‹ Journal des savantsChapitre 25 sur 66 · M. AVENEL · texte numérisé non relu

M. AVENEL

1 Les Œuvres diverses de M. de Cyrano Bergerac, lettre xi, p. 187; in-12, Paris, chez Sercy, 1659. — * Id. lettre xxi, p. 264. — * H est sans doute des collections que M. Moreau n'a pas examinées, et nous le regrettons, mais il a vu les plus complètes. Pour avoir les meilleurs textes, il a comparé les imprimés aux pièces manuscrites , quand il les a rencontrées ; il a profité aussi des notes que les lecteurs contem • porains ont quelquefois consignées sur la marge des livrets. — 1 II convient de justifier ici M. de Monmerqué d'une erreur que lui reproche M. Moreau, au sujet du titre d'un pamphlet : Le véritable récit de ce qui s'est passé et fait à l'assassinat commis proche l'hôtel de Scomberg, etc. Les deux titres, celui qu'a donné M. de Monmerqué et celui que donne M. Moreau, sont également exacts; le pamphlet a eu deux éditions. De là vient la petite différence remarquée par M. Moreau. Nous avons vu , à la bibliothèque Sainte Geneviève , l'édition qui porte le litre cité par M. de Monmerqué. — 1 C'est un témoignage qui déjà a été publiquement donné a M. Mo reau par l'Académie des inscriptions- et belles-lettres, dans un rapport sur les prix :

• Par sa persévérance à découvrir, à lire, à apprécier plus de quatre mille pamphlets,

• dont la masse avait fait recaler les historiens, ù 'eur a rendu un service signalé. •

Le Lotus de la bonne loi, traduit du sanscrit, accompagné d'an commentaire et de vingt et an mémoires relatifs aa bouddhisme, par M. E. Burnouf, secrétaire perpétuel de t Académie des inscriptions et belles-lettres. Paris, imprimé par autorisation du Gouvernement à l'Imprimerie nationale, i85a, i vol. in-4°, iv-897 Pages-

Rgya tcb'eh bol pa, ou Développement des jeux, contenant rhistoire du Bouddha Çâkyamouni, traduit sur la version tibétaine du Bkak-IIgyoar et revu sur foriginai sanscrit (Lalitavistara) , par Ph. Ed. Foucaux, membre de la Société asiatique de Paris. i" partie, texte tibétain, n-388 pages; 2e partie, traduction française, Lxv-4a5 pages, in-4°. Paris, imprimé par autorisation du Gouvernement à l'Imprimerie nationale, 1847-1 848.

DE LA MORALE ET DE. LA MÉTAPHYSIQUE DU BOUDDHISME. TROISIÈME ARTICLE1

Caractère et vie de Çâkyamouni.

Resté seul dans son ermitage d'Ourouvilva , Siddhârtlia continua ses méditations, s'il ralentit ses austérités. C'est dans cette solitude qu'il acheva, selon toute apparence, d'arrêter pour jamais et les principes de son système et les règles de la discipline qu'il comptait proposer à ses adhérents. H prit dès lors personnellement la tenue et les habitudes qu'il devait leur imposer plus tard; et, par son propre exemple, il crut devoir prévenir les résistances que ses préceptes austères pourraient rencontrer parmi ses sectateurs môme les plus enthousiastes. Depuis ^ix ans qu'il errait de villes en villes, de forêts en forêts, le plus souvent sans abri, et ne reposant que sur le sol, les vêtements que le chasseur lui avait jadis cédés tombaient en lambeaux. 11 fallait les renouveler; voici comment il les remplaça. Une esclave de Soudjâtà, la fdle du chef d'Ourouvilva qui se montrait si dévouée pour lui, et qui continuait à le nourrir, de concert avec dix de ses compagnes ,

1 Voye», pour le premier article, le cahier de mai, page 370; et, pour le deuxième, celui de juin, page 353.

était morte. On avait enterré cette femme dans le cimetière voisin. Son corps avait été enveloppé d'une toile de çâna, espèce de lin assez grossier. Siddhàrlha , quelques jours après- , creusa la terre et reprit le linceul. Puis , « voulant montrer ce que doit faire un religieux , » il lava ce linceul tout rempli de terre dans un étang; et le façonna de ses propres mains en le cousant. Le lieu où il s'assit en ce moment, reçut depuis lors le nom de Pànçoukoulasivana, c'est-à-dire, la couture du linceul1. De là vient que, dans la suite, il ordonna que ses religieux ne se- couvrissent que de haillons rapiécés , qu'ils devaient recueillir, dans les rues, sur les routes et même dans les cimetières. Qui d'entre eux aurait osé se plaindre ou résister quand le rejeton illustre d'une grande famille royale , l'unique héritier des Çàkyas, abandonnant la puissance et la richesse, avait imposé ces lugubres vêtements à sa jeunesse et à sa beauté ?

Cependant le terme de ces longues et pénibles épreuves approchait. Siddhartha n'avait plus qu'un seul pas à franchir. Il connaissait ses futurs adversaires; il se connaissait lui-même; il était sûr de leur faiblesse et de ses forces; mais sa modestie éprouvait quelques derniers scrupules. Chargé du salut des créatures, il se demandait s'il avait enfin obtenu cette vue définitive et immuable de la vérité qu'il devait enseigner au monde : « Par tout ce que j'ai fait et acquis, » se disait-il quelquefois, ((j'ai de beaucoup dépassé la loi humaine; mais je ne suis pas (i encore arrivé à distinguer clairement la vénérable sagesse. Ce n'est a pas là encore la voie de l'intelligence. Cette voie ne peut mettre un «terme irrévocable ni à la vieillesse, ni à la maladie, ni à la mort3. » Puis il revenait aux méditations de son enfance; il se rappelait ces premières et splendides visions qu'il avait eues jadis dans le jardin de son père, à l'ombre d'un djambou; et il se demandait si sa pensée, mûrie par l'âge et par la réflexion , tenait bien toutes les merveilleuses promesses que s'était faites sa jeune imagination J. Pouvait-il bien être le sauveur du genre humain?

Dans une de ces fréquentes extases qu'avait le jeune solitaire, après une méditation qui paraît avoir duré, presque sans interruption, pendant une semaine, Siddhartha crut pouvoir, dans toute la sincérité de son

1 M. Ed. Foucaux, Rgya tch'er roi pu, ch. xvm, p. 2 56. L'esclave de Soudjàla . dont le Bouddha revêtit te funèbre vôlement, s'appelait Râdbâ. Pour les détails qui précèdent et ceux qui vont suivre, il faut toujours comparer le Fo^Koue-Ki et l'histoire de Hioiun-Thsantj , avec le Lalitavistnra et la légende d'Açoka dans I7nfrod\ à l'lù$t. du bouddk. ind. de M. E. Burnouf, p. 38a et suiv. — * M. Éd. Foucaux. Rgya tch'er roi pu, t. II, ch. xvm, p. a 53. — ' Idem, ibid.

cœur, se répondre à lui-même affirmativement : «Oui, il avait enfin «trouvé la voie forte du grand homme, la voie du sacrifice des sens, «la voie infaillible et sans abattement, la voie de la bénédiction et de • la vertu, la voie sans tache, sans envie, sans ignorance et sans pas- «sion1; la voie qui montre le chemin de la délivrance, et qui fait que « la force du démon n'est pas une force ; la voie qui fait que les régions «delà transmigration ne sont pas des régions; la voie qui surpasse

0 Çakra , Brahma , Mahésvara et les gardiens du monde ; la voie qui « mène à la possession de la science universelle , la voie du souvenir et « du jugement, la voie qui adoucit la vieillesse et la mort, la vote «calme et sans trouble, exempte des craintes du démon, qui conduit «à la cité du Nirvana3. » En un mot . Siddhàrtha crut, à ce moment suprême, pouvoir se dire qu'il était enfin le Bouddha parfaitement accompli , c'est-à-dire , le sage dans toute sa pureté , sa grandeur, et dans sa puissance plus qu'humaine , plus que divine.

Le lieu où Siddhàrtha devint enfin Bouddha est aussi fameux dans la légende que Kapilavastou , le lieu de sa naissance, Ourouvilva, le lieu de sa retraite des six années , et Kouçinagarâ le lieu de sa mort. L'endroit précis où se révéla le Bouddha est appelé Bodhimanda, c'est-à-dire «le siège de l'intelligence3;» et la tradition a conservé les moindres détails de cet acte solennel. En se rendant des bords de la Nairandjanâ , à Bodhimanda , le Bodhisattva* rencontra près de la route , à sa droite, un marchand d'herbes, qui coupait «une herbe- douce, «flexible, propre à faire des nattes, et d'une odeur très-suave. » Le Bodhisattva se détourna de son chemin; et, allant à cet homme, nommé Svastika, il lui demanda de l'herbe qu'il fauchait; puis, s'en faisant un

1 M. Éd. Foucaux, Rgya tch'er roi pa, t. II, ch. xix, p. a6i. — * Idem, ibid. ch. xix, p. a6a. — 1 Idem, ibid. Voir aussi M. E. Barnouf, Introd. à l'hist. du bouddh. ind. p. 386, et le Foe-Koue-Ki, p. a8i et suiv. 11 ne faut pas confondre Bodhi avec Bouddhi. Les deux mots oui le même .«ens en sanscrit et tous deux signifient l'intelligence; seulement le premier s'applique particulièrement à cet état d'intelligence qu'atteint le Bouddha quand il est parfaitement accompli; l'autre n'exprime que

1 intelligence en général. Voir, pour la Bodhi, le Lotus de la bonne loi de M. E. Barnouf. p. 796, appendice n* xn. Tout ce récit se retrouve dans une légende chinoise traduite par M. Klaprolh. Voirie Foe-Koae-Ki, ch.xxxi , p. a85 et suiv. D'après le Lotos de la bonne loi, il semblerait que Bodhimanda était situé dans l'intérieur d'une ville appelée Gâyâ : voir la traduction de M. E. Burnouf, p. 191. D'après le Rgya tck'errol pa, Bodhimanda serait près du mont Gava : voir la traduction de M. Éd. Foucaux, p. 378. Uiouen-Tluang (voir l'histoire de sa vie, par M. Stanislas Julien, p. i4o), parle d'une ceinture de montagnes près de Bodhimanda. — 4 Le Bodhisattva est le futur Bouddha , c'est-à-dire l'être qui a toutes les qualités requises pour devenir Bouddha, mais qui ne l'est pas encore entièrement.

tapis, la pointe du gazon en dedans et la racine en dehors, il s'assit, les jambes croisées, le corps droit, et tourné à l'orient, au pied d'un arbre qui est appelé « l'arbre de l'intelligence, » Bodhidrouma'. « Qu'ici . « sur ce siège, dit-il en s'asseyant, mon corps se dessèche, que ma peau, «ma chair et mes os se dissolvent, si, avant d'avoir obtenu l'intelli- «genec suprême, je soulève mon corps de ce gazon où je l'assieds*. » Il y resta tout un jour et toute une nuit sans mouvement, et ce fut à la dernière veille, au moment du lever de l'aurore, à l'instant où l'on est le plus endormi, et comme le disent les Tibétains, à l'instant où l'on bat le tambour3, que, s'étant revêtu de la qualité de Bouddha parfaitement accompli, et de celle de l'intelligence parfaite et accomplie, il atteignit la triple science (Trividiyâ) : uOui, s'écria-t-il alors, oui, c'est «ainsi que je mettrai fin à cette douleur du monde,» et, frappant la terre avec sa main : «Que cette terre, ajouta-t-il, soit mon témoin; elle «est la demeure de toutes les créatures-, elle renferme tout ce qui est «mobile ou immobile, elle est impartiale; elle témoignera que je ne « mens pas *. »

Si le genre humain n'était pas sauvé, comme put le croire à ce moment Siddhârtha, du moins une religion nouvelle était fondée. Le Bouddha avait alors trente-sb; ans.

L'arbre sous lequel il s'assit à Bodhimaoda était un figuier de l'espèce appelée pippalas\ et la vénération des fidèles ne tarda pas à l'entourer d'un culte fervent, qui dura de longs siècles4. Dans l'année 63a de notre ère, c'est-à-dire onze cents ans tout au moins après la mort du Bouddha . Hiouen-Thsang. le pèlerin chinois, vit encore le Bodhidrouma ou l'arbre qui passait pour l'être. C'était à peu près à quinze lieues de Râdjagriha , la capitale du Magadha7; et non loin de la Nairandjanâ, comme fin

1 M. Ed. Foucanx, Rgya tch'errolpa.t Il.ch. xix.p. 36a, 373, 377.011 appelle aussi cet arbre Tàrâyana , c'est-à-dire, Qui fait traverser 1 océan de la vie. U. ib. p. 350. — ' La position que prit le Bodhisaltva à Bodhimanda est celle que lui donnent tous les monuments figurés, statues, bas-reliefs, tableau**, etc., qu'on a découvert» ou observés dnns l'Inde; voir, pour un récit un peu différent, le Lotus de la bonne loi, de M. E. Burnouf, p. 4>4- — J Rgya tch'er roi pa de M. Ed. Foucaux. t. II, ch. xxii, p. 33 1 et 335. — * là. ib. p. 336 et 3o5. — 1 Voir Fa-Hian dans le Fot Koue-Ki de M. Abel Rérausat, ch. xxxiv, p. 376, avec les notes très-instructives de M. Klaproth, et YHiitoire de la vie de Hioaen- Tlisang et de ses voyages, par M. Stanislas Julien , p. j à 1 ■ On dit aussi que cet arbre était un sala ou un tâla ; voir ie Foe-Koae- Ki, p. ago, noie extraite d'une légende chinoise par M. Klaproth. — ' D'après ÏAçoka availana ou légende d'Açoia, c'est le roi Açoka qui fit construire dos stonpas dans tous ces lieux consacrés. Voir M. F.. Burnouf, Introd. à l'hist. du bouddk. indien, p. 386 , 388. Un rameau du Bodhidrouma fut miraculeusement transporté a Cevlan , Foe-Koae-Ki. p. 343. — ' Id. ib. p. 139.

JUILLET 1854. 41i

dique le Lalitavistara1. L'arbre était protégé par des murs en briques très-élevés et fort solides, qui avaient une étendue considérable de Test A l'ouest, et se rétrécissaient sensiblement du nord au sud. La porte principale s'ouvrait à l'est en face de la rivière Nairandjanâ. La porte du midi était voisine d'un grand étang, sans doute celui où Siddhârtha avait lavé le linceul. A l'ouest était une ceinture de montagnes escarpées; et la partie du nord communiquait avec un grand couvent. Le tronc de l'arbre était d'un blanc jaune; ses feuilles étaient vertes et luisantes, et, d'après ce qu'on dit au voyageur, elles ne tombaient ni en automne ni en hiver. Seulement, lui dit-on aussi, le jour anniversaire du Nirvâna du Bouddha, elles se détachent tout d'un coup pour renaître le lendemain plus belles qu'auparavant3. Tous les ans, les rois, les ministres et les magistrats se rassemblaient encore, à pareil jour, au-dessous de cet arbre, l'arrosaient avec du lait, allumaient des lampes, répandaient des fleurs et se retiraient après avoir recueilli les feuilles qui étaient tombées.

Près de u l'arbre de l'Intelligence, ■ Hiouen-Tbsang vit une statue du Bouddha devant laquelle il se prosterna; on en attribuait l'érection à Maitréya, l'un des disciples les plus renommés du maître. Tout à l'en tour de l'arbre et de la statue , et dans un espace très-resserré , on voyait une foule de monuments sacrés dont chacun rappelait quelque pieux souvenir. H ne fallut pas moins de huit & neuf jours au dévot chinois pour les adorer tous l'un après l'autre9. C'étaient des stoûpas et des vihàras ou monastères, de diverses grandeurs et de diverses formes. On y montrait surtout A l'admiration des fidèles le Vadjràsanam , c'est-à-dire le Trône de Diamant4, l'un des sièges, sans doute, dont quelque prince avait fait présent au Bouddha, et qui devait disparaître un jour quand les hommes seraieut moins vertueux , à ce que croyait la superstition populaire.

Je n'hésite pas à penser qu'a l'aide des indications si précises que nous

1 Comparer les citations qui viennent d'être faites un peu plus haut d'après le fljva tch'er roi pa de M. Ed. Fou eaux. On peut voir aussi, dans la légende dAçoka, Inlrod. à Yhiit. da boaddh. indien de M. E. Burnouf, p. 3g3, comment la femme du roi Açoka, Tishja Rakshita, essaya de faire périr l'arbre Bodbi, pour lequel le roi faisait d'énormes dépenses. Voir aussi Fa-Hian dans le Foe-Koue-Ki de M- A. Rérausal, ch. xxxu. — * Histoire de la vie d'Hioaen-Tksany et de ses voyage», par M. Stanislas Julien , p. 1 39, 160, i4a. — ' Idem, ibid. p. i43. — * Idem, ibid. p. i4o. Le Vradjrisanam, dans l'aveugle crédulité des populations bouddhiques, passait pour être conlemperain de la création, ou plutôt il s'était élevé en même temps que le ciel et la terre. Tout bodbisatrva qui voulait devenir bouddha devait s'asseoir sur ce trône : s'il s'asseyait ailleurs, la terre perdrait son équilibre. Id, ib. p. iô,3; voir aussi M. E. Burnouf, Introd. à Thut. dm boaddh. ind. p. 387.

donnent le Lalitavistara, Fa-Hîan et Hiouen-Thsang, il ne fut possible de retrouver Bodhimanda; et je ne serais pas étonné que quelque jour un •des officiers de l'année anglaise, si intelligents et si courageux, ne nous apprit qu'il a fait cette découverte ; elle vaudrait certainement toutes les peines qu'elle aurait coûtées et que probablement on ne se donnerait pas en vain. La configuration des lieux n'a pas changé; et, si les arbres ont péri, les ruines de tant de monuments doivent avoir laissé sur le sol des traces reconnaissables.

Cependant la retraite du Bouddha sous le figuier sacré de Bodhimanda , sous le Târâyana , n'était pas si étroite qu'il n'y lut déjà visité. Sans compter Soudjâtâ et ses jeunes compagnes, qui nourrissaient le Bouddha de leurs aumônes, il y vit au moins deux autres personnes, qu'il convertit à la foi nouvelle. C'étaient deux frères, tous deux marchands, et qui passaient près de Bodhimanda revenant du Sud, et remportant au Nord, d'où ils étaient partis, des marchandises considérables. La caravane qui les suivait était nombreuse , puisqu'elle conduisait plusieurs centaines de chariots. Quelques attelages s' étant embourbés, les deux frères, qui se nommaient Trapousha et Bhallika, s'adressèrent au saint ascète pour sortir d'embarras; et, tout en suivant ses avis, ils furent touchés de sa vertu et de sa sagesse surhumaines. « Les deux frères , dit «le Lalitavistara, ainsi que tous leurs compagnons, allèrent en refuge « dans la loi du Bouddha1. »

Malgré ce premier succès de bon augure, le Bouddha hésitait encore. Il était désormais certain d'avoir la pleine possession de la vérité. Mais comment serait-elle accueillie par les hommes? Il apportait aux créatures la lumière et le salut; mais voudraient-elles ouvrir les yeux? entreraient-elles dans la voie où on les conviait à marcher? Le Bouddha se retira donc de nouveau dans la solitude; et, y étant resté dans la contemplation , il méditait ainsi en son cœur : « La loi qui vient de moi est h profonde, lumineuse, déliée, difficile à comprendre; elle échappe à >• l'examen; elle est hors de la portée du raisonnement, accessible seulement aux savants et aux sages; elle est en opposition avec tous les u mondes. Ayant abandonné toute idée d'invidualité , éteint toute no- « lion, interrompu toute existence par la voie du calme, elle est invisible en son essence de vide; ayant épuisé le désir, exempte de pas- «sion, empêchant toute production de l'être, elle conduit au Nirvana.

1 Rgya tek'er roi pa de M. Ed. Foucaux, L II, ch. xxiv, p. 357 rt 363, et M. E. Burnouf, Introd. à l'hist, du bouddh. indien, p. 389. Le vase d or dans lequel les deux frères avaient offert tu Bouddha le lait de leur vache, ae nomma depuis Aboutehandra, c'est-à-dire. Qui rasaasie.

«Mais si, devenu Bouddha vraiment accompli, j'enseigne cette loi, les u autres, êtres ne la comprendront pas; et elle peut m'exposer à leurs ink suites. Je ne me laisserai point aller à ma miséricorde 1. » Trois fois le Bouddha fut sur le point de succomber à cette faiblesse s; et peut-être eût-il renoncé pour jamais à sa grande entreprise, satisfait d'avoir trouvé pour lui seul le secret de la délivrance éternelle ; mais une suprême réflexion vint le décider et trancher sans retour ses irrésolutions : « Tous «les êtres, se dit-il, qu'ils soient infimes, médiocres ou élevés, qu'ils « soient très-bons, moyens ou très-mauvais, peuvent être rangés en trois « classes : un tiers est dans le faux et y restera ; un tiers est dans le vrai ; « un tiers est dans l'incertitude. Ainsi un homme, au bord d'un étang, « voit des lotus qui ne sont pas sortis de l'eau, d'autres qui sont au nia veau de l'eau , d'autres enfin qui sont élevés au-dessus de l'eau. Que u j'enseigne ou que je n'enseigne pas la loi, cette partie des êtres, qui « est certainement dans le faux, ne la connaîtra pas; que j'enseigne ou « que je n'enseigne pas la loi , cette partie des êtres , qui est certainement « dans le vrai, la connaîtra. Mais cette partie des êtres qui est dans l'in- «• certitude, si j'enseigne la loi. la connaîtra; si je n'enseigne pas la loi, « elle ne la connaîtra pas s. »

Le Bouddha se sentit alors « pris d'une grande pitié pour cet assem- « blage d'êtres plongés dans l'incertitude; » et ce fut une pensée de miséricorde qui le décida *. Il allait ouvrir aux êtres , depuis longtemps égarés dans leurs pensées mauvaises, la porte de l'immortalité *, en leur révélant les Quatre vérités sublimes, qu'il venait enfin de comprendre, et l'Enchaînement mutuel des causes.

Une fois fixé sur les bases de sa doctrine, et résolu de tout braver pour en propager les bienfaits, Siddhârtha se demanda quels seraient ceux à qui d'abord il la communiquerait. Sa première pensée fut pour ses anciens maîtres de Ràdjagriha et de Vaiçâli. Tous deux l'avaient naguère accueilli; il les avait trouvés tous les deux purs, bons, sans passion, sans envie, pleins de science et de sincérité. Il leur devait de par-

1 Rgya teh'er roi fa de M. Ed. Foucaux, t. H, ch. xxv, p. 368. — 1 Idem, ibid. . 3"70. Je montrerai plus loin comment la légende fait intervenir l'année innomrable des dieux dans ces délibérations du Bouddha. Ici je ne le considère qu'à un point de vue tout individuel et tout humain. — * Idem, ibid. p. 364, 368, 37a. — Idem, ibid. p. 373. — ' Idem, ibid. p. 37 1 . Voir aussi un passage très-curieux du Djiaa alamkâra singhalais, Lotus de fa bonne loi de M. E. Burnouf. p. 376. Pour les Quatre vérités sublimes , dont il sera question plus bas dans l'examen de la métaphysique du bouddhisme, voir le mémoire spécial de M. E. Burnouf, Lotos de la bonne loi, p. 5 17, appendice n# 5; pour l'Enchaînement mutuel des causes, ibid. p. 53o, appendice n' 6.

tager avec eux la lumière nouvelle qui l'éclairait lui-même , et qu'ils avaient jadis vainement cherchée ensemble. Avant d'aller prêcher sa doctrine à Varânaçî, la ville sainte, il voulait instruire Roudraka, le fils de Râma, et Arâla Kàlàma dont il avait conservé un souvenir reconnaissant Mais, dans l'intervalle, tous deux étaient morts l. En l'apprenant, le Bouddha fut saisi d'un profond regret; il les eût sauvés l'un et l'autre, et ceux-là certainement n'eussent point tourné en dérision l'enseignement de la loi. Sa pensée se reporta donc sur les cinq disciples qui avaient longtemps partagé sa solitude, et qui l'avaient entouré desoins pendant qu'il pratiquait ses austérités. Il est vrai qu'ils l'avaient quitté par un excès de zèle; mais «ces cinq personnages de bonne caste n'en «étaient pas moins très-bons, faciles à discipliner, à instruire , à purifier « complètement; ils étaient faits aux pratiques austères; évidemment ils « étaient tournés vers la route de la délivrance, et déjà ils étaient a ffrannchis des obstacles qui la ferment à tant d'autres3. » Eux non plus ne feraient point d'injure au Bouddha. Il résolut de les aller trouver.

Il quitta donc Bodhimanda , en se dirigeant au nord, franchit le mont Gâya qui en était peu éloigné3, et où il prit un repas4, et s'arrêta successivement à Robitavastou , Ourouvilvakalpa, Anâla etSârathi9, où des maîtres de maison lui offrirent l'hospitalité. Il parvint ainsi à la grande rivière Gangâ, le Gange. Elle coulait à pleins bords dans cette saison, et elle était extrêmement rapide. Le Bouddha dut s'adresser à un batelier pour la passer; mais , comme il n'avait pas de quoi acquitter le péage , ce ne fut pas sans peine qu'il put traverser à l'autre rive. Dès que le roi Bimbisâra apprit la difficulté qui l'avait arrêté quelques instants, il abolit le péage pour tous les religieux.

A peine arrivé dans la grande ville de Bénarès, le Bouddha se rendit auprès de ses cinq disciples, qui se trouvaient alors dans un bois appelé le Bois de l'antilope (Mriga-dâva), lieu appelé aussi Risbipatana1. Ceux-ci aperçurent de loin Siddhârtha, et tous leurs griefs contre lui

1 M. Ed. Foucaux, Rgya tck'er roi pa, ch. xxvi, p. 376, 377. Comparer aussi le Lotus de la bonne loi, trad. de M. E. Burnoaf, p. 19, 25, 63 et 69. Le Bouddha entrevoit de grandes difficultés à faire accepter ia k>i. — * Rgya ich'er roi pa de M. Ed. Foucaux, t. II, ch. xxvj, p. 378. — 1 Idem, ibid. — * Idem, ibid. p. 38o. Gaya est aussi le nom d'une ville oui se trouvait dans le voisinage, voir M. E. Burnouf, Introd. à l'histoire du bouddk. ind. p. 387, en note. — * On ne tait rien de plus sur ces différentes villes. — ' Rgya tck'er roi pa de M. Ed. Foucaux, t II, ch. xxvi, p. 38i, et M. Stanislas Julien, Histoire de la vie ctHioaen-Thsang. p. i3a. Le Lalitavistara . ch. 111, p. s 1, donne une explication de ces deux noms de MrigadaTa et de Ri&hipatana; mais, pour le dernier, l'explication est absurdement fabu-

se réveillèrent; ils n'avaient pas oublié ce qu'ils appelaient sa faiblesse, quand il avait cru devoir cesser d'inutiles austérités; et, pendant qu'il s'approchait d'eux , ils se dirent : « Il ne faut rien avoir de commun avec « lui ; il ne faut ni aller au-devant de lui avec respect , ni se lever ; il ne faut «lui prendre ni son vêtement de religieux ni son vase aux aumônes; il « ne faut lui donner ni breuvage préparé, ni tapis, ni place pour ses pieds ; « s'il nous demande a s'asseoir, nous lui offrirons ce qui dépasse de ces • tapis, où nous garderons nos sièges*. » Mais cette froideur et cette malveillance ne purent pas tenir longtemps. À mesure que le maître s'approchait, ils se sentaient mal à l'aise sur leurs sièges, et ils voulaient se lever par un instinct secret qui les dominait malgré eux. Bientôt, ne pouvant plus supporter la majesté et la gloire du Bouddha, ils se levèrent spontanément sans tenir compte de leurs conventions. Les uns lui témoignent leur respect; les autres vont au-devant de lui; ils lui prennent sa tunique, son vêtement de religieux, son vase aux aumônes; ils étendent un tapis et lui préparent de l'eau pour ses pieds, et lui disent : «Âyoushmat (seigneur) Gaoutama* vous êtes le bienvenu, dai- «gnez vous asseoir sur ce tapis, n Puis, après l'avoir entretenu de sujets propres à le réjouir, ils se placèrent tous d'un seul côté auprès de lui, et ils lui dirent : a Les sens d'Âyoushmat Gaoutama sont parfaitement «purifiés; sa peau est parfaitement pure; le tour de son visage est paruiaitement pur. Âyoushmat Gaoutama, y a-t-il en vous, bien au-dessus «de la loi humaine, le discernement de la science vénérable?»

Le Bouddha leur répondit : a Ne me donnez pas le titre d'Âyoushmat. « Longtemps je vous suis resté inutile; je ne vous ai procuré ni secours « ni bien-être. Oui , je suis arrivé à voir clairement l'immortalité et la «voie qui conduit à l'immortalité. Je suis Bouddha; je connais tout, je « vois tout, j'ai effacé les fautes, je suis maître en toutes lois. Venez que a je vous enseigne la loi; écoutez, prêtez attentivement l'oreille ; je vous «instruirai en vous conseillant, et votre esprit étant délivré par la destruction des fautes et par la connaissance manifeste de vous-mêmes, «vous achèverez vos naissances, vous arriverez à être brahmatcharis , «vous aurez fait ce qu'il faut faire, et vous ne connaîtrez plus d'autre «existence après celle-ci; voilà ce que vous apprendrez. » Puis il leur rappela avec douceur le langage peu bienveillant que quelques instants auparavant ils tenaient sur lui3.

1 Rgya tch'errol pa de M. Ed. Foucaux, t. Il, ch. xxvi, p. 38 1. Fa-Hian, dan* le Foe-Koae-Ki de M. Abd Rémusat, ch. xxxiv, raconte les mêmes fait» en les abrégeant — * Idem. ibid. p. 38a. Gaoutama est le patronymique de Go Lama, c'est-àdire, descendant de Gotama, Gotamide. — * Idem, ibid. p. 383.

Les cinq disciple», honteux de leur faute, la confessèrent en se jetant à ses pieds, et reconnaissant dans le Bouddha l'instituteur du monde. Us se donnèrent à lui avec foi et respect. Durant ce premier entretien , et jusqu'à la dernière veille de la nuit , le Bouddha leur expliqua sa doctrine; ce furent les premières conversions un peu importantes qu'il opéra.

Varânaçt , que nous avons appelée Bénarès, est plus sainte encore aux yeux des bouddhistes que pour les brahmanes. C'est à Bénarès que le Bouddha prêcha pour la première fois, ou, comme s'exprime le mysticisme bouddhique , qu'il fit tourner pour la première fois la roue de la loi , langage symbolique et sacramentel qu'ont adopté toutes les sectes du bouddhisme , au nord , au sud . à l'est , depuis le Tibet et le Népal jusqu'à Geylan et jusqu'à la Chine1. Bénarès, si l'on en juge parla description qu'en fait Hiouen-Thsang au vu* siècle de notre ère*, ne devait point avoir, au temps du Bouddha, l'importance qu'elle acquit plus tard. Ce devait être cependant, dès cette époque, une ville assez considérable et l'un des principaux foyers du brahmanisme. C'était pour cela sans doute que le Bouddha s'y était rendu. Si, à Vaiçâli, à Râdjagriha, les brahmanes avaient des écoles de trois cents et de sept cents disciples , il est probable qu'à Bénarès leurs auditeurs étaient encore plus nombreux. Le Bouddha ne pouvait trouver un théâtre plus vaste ni plus redoutable pour produire sa doctrine.

Malheureusement, nous avons peu de détails sur son séjour à Bénarès9. Le Lalitavùtara, qui nous a surtout guidé jusqu'à présent, cesse précisément avec la prédication du Bouddha à ses cinq disciples et ne va point au delà. Les autres Soûtras, qui ne sont point, comme le Lalitavùtara, une biographie régulière de Çàkyamouni , nous apprennent peu de chose sur les luttes qu'il eut vraisemblablement à soutenir contre les brahmanes de Varânaçî. Au point où nous en sommes arrivé de sa vie, et après avoir assisté à la lente élaboration de ses idées, il eût été curieux de savoir quels furent ses premiers succès et ses premiers revers.

1 On se rappelle les curieux détails qu'a donnés M. Biot sur les roues a prières des Tibétains , qui ont pris au propre cette expression figurée des premiers Soûlra* , et qui, pour prier le Bouddha, font tourner par leurs lamas de grandes roues sur lesquelles sont inscrites des formules sacrées. Voir le Journal des Savanlt, cahier de juin i8&5. — * Hiouen-Thsang donne à Bénarès deux lieues de long sur une de large; il y vit entre autres monuments un stoûpa haut de cent pieds, et une colonne de pierre haute de soixante-dix, qu'avait élevés Açoka sur l'endroit même où le Bouddha avait fait, pour la première fois, tourner la roue de la loi. Voir M. Stanislas Julien, Histoire de la vie fHwuen-Tksang, p. i3a et i33. — * Voir le Foe- Koae-Ki de M. A. Rémusa. t. note de M. Klaproth sur le ch. xxii, p. aa5.

Mais il faut nous passer de ces renseignements, tout intéressants qu'ils seraient, en attendant que, peut-être, la publication de quelques nouveaux Soûtras nous les procurent. Dans aucun de ceux qui ont été traduits jusqu'à ce jour, nous ne trouvons, pour la suite de la carrière du Bouddha, un récit aussi complet que celui du Lalitavùtara. La plupart des Soûtras ne comprennent qu'un des actes de sa vie, une de ses prédications; il n'en est pas un seul, si l'on en excepte celui-là, qui se soit attaché à une exposition de son histoire. Il nous est possible cependant, à l'aide des matériaux divers qu'ils nous offrent, de reconstruire cette histoire et de l'achever. La vraisemblance n'y fera pas défaut plus qu'au reste; seulement l'ordre des faits y sera moins certain. Les événements principaux de l'existence du Bouddha y seront racontés un peu confusément, et il nous sera difficile de dire, avec toute l'exactitude désirable, comment ces événements se sont succédé.

H. parait probable que le séjour de Çàkyamouni à Varânaçî ne fut pas très-prolongé, bien qu'il y ait fait encore quelques autres conversions. La plus grande partie des Soûtras connus jusqu'aujourd'hui nous le montrent soit dans le Magadha à Râdjagriha, soit dans le Koçaia à Çrâvasti. C'est dans ces deux royaumes qu'il passa presque tout le reste de sa vie, qui devait durer encore environ quarante ans. Les rois de ces deux contrées le protègent, et ils embrassent l'un et l'autre le bouddhisme. Bimbisâra est le roi du Magadha, et nous avons déjà vu quelle bienveillance il avait témoignée à Siddhârtha1, quand le jeune prince commençait à peine son apostolat religieux. Cette bienveillance ne se démentit point pendant toute la durée d'un très-long règne. Aussi le Bouddha se plaisait-il beaucoup à séjourner à Râdjagriha, qui était à peu près au centre du royaume *, et à visiter de là les contrées voisines. Tous ces lieux devaient lui être chers , comme ils devinrent sacrés plus tard pour ses sectateurs. Bodhimanda, Ourouvilva, ainsi que je l'ai dit, étaient à peu de distance s. A deux ou trois lieues de la ville s'élevait la montagne appelée le pic ou la tour du Vautour (Gridhrakoûta parvata) , dont l'un des sommets ,*vu de loin, rappelle en effet la forme de cet oiseau, si Ton en croit le témoignage d'Hiouen-Thsang. Le Bouddha aimait., à fréquenter cette montagne où se trouvaient de magnifiques ombrages , de fraîches fontaines et des aspects pittoresques et grandioses. C'est là qu'entouré de ses religieux, il prêcha le Lotos de la bonne loi, le Mahâ-

' Voir plus haut, cahier de juin i854, p. 367. — ' Hittair* dêlatuiê Hioaen- Thtan9 de M. Stanislas Julien, p. i53. — * Voir plus haut, cahier de juin i854, p. 369.

pradjnâ Pâramita Soûtra , sans compter un grand nombre d'autres Soûtras ».

Aux portes mêmes de la ville , au nord , se trouvait un superbe vihâra, où le Bouddha résidait souvent. Ce lieu s'appelait Kalantaka on Kalanta Vénouvana, c'est-à-dire le Jardin des bambous de Kalanta. D'après Hiouen-Thsang*, Kalanta était un marchand fort riche , qui avait d'abord donné son jardin à des brahmanes : quand il eut entendu la loi sublime . il regretta de le leur avoir donné, et il le leur retira. Il y fît construire une superbe maison qu'il offrit au Bouddha. C'est là que le Bouddha convertit plusieurs de ses plus fameux disciples, Çâripouttra, Maoudgalyâyana et Kâtyàyana'; c'est là aussi que devait se réunir le premier concile de ses religieux après sa mort. A une distance plus éloignée de Bâdjagriha , il y avait aussi un lieu nommé Nâlanda , où le Bouddha paraît avoir fait d'assez longs et d'assez doux séjours, si l'on en juge parla richesse 'et le nombre des monuments qu'y éleva plus tard la piété des rois bouddhistes. Dans l'origine, ce lieu était un jardin de manguiers (âmras) appartenant à un riche maître de maison et situé près d'un étang. Cinq cents marchands l'avaient acheté pour en faire don au Bouddha, qui, pendant trois mois, leur avait expliqué la loi en cet endroit Aussi les rois qui succédèrent à Bimbisàra s'étaient-ils attachés à orner ce lieu des plus splendides constructions: c'étaient des couvents appelés du nom particulier de Sanghârâmas (lieux d'assemblée); ils étaient au nombre de six, tous plus grands les uns que les autres, et un roi les avait fait entourer d'une nouvelle muraille de briques pour les réunir en un seul. Quand Hiouen-Thsang les vit, il les admira comme les plus vastes et les plus beaux édifices de ce genre qu'il eût rencontrés dans l'Inde entière. On y comptait encore, si on l'en croit, dix mille religieux ou étudiants qui étaient entretenus par les libéralités du roi sur le

1 Histoire de la vie de Hiouen-Thsang de M. Stanislas Julien, p. i54; Foe-Koae- - Ki, p. a53, 269, 370; Lotus de la bonne loi de M. E. Burnouf, p. 1 et 287, et aussi YIntrod. à l'hist. du bonddh. ind. p. 100 et 529. Le mot de Grid lirait ou la s'est en partie conservé dans la dénomination actuelle de Guiddhaur on Guiddore. Les Anglais ont élevé une citadelle sur le point culminant de cette montagne. I) parait, d'ailleurs, que ce lien, naturellement fort, avait, dès les plus anciens temps, servi d'asHe à des proscrits. D'après la citation de M. E. Burnouf, le Mahâbhârata[Çdntiparvan , ebap. xlix, st. 1796, t. III, p. Aa8, éd. de Calcutta) parle de Kshaltriyas vaincus qui sa sont retirés a Gridhrakouta, pour fuir la vengeance d'un prince. — * Histoire de la vie à" Hiouen-Thsang et de ses voyages, par M. Stanislas Julien, p. 1 55 et i56; Foe-Koae-Ki, de M. A. Rémusat, ebap. xxx, p. 37a. — ' Caoma de Kôrôs, Vie de Çâkyamoani, d'après les auteurs tibétains, Asiat. Research. L XX, II* partie, p. 394; Foe-Koae-Ki de M. A. Rémusat, ebap. xxx, p. 27a , et la note de . M. Klaprotb, p. 376-

Juillet i854.

revenu de plusieurs villes chargées tour a tour de les nourrir. Chaque jour il y avait cent chaires ouvertes dans l'intérieur de cet immense couvent, où lés élèycs ne montraient pas moins de xèle que les maîtres l. Par une tolérance non moins surprenante , les sectateurs des dix-huit écoles différentes du Grand Véhicule s'y trouvaient réunis en bonne intelligence ; et l'on y enseignait les Védas en même temps que les Soûtras bouddhiques, sans oublier la médecine et les sciences occultes. Je veux bien que le voyageur chinois ait exagéré les choses; mais il n'en demeure pas moins avéré que cet antique séjour du Bouddha était resté, pendant de longs siècles, l'objet d'une vénération profonde. Cet établissement pieux n'avait pas moins de sept cents ans de date quand Hiouen- Thsang le visita, et y reçut, plusieurs mois, une hospitalité généreuse et cordiale.

Bimbisâra, qui était monté fort jeune sur le trône, ne régna pas moins de trente ans encore après sa conversion au bouddhisme*, mais son fils et son successeur Adjâtaçatrou , qui avait remplacé son père en f assassinant, ne se montra pas, d'abord, très-favorable à la nouvelle doctrine ; il dressa plus d'un piège au Bouddha, d'accord avec Dévadatta, le perfide cousin de Siddhârlha3; mais il se laissa toucher enfin aux vertus et aux conseils du Bouddha, et se convertit en faisant l'aveu du crime qui lui avait acquis le pouvoir suprême. Tout un Soutta singhalais, le Sàmanna Phala Soutta, est consacré au récit de cette conversion , qui semble avoir été l'une des plus difficiles et des plus importantes du réformateur*. Adjâtaçatrou figure parmi les huit personnages qui se partagèrent les reliques du Bouddha, et qui avaient droit â les réclamer, i ce que raconte le Doul-va tibétain (tome XI, p. 635).

Quelle que fût l'affection que le Bouddha put avoir pour leMagadha, pays témoin de son rude noviciat et de ses éclatants triomphes, il paraît qu'il y résida moins fréquemment encore que dans le Koçala. Cette dernière contrée, dont Bénarès fait partie, était un peu plus au nord et à l'ouest que le Magadha; elle avait pour capitale Çrâvasti, où résidait le roi Prasénadjit. et dont l'emplacement devait être asset près des

' Histoire de la vie d' Hioatn-Thsano , par M. Stanislas Julien, p. l43, 149 el soi*. — * Mahàvamsa de M. Georges Tornour, p. 10. Bimbisâra avait été mis par ton pére à la tèle do royaume, étant à peine &gé de quinte ans; il en régna cinquantedeux , et il ae convertit dans la aeinéme année de son règne. — 1 Fot Koue Ki de M. Abel Rémusat.ch. u, p. 176 et 1 85 ; Histoire de Ut vie aHionen Tksang deit. Stanislas Julien, p. i53; pour Dévadatta, voir un peu plus haut. Journal de* Savants, cahier de juin i85A, p. 358. — * On peut lire le Sàmanna Phala Soutta dans le {«ftuAuâejuato dell.E. Burnouf, p. 4491482.

/i22 JOURNAL DES SAVANTS.

lieux où est aujourd'hui Fizabad, Tune des villes les plus riches du royaume d'Aoudh l. Le Bouddha n'était venu à Çrâvasti qu'avec l'assentiment du roi Bimbisâra2, et sur l'invitation formelle de Prasénadjit.

C'était tout près de Çrâvasti qu'était situé Djétavana , le fameux jardin ' d'Anàtlia Pindika ou Anàtha Pindada; le Bouddha y fit presque toutes les prédications dont les Soûtras ont. consacré le souvenir9. D'après ce que rapporte Hiouon-Thsang, Anâtlia Pindika , qui devait son nom glorieux à sa bienfaisance sans bornes pour les pauvres et les orphelins, avait fait présent de ce magnifique jardin au Bouddha. Ministre de Prasénadjit, il l'avait acheté lui-même, au poids de l'or, du fils aîné de ce roi, appelé Djétà, d'où le nom Djétavana, le bois de Djéta*. Anâtha Pindika avait fait construire au milieu, et sous les ombrages les plus frais, un vihâra dont le Bouddha fit, pendant vingt-trois ans, sa principale résidence. Prasénadjit lui-même, quand il se fut converti, éleva pour lui une salle de conférences située a l'est de la ville, et dont.Hiouen- Thsang vit encore les ruines surmontées par un stoûpa5. Non loin de là s'élevait une tour, restes de l'antique vihâra de Pradjâpati , la tante du Bouddha. Ce détail et quelques autres donneraient à croire que la famille de Siddhârtha, ou du moins une partie de sa famille, était venue le retrouver dans ces beaux lieux , où il était si bien accueilli, et où il se plaisait à rester. Mahâ Pradjâpati était la première femme à laquelle il eût permis d'embrasser la vie religieuse0, sur les pressantes instances de son cousin Ananda , converti avant elle. A six ou sept lieues de la ville , au sud, on montrait encore, au temps d'Hiouen-Thsang, le lieu où le Bouddha revit son père pour la première fois après douze ans d'absence''. Çouddhodana , désolé de l'éloigneinent de son fils, avait fait de conti-

1 Introd. à l'hitt. du bouddk. indien de M. E. Burnouf , p. 32; et M. Wilson, Journal of the roy. asial. Society, t. V, p. 1 a3. — 1 Avadâna Çataka , cité par M. E. Burnouf, Introd. à rhitt. du bouddh. ind. page 31 1 , et Prâtihârya Soûlra, id. ibid. p. 167, — ' M. E« Burnouf a remarqué que huit Soûtras à peu près sur dix commencent par la formule suivante : • Voici ce qui a été entendu par moi : Un jour le bienhea- • reux se trouvait à Çrâvasti , à Djétavana , dans le jardin d'Anâlha Pindika. t Introd. à fkist. du boudd. ind. p. aa. — * Djéta veut dire le vainqueur, nom qui convenait Jrès-bien à un prince royal de la caste des Ksbatlriyas. — * Voir YIHitoire de la vie de Hiouen-Thsang de M. Stanislas Julien, p. iaA- Avant Hiouen-Thsang. Fa-Hian avait aussi visité ce monastère, Foe-Koue-Ki de M. Abel Bémusat, p. 17g. Voir aussi le Prâtihârya soûtra du Divya avadâna cité par M. E. Burnouf, Introd. à tkùt. du bouddk. indien, p. 175. — ' M. E. Burnouf, Introd. à l'hist. du bouddh. ind. p. 278; M. AbelRémusatfotf-A'oue-ÀJ, p. 3 ; Csoma de Kôrôs, Asiat. Retearohei. L XX, p. 90. — ' M. Stanislas Julien, Histoire de la vie <T Hiouen-Thtang , p. ia6. Fa-Hian avait déjà vu, a5o ans auparavant, le Stoùpa élevé en ce lieu. Foe-Koue-Ki de M. A. Bémusat, ch. xxii, p. 19S.

nuels efforts pour le rapprocher de lui. Il lui avait envoyé successivement jusqu'à huit messagers*, mais tous, séduits par l'éloquence et l'ascendant du prince , étaient restés avec lui et s'étaient faits religieux. Enfin il lui avait adressé l'un de ses ministres nommé Tcharka , qui s'était converti comme les autres, mais qui était revenu vers le roi pour lui annoncer la visite que son fils comptait bientôt lui faire1. Il parait que le père voulut prévenir ce voyage en allant personnellement auprès du Bouddha. Mais le Bouddha n'en rendit pas moins au roi de Kapilavastou la visite qu'il en avait reçue. A en croire les auteurs tibétains, les Çâkyas adoptèrent le bouddhisme à l'imitation de leur roi, ce qui n'a rien d'improbable; et ils prirent pour la plupart le caractère religieux, que revêtirent les trois femmes du Bouddha , Gopâ , Yaçodharâ et Outpalavaruà2, suivies par bien d'autres.

Malgré la protection des rois et l'enthousiasme populaire, il parait que le Bouddha eut à soutenir les luttes les plus vives et. les plus persévérantes contre les brahmanes. Ces rivalités furent même parfois dangereuses. B est vrai que le Bouddha ne ménageait pas les critiques à ses adversaires. Non-content de 'les convaincre d'erreur et' d'ignorance sur le fond même de leur système , il les traitait d'hypocrites, de charlatans, de jongleurs, reproches d'autant plus blessants, qu'il étaient mérités3. Son influence ne s'étendait qu'aux dépens de la leur, et il n'est pas de moyens qu'ils ne prissent pour arrêter des progrès aussi menaçants; leur vanité n'y était pas moins intéressée que leur pouvoir. Une légende, intitulée le PrâtihâryaSoâtra, est. consacrée presque entière au récit d'une grande défaite que subirent les brahmanes vaincus par le Bouddha en présence de Prasénadjit * ; c'est comme un tournoi dont le roi et le peuple sont les juges. Dans une autre légende , plus curieuse encore, on voit les brahmanes faire promettre au peuple de la petite

** Csoma de Kôrôs, Vie de Çâkyamouni, Asiat. Rutarchu, t. XX, 3' partie, p. ag5. — ' Idem, ibid. t)an» les croyances bouddhiques, le plus grand service qu'un fils pouvait rendre à ses parents c'était de les convertir; voir la légende de Poûrna, Int. à l'kist. du boaddh. ind. de M. E^. Burnouf, p. 370 et p. 378. Aussi la légende raconte-t-elle que le Bouddha remonta dans le ciel des Trayâstrimçata pour enseigner la loi a sa mère , qu'il n'avait pas connue , mais pour qui il ne ressentait pas moins une affection reconnaissante, rot-Koue-Ki de M. A. némusat, chap. xvu, p. 134, fit chap. xxi, p. 17t. et la note de M. Klaproth. Un de* devoirs les plus étroits de tous les bouddhas , c'est de convertir leur mère. — ' Rgya teh'er rel pa de M. Ed. Foucaux, chap. xvu, p. 336, 33o et sniv., M. E. Burnouf, Introd. à rhitt. du boaddh. md. p. 168 et suiv. Lotus de la bonne foi, p. agi, dans le Tévtdjdja Soùtta du EWgha Nikâya singhalais. — * M. E. Burnouf. Introd. à Huit, du bouddh. ind, p. 16a et suiv.

ville de Bhadramkara qu'ils dominent à leur gré, de ne point rerevoir le Bouddha qui s'approche. On convient (Tune amende contre quiconque oserait se rendre auprès de lui, et le peuple consent a tout ce que veulent les brahmanes. Mais , quand Bhagavat est entré dans la ville, une brahmine de Kapilavastou , mariée dans le pays, enfreint la défense. Elle sort pendant la nuit, escalade les murs avec une échelle et va se jeter aux pieds du Bouddha pour entendre la loi. Elle sait se faire suivre bientôt d'un des plus riches habitante de la ville, appelé Mendhaka, qui harangue le peuple et L'entraîne en un instant auprès du libérateur, que les brahmanes voulaient humilier et proscrire*. Let choses allaient encore quelquefois plus loin, et, autant qu'on en peut juger par les traditions qu'ont rapportées Fa-Hian et Hiouen-Thsang', le Bouddha dut être assez souvent menacé dans sa personne et jusque dans sa vie. Il n'y a rien en ceçi qui puisse nous étonner; et, s'il est quelque chose- qui doive nous surprendre, c'est que le Bouddha n'ait point succombé aux embûches dont il fut certainement entouré.

S'il reste des obscurités sur quelques parties de son existence, il n'y a pas le moindre doute sur le lieu de sa mort. Toutes les légendes sans exception s'accordent à le placer à Kouçinagarî ou Kourinârâ en pâli4, dans le royaume de Koucinagara , qui faisait sans doute partie du Koçala au temps de Prasénadjit5. Le Bouddha, âgé de quatre-vingts ans", revenait de Râdjagriha dans leMagadha; il était accompagné d'Ananda, son cousin, et d'une foule innombrable de religieux et de disciples; arrivé sur le bord méridional du Gange et sur le point de le passer, il se tint debout sur une grande pierre carrée, regarda son compagnon avec émotion et lui dit : u C'est pour la dernière fois que je contemple

1 Bhadramkara était à 65 yodjanas ou 85 Henes an sud de Râdjngriha. Lotos de la bonne loi de M. E. Barnouf, p. 689. — * Mendhaka avadàna, dans la Divya avadàna, cité par M. Burnouf, Introd. à Vhist. du boaddk. ind. p. 190 et suivantes. — * Foe-Kotu Ki de M. A. Rémusat, chap. xx, p. 173, i83 ét 267. Histoire de la vie d'Hiouen-Tshang de M. Stanislas Julien, p. ia5, i53, i54 et 309- — * Voir ta légende d'Açoka, dans VIntrod. à thist. au boaddh. ind. de M. E.'Burnouf, p. 389; voir aussi, dans le même ouvrage, la note de la p. 85 et le Lotos de la bonne loi, p. 491; Foe-Koae-Ki de M. A. Rémusat, chap. xxiv, p. a35 et a36 ; Histoire de la vie tt Hiouen-Thsang, par M. Stani*Ia* Julien, p. i3o. — ' Ceci est une induction que je tire de l'itinéraire de Hiouen-Thsang. Autant qu'on peut le suivre au milieu de détails aussi confus, il semble que le Bouddha quitte le Magadha au sud du Gange, qu'il1 passe le fleuve en se dirigeant au nord, et qu'il atteint le royaume de Koucinagara en allant vers Kapilavastou, qu'il désirait peut-être aussi revoir avant de mourir. — * Foe-KoueKi de M. A. Rémusat, ebap. xxiv, p. a35, avec la note de II. Ktaproth, p. a37 et chap. xxviii. p. 335. et YBhtoin de Hiouen-Thsang, par M. Stanialas Julien, p. i3i et a83.

• de loin la ville de Râdjagriha et le Trône de Diamant (Vadjrâsanam) m Après avoir traversé le Gange, il visita la ville de Vaiçâli, à laquelle il fit, dans les mêmes termes i peu près, d'aussi touchants adieux; et il y ordonna lui-même plusieurs religieux dont le dernier fut le mendiant Soubhadra3. Il était à une demi-lieue tout au plus au nord-ouest de la ville de Kouçinagari, dans le pays des Mallas et près de la rivière Atcbiravatî3, quand il se sentit atteint de défaillance. Il s'arrêta dans une forêt de çâlas sous un arbre de cette espèce (shorea robusta) et y mourut; ou bien, comme le disent les légendes bouddhiques, il entra dans le Nirvana. Hiouen-Thsang vit encore quatre calas d'égale hauteur sous lesquels, disait-on, le Bouddha s'était assis pour rendre le dernier soupir4. Le Bouddha mourut la huitième année du règne d'Adjataçatrou, ai l'on s'en rapporte à la chronologie singhalaise (Mahâmnsa de M. Turnour, p. i o).

Le Doul-va tibétain raconte en grands détails les funérailles qui lui furent faites. Elles eurent toute la solennité de celles qu'on réservait alors aux monarques souverains appelés Tchakravarlins5. Le plus illustres de ses disciples Kâçyapa, l'auteur de l'Abhidharma, qui était alors à Râdjagriha , et qui allait jouer un si grand rôle dans le premier concile *, se rendit en toute hâte à Koucinagarî. Le corps du Bouddha ne fut brûlé que le huitième jour. Après des contestations qui faillirent devenir sanglantes , et qu'on ne put apaiser qu'au nom de la coneorde et de la douceur prêchées par le réformateur, ses reliques furent divisées

' Histoire de la viede Hiouen-Thsang, par M. Stanislas Julien, p. 1 3g. — * Idem, ibid. p. 1 36, et M. E. Buraouf, Intnd. à l'hist. du bouddh. ind. p. 78 et 87, Soitn de Mândkitri, da Dieya avadâna, et aussi, p. a 34; Lotus de la bonne loi, p. 335. — ' D'après une noie de M. E. Burnouf, Lotos de la bonne loi, p. 4o,>, VAtchiravatt ou Hiranyavati serait la Raptî des modernes, dont le nom ne serait qu'une abréviation mutilée du mot ancien. Voir aussi YIntrod. à l'hist. du bouddh. ind. p. 85. Le major Cunningham, qui est allé sur les lieux , plaçait la forêt de çilas dont parle Hiouen- Tluang entre la Rapli et la petite Gandaki; il croit aussi que les ruines de Koucinagarî se retrouvent actuellement dans le voisinage, au lieu appelé Kousta (Journ. 0/ the roy. asiat. Society, tome XVTi. 1" partie, p. 3o). Dans celte mémo note. II. E. Burnouf se promettait de revenir sur ce dernier voyage que fil ÇâJkya de Râdjagriha à Kouçinirâ; la mort l'en a empêché. — * Histoire de la vie d'Hiouen-Thsanq de M. Stanislas Julien, p. i3o et 354. Les légendes bouddhiques ne parlent ordinairement que de deux çAlas au lieu de quatre. Voir le Soâtra de MAndhAtri, Intnd. à l'hist. du bouddh. ind. p. 87. et le Foe-Koue-Ki de M. A. Rémusat, ch. xxiv. p. a35, et la note de M. Klaproth, p. 337. — ' Csoraa de Kôrôs, trad. du Doul-va, tome XI, p. 635, Asiat. Resear. tome XX, 3' partie, p. 3oq et suiv. — ' Histoire de Hiouen- Thsang de M. Stanislas Julien, p. t56, et Intnd. A l'hist. du bouddh. ind. de M. E. Burnouf, p. 45 et 446; Fœ Koue-Ki de M. A. Rémusat , ch. xxtv, p. a4o.

en huit parts, parmi lesquelles on n'oublia pas celle des Çâkyas de Kapilavastou.

Telle est , dans ses traits principaux, la vie de Çâkyamouni *. Tous les faits quelle renferme sont tellement naturels, tout grands qu'ils sont, que je n'hésite pas à les croire vrais, d'après tant de témoignages si concordants qui nous les attestent. Je l'ai racontée, telle qu'elle ressort des documents de toute sorte qui sont déjà connus, et que des documents nouveaux pourront seulement compléter, sans devoir y rien changer d'essentiel. La figure du Bouddha nous apparaît dans les conditions les plus simples et les plus croyables. Si elles nous révèlent la grandeur de son génie, elles nous expliquent non moins clairement l'immense empire qu'il a exercé sur les esprits. Mais je dois le dire en historien sincère : j'ai transformé les légendes bouddhiques en leur empruntant le récit vraisemblable quelles m'ont fourni. Je l'en ai extrait fidèlement et je n'y ai rien changé; mais ces faits sont trop simples pour avoir suffi à l'imagination- superstitieuse des peuples indiens. Les légendes les ont noyés dans une foule de détails extravagants et fabuleux, que je dois faire connaître aussi, du moins dans leur caractère général, afin qu'on sache, avec précision, ce que valent les livres canoniques du bouddhisme, pour avoir fait une si grande fortune dans le monde asiatique. Le lecteur sourira quelquefois en parcourant ces légendes qui, le plus souvent, courront grand risqué de lui causer un insupportable ennui. Mais ces folies aussi font partie de l'histoire de l'esprit humain, qu'il faut toujours étudier sans dédain, même alors qu'il s'égare dans ces rêveries monstrueuses. Ceci, d'ailleurs, pourra contribuer à nous faire mieux connaître l'intelligence des peuples auxquels s'adressait le Bouddha et qu'il devait reformer.

BARTHELEMY SAINT -fflLAIRE.

( La suite à an prochain cahier. )

1 Hiouen Thsang en doone un résumé succinct, voir V Histoire ds m vu et de ses voyage*, par M. Stanislas Julien, p. a8a; et «oui l'Acoka aradàna dans YIntrod. à l'hist. du bouddk. ind. de M. E. Buraouf, p. 38a et soir.

Examen d'écrits concernant la bagaette divinatoire, le pendule dit explorateur, et les tables tournantes, avec l'explication cCun grand nombre de faits exposés dans ces écrits.

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