‹ Journal des savantsChapitre 3 sur 66 · SI ÛVID OPE BES RIS MARMOR · texte numérisé non relu

SI ÛVID OPE BES RIS MARMOR

Nous ne suivrons pas l'auteur dans ses observations sur l'origine de l'alphabet latin, sur les différents genres d'écriture (capitale, oncialc, minuscule, cursive) , sur la ponctuation, les accents, enfin sur la manière dont on marque, dans les inscriptions, les chiffres, les mesures, les poids, les monnaies. Ces discussions , 00 M. Zell reproduit avec ordre et clarté ce que les maîtres de la science ont écrit sur des questions jadis fort controversées , remplissent une partie du second chapitre

ac vetustùtimum , quo conltnebantur pane ab exordio Vrhis senattucoiuullu , plébiscita , de tocietate et fadere ac prwileqio cuicanque concessts. — 1 L'énumération , assez incomplète, il est vrai, de ces plaques, se trouve dans Lama, Tavola alimenlaria Velleiate, p. 80-107. Remarquons en passant que ce sont surtout des tables d'airain qui nous ont conservé les plus anciens monuments de la législation romaine, tels que le sénalus-consulle sur les bacchanales, la sentence concernant les limites des Génuates, les lois Thoria, Servilia, Acilia, et plusieurs autres. Deux plaques de bronze, mises au jour depuis pen à Malaga, ne remontent, il est vrai, que jusqu'au règne de Domitien, mais elles contiennent des règlements curieux concernant l'administration intérieure des municipes romains vers la fin du premier siècle. Malheureusement l'authenticité de ce monument ne nous parait pas à l'abri de tout poupron. On en trouve le texte dans une brochure que nou» nous empressons de signaler à l'attention des savants; publiée par M. le docteur Manuel Rudriguei de Berlanga, elle porte le titre : Estadios sobre lot dot bronees encontrados en Màlaga à fines de octubre de i&5i. Mâlaga , i853; a3 pages in 8*. avec un fac-similé.

(p. a8-54), lequel se termine par un résumé ayant pour objet les abréviations ( compendia scribendi, note, notée liUerarnm, sigla>, sitjla) et l'orthographe. Malheureusement celle-ci est souvent d'tine irrégularité choquante. Même dans les actes publics datant des siècles de la belle latinité, et sans doute gravés sous la surveillance des magistrats, le même mot, à quelques lignes de distance, est écrit de plusieurs manières différentes ; et les ouvriers qui travaillaient sur le marbre ou sur le bronze ne se sont que trop conformés à l'opinion, nous allions dire au pré cepte d'un admirateur enthousiaste de l'antiquité : Sammam constantiam in dicendo scribendove aaeerere, animi Utiberalis est. En effet, sur le monument d'Ancyre, du siècle d'Auguste, on lit sexciens et un peu plus loin sérient, caassa et causa; dans les cénotaphes de Pise, du même temps, maxsimas, maxamas et maximas, opservari et observari. I /examen des manuscrits comme celui des marbres semble prouver que r'est l'imprimerie seule qui a donné aux ouvrages un texte arrêté, aux langues une orthographe fixe, ou, du moins, généralement suivie.

Le troisième chapitre (p. 65- 1 3r>) traite des formes du langage particulières aux monuments épigraphiques latins. On ne lira pas sans intérêt les paragraphes où l'auteur parle des inscriptions les plus anciennes dont quelques-unes paraissent marquer le passage de la poésie primitive romaine à la prose écrite, moment si important dans ia vie intellectuelle des peuples. Il y a loin, en effet, du chant des frères Arvales, Satar fafere, Mars, limen sali, sta berber, etc., au langage élégant des écrivains du siècle d'Auguste ; et ces restes d'un idiome informe et rude, conserves plus fidèlement par le marbre et par le bronze que dans les livres des grammairiens, peuvent expliquer pourquoi quelquesuns des premiers historiens de Rome, malgré leur patriotisme, préférèrent d'écrire plutôt en grec que dans la langue nationale, encore si agreste , si pauvre , si rebelle à l'éloquence.

La dernière partie du même chapitre ne nous arrêtera pas longtemps. Elle a pour objet les formules épigraphiques les plus usitées; puis les noms [prtenomen, nomen , cognomen) des hommes libres, ceux des femmes, des affranchis, des esclaves, les tribus romaines (M. Zell n'en compte que trente-cinq dont l'existence soit prouvée par des témoignages non suspects), les différentes manières de marquer les années, les mois, les jours, enfin le style des inscriptions. Si, sur les monuments, la modestie et le faste sont également l'ouvrage de la vanité, la modestie , du moins, et la concision semblent être le langage de la vanité qui a fait de grandes choses, et le faste celui de la vanité qui n'en a fait que de petites. Les inscriptions romaines sont simples , modestes

et très-courles au temps de ia république et pendant le premier siècle de notre ère; les seuls mots qui se Usent sur Tare de triomphe de Titus sont ceux-ci : Senatus popalasaae romanus divo Tito, divi Vespasianif. (fdioj. Vespasiano Aagasto ; car on peut sans inconvénient abréger un éloge quand on est bien sûr que le reste sera suppléé par la voix publique. Mais ces mômes inscriptions deviennent prolixes à partir du règne de Septime Sévère; et, plus tard, l'empire romain étant tombé dans une faiblesse extrême qui avait à peine le masque de la force, on peut reprocher au style lapidaire une exagération qui,. en voulant agrandir les petites choses, les fait paraître plus petites encore. Fatigante par l'usage trop multiplié de l'antithèse comme par la symétrie trop fréquente et trop affectée des expressions, l'éloquence verbeuse des inscriptions du temps d'Honorius et de ses successeurs célèbre plus d'une fois l'énergie ou la vertu de princes dont nous ne connaissons que la nullité ou les vices; et, vers la fin du vi* siècle, la vie romaine s'éteint partout dans l'Occident, occupé d'une manière permanente par les tribus victorieuses des barbares.

Quoique j'aie fait tous mes efforts pour resserrer dans le cadre le plus étroit le compte que j'avais à rendre du volume de M. Zell , je me vois contraint, par la variété et l'importance du sujet, a lui consacrer un deuxième et dernier article.

HASE

( La suite à an prochain cahier.)

Examen d'écrits concernant la baguette divinatoire, le pendule dit explorateur, et les tables tournantes, avec l'explication d'un grand nombre de faits exposés dans ces écrits.

QDATRIÈ1IB ARTICLE1.

S SO. — Des indication* de I» baguette pour découvrir lea sources d'eau, les métaui caché», les vols, les bornes déplacées, les assassinats, etc., par te pfcrc Cl. -François Menestrier.

Il importe d'autant plus de parler des opinions que le père Menestrier a émises sur les indications de la bagaette dans la Philosophie des

' Voyc», pour le premier article, le cahier d'octobre, page 597; pour le deuxième, celui de novembre, page 669; et, pour le troisième, celui de décembre pngo 768.

images énigmatiqaes , que ce que nous en dirons complétera les opinions et les réflexions que fit naître l'intervention de J. Aymar dans l'instruction du procès criminel de Lyon , en amenant une conclusion sur une affaire dont on pourrait prendre une idée inexacte, si on se bornait à la connaissance des citations précédentes.

La dissertation du père Menestrier, remarquable par le raisonnement, reçoit une valeur considérable , au point de vue théologique, des approbations des diverses autorités religieuses dont elle est revêtue, en même temps qu'elle témoigne, de la part de l'auteur, de sentiments de franchise et d'une tolérance vraiment louables, lorsqu'on se reporte à la date de l'ouvrage: i6g41

Le père Menestrier combat victorieusement l'explication du mouvement de la baguette par les corpuscules.

Il avoue que , tant qu'il s'agissait de la découverte des sources et des métaux, il était disposé à attribuer te mouvement de la baguette à une cause purement physique, fondée sur un rapport de nature entre le bois et les matières dont elle découvrait la présence; mais son opinion changea tout à fait lorsqu'il eut appris qu'on s'en servait pour découvrir des objets de toutes sortes , et que ses indications pouvaient porter nonseulement sur le présent, mais encore sur le passé et l'avenir.

En effet , on la consultait pour connaître la bonté des étoffes et la différence de leurs prix; pour démêler les innocents d'avec les coupables; découvrir les possesseurs légitimes d'un champ, d'une maison, d'une terre, il y a plusieurs siècles ; pour savoir, dans un tel monastère où il y a plusieurs chambres, qui habite dans une telle chambre.

Admettre que la baguette, par son mouvement, fait connaître les choses qui rentrent dans les questions que nous venons d'exposer, c'est , pour un esprit sérieux, reconnaître, comme incontestable, avec le père Menestrier, que la cause de ce mouvement n'appartient point au monde physique, car il faut qu'une pense* et une intention aient quelque part aux indications de la baguette, et celle-ci , privée d'intelligence, ne peut être qu'un instrument passif entre les mains de celui qui la tient.

Le père Menestrier, admettant comme prouvé le mouvement de la baguette tenue avec l'intention qu'elle indique ce qu'on veut savoir de sujets quelconques, conclut que la cause de son mouvement ne peut venir que d'un esprit; et , comme cet esprit ne peut être celui de Dieu ni celui d'un ange, parce que la tradition nous en aurait prévenus, U iàut qu'il soit celui de Satan : conclusion identique à celle du père Mnlebranche, de l'abbé de Rancé, de l'abbé Pirot et du père Lebrun.

Le père Menestrier, en condamnant l'usage de la baguette comme

chose illicite, au point de vue théologique, va plus loin en la montrant comme une cause de troubles dans la plupart des cas où elle est employée. Son opinion sur les inconvénients qu'elle peut avoir en justice est trop bien motivée pour ne pas la reproduire textuellement, et, en le faisant, nous compléterons d'une manière exacte l'histoire du procès criminel de Lyon dans lequel J. Aymar intervint.

.. Que l'on ne dise pas que c'est une sage disposition de la provi- « dence et de la justice de Dieu pour empêcher que certains crimes ne «demeurent impunis et pour découvrir des hypocrisies, pour mani- « Tester l'innocence qui peut être opprimée , même dans les tribunaux de «la justice, faute de preuves évidentes de ce qu'elle est. Je dis que « tous ces prétextes sont vains, faux, chimériques, extravagants, car il 'i n'est pas permis à la justice de se servir, ni directement ni indirecte- >• ment, de ces indications pour absoudre ni pour condamner, non pas «même comme de moyens pour parvenir à la vérification d'autres « signes et d'autres preuves, d'autant que ces indications sont suspectes, « sujettes à beaucoup d'erreurs et à la mauvaise foi des personnes qui « pourraient dire qu'elles auraient ce talent, et déférer faussement des « personnes qu'elles voudraient perdre, en faisant tourner sur elles des "baguettes. Quand il s'agit de la vie, des biens et de l'honneur des '«personnes qui sont mises en justice, il faut des preuves certaines, «des témoignages irréprochables, des indices constants, invariables, « pleinement connus et qui n'aient rien d'équivoque.

« C'est pour cela que l'Église a sagement condamné les épreuves qui "■ se faisaient autrefois par l'eau, par le feu, par les duels et par d'autres « semblables voies pour se purger de certains crimes dont on était ac- « cusé , parce que, quoique, en ces épreuves, on eût vu souvent des effets « miraculeux, ils n'étaient pas naturels, et Dieu ne veut pas que l'on ait «recours aux miracles qu'il n'est pas obligé de faire, et qu'il n'a pas « promis de faire pour rendre ces épreuves infaillibles. Beaucoup moins «voyons-nous qu'il ait promis en aucun endroit de l'Écriture de donner « aux hommes ce talent de la baguette pour découvrir les crimes. Ainsi u il y aurait de la témérité d'oser assurer que ce soit un don de Dieu , «n'en ayant aucune révélation, ni expresse, ni contenue en aucune « autre révélation , qui puisse avoir un rapport certain avec ces effets et « ces indications que nous voyons.

•(Ainsi le talent de la baguette est inutile aux procédures de justice, « parce que, si la justice les recevait, elle autoriserait des sortilèges : je « dis des sortilèges, car il est constant, sur tous ces faits exposés et obo serves exactement en plusieurs expériences faites par des personnes

« non suspectes, qu'il n'est nul théologien qui ne soit oblige de dire, selon u les règles de la foi , les oracles de l'Écriture sainte , la discipline de «l'Église, les usages et les maximes de la morale chrétienne, que cette «vertu prétendue de la baguette est un artifice des dénions, avec les- « quels on a fait un pacte explicite ou implicite, actuel ou tacite, pour «avoir ce talent et cette vertu dont on ne peut assigner aucun autre

• principe certain et déterminé.

« Aussi les juges de Lyon qui condamnèrent le bossu , l'un des auteurs « de l'assassinat qui a servi à manifester au monde le rare talent de « J. Aymar, ne voulurent avoir aucun égard à ces indication», en condamné - « reat tes épreuves , et ne firent leurs procédures qae sur les interrogations faites « aa bossu et sur tes indices des témoins qui l'avaient vu entrer dans la maison «où s'était commis le crime dont le bossu fut convaincu, non-seule- «ment par lespreares testimoniales, mais encore par des preuves mortes, «comme la serpette à bûcheron dont il s'était servi pour commettre « l'assassinat, laquelle fat reconnue par celui qui la /ni avait vendue.

« Ainsi ceax qui ont dressé la narration de ces nouveaux phénomènes « ont fait tort à la sagesse, à l'intégrité et à la réputation de ces juges , de les « avoir impliqués dans ces recherches auxquelles je sais qu'ils ne voulurent u nwir aucun égard, se souvenant de Ce qui s'était passé en cette ville «l'an 1608. a

Il s'agissait d'un paysan que les pères du collège jugèrent avoir recouru à un maléfice pour opérer la fonte des glaçons de la Saône qui menaçaient d'emporter le pont de pierres.

Noos reproduirons un écrit curieux qui lus remis au père Mencslrier par une personne d'esprit et de probité qui, après avoir eu la curiosité de faire toutes les épreuves qui se pouvaient faire des indications de la baguette pour satisfaire sa curiosité , a fini par être convaincue que cela ne pouvait se faire naturellement, et en a conçu tant d'horreur, qu'elle s'est fait une loi de détourner tous ceux qu'elle connaîtra avoir cette curiosité de la satisfaire désormais et de faire renoncer è se servir de la baguette ceux qui ont la faculté de la faire tourner.

« Il décrit ainsi la manière qu'il a tenue en toute* les épreuves qu il « a faites de la baguette.

« Jefais premièrement asseoir la personne qui a le talent de la baguette

• dans un lieu où elle ne puisse être distraite, car il est arrivé plusieurs u fois que , quand son esprit s'agite de diverses pensées , la baguette ne «joue point son jeu parfaitement1 comme quand elle applique forte- « ment son attention sur chaque question qu'on lui fait.

« Je demande, si la baguette est un don naturel : elle tourne. •

« Si le démon n'y a aucune part implicitement ou explicitement : elle « ne tourne pas.

« Si ce talent est donné en naissant : elle tourne. «Si c'est par les constellations : elle tourne.

«Si c'est par la conjonction de telle ou telle planète : elle ne tourne « point; par la conjonction du soleil et de Vénus : elle tourne. Si, par

«cette baguette, on peut faire des choses mauvaises: elle tourne. Si •« l on pourrait y faire quelque pacte avec les démons : elle tourne. Si u cette vertu n'est préjudiciable que pour les mauvais images que l'on « en pourrait faire : elle tourne.

<i Si l'on pourrait s'en servir pour cclaircir les matières qui sont don <■ teuses dans les écoles de théologie : elle tourne.

v Si l'on pourrait, par ce moyen, acquérir une parfaite connaissance i de l'astrologie, pour faire des almanaclis pour tout le cours de l'année : y elle tourne.

" Les connaissances de la médecine , du tempérament de chaque « personne, les propriétés des animaux, des plantes : elle tourne.

«Et enfin il n'y a rien que l'on puisse imaginer à lui faire des ques- « tions sur quoi elle ne réponde, même sur les talents, la capacité des «personnes, leurs noms connus ou cachés, leurs péchés et le nombre «de ces péchés. Elle est infadlible sur les choses passées et présentes: «mais, sur les futures, plus de mensonges que de vérités, aussi bien u que sur les pensées que l'on prend à l'égard de ces trois sortes de « temps et que l'on ne manifeste pas.

«Pour le présent, si l'on lui demande comment une personne est «vêtue et qui est absente, si c'est d'une telle ou telle couleur, d'une « telle ou telle matière, elle tourne sur la couleur et sur la forme de u l'habit.

«Pour le passé, elle découvre les voyages qu'une personne a faits, « les blessures qu'elle a reçues et en quel endroit de son corps.

«Il se ferait un gros volume, ajoute cette même personne, des opé <■ rations que j'ai fait faire, sur différentes matières, à diverses personnes «i qui ont ce talent, m

Nous avons reproduit ce passage, afin de montrer que, dès avant 169/1, la baguette divinatoire donnait, par son mouvement de rota tion, les même» indications que donnent les tables frappantes en ,853.

Après avoir reconnu , avec le père Menestricr, que l'ensemble des phénomènes attribués à la baguette divinatoire ne peut être rapporté à une cause physique , nous reproduirons un récit qu'il fait d'expé

riences exécutées devant lui par une personne religieuse, parce que ce récit , opposé à celui du père Lebrun , concernant mademoiselle Martin, deviendra un moyen de contrôle, un vrai critérium de la proposition que nous venons de rappeler.

a J'ai vu, dit le père Menestrier, une personne religieuse qui a ce «talent, et qui s'en servait alors, le croyant tout à fait innocent et «naturel, chercher de l'eau , et, après qu'elle en avait trouvé, si on lui «mettait en l une des mains un linge ou quelque autre chose mouillée, la baguette ne tournait plus. Si elle cherchait de l'or caché, on «avait beau lui mettre de l'eau dans la main ou de l'argent , la baguette «ne cessait pas de tourner pour l'or; mais, dès qu'on lui mettait une «pièce d'or en la main, son action cessait; ce qui n'arrivait pas lors- « qu'elle cherchait de l'argent coché, quoiqu'elle eût de l'or dans les " mains. »

Ainsi , en mettant de l'eau dans la main qui tient la baguette mise en mouvement par la présence de l'eau, c'est détruire l'effet de celle-ci sur la baguette; en un mot, il y a neutralisation ion effet par l'identique de la cause qui le produit. Voilà un fait expérimental , attesté par un témoin digne de foi, le père Menestrier. C'est un exemple du procédé de M. Peisson.

Rappelons maintenant que mademoiselle Martin découvrait la nature des choses en procédant d'une manière absolument contraire , puisque « l'identique de la cause qui produit le mouvement de la baguette mis *cn contact avec celle-ci en augmente le mouvement, tandis que ce qui est différent l'arrête. »

Il résulte évidemment de ces faits, dont la manifestation est également prouvée, qu'ils ne peuvent être attribués à une cause physique, car, dans les mêmes circonstances, la même cause physique ne peut produire deux effets opposés.

Dans la quatrième partie , nous verrons avec quelle facilité nous les expliquerons par une même cause; mais cette cause n'appartient plus au monde physique, mais au monde moral.

S 21. — LeUra itinéraire» poeUiume» d« Tolliu», avec de» note» de M. Hennin, 1700.

Tollius et son ami Hennin sont contre l'usage de la baguette.

Hennin combat successivement l'explication du mouvement de la baguette donnée par les péripatéticiens et les cartésiens. Il va jusqu'à dire qu'admettre la possibilité de suivre des meurtriers à la piste par l'effet , sur la baguette , des corpuscules qui s'exhalent de leur corps , c'est vouloir raisonner dans le délire. R nie positivement la vertu de la baguette: nous

n'exposerons pas ses raisons, parce qu'elles rentrent dans celles qui ont été exposées précédemment ; nous nous bornerons à dire qu'il u a vu des « personnes à baguette qui ne permettaient pas qu'on leur bandât les « yeux , ou qui se trompaient en faisant les expériences les yeux banu dés. »

S 22. — Histoire critique de» pratiques superstitieuses qui ont séduit les peuples et embarrassé tes savants, etc., par un prêtre de l'Oratoire { le pire Pierre Lebrun ). — Paris.

l7OÎ.

L'expression de pratiques superstitieuses n'est pas employée par l'auteur avec le sens qu'on lui donne dans le langage ordinaire; en s'en servant, le père Pierre Lebrun entend dire que ces pratiques donnent lieu à des effets dont la, tause libre et intelligente veut séduire l'homme. Illicites à ses yeux, il les proscrit donc, comme Pavait fait déjà, n deux époques, on 1690' et 17002, le cardinal le Camus. L'usage de ces pratiques, très-fréquent dans le Daupluné depuis i6âo pour découvrir les sources, fut successivement étendu à la recherche de choses trèsvariées : par exemple, des hommes, des garçons et des filles, pour cinq sous, constataient, au moyen de la baguette, si des bornes d'héritage avaient été déplacées. Leur détermination était acceptée par les parties intéressées, et, chose remarquable, comme l'aurait été la décision d'un tribunal. Par le même moyen , on prétendait retrouver des chemins perdus; et J. Aymar, le premier en France, en 1688, rechercha les voleurs et plus tard les meurtriers.

Le père Lebrun, voyant combien les indications de la baguette sont incertaines, préoccupé d'ailleurs des désordres qu'elle pouvait causer dans les familles et les décisions de la justice, convaincu, en outre, qu'elle n'est qu'un instrument dont le démon se sert pour tromper les hommes , s'efforça par tous les moyens d'en abolir à toujours l'usage : aussi est-ce à ce point de vue qu'il faut se placer pour juger l'histoire critique des superstitions, dont l'objet principal concerne la baguette divinatoire.

N'ayant point à examiner ce livre dans ses détails, ni à discuter si Je mouvement de la baguette doit être attribué à un esprit étranger à l'homme, nous en extrairons ce que nous croyons propre à appuyer la thèse que nous développerons dans la quatrième partie.

Il nous suffit, pour donner une idée de l'ouvrage, d'indiquer l'objet des trois parties qui le composent :

1 Mandement du a A février 1690. — ' Ibid. 1700.

La première est consacrée à l'histoire des faits, de l'origine et des progrès de la baguette ;

La seconde l'est à la caasequi peut faire tourner la baguette et aux règles nécessaires pour discerner les ejfets naturels d'avec ceux gui ne le sont pas;

La troisième partie traite de l,i disposition assez commune gui porte le» hommes à ne pas condamner ce gui ne paraît pas extérieurement nuisible, et gui engage plusieurs savants à autoriser des pratiques superstitieuses gai doi vent être interdites aux chrétiens.

Le père Lebrun rapporte un grand nombre de cas où la baguette a fait défaut. Nous eu choisirons quelques-uns , pour les ajouter à ceux que M. le Prince a voulu que le public connût, afin de le dégoûter de ia baguette.

M. de F rancine- Grand maison, prévôt de l'Ile-de-France, et intendant des eaux, a dit au père Lebrun qu'en vertu des deux charges dont il était revêtu, il était fort souvent engagé a faire usage de la baguette pour reconnaître de» criminels et découvrir des sources; et que, quoiqu'il eût employé un très-grand nombre de gens réputés habiles à manier la baguette, notamment des révérends pères capucins , il n'a jamais trouvé personne en qui l'on pût avoir confiance , parce que la baguette donnait souvent le change et disait très-souvent faux1.

On voit auprès de la ville de Salon, en Provence, des puits d'une rffroyable profondeur, dit le père Lebrun3, creuses inutilement, sur les indices trompeurs qu'avait donnés la baguette.

Le maréchal de Boufllers , n'ayant pas d'eau dans le voisinage du château qu'il venait de faire bâtir en Picardie, eut recours à M. Legentil, le prieur de Dorenic, près de Guise, dont la réputation était grande dans le pays; il resta trois semaines auprès du maréchal : la baguette tourna fortement en plusieurs endroits, et des témoins disent que le prieur en tremblait d'effroi. Cependant on fît creuser dans ces endroib jusqu'à soixante pieds sans trouver d'eau.

Le père Lebrun raconte qu'au mois de septembre i6q5, M. de Francine, M. l'abbé de Châteauneuf et M. le lieutenant de roi de Charleroi lui amenèrent un jeune garçon devenu fameux à Paris par la manière dont il se servait de la baguette. Ces messieurs allèrent au château d'eau, près de l'observatoire, où se trouvèrent M. de Lahireetun physicien-mathématicien : la baguette ne tourna pas sur l'endroit où toutes les eaux d'Arcueil passent; on le conduisit dans un jardin où des métaux avaient été enfouis : ta baguette ne tourna pas davantage.

' Préface. — ' Page a5.

On pourrait citer un grand nombre de passages où , dans les faits racontés par l'auteur, l'influence de la pensée, soit volonté, désir ou simple intention de celui qui tient la baguette, est de toute évidence-, mais, force de nous restreindre , nous choisirons les suivants, qui vont parfaitement à notre but, comme répétition, comme confirmation de ceux que nous avons extraits des ouvrages précédemment examinés.

En parlant du moyen de déterminer la nature d'un corps qui agit à couvert sur la baguette , d'après l'augmentation du mouvement ou sa cessation, manifestées par suite du contact d'un corps connu avec elle ( voyez plus haut) , nous avons dit que les uns concluent l'identité du corps qui touche la baguette avec le corps caché, d'après l'augmentation du mouvement de la baguette, tandis que les autres tirent la même conclusion de l'effet absolument contraire. Or il est évident, comme nous l'avons fait remarquer, que les effets ne peuvent être attribués à aucune cause aveugle, mais à une cause libre, et nous dirons plus tard à la pensée de l'homme. Quoiqu'il en soit, ceux qui concluent l'identité de nature de l'augmentation da mouvement de la baguette, et qui admettent la théorie des corpuscules, disent que les corpuscules exhalés, par exemple, de l'or qui est en terre , et ceux qui le sont de la baguette et de l'or qui la touche, conspirent pour augmenter le mouvement, tandis que, si la baguette touchait autre chose que l'or, les corpuscules de cette chose empêcheraient l'écoulement des autres.

Ceux qui concluent t identité de la nature de la cessation du mouvement de la baguette, et qui croient à la sympathie qui se manifeste par une attraction, disent que l'or qui touche la baguette, attirant cette baguette, fait cesser l'effet de l'or souterrain.

Certes toute réflexion serait superflue après ces citations1.

Ajoutons deux nouveaux faits à l'analogie que nous avons établie entre la baguette divinatoire et la table frappante, lorsqu'on leur adresse des questions auxquelles elles répondent.

M. Duvcrdier, docteur de Sbrbonnc, reçut une lettre de Toulouse, du 36 de mai 1700 , dans laquelle on lui parlait d'un curé qui manie la baguette de manière que celle-ci répond aux questions qu'on lui adresse , en Rabaissant pour marquer Y affirmative, oui, et en se relevant pour marquer la négative, non. Elle dit : « Ce que font les personnes ab- « sentes; si un homme a de l'argent, en quelles espèces et combien. On « consulte la baguette sur le passé, le présent et l'avenir. . . Il est indif- « férent d'exprimer sa demande de vive voix ou mentalement : ce qui

' Hittoin critique des pratiques superstitieuses , page 45, 46, A7-

«surprendrait davantage, ajoute le père Lebrun, si la personne judiucieuse qui écrit n'ajoutait que plusieurs réponses se sont trouvées o fausses.

«11 y a quelque temps qu'on me montra , dit encore le père Le- « brun, une lettre du Dauphiné où l'on parlait de mademoiselle Allouant, « qui devinait aussi avec la baguette ce qui se passait en des lieux fort « éloignés. »

Nous sommes heureux de l'accord du jugement que nous portons sur l'Histoire critique des pratiques superstitieuses , avec les nombreuses approbations qu'elle a reçues des hommes les plus instruits du clergé français, et dont nous allons reproduire quelques passages.

Approbation de M. Du Pin, docteur en théologie «le la Faculté de Pari» , et professeur rojal eu

philosophie.

11 dit : «Que l'auteur traite cette matière avec autant de justesse et «de discernement que d'élégance et d'érudition, et qu'il a su parfaite- « ment accorder les principes de la saine théologie avec ceux de la bonne u philosophie , en tenant an juste milieu entre l 'incrédulité des esprits farts « qui leur fait nier des faits certains , et la trop grande crédulité des faibles , «< qui leur fait approuver des pratiques superstitieuses. »

Approbation du R. père Aleiandre, docteur en théologie de la Faculté de Pari», et ancien professeur do grand couvent et collège des RR. père» prêcheur».

u Cet ouvrage est parfaitement conforme aux règles de la loi

«et des bonnes moeurs, et j'espère qu'il sera utile à l'Église. C'est une « chose déplorable qu'il se trouve des chrétiens qui autorisent des usages «que la loi de Dieu et les prophètes condamnent, et qui emploient « leur philosophie pour justifier des erreurs et des pratiques proscrites par « les saints Pères, par Us saints décrets et par les théologiens catholiques, et « forment de vains systèmes en faveur de ces usages pernicieux ,

Antre approbation de» docteur» de Sor bonne Lambert, doyen de l'église cathédrale de la Rochelle et d'Uillerin , trésorier de la même église.

Histoire critique «Mais où tout remplit parfaitement

<■ le dessein que le savant auteur se propose , de désabuser les peuples « de tant de pratiques superstitieuses, si souvent condamnées par l'Église, et « de dissiper les faux raisonnements dont quelques philosophes ont etn- « brouillé cette matière. »

fie

Attire «ppruLiLion de François-Aimé Pouget, prêtre de l'Oratoire, docteur eo théologie de la Faculté de Paris , abbé de Notre-Dame de Chambon.

« Et ii y a tout lieu de croire qu'il détournera entièrement

« les fidèles de toutes sortes de superstitions , et qu'il ne se trouvera per- « sonne qui, après la lecture de cet ouvrage, veuille encore autoriser « les pratiques suspectes qui y sont expliquées et condamnées »

Autre approbation de Michel le Breton , curé de Saint-llippolyte.

« Mais ce qu'il y a de plus considérable, c'est qu'on y trouve

« des rè^Us certaines pour démêler le* effets naturels d'avec les surnaturels, et les effets qui viennent de Dieu d'avec ceux qui viennent » des démons. L'esprit et l'érudition de l'auteur éclatent sans faste dans « totis les endroits du livre. Je l'ai lu avec exactitude et je le crois très- « utile au public »

Autre approbation de M. Daraaudin, curé de Saint-Martin à Saint Denis en France, et de Nolet,

docteurs de Sorboone.

u L'usage des superstitions dans le paganisme n'a point de quoi nous u surprendre. C'est ce que devait introduire l'esprit d'erreur et d'illusion «qui présidait à cet état de ténèbres, mais que, dans le christianisme. » qui est un état de lumière et oà la vérité préside, l'on donne encore dans «•les mêmes abus; qu'on se laisse éblouir par des pratiques dont on <■ découvrirait aisément le faux, pour peu que l'on voulût faire asage de «t la raison et de la religion : c'est ce qu'on ne saurait trop déplorer et sur u quoi les fidèles ne sauraient être trop instruits. Ils le seront parfaitement « et d'une manière très-utile dans cet ouvrage, qui a pour titre : Histoire u critique des pratiques superstitieuses, etc., ouvrage où l'illustre et savant «' auteur a su réunir, avec toute la politesse du style , ce que les preuves nont de plus solide, le raisonnement de plus juste, l'expression de plus ii énergique, l'érudition de plus recherché, la théologie de plus exact. . . »

Ceuv qui aiment à voir des hommes de professions diverses, occupant des positions différentes dans la société, se mettre en communication de pensées, dans un but désintéressé, le triomphe de la vérité, ne lisent pas avec indifférence un jugement de l'Académie royale des sciences, signé Fontenelle, sur Y Histoire critique des pratiques superstitieuses, à la suite des approbations données par d'habiles théologiens à la pureté de la foi de l'auteur et à l'orthodoxie de ses doctrines. Ceux qui croient aux avantages que la société retire toujours du rapprochement des

hommes que leur position sociale et leur profession tend a isoler les uns des autres, voient donc avec satisfaction le jugement suivant, u Le II. père Lebrun, piètre de l'Oratoire, ayant présenté à i'Acade-

mie un livre intitulé Histoire critique des pratiques superstitieuses qui ont i " luit les peuples et embarrassé les savants, sur lequel il souhaitait d'avoir i le sentiment de la compagnie, elle a nommé pour l'examiner le >• I\. père Malehranche, MM. du Llauiel. Gallois , Dodarl, de la Hire «et moi; et, après l'avoir lu chacun en particulier, nous sommes cou <• venus tous ensemble que le livre était plein de recherches curieuses . a et bien raisonné; que les principes qui y sont établis pour démêler ce

qui est naturel d'avec ce qui ne l'est pas sont solides; et que loi i pratiques qu'on y combat sont de pures impostures des hommes, ou doivent < avoir des causes qui ne peuvent être rapportées à la physique, suppose la « irrité des faits dont on n'a pas entrepris la discussion.

"En foi de quoi j'ai signé le présent certificat, à Paris, ce 17 déccmhre 1 70 1 . »

FONTENELLE Secrétaire de l'Académie royalr de» »ciei>ces.

E. CHEVREUL

Vie de saint Loais, boi de France, par Le Nam de Tillemont, publiée parla Société de F histoire de France, d'après le manuscrit de la Bibliothèque nationale, et accompagnée de notes et d'éclaircissements, par J. de Gaulle. Tom. I et II, 1 8^7 ; III et IV, 1 848: V, 1849; ^ el dernier, 1 85 1 . A Paris, chez J. Renouard.

"sixième et dernier article '.

Dans nos précédents articles, nous nous sommes appliqué à examiner quelques-uns des points principaux de la vie de saint Louis, et à indiquer 1rs résultats les plus considérables de ce grand règne; mais, nous l'avons dit, un tableau où nous aurions essayé d'en présenter l'ensemble aurait do beaucoup dépassé la mesure d'une simple analyse. Il convient

1 Voir les cahiers d octobre i85i, p. 6a5; de mai et de juin*i85a. p. 3i6 et p. .186, d'août et de novembre i853, p. 5o3 et 703.

'i8 JOURNAL DES SAVANTS.

cependant de montrer brièvement de quelle manière Le Nain de Tillemont a envisagé la vie entière de saint Ix>uis, dans le résumé qu'il a fait lui-même des cinq premiers volumes de son histoire.

«Nous le considérerons premièrement, dit-il, comme un simple par- «liculier, chargé seulement du soin de son âme; ensuite comme père «et chef de famille , chargé du soin de sa femme, de ses enfants, de ses «domestiques; et enfin, comme roy, chargé de la conduite de tout un «peuple, et obligé de se conduire en prince chrestien à l'égard de ses «sujets cl des étrangers1. » Et puis, sans s'occuper de composer un tableau ou même de tracer un portrait, Le Nain de Tillcmont ne nous donnera guère que les traits épars de cette grande figure, et, dans une série de chapitres détachés, il nous présentera successivement son héros sous divers aspects.

Il le prend jeune enfant, encore au berceau , croissant et se fortifiant sous l'éducation virile d'une mère habile et pieuse. A mesure qu'il avance dans la vie, ses heureux instincts deviennent des qualités qui se trempent, pour ainsi dire, au contact de cette discipline austère.

Voici bientôt le chrétien, dans sa foi ardente, ses mœurs saintes, sa sublime charité, ses macérations presque homicides. Dès sa première jeunesse, c'est déjà la maturité des vieillards. A vingt ans, il quitte la royale et juvénile magnificence des vêtements, et il renonce aux divertissements qui avaient passionné son adolescence.

Il y a là quinze ou seize chapitres intitulés : piété de saint Louis; — des austérités de saint Louis; — de son dormir et de son lever5; —

1 Vie de Saint Louis, l. V, p. 334. — * Il »e levait au milieu de la nuit pour prier, «le corps et la léte prosternés jusqu'en (erre, dit Tillemont, ce «qui l'aiïoiblissoit tellement et épuisoil si fort ses esprits que, quand il se re-

• levoit, il ne voyoit presque pas, et ne pouvoit retrouver son lit ; de sorte qu'il « estoit obligé de demander au chambellan qui l'attendoit où il estoit, mais tout «bas, pour n'estre pas entendu des chevaliers qui couchoient dans sa chambre ,

«et de se faire conduire jusqu'à son lit » Aux seigneurs qui murmuraient

de ce que saint Louis donnait trop de temps aux exercices de dévotion , il répondait • fort sagement, > dit Tillemont : « Si je meltois une fois autant de temps

• à jouer aux dez ou à courir dans les bois après des bétes et des oiseaux , per-

• sonne n'en parlerait et n'y trouverait à redire.» La réponse était très -sage et très à propos sans doute; néanmoins des personnes de piété, voyant que toutes ces austérités • estoient capables de faire un grand tort à sa santé et surtout à son

• cerveau , ie prioienl de se modérer en cela. * ( Manuscrit F, p. 17; Ducliesne , I. IV, p. 4oo; Vie de saint Louis, t V, p. 335, 354.) — On ne saurait songer, sans un amer regret, que l'austérité exagérée des pratiques de dévotion a probablement avancé la mort dl saint Louis. En affaiblissant prodigieusement sa constitution, déjà débile, elle l'avait prédisposé à la maladie dont il mourut en Afrique, ainsi

comment saint Louis passait ordinairement la journée; — saint Louis va nu-pieds, porte la haire, reçoit la discipline; — mortifications de saint Louis dans ses repas; — des jeûnes de saint Inouïs; — prières particulières de saint Louis; — respect de saint Louis pour les reliques; — quelques dévotions particulières de saint Louis ; — comment saint Louis passait le vendredi saint; — de l'humilité de saint Louis, etc. etc., dont les titres seuls font comprendre, mieux qu'un raisonnement peutêtre, le vice de la narration. On voit que cette vie ascétique et pénitente au milieu de la cour et des affaires, toute remplie de pratiques aux quelles ne sembleraient pas pouvoir suffire la solitude de l'ermitage et le loisir du cloître , est déciite avec une profusion de détails qui peut plaire à certains lecteurs curieux et peu pressés, mais qui exclut tout art de composition et détruit tout l'effet d'une peinture.

Le Nain de Tillemont nous raconte aussi, jusque dans les moindres circonstances la conduite de saint Louis a l'égard de sa mère, de ses frères, de sa femme, de ses enfants, et aussi des gens attachés à son service. Cest partout la même manière et le même procédé.

On a vu quelquefois la trop fervente dévotion éteindre les sentiments de famille; dans l'âme de saint Louis, il y avait place pour toutes les honnêtes et bonnes affections, et, au lieu de se nuire, elles se fortifiaient, s'échauffaient , se purifiaient l'une par l'autre. Jamais on ne vit sur le trône un fils plus tendrement respectueux et plus passionné pour sa mère, jamais un frère plus dévoué, un mari animé d'un plus pur amour, un père, enfin, chérissant ses enfants d'une tendresse plus éclairée et plus assidue, et cependant toujours maître de lui-même et tempérant ses plus vives affections par une fermeté exempte de dureté comme de faiblesse.

Quoiqu'il fût chargé de la conduite d'un grand royaume, dit Tille mont, dont, en les abrégeant, nous empruntons les paroles, il ne se croyait pas dispensé de prendre un soin particulier de l'éducation de ses enfants. Élevés sous les yeux de la reine, leur mère, dès qu'ils étaient un peu grands, il les faisait tous étudier. . . il les faisait toujours venir avec lui à complies, que l'on chantait dans l'église après le souper; ils le suivaient ensuite dans sa chambre, où, après les avoir fait asseoir autour de lui , il les instruisait de leur devoir et les envoyait coucher. . . Il les

que le remarque Tillemonl (V, i64)- Moins soumis à de si minutieuses et de si rigoureuses habitudes, saint Louis aurait sans doute prolongé sa vie si précieuse pour Je pays, il aurait ajouté aux œuvres ce qu'il eût retranché aux pratiques; certes, le peuple et la religion elle-même eussent beaucoup gagné à un emploi plus sage et non moins pieux de ses jours laborieux cl de se* longues veilles.

éloignait des comédies, des chansons, et même de la musique. Il ne voulait point qu'ils portassent, les vendredis, des couronnes de roses ou d'autres matières, pour leur apprendre à honorer la couronne d'épines. Il les faisait venir avec lui au sermon et voulait que les plus grands le vissent servir les pauvres dans les hôpitaux, pour les former peu à peu à ces exercices de piété, et il les y faisait prendre part. . . Il eût vivement souhaité que les trois enfants qu'il avait eus en Orient, Jean, Pierre et Blanche, fussent appelés de Dieu à la vie religieuse, mais il était si éloigné de vouloir forcer en cela leur inclination, que, ne les voyant point portés vers l'état monastique, il leur procura de bonne heure des mariages avantageux et leur donna des apanages.

Il reste des instructions de saint Louis, écrites pour ses enfants, empreintes du double caractère du bon père et du saint roi

Saint Louis réservait aussi à ses serviteurs une part d'affection, comme s'ils étaient de sa famille; mais il ne voulait, parmi les siens, que des personnes qui lui ressemblassent, a dont la vie et les mœurs « fussent honnestes et réglées et dans une entière pureté. » EtTitlemont ajoute ici quelques détails curieux et propres à faire connaître avec quelle pieuse vigilance le saint roi gouvernait sa maison*.

« Enfin , ajoute l'historien , il faut venir aux vertus de saint Louis qui « regardent plus particulièrement sa qualité de roy et de maistre d'un • grand Estât.»

Un courage intrépide et réfléchi , une libéralité magnifique et prudente, la sagesse • dans l'administration des finances et dans toutes les parties de son gouvernement, caractérisent ce grand homme. A la guerre, saint Louis est le plus brave de son armée; en paix, il est le plus sage de son conseil. Telle est la matière de plusieurs chapitres où l'auteur n'est ni moins prodigue de détails , ni moins curieux des petites circonstances, ni moins riche en autorités qu'il ne l'était en racontant la vie privée du saint roi. Mais ici, avec plus d'ordre, il y a moins de répétitions, et le sujet, plus varié et moins circonscrit, comporte mieux l'abondance des faits et la fécondité des réflexions.

Tillemont, rappelant les actions guerrières de saint Louis, et la révolte des princes abattue, et le puissant empereur Frédéric II mis à la raison, et les Anglais défaits à Taillebourg, et l'héroïsme dans les revers comme dans les succès de ses expéditions d'Orient, ajoute .«Toutes

1 Manuscrit* D et F. • Bonifacii VIII pap» senno de canonixatione régis Ludo- «vki sanctissimi. > Dao» Ducliesne, V, 483. — Goill. de Nangis, ibU, 3gi. — Join- »ille, p. i»6,ediL de Ducangc. — * Ki» i* saint Louis, t V\ p. 383 et suit.

u ces choses se peuvent faire par une vaillance humaine , mais il faut « avoir tout ensemble et le courage naturel d'un héros et la grâce du « martyr pour pouvoir témoigner la fermeté et l'intrépidité qu'eut saint i Louis dans sa prison1. »

La libéralité, chea les rois, est souvent un vice ruineux ; chez Louis IX. ce fut une vertu féconde : ses mains , qui s'ouvraient largement pour les pauvres, se fermaient volontiers à l'avidité des princes et des courtisans , aussi, tandis que le peuple bénissait ses largesses, les grands et les heureux du siècle lui jetaient le reproche d'avarice *. Saint Louis parvint ainsi a concilier trois choses qwi vont rarement ensemble : il donna beaucoup, ne foula point le peuple, et trouva toujours son trésor plein quand les grandes nécessités politiques le forcèrent de l'ouvrir.

Sa raison était si ferme, que, dans les choses mêmes où ses sentiments intimes avaient sur lui le plus d'empire, il ne sacrifiait rien de ce qui lui semblait la justice, l'intérêt de l'État, la dignité et l'intégrité du pouvoir royal, à ses penchants les plus respectables et les plus sacrés. Ainsi il témoigna, en diverses rencontres, que le respect qu'il avait pour l'Église ne l'empêchait pas « de maintenir les droits de sa couronne contre

sait, avec un merveilleux discernement, la fermeté à la modération.

«Cette sagesse, qu'on voit que Dieu avoit donnée à saint Louis, dit « Tillemont , le feisoit tout ensemble aimer et craindre de tous ceux • de son conseil et de tous les grands. Il n'attirait point les princes par « des caresses ni par de grandes libéralités. . . Cependant l'estime de sa «sincérité, de sa sainteté, de sa bonté et de sa justice, donnoit une a telle crainte, un tel respect et un tel amour pour luy et aux grands « et aux petits, que personne n'osoit et ne vouloit rien entreprendre ■ contre son autorité*.

On sait que la renommée de l'équité et de toutes les vertus de saint Louis l'avaient rendu l'arbitre des nations étrangères et des rois voisins ; ce que l'on sait moins, c'est que les particuliers eux-mêmes le voulaient avoir pour juge de leurs procès, et l'on voyait souvent ceux du comté de Bourgogne et de la Lorraine venir pour cela à Paris , a Reims . à Me] un et aux autres endroits où il était4.

Cette confiance des peuples était justifiée non-seulement par l'intégrité de saint Louis , mais aussi par son amour profond de la concorde et de la paix. Il se trouvait dans son conseil des hommes qui le pres-

1 Vie de saint Iamu, t. V, p. 39i. — ' Duobesne, t. V. p. 45S«, 47a'. - ' Vm de saint Loats, t. V, p. fol. — 1 IKt p. 4o6.

saicnt de tirer avantage des divisions et de» malheurs de ses voisins; saint Louis repoussa toujours cette odieuse politique, et le pape Urbain IV lui en donna ce glorieux témoignage : «Tu quem tanquam upacis angelum in regno tuo divina potentia constituit1. »

Dans une lettre qu'il écrivait, peu de temps avant sa mort (a5 juin 1 170), à Mathieu, abbé de Saint-Denis, et à Simon de Nesle, comte de Ponthieu, régents de France, lettre que nous a conservée d'Achery*, on trouve ecl admirable passage : a Jura nostra et aliéna servari, que- «relas pauperum et miserabilium personarum diligenler audiri; ettam « ipsis quam omnibus aliis, quibus justiciae debitores sumus, ita reddi u quod justum est, juste, fideliter et mature, quod apud illum judicem « qui juslicias judicabit, non possimus de neglecta, dilata vel usurpata u justicia rondemnari. »

En effet, une des choses que saint Louis a toujours le plus redoutées, c'était d'encourir le soupçon d'injustice. Il craignait surtout que son titre de roi ne lui fit trop facilement gagner une cause; et, lorsqu'on traitait devant lui et devant son conseil quelque affaire où il avait intérêt, «il m corabattoit autant qu'il pouvoit ses propres droits et soutenoit ceux «qui plaidoicnt contre lui, afin que ceux de son conseil eussent une u entière liberté de se déclarer pour la justice3. »

Mais telle est la puissance de ce penchant mauvais qui porte trop souvent les serviteurs des princes à exagérer le zèle, que les officiers de saint Louis, au mépris de la volonté formelle du roi, et quoiqu'il mil tout le soin possible à les choisir de son mieux , s'obstinaient encore quelquefois à prononcer en sa faveur, malgré lui-même, et s'efforçaient d'accroître son pouvoir aux dépens de la justice et d'étendre ses droits aux dépens des droits des sujets. Tillemont en fait la remarque et en donne la raison : «Les officiers, dit-il, trouvent tousjours leur avan- « tage à estendre l'autorité et le pouvoir de leur maistre*. »

Toutefois, la sainte probité du roi n'était pas moins infatigable que le aèle servile de quelques-uns de ses officiers; et les commissaires qu'il envoyait annuellement dans les provinces avaient charge de réprimer, en même temps que toutes les autres prévarications , ces maladresses du zèle et ces exagérations coupables du dévouement, de restituer ce qui aurait été pris injustement, et de déposer ces magistrats, qu'aurait peutêtre récompensés un mauvais roi.

1 Voy. la leitre de ce pape dans Duchesne. t. V, p. 87^- — 1 Vos qui nostrum locam tenait, leur écrit le roi. Spiciteg. t. III, p. 664; Paris, 1733. — * Manuscr F. p. 1 id. Duche»ne. t. V, p. 446\ Vu de taint Louù, t. V. p. 434. — * VU de tmnt Louit, t. V. p. 435.

Le Nain de Tiilemont remarque que saint Louis commença à faire de telles informations dès l'an 1 %ki . et que ces commissaires sont nommés inquisiteurs dans les comptes de ce temps là : «ce sont, dit-il, les <* missi demmici de la seconde race. « En effet, saint Louis avait imité en cela la sagesse de Charlemagne. Notre historien rapporte plusieurs exemples des réparations ordonnées par ces commissaires, et il s'appuie sur des autorités recueillies dans ses manuscrits perdus depuis1.

Mais nous avons, a cet é^ard, une autorité précieuse , et que nous nous étonnons de ne pas voir invoquée par Le Nain de Tiilemont : c'est celle du confesseur de la reine Marguerite, qui nous a laissé ce témoignage précis et formel :

« Porce que aucunes fois le benoist roy ooit que ses baillis et ses prévoz « fesoient au peuple de sa terre aucunes injures et ton, ou en jugeant «malvezement, ou en estant leurs biens contre justise; pour ce accous- « tuma il à ordener certains enquesteurs , aucunes fois frères meneurs «et presebeurs, aucunes fois rlercs séculiers, et aucunes fois neis chevaliers, aucunes fois chascun an une fois, et aucunes fois pluseurs, a à enquerre contre les bailli/ et contre les prevoz et contre les autres « sergeans par le royaume; et donnoit as dit enquesteurs pooir que , se « il trovoient aucunes choses des dix baillis ou des autres officiaux ostées • malement ou soustretes à quelque personne que ce fust, que il li « feissent resta blir sans demeure; et avecques tout ce, que ils ostassent ■ de leurs offices les malvès prevos et les autres mendres sergeans que « il troveroient dig nés d estre ostez'. >»

On comprend la nécessité et les bons effets d'une pareille institution à une époque où la difficulté des communications et l'absence de toute centralisation multipliaient, entre le Gouvernement et ses agents, les distances et les lenteurs.

En résumant en trois ou quatre pages toute cette appréciation de la vie de saint Louis, qui ne comprend pas moins d'un demi-volume de Tiilemont, et qui n'est elle-même qu'une sorte de résumé de tout son livre, nous avons tâché de montrer le procédé de notre auteur, qui, là même où il semble devoir concentrer son récit , prodigue encore les menues circonstances, en narrateur usant de son loisir et peu ménager du temps de son lecteur.

C'est ainsi que Tiilemont, en parcourant du pas lent et mesuré de J'annaliste toute la vie de Louis IX, en s'appuyant constamment sur des

1 Manusc. F, p. îaa. Vu de mut bouts , t. V. p. 435 et suiv. — * Vit (U uuiU Loait, p 387 de l'éd. de l'Imprimerie royale, 1761.

autorités nombreuses, choisies, solides, a pu embrasser cette longue et féconde histoire dans son ensemble et dans tous ses détails.

Tillemont ne juge point saint Louis, il l'admire; l'auréole de cette sainte vie lui en cache les ombres. Les intentions de saint Louis Jurent toujours si pores, que l'historien se ferait scrupule d'examiner des actes qu'elles ont inspirés; il n'oserait soupçonner le moindre excès dans des vertus si touchantes et si adorables; enfin ce roi, rare entre les rois, fut tellement au-dessus de son siècle par les lumières de son esprit, la bonté de son cœur, la grandeur de son âme , que l'historien ne songe jamais à se demander si l'homme n'a pu subir parfois l'influence de son temps. .

Ne cherchons donc pas dans cet ouvrage une histoire rigoureusement critique, n'y cherchons pas même une histoire; nous l'avons dit (et nous ne saurions trop insister sur ce caractère dominant du livre que nous examinons), ce sont des matériaux que Le Nain de Tillemont rassemble, qu'il dégrossit, qu'il dispose pour la construction d'un édifice que doit élever une autre main. Mais, en même temps, c'est un livre plein d'études et de veilles, composé avec des recherches sans nombre, une sagacité pénétrante et un infatigable labeur : pour se préparer à cet ouvrage , qui n'était lui-même qu'une préparation, Tillemont a tout lu, tout compulsé, tout extrait; il a réuni une foule de documents dont le recueil est perdu, mais dont l'indication , consignée au bas de chaque page de son manuscrit, atteste la peine que l'auteur a prise et montre la confiance qu'on lui doit. Jamais la conscience d'un écrivain ne s'est mieux révélée par l'activité des études et par la prudence et le scrupule des assertions.

Si, sur un point important, tel que les brigues de Philippe, comte de Boulogne, contre ia reine Blanche, sa beHe-sœur, Le Nain de Tillemont n'a pas de témoignages qui le satisfassent pleinement, il se hâte d'en avertir : «J'en voudrais avoir des autorités plus assurées1. » A-t-il à raconter un grand démêlé entre Jean de Cisoing et le comte de Flandre, il vous dira : a II y a diverses particularitez que je n'entends pas*, n S'agitil d'une discussion sur la vraie croix, dans laquelle Le Nain de Tillemout cite une relation de Jean Mortis, chantre de la Sainte-Chapelle, il ajoute : «Quoique cette relation soit trop circonstanciée pour douter «qu'elle n'ait esté tirée de mémoires plus anciens, j'aurois néanmoins « peine à m'en servir sans avoir veo ces mémoires3. » Dans une dissertation relative à l'abbaye de Maubuisson : «On marque encore d'autres «choses de saint Louis, touchant Maubuisson, dont je n'ay pas de

' Vu de wnt Louis. 1. 1, p. 5i8. — ' Ibid. L II. p. 33o. — ' IbU. p. *ia.

u preuves '. » Cite-t-îl les Conciles de Narbonne de Battue : « Je les ay par-

• courus bien légèrement , o dit-il*. Dans son chapitre relatif aux Chartreux établis à Paris par saint Louis , Tiliemont cite quelques autorités , et puis il dit : o On pourrait tirer beaucoup d'autres choses sur cela des

• antiquités de Paris; mais, comme on n'en rapporte point les preuves, «et qu'il y en a plusieurs dont je ne voudrais pas répondre, je n'en ay «rien mis9. « A tout moment, enfin, des phrases telles que celles-ci : «Je ne sçay ce que c'est. . . » — «Je n'en ay point vu les preuves. » — u Je no sçay si j'entends bien cet endroit.» — «Je n'ai pas asseï étudié «ce point.» expriment naïvement la circonspection, la bonne foi. la modestie de Tiliemont-, son érudition est partout sans faste et sans ruses; il ne rougit pas d'ignorer : c'est le caractère du véritable savant.

Après ce que nous avons dit de la manière dont ce livre a été composé, est-il nécessaire d'ajouter que la lecture en est parfois un peu difficile? tant la multiplicité des détails, les répétitions fréquentes, l'absence de tableaux d'ensemble, de considérations développées, nuisent a l'intérêt, au plaisir littéraire. Sans doute, les pensées philosophiques, les réflexions morales, les observations judicieuses, ne manquent pas, mais elles disparaissent trop, perdues dans les mille circonstances de la narration. Toutefois, malgré cette sécheresse presque inhérente au genre des annales, où les faits de toutes sortes sont classés les uns a la suite des autres, a la manière des tables, il y a dans l'histoire de saint Louis un attrait si puissant, l'intimité continuelle avec cet héroïque et bon prince a tant de charme, que, une fois cette étude commencée, on ne quitterait pas volontiers l'auteur avant d'avoir été jusqu'au bout. En un mot. Le Nain de Tiliemont se résume peu, il ne conclut pas, mais il vous aide à résumer et à conclure. Les traits du tableau restent partout épais dans ces six volumes, mais ils sont si nets, si précis, parfois si expressifs, que le tableau se compose de lui-même dans votre iinagi nation, si vous consentez à quelques moments de réflexion après la lecture.

Nous avons dit six volumes; ajoutons que le dernier n'a avec saint Louis qu'un rapport indirect. Tiliemont y raconte la conquête du royaume de Sicile par Charles, comte d'Anjou et de Provence, frère de saint Louis , et ensuite il fait l'histoire de Guillaume de Saint-Amour et de ses querelles avec les Jacobins, qui disputaient à l'université l'éducation de la jeunesse. Ce furent là, en effet, deux grandes affaires du règne de saint Louis, et qui en forment un appendice nécessaire; mais

1 Kw<s»«niUlsa»»tn.p.479- -* 1W. Llll.p. 441. ' — iW.t. IV, p. aoo.

ce n'est plus l'histoire de saint Louis lui-même, et ce prince n'est pas ici, comme dans le reste du livre, continuellement sous les yeux du lecteur. Ce sont, d'ailleurs, deux morceaux qui méritent d'être étudiés, et qui sont composés avec le môme amour des détails, la même curiosité de recherches , la même richesse de sources , que le reste de l'ouvrage.

Ce n'est pas seulement dans la postérité que la mémoire de ce saint roi a été honorée; ses successeurs immédiats l'avaient déjà en grande vénération. Il n'a pas eu besoin de la prestigieuse perspective du tempa et de l'éloignement, et ce n'est pas à lui que va le proverbe major e longinqao reverentia. Peu de règnes sont aussi féconds en documents que vcelui de Louis IX, et cette époque est Tune de celles qui ont le plus occupé les historiens. Les contemporains les mieux informés l'ont raconté en présence des événements; les compagnons, les commensaux de saint Louis ont été ses biographes. On peut lire, dans la Bibliothèque historique de la France, la longue liste que le P. Le Long et Fontettc nous ont conservée des auteurs qui seront occupés de ce siècle et de l'homme qui en fut la gloire. Depuis le temps où Tillemont écrivait, la grande collection des ordonnances a été publiée, et la science historique a fait de réels progrès. Enfin, de nos jours, MM. Mignet et Beugnot ont commencé leur réputation littéraire par deux ouvrages sur les institutions de saint Louis, couronnés tous deux, en 182 1, par l'Académie des inscriptions et belles-lettres; et, depuis, de curieux monuments de ce règne ont été publiés dans la Collection des documents inédits sur l'histoire de France1, particulièrement le recueil des Olim%, auquel les savantes préfaces et les notes de M. Beugnot ajoutent beaucoup de prix. Néanmoins, le livre de Tillemont offre une suite de faits si abondante et si complète, un si grand nombre d'autorités originales et dignes de confiance, qu'il tiendra une place à part parmi les ouvrages qui concernent notre histoire. Ce livre contient, d'ailleurs, sur des points contestés, des documents et des vues qui manquent aux histoires les plus récentes et les plus développées. Sous ces divers rapports, aucune n'en peut tenir lieu, et nous devons à la société de l'histoire de France et à l'éditeur

1 Règlement* sur les arts et métiers de Paris, rédigés au xm* siècle cl connus sous le nom du Livre des métiers, d'Etienne Boileau, publiés par M. Depping, en 1837; 1 vol. in-4*. Li Livres de iostice et de plet, publié, en i85o, par MM. Kapetti el Chabaille; 1 vol. in-4*. — * Les Otim, ou Registres des arrêts rendus pur la cour du roi sous les riants de saint Louis, de Philippe le Hardi, de Philippe le Del, de Louis le Mutin et de Philippe le Long, publiés par le coin le Beugnot|, 1839-1848; 4 vol. in-4'

qu'elle a choisi 1 de sincères remerciaient» pour la publication de ce livre, nécessaire à la connaissance complète du règne d'un de nos plus grands rois.

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