prirent en dédain, et l'abandonnèrent pour s'en aller à Bénarès, au lieu dit Rishipatana, où il devait lui-même les rejoindre bientôt1.

BARTHÉLÉMY SAINT-HILAIRE

( La toile à an prochain cahier.)

Patrum Nova Bibuotbeca. Romœ typis Sacri Consilii propagando christiano nomini. i85a-i853, 6 vol in-4°. — Novœ Patrum Bibliothecœ lomus secondas , continens S. Cyrilli Alexandrini commenlariam in S. Lucœ Evangelium neenon ejusdem alia opascala xvi ; item diversorum Patrum opascala x. — T ornas tertias, continens S. Cyrilli Alex, commentarios in iv Paali epistolas et in psalmos cum ejasdem Cyrilli et alioram patrum fragmentis aliquot minoribas. — Tomas quart as. S. Gregorii Nysseni, Eusebii Cœsariensis, Didymi Alex., Jo. Chrysoslomi et aliorum nova scripta. Item Nicetœ Byzantini Refatatio Corani amplissima. Pétri Sicali Hisloria et refatatio Manichœorum. Dialogi et alia scripta contra eosdem Manichœos. Omnia cum editoris interpretatione , prœ/alionibus et adnotationibus.

OEUXIEME ARTICLE3.

Le second volume de la nouvelle collection du Vatican se compose de deux parties, dont la première est entièrement consacrée à saint

' M. Ed. Foucaux, Rgya Ick'er rot pa, t. II. ch. xvn, p. a&4 el suivantes, et cli. iviii, p. 354 ei suivantes. — * Voyez, pour le premier article, le cahier de septembre i853, p. 564.

Cyrille d'Alexandrie. L'édition des œuvres de ce Père, donnée par Jean Aubert1, chanoine de l'église de Laon, bien que supérieure aux précédentes, laisse cependant beaucoup à désirer. La version latine compte jusqu'à vingt auteurs différents; le texte est très-corrornjm et les tables des matière! sont très-incomplètes ou à peu près nulies. On chercherait en vain dans cette édition une foule d'écrits de saint Cyrille, qui se trouvent dispersés , soit en grec soit en latin , dans un grand nombre de livres imprimés et qni ont échappé à l'éditeur. Fnbricius3, qui en donne la liste, cite aussi les ouvrages perdus et les traités inédits du savant archevêque d'Alexandrie, avec l'indication des bibliothèques où ils se trouvent Indépendamment de ces renseignements, Son Ém. le cardinal Mai indique, comme sources précieuses à consulter, les Chaînes des Pères sur l'Ancien et le Nouveau Testament, les Actes des conciles, surtout celui d'tfphèse. que saint Cyrille présida en 43 1 , les anciens Apologétiques, les Panoplies, Photius, Marins Mercator, Kacundus. Libératus, Anastase le Sinaïte, Léontius et les autres écrivains qui ont combattu les sectes d'Eutychès, de Dioscore, de Sévère et des autres

livrât >/<iiac * I Iv I cl KM I "> .

L'illustre cardinal avait eu d'abord l'intention de donner une édition complète de saint Cvrille; mais, par suite de circonstances particulières, n'ayant pu mettre ce projet à exécution, il se contente pour le moment de publier les traités et tous les fragments qu'il a pu découvrir dans les manuscrits du Vatican. Ceux qu'il a consultés avec le plua de fruit sont les Chaînes des Pères sur l'Ancien et le Nouveau Testament, dans lesquelles il a fait une récolte abondante.

Le genre d'interprétation des saintes Ecritures adopté par saint Cyrille se distingue par la précision , la clarté et la solidité des preuves; dans son langage, on remarque autant de sobriété que de netteté : ces qualités nous expliquent suffisamment la grande prédilection que S. É. le cardinal Mai lui a vouée et qui lui a inspiré le courage de recueillir religieusement jusqu'aux moindres parcelles des ouvrages du savant archevêque d'Alexandrie.

Les premiers traités ou opuscules qui se présentent d'abord au lecteur avaient été déjà publiés, mais en grec seulement, dans le tome VIII de la grande collection du Vatican. Le texte en a été revu soigneusement sur les manuscrits et est accompagné d'une traduction latine et de notes. Vient ensuite (p. > 1 5-444) un commentaire sur l'É

1 S. Cyrifti Alex, tnvhiep. opéra omnia gr. et lat cmra ei ttndio J. Aaberti. Lutetin, fegiis lypis, i638, 7 vol. in-fol. — » Biblioth. $r. t. IX. p. 487 et sqq. Voytt tusai dom Cellier, t. XIII, p. 367 et «uïy.

vangile de saint Lut, qui est extrait de douze Chaînes des Pères couterrées en manuscrits dans la bibliothèque du Vatican. Une partie rie .utu>':\\Uu <: aval également paru en grec, quelques années aupaidvarpt, d :pi< s qu iire manuscrits; mais il est considérablement augfii'rnt/, rosrj-': *-t ..cr oni joigne dune veision latine, de sorte qu'il i'jffu" ;.uj'jijrtl liui un \ «.niable ouvrage.

Les Chaînes latines de saint Thomas d'Aquin et de B. Corder sur saint Lue ont aussi été mises à contribution pour cette édition, dans laquelle ont été insérés à leur place les suppléments qui ne figurent point dans le texte grec. Pendant que ce travail s'imprimait à Rome , feu le docteur Cramer publiait à Oxford une série de Chaînes de» Pérès sur le Nouveau Testament, de sorte que l'illustre cardinal n'a pas pu mettre à profit la publication anglaise1. La collection de Rome rsl incontestablement plus considérable et plus correcte, sans parler même de la version latine qui s'y trouve jointe; toutefois, il est à regretter que le nouvel éditeur n'ait pas eu à sa disposition la collection d'Oxford, parce qu'elle lui aurait fourni quelques additions importantes et les moyens d'améliorer le texte*. Quoi qu'il en soit, grâce à ces matériaux abondants recueillis avec tant de soin et d'intelligence, il est certain que nous possédons aujourd'hui la plus grande partie du commentaire de saint Cyrille sur saint Luc, et ce commentaire pourra être complété au moyen de la traduction syriaque qu'on a découverte en Égypte et qui a été apportée en Angleterre, découverte importante, si le manuscrit ne présente point de lactines.

Suivent des fragments inédits extraits de l'Apologie du concile de Chalcédoinc par Jean do Césarée , écrivain qui vécut entre le v* et le vi* siècle. Cette apologie, conservée en syriaque dans la bibliothèque du Vatican, est dirigée contre Sévère d'Antioche, chef des acéphales et le plus dangereux docteur de tout l'Orient. On sait que ce dernier abusait toujours des paroles de saint Cyrille; Jean de Ccsaroc le combat avec les mêmes armes et cite un grand nombre de passages tirés des ouvrages perdus contre les synousiastes et contre Diodore de Tarse et

' Les deux volumes in 8* consacras aux Évangiles ont paru , l'un, saint Matthieu et saint Marc, en i84o, l'autre, saint Luc et saint Jean, crt i84i. Les fragments do saint Cyrille se trouvent inclés à ceux des autres Pères. — ' Pag. i35, lin. 6, lises, d'epiè* Cramer, vpà aimft rift tov xàepw KaraSoXi}s au lieu de «pd airry* ■roû. Les fragments qui suivent dans l'édition d'Oxford ne se trouvent point dans cHlc de Iloin>*. La noie de la page >/jQ prouve qu'il y s des lacunes dans celle partie du couunetilaiie. P. i5o. lin. pc nuit., lisez ànoÇonûat et non dTtoÇvrûat. P. 170, 3a, dan» Cramer, après <aiSos on lit quelques lignes de plu». P. 178, ai, corriges

Théodore de Mopsueste, et de ses commentaires' sur saint Matthieu, . saint Luc et saint Paul.

Nous ne parlerons pas de quelques fragments qui avaient été donnés précédemment.

Dans une note placée à la fin des extraits sur saint Matthieu, p. 4&3 et 484, S. L. le cardinal Mai a reproduit une partie de la pièce sur la généalogie de Notre-Seigneur, pièce qu'il a trouvée sous le nom de saint Cyrille dans les manuscrits du Vatican, et qui est généralement attribuée à Hippolylc le Thébain. Outre Canisius et Scheistrale, cités parle savant éditeur, Galland l'a donnée dans sa Bibliothèque des Pères l. Une copie que les Bénédictins ont faite de cette pièce, d'après un manuscrit oltobonien , porte le titre : ïintoXvTou tov ®ii€aiov rov Xpovutov aùrov xjpovoypaÇiov. ïltpï rûv év tj? àylf ypa$$ SwnumXrfTriatv. Cette copie, qui est conservée dans le ms. gr. n° a 83 du supplément de la Bibliothèque impériale, diffère , en beaucoup d'endroits, du texte de Galland. Ce fragment généalogique fait aussi partie du n° 1 1 07 de l'ancien fonds du roi, manuscrit du xin* siècle. La rédaction donnée par l'illustre cardinal sous le nom de saint Cyrille n'en est qu'un court extrait. Celle que Canisius et Scbelstrate ont publiée, d'après le ms. 5y3 du Vatican, diffère à son tour de celle de Galland.

Les limites de cet article ne nous permettant pas d'examiner eu détail tous les ouvrages, opuscules et fragments, qui composent la nouvelle collection du Vatican , nous nous contenterons d indiquer en quelques mots ceux qui se trouvent A la fin du second volume.

P. 488. Extraits de la Réfutation de Julien par saiut Cyrille, dont nous ne possédons que la première partie. Un seul fragment se rapporte directement à l'ouvrage de l'empereur apostat2.

P. 494. Fragment d'un sermon Adwrsas eunachos, trouvé dans les chroniques inédites de Georges Uamartolus et de Jean de Sicile.

P. 497. Sermon De obitu 55. trium pueroram neenon sapientissimi Da~ nie/». Le savant éditeur, qui n'en donne que le commencement et la fin, pense que ce n'est pas l'ouvrage du célèbre Cyrille, mais d'un autre archevêque jacobite du même nom qui vivait au xi* siècle.

P. 499. Deux sermons d'Eusèbc d'Alexaudrie, intitulés l'un De elecmosyna et in divitem atque Lazarum, l'autre De astronomis. Ce dernier mentionne beaucoup de mots et de croyances populaires. Nous avons

1 T. XIV, p. 106. — ' P. 49a, $ 53 ; tswntXrjrret («avoir à tovXtavàs) sUrf toU inip yt i&v iv tàtxioue vapaxaXotort &càv, xai àpaptprivtiv toû tkinos àtfh), val \iy*t wrà* èxontnlpovrets rode xaxoljpyovs, xeowis. Voilà «ne des pensées de ce philosophe resté étranger a la charité chrétienne.

remarqué entre autres le mot Èhoyv&olai l, les Hétiognostes , dètiçnant une secte particulière de superstitieux dont le nom même était inconnu.

P. 53 1 . Sermon de saint Alexandre d'Alexandrie De anima et corpore deque passîone Domini , en latin et en syriaque.

P. 54 1 . Sermon de Timothee d'Alexandrie, retrouvé dans un manuscrit arabe. Ce Tiraothée est, sans aucun doute, l'impie et turbulent Timothee /£lurus, qui occupa deux fois le siège d'Alexandrie. Le savant éditeur publie une version latine de ce sermon , dont il a cru devoir retrancher une partie comme controuvée (fabahsa) ou peu importante. Nous regrettons cette omission. En se plaçant ainsi 6 un point de vue personnel , on peut priver l'histoire de documents ou de notions dont d'autres sauraient tirer des faits ou des conséquences importantes.

P. 546. Fragment d'un panégyrique de saint Jean Chrysostome par l'évêque Martyrius, pièce vraiment éloquente, bien sentie et digne d'être lue.

P. 553. Deux sermons de saint Grégoire d'Antioche, le premier * en latin seulement, d'après une ancienne traduction.

P. 566. Fragments de saint Athanase, tirés principalement de son Commentaire sur saint Luc.

P. 585. Lettre de saint Germain I" de Constantinople, en latin, d'après une version arménienne provenant du couvent des Méchitaristes.

P. 5o5. Fragment considérable d'une panoplie dogmatique différente de celles d'Eulhymius Zygabenus et de Nice tas Choniate. L'auteur est inconnu ; il cite quelquefois Aristote et s'étend longuement sur les hérésies des vi* et vu* siècles , époque à laquelle il vivait probablement. Ce fragment de panoplie est précieux surtout en ce qu'il nous donne une belle lettre de Gélase I*, qui ne figure point dans la collection, d'ailleurs si riche, des écrits de ce pape, l'un des plus savants dont s'honore l'Église latine.

On trouve a la fin de la préface du second volume une discussion intéressante sur quelques manuscrits de saint Denys l'Aréopagite, dont l'un est écrit en notes tachygraphiques. Un fac-similé très-bien fait permet déjuger Timportancc de ce document paléographique.

Le tome III est également consacré à saint Cyrille; il se compose des fragments recueillis avec le plus grand soin dans les Chaînes des Pères sur l'Ancien et le Nouveau Testament. Les commentaires manus-

' P. 5a3 : Kai oi pAvov •?ihoyv&<fl*i xsi alptrntol ToGt» motcAoï. — * Lin. 4, «ti lieu de teu januas, liseï ceu januas.

crils sur l'Octateuque et sur les livres historiques de la Bible ont été négligés par l'illustre cardinal, parce que les Glaphyra de saint Cyrille sur le Pentateuque ont été déjà publiés, et parce que ce Père figure dans la CaUna Patram donnée à Leipsick en 1772, deux vol. in fol. Quant au commentaire sur les épitres de saint Paul, le savant éditeur a publié tout ce qu'il a pu en retrouver. Les fragments sont très-riches et ti esabondants pour l'épi Ire aux Romains, les deux aux Corinthiens et l'épitre aux Hébreux; pour les autres, il ne reste que quelques extraits. Presque tous, d'ailleurs, étaient déjà connus par la collection du docteur Cramer sur les Épitres de saint Paul; mais la nouvelle édition présente cet avantage, que les fragments de saint Cyrille sont réunis de manière à former un ensemble; le texte est plus complet1, plus correct, et il est accompagné d'une version latine placée à la fin du volume.

Nous trouvons ensuite des fragments du Commentaire de saint Cyrille sur saint Matthieu, eu supplément à ceux qui avaient été donnés précédemment3, et d'autres sur saint Jean cl Lzéchiel. Le commentaire sur les Psaumes est un travail bien autrement important; il a été formé d'après douse manuscrits de la bibliothèque du Vatican et d'après un autre de Vérone , et le savant éditeur a placé en tête la préface de Nicétas Serranus qui précède sa Catena Patram sur les Psaumes. Cette prélace est donnée d'après un manuscrit du xui* siècle , et n'ayant pas d'autre désignation que la lettre A, D'après une indication, qui se trouve au milieu de la page 36 1 de l'édition, il est à présumer que c'est le manuscrit original d'où proviennent tous les autres, puisque tous manquent de la même portion, dao quaterniones , qui a été, trèsanciennement sans doute, arrachée de ce manuscrit. Il est étonnant que l'illustre cardinal n'ait ni fait ni vérifié celte observation.

Le Commentaire de saint Cyrille sur les Psaumes, qui contient environ 3 00 pages, est publié avec le plus grand soin. Les notes trop rares qui y sont jointes sont de nature à faire regretter que le savant éditeur en ait été si avare. Une, entre autres, mérite d'être signalée au lecteur, qui saisira peut-être volontiers l'occasion de se reposer un peu de ces discussions sur la littérature des Pères de l'bglise.

La note en question se trouve page 433, et contient un fragment

1 On trouve cependant, dans la Cat. mtpùt. adRomanos de M. Cramer, des fragment* qui ne figurent point dans l'édition de Rome. Ainsi cap. v, v. 1 5 , quelques lignes de plus dans Cramer; cap. v, 18, à la suite de ce paragraphe, un autre en plus; cap. vu, G, une ligne en plus-, cap. vu, ao, le manuscrit de Munich, donné ea supplément par Cramer, est plus considérable. — * Dana les Script. veL VIT, p.a5 et 36, etVJU, part. 11, p. 144-147.

d'un ouvrage perdu de Xénocrate, intitulé Ai6oyvoiptc*v. Ce Xénocrate est probablement le même que le Xénocrate d'Éphèse, qui, suivant le témoignage de Pline1, dont il était presque contemporain, avait écrit sur les pierres précieuses; c'est, du moins, l'opinion du père Labbc*, qui affirme que, de son temps, un manuscrit de Xénocrate ITepl Xî9on> existait encore à la bibliothèque du Vatican. Mieux que personne l'illustre cardinal Mai serait à même de nous dire jusqu'à quel point cette assertion est fondée et s'il connaît d'autres témoignages plus formels de l'existence d'un monument littéraire aussi précieux. Dans tous les cas, il s'agit là certainement du même ouvrage que celui qui est indiqué dans le fragment en question, et la différence des titres tient probablement à ce qu'il était intitulé XtOoyveSftoiv D Ilepl ).(9uv.

C'est avec ce même titre KiQoyvù(ta>v que nous retrouvons cité l'ouvrage de Xénocrate et le passage en queition traduit 5 par saint Atiibroise in Psalm. cxvnt, serm. XVI, n. ki : « Nunc de Topazio lapide <> exprimamus historiam. De quo invenimus scriptum in bistoria Xeno- « cratis, qui scripsit quasi Lithosnomon, nasci cuin vel inveniricirca The- « baidis civitatem Alabastruin, velTopazion, utaliqui putant*; unde et « nominatus est ab co in quo gigneretur loco. » Il est évident qu'au lieu de Lithosnomon, il faut lire Lithosnomon, leçon confirmée par quelques manuscrits et que les Bénédictins auraient du admettre dans leur texte. Nous sommes étonné que l'illustre cardinal n'ait pas rapproché ce passage de saint Ambroise du fragment de Xénocrate. L'ouvrage de l'écrivain grec a été perdu, comme ceux de tant d'autres qui ont traité le même sujet. ïlep\ MOatv, et dont plusieurs sont cités5 dans l'opuscule du Pscudo-Plutarquc ïlep) tnraitSv. Les noms célèbres d'Anaxagorc, d'Empédocle, de Démocrite et de Théophraste ouvrent cette série, qui se termine par saint Epiphane* et Michel Psellus. Théophraste et les

1 xxxvii, a : « Xenocrales qui de iis nuperrime scripsit. » — * Bibl. nov. mts.

p. 174. Je cile d'après Fabricius, Bibl.gr, t. III, p. 193, n'ayant pas à ma disposition l'ouvrage du père Labbe. — * Iltpi îi tov rovailov Xi&ov tomvts eiipof/ev ialopovfiévz (!. Wlopoipeva) iv tùï iirrytyp%iiftivoo ZsvoxpiTovs Aidoy^fiovi tnt yiverat t>)s StiStiioç «pi <aà\n ÀAsSiô^puv, {) ■zspouayopsicrai ivà toû Qépovrot avrov rôvov, TàvaZov. — * Voy. Stcph. tiyzant. v. Tbvzloç. — * Voyez aussi, au mot M601, la table des litres d'ouvrages donnée par M. Mùller dans le quatrième volume des Scrip torts grtrci de la collection Didot-, M. Ililler, Syntagm. hemeneal. Tubing. 1711, in-4*. p. 1 10; et Maussac. dans ses notes sur le Pseudo-Plularque, p. ig5. Ce dernier éditeur indique un certain Tacus comme ayant écrit aussi De lapidibus : invenio Tacum quem'lam vtpï XWwv scriptiue. C'est très-probablement le nom tronqué de Sotacus que Pline cile parmi ses autorités pour les livres XXXVI el XXXVII qui traitent De laptdibas. — ' L'ouvrage de saint Épiphane est unique-

derniers sont, parmi les écrivains grecs, les seuls dont on ait conservé les traités IIcpî "kîButv. Quant au mot XiOoyvoipuuv , qui répond au gemmarius des Latins, on en connaît plusieurs exemples, bien que le Thésaurus n'en cite qu'un seul tiré des œuvres de l'empereur Julien. Outre l'autorité de Xénocrate, confirmée par saint Ambroise, on peut invoquer aussi celle de Michel Psellus Ce mot est très-bien formé et rentre dans la série des composés, tels que dpyvpoyveSftav et yjpvtroyva*pvuv, dans lesquels le mot yvcifiw, joint à un substantif, a le sens de connaissance, expérience d'ane chose. Lorsqu'il se combine avec un adjectif, il indique les sentiments, les penchants, les dispositions de l'âme, comme dans les composés dyaBoyptfoant2, dyptoyveipw3, SoXoyvt&ftotp*, édt\oyvcSfJuCi>vsi (XtuQepoyvcSfiw'', érepoyvoipuuv , eCôvSoXoype&ftûtv1 , qui tous, à l'exception de èTepoyveiituv*, peuvent être ajoutés à la nouvelle édition du Thesaaras.

ment consacré aux pierres précieuses qui ornaient la robe du grand prêtre. — 1 De lapid. p. 348 : Tovrov ol XiOoyvépovet foetatv. — * A non. Cod. Par. fjbo A. fol. 38, r. : t|we&» >) iyaBoyvépM» cnreiàei ^«xtf. — 1 Vit. S. Gregor. ap. Bolland. Sept. t. VIII, p. 390 : Ol iyptoywâftoves xal ipepi(iv6€toi xal xnjvàÇpovct ivOfwvot. Ces trois composés manquent aux lexiques. Le dernier XTtjvàÇpovss me rappelle le mol xnjvoÇôopla employé dans l'ouvrage De legibus Homeritarum ap. Boisson. Anecd gr. t. V, p. 78 : Ôpàrre ftrf yévrrtat potyelx, alpopt&a, xujvo^dopii. Le Thésaurus ne donne que l'adjectif xnjvoQOÔpot. Je citerai aussi le composé xnjvoaxùitot que j'ai trouvé dans un poème inédit de Manuel Pbilé : Tûv alp.oy%pSs9 rif* Çvift xnp><xrx(ntop. — 4 Ce mot ioXoyvùpMv, dans le manuscrit Coislin , est placé comme glose au-dessus de loXàyurtit employé par saint Grégoire de Nazianze , t. II , p. 63a , y. 5g. — * Jo. Veccus, Graec. ortliod. Allât, t II, p. 57 : 17 yovv iXXo vpot ta&ta ierlh olifaaodat if èdsXoYvûpunm tô>*> ravra Aryornw xal vapéXoyov vsurixomjv; Theod. Stud. p. 35a , B : YJ3t\oyw»pov Tdxptfpa. Ce neutre pourrait appartenir également à la forme IBsXàyvupoe , dont , d'ailleurs , je ne connais point d'exemple. — * Jo. Stauracius, cod. Coisl. 1 46, loi. 9. v. ùt -aapaùpàpotptv xal Té tov iXnOepo-

yvàpovos \ovkov. — 7 Tlieodor. Lascar. Nova Bibl. Pair. Mai, t. VI, p. 361.

' Dans la nouvelle édition du Thesaaras qui donne le mot ivepoy vobp&v, on peut ajouter la forme irspàjvtvpof employée par Michel Psellus, Cod. Par. 1 18a , foi. 96 r. : ààÇai krtpàywcpot, expression qui rappelle IchàÇats frcepoyv&pMoi deSynésius, p. 9, A. Le substantif £Tep<rjvwpov(a, qui manque également au Thésaurus, se trouve dans la Vie de saint Élienne le jeune, up. Cotel. Mon. eccles. t. IV, p. 4>a : Koi -apài trepoyvù)povîa.v tov Xoyov prrrfy zysv. Le même dictionnaire donne xaxoyvd>[utv et xeuUrfvwçiof , mais on n'y trouve point le mot xaxoyviufiovta employé par Jo. Jejunator, Cod. Par. 364 > fol. 67 v. : H xÀ.oirij èyOpoû if xxxoyv<ûp.ovi&. De même xaXoyv&ftav suppose la forme xaXojwpot, dont je puis citer un exemple, Alton. Cod. Par. a5o6, fol. 10a r. : EiQpoovvot, xtxXôywfxot. L'adverbe /Sioytwfiovue, qui manque aussi aux lexiques, a été employé par saint Cyrille d'Alexandrie, Opp. t, I , p. 491 , D : Ilpàr toCto iàvrct II. Ce mot me rappelle le verbe ttioyvuftéîai , dont je ne connais pas d'autre exemple, et qui est employé par Théodore

Le fragment en question, tiré de l'ouvrage perdu de Xénocrate, est très-curieux : nous regrettons seulement qu'il soit publié avec tant d'incorrection, et que le savant éditeur ait laissé, sans les corriger, les fautes nombreuses qui le déparent. Citons les principales1 :

Ligne 3 : To yjpâ Sè toô tow«£i'ow -apaorroeiSk (Icg. •apcuroetSis) , xai %pv<r6%povvt yjpvoQTtpdtraxp {leg. yjputroupdaù)) vfapanrXrio-lws. Il est évident que le premier mot est incomplet et qu'il laut corriger rb xpàf** & T*

Ligne U : tait Sè xai ITAPTTNON xai MoBapbv &ya» xPwriXPouv' Quel est ce mot velpurvo»? Il faut probablement adpuypov, un peu moins que Shypov ou SivSpov, un peu transparent. Cette correction est justifiée par Diodore de Sicile, qui dit (III, 3g) , d'après Agatbarchide :

Tom&ow idl U6ot AIAOAINÔMEN02 f ÀAp IIAPEM«1>EPÉ2

xai &avfxeurlùv ëyxpwmv &p6ovtyu> ■aapex.ifuvos, notion qui se trouve reproduite par Michel Psellus*, presque dans les mêmes termes : Toxdbop M8os M\ ALVDANU2, f ÉA£ DAPEM<t>EPH2. Citons encore Eustathe5 : A/ôos léraalov AIA4>ANIf2. . . xpvoveiSis dtnoXdfxitoiv Çtyyot. Cependant le mot nâpvypov, qui paraît une correction probable, pourrait encore s'expliquer autrement par un passage d'Etienne de Byzance : Ibxatfif vi?(70f... kXéZp&Spas 6 TloXvt&lùjp Çiiafo êv «Jtjj Xl&ov bfiévvftov rf}

NÉOT ÉAAÎOT.

Ligne 6 : É<r7i Si xai to elSos Xtvapbs iotxàs KATA<I>0ElTOMÉNp ûrtb i}X/ot/. Tout ce qui précède indique clairement la correction KATA- <I»ErrOMÉNp. Psellus (. c. : Kpifcrfei yàp aôrov rb 4>ÉrT02 i)XAw. On sait avec quelle négligence et surtout avec quelle inintelligence les copistes ont ajouté ou retranché la lettre 6 lorsqu'elle était placée après le <I>, l'œil étant trompé facilement par la conformité des éléments paleographiques qui composent ces deux lettres4, ressemblance qui a donné lieu à la confusion si fréquente des mots composés venant de Çépta et de Çûeipv et qui se terminent en Çépot et $Q6pos \

A la suite du Commentaire de saint Cyrille sur les Psaumes, on trouve des fragments sur le Livre des Rois6 d'après un manuscrit de Venise,

Studite, Cod. Par. 891, fol. a4g r. : Ônw uJi tic lltoyva>u.&lr} xaO' êavr&v. Pour en finir avec les composés de yvûfiwv, j'indiquerai encore yvwfio&ool* et ywdftoXàytfpui, qui peuvent être ajoutés an Thésaurus. Le premier se trouve dans Michel Psellus, God. Par. 1 18a , fol. 58, v. : Mc^pi n}s txelvw ywpw&oalas. On lit le second dans les Lettres de TzeUès, p. iA , ed. Pressel : El ié ye to toÔ Ihv&àpov hoxefs yfiuao- XiryrjuM owtàstv. — 1 Lin. 7. Peut-être faut-il lire èyaBàv ti au lien de àya&àv t». Lin. 8, écrivei Xetmv6(ttvop (tttovOtu au lieu de Xtaivàfuvov-fuowrÔat. — * De lapid.

Si. 356. — ' /« Dionys. liai. — * Sur la confusion de ces deux lettres, voyex le oamaldes Savants, i843, p. 676 — ' Voy. M. Boisson, in Thtophyl. p. aog. — * Dans la Bibliothèque de Paris, sous le n* i33 des manuscrits grecs, on trouve

des citations de saint Irénée et de Théophile d'Alexandrie , une lettre de saint Basile au moine Urbicius Ilep) iyxpantlas, et des fragments de Théodore de Mopsueste et de Didyme. La version latine forme la seconde partie du volume, qui se termine par quelques additions aux œuvres de saint Cyrille et par une table des matières.

Le quatrième volume contient d'abord, en grec et en latin, deux sermons1 de saint Grégoire de Nysse qui avaient été déjà publiés, en grec seulement, à la fin du septième volume des Script, vel. Ces deux sermons, qui appartiennent au genre dogmatique, sont fort beaux, et l'orateur chrétien y fait preuve d'une véritable éloquence. Le second , dont la fin manque , sera bientôt complété par M. le docteur Forbes , qui prépare une édition critique des œuvres de saint Grégoire de Nysse, et qui a retrouvé la partie perdue dans un manuscrit du Musée britannique.

Nous signalerons ensuite une dissertation très-intéressante sur un fragment de saint Grégoire de Nysse provenant de son troisième sermon sur l'Oraison dominicale, et qui ne figurait point dans les éditions, bien qu'il se trouve dans neuf manuscrits du Vatican. Ce passage est très-important, parce qu'il contient la célèbre particule ÉK sur laquelle repose le dogme qui établit que le Saint-Esprit procède du Fils comme du Père.

Le sermon en entier se trouvait entre les mains de J. Veccus au xiu' siècle , qui a produit ce remarquable témoignage à l'appui de l'opinion qu'il défendait avec tant de fermeté. On sait aussi que Xiphilin , » grand économe de l'Église, possédait un ancien manuscrit de saint Grégoire de Nysse dans lequel se trouvait le passage en question, et qu'un hétérodoxe infidèle et de mauvaise foi en effaça la particule ÉK. S. E. le cardinal Mai pense que le même manuscrit se trouve aujourd'hui à Rome; du moins la bibliothèque du Vatican possède un exemplaire où l'on voit encore les traces du mot ÉK effacé, et Donatus se serait trompé en affirmant qu'il avait vu à Rome plusieurs manuscrits dans le même cas.

Après saint Grégoire de Nysse nous trouvons un sermon du pa triarchc Eutychius De Paschate et de sacrosancta Eacharistia. Au point de

on commentaire manuscrit sur le Livre des Rois, qui pourrait fournir des suppléments au travail de S. Ém. le cardinal Mai. — * P. 17, lin. 1 3, on Ht : E» Tofir éXXois «sfri xitfcnrep éfyv to. .... pévop xttl chrapd&AaxToy 4x9t* àftokryoùvrav. D faut probablement lire et suppléer iet. P. a3, au second astérisque, au lieu de Islvxaot, il faut lire &M«frx*w, correction indiquée par la traduction du savant cardinal. dernonstranuiL

âS.

vue de la doctrine, cette pièce peut être très-estimable , mais elle laisse beaucoup à désirer sous le rapport du style et de la pureté du langage. Nous n'eu dirons pas de même de Nicéphore II; dans le fragment publié en note p. 61 , et qui est singulièrement altéré \ on rencontre des imitations de Platon et des tournures qui rappellent le grec moderne.

Eusèbe de Césarée , qui vient ensuite , occupe une notable portion de ce volume. Son Commentaire sur les Psaumes, publié par Montfaucon, était incomplet; il s'arrêtait au cxvui' psaume, et les Chaînes des Pères, à partir de ce psaume, ne citaient aucun passage d Eusèbe. S. Ém. le cardinal Mai a été assez heureux pour trouver dans trois manuscrits du Vatican les moyens de combler cette lacune regrettable, et il nous donoe aujourd'hui, en grec et en latin, tous les fragments de ce Père qu'il a pu découvrir, depuis le exix* jusqu'au cl* psaume. Les morceaux un peu longs de ce commentaire montrent qu'Eusébe est un des bons interprètes qui considèrent l'ensemble de toute une pièce.

En parcourant ce commentaire, nous nous sommes trouvé arrêté par une erreur au moins très-singulière, que nous nous garderons bien de mettre sur le compte de l'illustre cardinal , qui sans doute aura accepté un concours beaucoup moins éclairé. Sur le premier verset du psaume cxxv on lit : Oi éxMoXo* raura LIPCXMITEY ONT AI AÉEEIN vrepl ImnS» xeà nh iv to« tdvtat. Et dans la traduction : Apostoli vATiairANTua hœc de $e DiCTCM irî et de gentibus. Comment, au dire d'Eusèbe, voici les apôtres qui prophétisent sur ce que David a dit mille ans avant eux! Qui pourrait, après réflexion, prêter à Eusèbe et admettre une assertion aussi étrange? Comment n'a-t-on pas été arrêté par l'idée de mettre sous les yeux du lecteur une pareille version? En traduisant le mot vpoÇvtsv&vIou, comment ne s'est-on pas aperçu qu'il est tout aussi impossible que SovXevorfeu, et d'autres du même genre? Nous nous expliquons d'autant moins une pareille préoccupation, qu'à la page suivante on trouve la solution de cette difficulté et les moyens de corriger cette phrase inadmissible sous le rapport du sens et du langage. On lit, en effet, dans le paragraphe consacré au verset 3 : Nû* Si As ht iv ttlXHaXùxria ôv, Tcôha $i)o\» b vpo^-mt, rb ftèv npiiepo» IIPOOHTETÛN olfmt mpl tûv dhtorfâXuv , rb Sè Seûrepov êx vpoavwou Xéyv» rêv iOvûv. «Nunc tanquam adhuc in captivitate detentus, haïe ait propheta; antea «quidem de apostolis, ut puto, VATICINANS, deinde vero es ethni-

1 Ce fragment commence ainsi ; Oéx oîia wo/av àSs\rtp(au> xal ètmdakhat pu/lif* mfwwhriowri rive, lepsîs év woXAoft tôvou. Il faut lire : -moi<f àUkttfo nal i^avâaXif. ftintv (?) vrepathriovai.

«coriim pcrsona loquens. n On voit dès lors que la difficulté de la phrase en question repose uniquement sur le mot vpoÇitleôovrat, et qu'il faut corriger et lire : ol dirérfoloi (sous-entendu Çaaï) raûra ■apoÇv'tevovla Xéytiv tsep) èxirrûv ktX.

On trouve ensuite des fragments provenant de trois ouvrages d'Eusèbe qui avaient déjà paru en grec en 1 83 1 ; ils sont aujourd'hui publiés de nouveau avec une version latine et augmentés des suppléments que l'illustre cardinal a découverts dans les manuscrits du Vatican. Ces trois ouvrages sont :

i* Ilepl t** «JayyeXixfc Qeotpaveias, De evangelica Theophania sive Dei manifestatione. La Théophanie d'Eusèbe a été certes un brillant ouvrage. Le savant éditeur démontre d'une manière péremptoire, quoique sous une forme modeste et avec le ton d'une grande réserve , que la traduction syriaque de cet ouvrage, publiée en anglais par Lcus, a été faite sur un texte abrégé et même tronqué , et que l'ouvrage authentique avait, dans l'origine, beaucoup plus de développements.

i* Commentaire sar saint Luc, qui ne présente rien de remarquable , i part toutefois l'histoire de la statue de l'hémorrhoîsse et de Notre- Seigneur(p. 167-8), histoire qui se trouve aussi dans le Spicilége1 du père Pitra , sous le nom d'Eusèbe.

3° Extrait da traité sur la solennité de Pâqaes, pièce jadis très-célèbre.

Les fragments qui suivent, p. 217-309, sont beaucoup plus importants ; ils contiennent des recherches sur les différences entre les Évangiles (ZnVfiOTa xal Xwrttf), qui non-seulement ont été mises à profit par les Grecs pendant un long cours de siècles , mais que saint Ambroise . saint Jérôme et saint Augustin ont en partie traduites et insérées dans leurs ouvrages. Quelques-uns de ces fragments avaient paru dans les années précédentes, mais en latin seulement; ils ont été complétés, coordonnés de nouveau, et sont publiés en grec et en latin.

Quelques suppléments aux dix derniers livres perdus de la Démonstration évangéliqae, donnés également en grec et en latin, terminent la série consacrée à Eusèbe.

Dans la préface de ses Saraccnica*, Frédéric Sylburg cite, tout en regreltantde ne pouvoir le publier, un ouvrage de Nice tas de Dyzance sur le Coran et la réfutation d'une lettre adressée par les infidèles à l'empereur Michel, fils de Théophile. Il s'agit de deux lettres, et non d'une seule, et ce sont ces ouvrages que S. Ém. le cardinal Mai publie aujourd'hui3.

' Spiciltgium toletmtw, Paris, i85a, t I. p. 46o. — ' Hektelberg, i5y5, in-*'. — * P. 3a I et sqq. : Nwofra Bv£«rr/ov Çi>.oooÇov Avarpom; rifs vrvpà vov kpaSot

La Réfutation da Coran, par Nicétas do Byzance, est très-importante à plusieurs points de vue , et le savant éditeur en fait très-bien ressortir tous les avantages dans la préface qu'il a mise en tète. D'abord, cet ouvrage contient une nouvelle défense de la religion chrétienne et une réfutation très-détaillée des superstitions mahométanes. En second lieu, il nous oflVe un spécimen curieux delà théologie scholastiquc et spéculative chez les Grecs, et on est forcé d'admirer la méthode, la finesse et la dialectique, avec lesquelles fauteur explique le mystère profond et obscur de la Trinité. Un troisième avantage, c'est qu'il reproduit en grec tous les passages du Coran qu'il réfute, soit que Nicétas les traduise lui-même , soit qu'il se serve d'une version grecque déjà existante. Cette partie de l'ouvrage est d'autant plus précieuse, qu'on ne connaissait point de traduction grecque du Coran, et cependant il est bien certain qu'il a dû en exister, car la secte de Mahomet était répandue jusque dans le cœur de l'empire Grec, et les monuments littéraires font foi des nombreuses discussions que les défenseurs de la religion chrétienne soutenaient contre les docteurs de l'islamisme.

Il est curieux de voir combien la traduction de Nicétas diffère du texte arabe que nous possédons aujourd'hui. Cette différence tient sans doute à l'inexpérience des interprètes grecs, aux sens multiples que comportent les mots arabes et aux nombreuses variantes des éditions du Coran. Il n'y a pas lieu de s'étonner qu'aucune traduction grecque n'ait été conservée , si l'on réfléchit à la haine que les Grecs portaient aux musulmans et qui aura fait détruire jusqu'aux moindres traces de la doctrine de Mahomet. Quant aux Latins, ils ne connaissaient point le Coran avant le xir* siècle. Pierre le Vénérable , abbé de Cluny, est le premier qui , pendant son séjour en Espagne, le fit traduire en latin par Robert en 1 1 43 \ pour obéir aux ordres de saint Bernard. On en tira un grand nombre de copies manuscrites qui furent répandues pendant tout le moyen âge. Le texte de Robert fut imprimé pour la première fois2 en 1 543 à Bâle, in-folio, et à Nuremberg, petit in-4°. Il en fut

Utûéfttr v\*crlcyp*Çh)d§icrns filQov. Voyez mon Catalogue des manuscrit} grecs de l'Etcurial, p. 3i5. — 1 Cette date do ii4'3, qui se trouve à la fui du manuscrit Ulindc Paris n* 33<)o, avec les détails historiques concernant la traduction latine de Robert, a induit1 «n erreur les auteurs du catalogue imprimé; ils ont cru, bien à tort, qu'elle désignait l'époque où fui transcrit le manuscrit, qui est du xvi* siècle. La même date et les mêmes renseignements se trouvent aussi à la fin du manuscrit latin, n* 33qi. — ' Il y a une grande confusion dans les bibliographes à propos de ces différentes éditions. S. E. le cardinal Mai ne parait pas avoir connu celles de 1 543 ; il dit en effet : •Tbeodorus Bibliander anno i56o àpod Helvelios prseio commisit. < An Le hanc tamen editionem AlcoranumUaii 1 lingua propria ex latino Releaensii texiu

donné une troisième édition en i55o à Zurich (Tiguri), in-folio. Déjà les Italiens l'avaient traduit dans leur langue, et, en 1^7, on publiait 4 Venise cette nouvelle traduction. Cette édition italienne est très-rare, et Maracci lui-même ne l'a pas connue. Les outres versions en langues modernes sont d'une époque beaucoup plus récente.

Sans doute, l'ouvrage de Nicélas mériterait des développements critiques et historiques, ainsi que des discussions grammaticales, pour expliquer le sens des mots arabes. L'illustre cardinal a reculé devant un travail aussi considérable : il s'est contenté de joindre une version latine au texte grec et de placer au bas des pages les notes qui lui ont paru indispensables. •

Comme complément à l'ouvrage de Nicétas de Byrance \ S. Em. le

• vulgaverant anno i5Â7- «Mcusel, Biblioth. histor, vol. II, part. I, p. 337 : «Basil.

• I 543, III tomi in-fol. ibid. i55o. » Fabricius, Bill. meù. latin, s. v. Kobertus Retenensis, est un peu plus exact: • Alcoranum in compendium redactum latine

• vertit, quo<l prodiit Norib. »543, in Mahumeticis BibliannVi tomo I, Basil. i543,

• l55o. » Voy. la Bibliotheca orientait! de Zenkcr, p. A7. — 1 Dan» la traduction d'un passage du Coran on lit xai to «txvAm», et en note : « In Alcorano arab uJ*£= canit :

• itaque aie inlcrpretor NiceUtn noslrum, qui cur legeiit axvXiv, alii qurrant. For-

• tasse propriuni canis nomen fucrit tcylin; vel idem canis ita appeltatur ob mixtum

• ex albo rubroque colorem J£-£l. • Nous ne comprenons pas comment le savant éditeur a pu être embarrassé pour expliquer ce mot. TxuXio* signifie chien, d'où la forme abrégée axvXb, dont Ducange, v. IxuArç, cite un exemple auquel on peut ajouter celui-ci d'après Théodore Prodrome, Cod. Paris. 3g6, p. 6g3 : Atym;^ ovxévopuu itéré o-aovirff pejtànt vr&pà ÏHTAlN Xayurvcxôv xaXXti ptvrjXcTirfoae. Du reste, le retranchement de l'o final dans les mots en 10* et en tov , qui est un des caractères du grec moderne, date de fort loin dans la langue. Coray en cite des exemples dès le temps de Plutarque. Voy. Lctronne , lntcr. d"Ey\-pte, t. II, p. 09. Quant aux mots composés, ils viennent ordinairement de axiXaÇ, ainsi trxvXaxoxlàrot , oxvXaxdlpàÇot. On trouve aussi dans le mot <rx\iXXovvtxnji un exemple du primitif otAXX.os entrant en composition. J'en puis citer un autre inconnu aux lexiques, mtvXsjtfjàt, venant de oxitXt), et employé par Constantin Pantechnes, Cod. Esc. », v. 10, fol. 84, r. : Kai foaà xpavyal veavitrxanr mpitxrfntow iip.it tortdwlovrw roTe oxi»X*Çi, xai toAtûj*» al8tt M axai xai ptvrjXaaiai , xai ietp&m ÏKTAATûrol, èÇnàfttvoi rois tVKtptrfoàQott tàv xwûv lyvoexoTtlats , xal axv- Xéxay* aaivovpa, xai tùyev&t ôpvtOw vatbayaryol , xai àet&ùv «poir7tio7dt> rtOaomitovret xai *xo^c/p<a xsditrfàvlct Ôœx t6s» ■srftjv&v xvvrryelati. Et un peu plus loin : KXX' 6 fi* é-abftalot tstpewXifatv , où rott àhown to &r}pa$èv ol xitvet xaladap-

, iXX' éyxaX.tléjtsvot rote ÏKTAArûrOTS àv*p.ivovoi xai xrfaXaëownv èwa&thàiit , tj; ■BpmaAeî* olpat trpàs to07o itvvtdilàptvot. Le même écrivain se sert de deux autres composes du même genre. Xtotfarjwybs et vaplaXayarybt , qui manquent aux lexiques. Ibid. fol. 84, v. :Ù AEONTArtirÔS rigola tov ftnrov (fort. toO finrov) xaïaSés. Ibid. fol. 85, r. : Kai ifxÇXtircûv oît ailob xa1ap.)ix*vtfizi à AEONTA FQrÔS. Ibid. : Ù iè flAPAAAArQrÔS èxetvoe xal vomnaliff rirtfte àv xai éÇgipJvov ix rifc «rpoAaSMoTj* xe«po>70fY« T&v ^tvtBtv intoxXMei

cardinal Mai a donné à la suite, en grec et en latin, un chapitre intitulé De superslitione Agarenorum , tiré de la Panoplie dogmatique de Nicétas Choniate , fragment qu'il avait déjà publié en grec dans le quatrième volume du Spicilegiam , page 683 , et un extrait d'Euthymius Zygabenus sur le même sujet.

La seconde partie du quatrième volume -commence par un ouvrage de Pierre de Sicile1, intitulé Histoire et réfutation de l'hérésie dite des Manichéens. Cet ouvrage se composait d'une partie historique et de six discours consacrés à l'examen et à la discussion de la doctrine de cette secte. La première partie avait déjà été publiée par Mathieu Rader*; quant aux discours, l'illustre cardinal n'a pu retrouver que les trois premiers, qu'il nous donne aujourd'hui, avec la portion de Rader. Sans doute la perle des trois derniers discours est très-regrettable au point de vue du dogme et de la doctrine , mais elle le serait beaucoup moins , si l'on considérait uniquement le mauvais goût et l'enflure byzantine de cet écrivain.

Le volume se termine par le Commentaire presque complet de Dydyme d'Alexandrie sur la seconde épître aux Corinthiens. Ce commentaire est très-précieux. Quant aux fragments de saint Jean Chrysostome sur les Proverbes, ils ont été très-mal traités par les eclogarii , et ils sont trop morcelés pour qu'on puisse les apprécier. Rarement on y rencontre, pendant plus de trois ou quatre lignes de suite, le tour et le charme du célèbre orateur; on se trouve presque aussitôt choqué par des paroles étrangères ou arrêté par une lacune. Le passage sur le verset ih, Myet mep( — , est. à peu près le morceau le plus long qui semble sorti tout entier de la plume de saint Jean Chrysostome.

toi)* voisis tyopifli. Ce dernier composé me rappelle le mot nouveau wsp3ox6fMx, qu'on trouve aussi dans l'opuscule de Constantin, fol. 84 1 v- : Évur là Xxy<»ôf vroûév èxm}itfa<» uni ioxy t£ IIAPAOKÔMQ xot' aùlov ixTtép^eu rrp v&plaXw. Ibid. fol. 85, r. : Kal ofov xpécsefav IIAPAOKÔM02 rù oarrificw Sfr/pl <u<xpxr(thf<Tt. — 1 Sur cet écrivain, voyex Mongilor, Sical. Biblioth. L II, p. i58-i5p,. — ' Ingolstadt, i6o4, in-4*. gr. lat. Dans le manuscrit grec n* 85a de la Bibliothèque de Paris, on trouve , au folio 8i, r\ un recueil moral extrait des saintes Écritures et des Pères de l'Église, en dix-sept chapitres. Le dernier, folio i44, r*. est intitulé : Uirpov èXi^h/Jov ftova^ov xai ftyovpévov. Uepi ïlavXanapûp rv» xal Msw- Xaiow. Ce Pierre n'est peut-être autre que Pierre de Sicile. Quant à ce fragment purement historique, il est beaucoup moins développé que celui de Phou'u* publié dans la Biblioth. Coislin. p. 34g , avec lequel cependant il a du rapport. La notice imprimée du manuscrit grec en question n'est pas exacte : les numéros 5, 6 et 7 n'en doivent faire qu'un seul , les opuscules de Ménas et de Pierre formant les articles 16 et 17 du recueil moral cité plus haut.

Des tables des matières complètent ce volume auquel se trouve joint le fac-similé d'un très-beau manuscrit grec écrit en ondales, et qui contient le texte des Prophètes.

Dans un prochain article nous rendrons compte des deux derniers volumes de la nouvelle collection du Vatican.

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