M. AVENEL
' Nous avons dit dans uotre premier article k p. 6a8, le soin qu'a du prendre M. de Gaulle pour réparer les lacunes du manuscrit de Le Nain de Tillemonl et pour le mettre en état d'être publié. 11 a, en outre, vérifié les nombreuses citation» qui font de ce livre la source la plus abondante d'indications qu'on puisse avoir sur cette époque; il a pu les rectifier quelquefois; cette tikbe était laborieuse, et M de Gaulle l'a remplie avec une louable dibgence. Aux notes de l'auteur, réunies dans le tome VI, il en a joint d'autres, utiles à l'éclaircissement de divers passages. Enfin une table analytique des matières rend les recherches faciles a ceux qui voudront consulter cet ouvrage.
NOUVELLES LITTÉRAIRES
INSTITUT DE FRANCE
ACADÉMIE DES SCIENCES
M. le vicomte Héricart de Thury, membre libre de l'Académie de» sciences, est mort à Rome, le ib janvier \Sbà.
M. Gaudichaud, membre de l'Académie des sciences (section de botanique), est mort à Paris, le iG janvier i85â.
L'Académie des sciences a tenu, le lundi 3o janvier, sa séance publique sous la présidence de M. Combes.
Après le discours d'ouverture de M. le président et la proclamation des prix décernés et des prix proposés. M. Flourem, secrétaire perpétuel, a lu l'éloge histo rique de M. de Blaimilie.
Nous donnerons, dans le prochain cahier, les noms des savants qui ont obtenu des prix, des médailles ou des encourage m . nts daus le concours de i&bj, et le» sujets de prix proposes pour \8bk et 1 855.
ACADÉMIE DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES
M. Blanqui, membre de l'Académie des science» morales et politiques (section d'économie politique et statistique) , est mort & Paris, le 39 janvier i85£.
LIVRES NOUVEAUX
FRANCE
Des jetés du moyen âge, civiles, militaire* et religieuse*, par A. de Martonne. Pari». i853. — L'auteur s'est proposé, dans ce court opuscule, de recueillir les usages les plus curieux du moyen âge en ses jours de fête. Il n'a pas eu la prétention d'être complet; il n'a voulu qu intéresser le lecteur par des scènes de mœurs profondément éloignées des nôtres. Il y a réussi: après avoir lu son opuscule, on n'en regrette que la brièveté.
L'Imitation de Jésus-Christ fidèlement traduite du latin, par Michel de Marillac, garde des sceaux de France; édition nouvelle, soigneusement revue et corrigée par V. S. de Sacy; Paris, i854, chexTechener,xvi-49i pages petit in-8°. — La traduction de 1" Imitation , publiée pour la première fois .en 1 6a 1 , par M. de Marillac, et , depuis, réimprimée plus de cinquante fois, a toujours passé auprès des connaisseurs pour reproduire le lexte avec une grande fidélité et surtout avec celle simplicité < particulière de style qu'on ne retrouve plus dans les traductions subséquentes.
• Dans tous les passages où l'onction domine , dit M. de Sacy , Marillac atteint pres-
• que son modèle : c est la même simplicité , la même douceur pénétrante , et cette « divine enfance de langage qui met les choses les plus hautes à la portée des es- ■ prits les plus humbles. Quand on lit la traduction de Marillac , en laissant de
• côté le texte latin , on se sent peu à peu ému et charmé ; rien ne vous rappelle que
• ce n'est qu'une copie. * Le secret d'une pareille traduction c'est que son auteur a moins voulu faire une œuvre littéraire, qu'un ouvrage de piété, qu'il s'est ainsi approprié les pensées de son texte, et qu'il s'est laissé tout entier dominer par le sentiment vif des devoirs du chrétien, si merveilleusement retracés dans l'Imitation de J. C. Tant de qualités réunies dans une traduction ont engagé M. de Sacy à la réimprimer, et M. Techener, a qui l'on doit de voir revivre beaucoup d'ouvrages devenus rares de nos jours, a voulu (aire de cette réimpression un livre d'amateur: papier, caractères, disposition» typographiques, soin dans le tirage, élégance du format, tout a été réuni dans celle nouvelle édition. Co qui surtout lui donne du prix, c'est une préface trop courte, où M. de Sacy, après avoir parlé de Michel de Marillac et de sa traduction , nous communique , en un langage tout à (ait digne du sujet, ses impressions sur l'Imitation.
Rome ancienne depuis ta fondation jusqu'à la chute de l'empire. — Rome modurne depuis rétablissement da christianisme jusqu'à nos joûrs, par Mary-Lafon; Paris, i853,
a roi. in-8* de vi-3q4-446 pages avec carte*, plan et ligures, cbet Fume. — Oi ouvrage est uoc histoire des Piomains, et surtout une histoire de Home, de ses institutions, de ses monuments, de ses mœurs, de sa vie publique et privée. Sous ce rapport. Rome ancienne et moderne se distingue de toutes les histoires romaines qui l'ont précédée, et offre un intérêt très-varié en nous faisant passer tour a tour de I histoire à l'archéologie , des peintures de mœurs à la description des batailles, de la biographie a l'appréciation des événements politiques ou à la discussion de> grandes affaires qui s'agitaient au forum. M. Mary- Lafon , tout en ayant pour but spécial de s'adresser aux gens du monde, ne s'est pas contenté d'une compilation; il a puisé aux sources , s'appuie sur les meilleures autorités et a consacré plusieurs mois à visiter les lieux qu il voulait décrire.* on sent parfois dans son style qu'il s'est inspiré à l'aspect de ces antiques monuments de Home paienno ou de Home chrétienne, monuments qui rappellent de si grands noms et de si grands événements. En Usant l'ouvrage de M. Mary,- Lafbn . on s'aperçoit qu'il a beaucoup lu. mais que c'est à dessein qu'il a soigneusement évité toute apparence d'érudition pour n'interrompre ni la suite du récit ni la vivacité des impressions. Sous tous les rapports, nome ancienne nous parait supérieure à Rome moderne, où l'on remarque plus de lacunes, plus de précipitation, et des appréciations un peu plus hasardées; mais ces défauts tiennent peut-être à ce qu'il y a, jusqu'à présent, moins de matériaux rassemblés sur Rome moderne , et que, d'ailleurs, faire l'histoire de Rome depuis l'origine du christianisme jusques et y compris le xvti* siècle, c'est faire l'histoire du monde. — Déjà, dans une seconde édition, M. Mary-Lafon a beaucoup amélioré Rome ancienne, espérons qu'il en sera bientôt de même pour Rome moderne.
Un pèlerinage au pays du Cid, par A. F. Ounam; Paris, i853. in-8* de 61 n. chex Douniol et J. Lecoffre. — Ces pages» écrites pour ainsi dire, sur le bord de la tombe, sont le testament littéraire de M. Osanam , mort épuisé par un travail opiniâtre. Une appréciation fine et élevée de la légende du Cid , une description animée des lieux où s'est formée cette légende, un style coloré mais empreint des trist esses de la mort, distinguent cet écrit posthume.
Dante hérétique, révolutionnaire et socialiste, révélations d'un catholique sur le moyen âge, par E. Aroux, ancien député. Paris, i854, librairie de Jules Aenouard. imprimerie de W. Remquct, xvt-473 pages in-8". — Cet ouvrage, qui est dédié au pape, témoigne, quel que soit le jugement qu'on en doive porter, de longues et consciencieuses études. L'auteur y examine, à son point de vue, les divers ouvrages du Dante, la Vie Nouvelle, la Divine Comédie, le Banquet, le Cantoniert, le Traité de l'idiome vulgaire , Ut trou livret de la Monarchie, etc. Nous reviendrons
Qœlqaej jlears pour une couronne, poésies anciennes et nouvelles , par Hippolyle Tampucci. Meaux, imprimerie de A. Carro, Paris, librairie de Garnier frères, in- 13 de 319 pages. — Ce recueil des œuvres d'un ouvrier poète , publié par souscription, mérite l'attention et l'intérêt que des noms illustres, inscrits en tète du livre , réclament pour lui.
Traité de la science médicale, histoire et dogmes, comprenant un précis de méthodologie et de médecine préparatoire, un résumé de l'histoire de la médecine, suivi de notices historiques et critiques sur les écoles de Cos, d'Alexandrie , de Salerne , de?Paris, de Montpellier et de Strasbourg ; un exposé des principe* généraux de la science médicale renfermant les éléments de la pathologie générale: par le docteur
Éd. Auber, Paris, i853, in-8* de xti-644 p.. chez Germer-Baillière. — Ce qu'il faut surtout louer dans ce lirre , ce sont les intentions de l'auteur', et son application soutenue à l'élude des grands problèmes de la médecine ; mais nous ne voudrions pas affirmer que son érudition est toujours de bon aloi, et que ses principes de philosophie médicale soient toujours justes; M. Auber se déclare hippocratique , mais peut-être ne sait-il pas toujours ce qu'il faut entendre par hippocratisme. La vie, la nature, sont des mots bien vagues quand Us ne sont pas expliqués par les connaissances les plus avancées de la physiologie , de la chimie et de la physique, et surtout de la pathologie. La partie historique du Traité de la science médicale nous a paru pécher par une connaissance insuffisante des livres et des faits. Quant à la Miction consacrée à la pathologie générale, il nous a semblé que l'auteur était au courant de la science; il expose avec lucidité et avec une certaine vivacité les questions qu'il a plus particulièrement approfondies. En somme M. Auber a fait nn livre recomman dable; quoique entaché d'erreurs de détails et de vues systématiques mal jusliliées.
Traité des synonymes de la langue latine, composé sur un plan nouveau, d'après les travaux des grammairiens , des commentateurs et des synonymiates anciens et modernes, et principalement d'après le grand travail de Doederlein, par E. Barrault et E. Grégoire , ouvrage qui a remporté le prix de linguistique , fondé par M. de Volney. Paris, i853,in-8* de xxxu-768 pages, chez Hachette. — Cet important ouvrage, qui a mérité une haute sanction de la part de l'Académie des inscriptions, et qui laisse bien loin derrière lui le traité des synonymes de l'abbé Girard, est à la ibis philosophique et philologique. L'introduction renferme des considérations sur la formation de ce qu'on appelle «ynonymw, sur les sources auxquelles les auteurs ont puisé, enfin sur la division de l'ouvrage. — Deux grandes divisions partagent (oui ce traité : études des synonymes à radicaux identiques; études des synonymes à radicaux divers. Une ample table alphabétique termine le volume. De nombreux exemples, très-bien choisis, groupes avec art, justifient les considérations générales sur chaque synonyme, considérations qui sont elles-mêmes savantes et très-précises. En un mot, maîtres et élèves puiseront une instruction solide dans cet excellent traité, qui fait honneur à l'Université. — A propos de ce livre, nous rappellerons que M. Pillon a aussi publié, il y a quelques années, un traité des synonymes de la langue grecque fort apprécié des savants, et qui a trouvé place dans les bibliothèque* des établissements d'instruction secondaire.
De quelques points des sciences dans l'antiquité (physique, métrique et musique) , par B. Jullien, docteur ès sciences et licencié ès lettres. Paris, 1 854, in-8* de vni-5 13 pages: chez Hachette. — Ce volume est une réunion de divers mémoires instructifs sur la physique et la métaphysique d'Aristole, sur la grandeur du monde et des astres, sur la vision selon les anciens , sur le passage de la physique scholastique à celle de Descartes, sur plusieurs questions de l'histoire de la métrique et de la musique chez les anciens.
De la météorologie dans ses rapports avec la science de l'homme, et principalement ave< la médecine et l'hygiène publique, par P. Foissac. Paris, i854, a vol. in 8° de 5o8 et ' ao pages, chez J B.Baillière. — M. Foissac, connu dans la science pard'inlércssanU travaux sur les climats, sur la gymnastique des anciens et sur le magnétisme auirual , a résumé dans le présent ouvrage de longues et t érieuses études sur la météorologie appliquée à la médecine et à l'hygiène. Son livre se recommande par des
connaissances exactes et précises. On y remarquera peut-être plus de netteté dans l'exposition que de profondeur dans les vues ; toutefois plusieurs aperçus, propres a l'auteur, attestent une observation attentive.
Carte physique et météorologique du globe terrestre, comprenant la distribution géographique de la température (lignes isothermes, des vents, des pluies et des neiges) ; par le docteur Boudin. Paris, i853 , a* éd., grand in-plano, chez J. B. Baillière. — Celte carte, dressée par un médecin qui a beaucoup voyagé, et qui a publié un grand nombre de mémoires importants sur la géographie et la statistique médicale, ne peut manquer de fixer l'attention des médecins, des géographes et des voyageurs. L'auteur a enrichi cette nouvelle édition du tableau des limites atteintes par divers voyageurs, de l'altitude des principales c haines de montagnes, de la quantité annuelle d'eau (pluie et neiges) à diverses latitudes, de l'altitude moyenne des continents , des limites des neiges perpétuelles, enfin des jours de neige dans l'année.
Œuvres sociales de W. R. Channing, traduites de l'anglais, précédées d'un essai sur la vie et les doctrines de Channing et d'une introduction , par M. Ed. Laboulaye. Paris, Comon, 1 853-54. in-18 de Lxv-3ia p. — Channing, à peu pn-s inconnu en France, jouit, et à juste titre, aux États-Unis, d'une grande célébrité: sa position s'est déjà étendue en Allemagne et surtout en Angleterre ; nous ne saurions donc qu'applaudir à la publication de ses œuvres les plus importantes. Le soin de celte publication a été confié à M. Laboulaye. Cet habile écrivain, dans une introduction savanle et étendue, nous fournit de curieux renseignements sur le caractère politique et religieux de Channing; chemin faisant, il nous révèle l'étrange cl curieux mouvement d'idées théologiques et sociales qui agitent et passionnent toute la jeune Amérique. Ce volume comprend les trailés suivants de Channing : De t éducation personnelle; De l'élévation des classes ouvrières; De la tempérance; Du ministère pour les pauvres; Des devoirs d's municipalités; Vie de Tuckermann, philanthrope célèbre.
Etudes sur le traité de médecine d'Âbou Djùfar Ah'mad intitulé Zad al-moçafir * la provision du voyageur, • parG. Dugal. Paris, 1 853, in-8*dc 67 pages, chex J. B. Baillière. — M. Dugat, connu déjà par d'importants travaux sur la littérature orientale, a entrepris, à la demande de M. Daremberg, une élude sur la vie et sur les écrits d'Abou Djàfar. médecin célèbre, et dont le moine Constantin l'Africain s'c*t approprié le Zad al-moçafir, en le traduisant en latin sous le nom de Viaticum. M. Dugat en a tiré la vie d'Abou Djàfar d'Ibn-Obi-Oçeïbyya ; il donne le texte el la traduction arabe. A celte vie il a ajouté la traduction de plusieurs chapitres du Zad al-moçafir, la liste critique de tous les auteurs cites dans cet ouvrage; enfin la table des matières en arabe et en français. On ne peut que recommander ces Études aux am.deurs de la littérature arabe et de l'histoire de la médecine.
La cité de Dieu de saint Augustin, traduction nouvelle par L. Morcau, conservateur à la bibliothèque Maxarine, a* édition, Paris, i854, 3 vol. in-ia, de xv-536- 59I-5C8 pages, chez Lec offre. — Ce travail , à sa première édition, a fixé l'attention du public et a mérité des encouragements académiques à l'auteur. Dans celle nouvelle édition, M. Moreau a revu le texte el la traduction avec un soin scrupuleux, a modifié les noies en quelques points et en a ajouté plusieurs. Nous regrettons seulemenl de ne pas trouver une table alphabétique à la fin de l'ouvrage.
S. Thom.ee Aquinatis de veritate catholica ftdei contra gentiles, sea Summu philoso-
phica; acceuerunt prête i pua ejatdem doctorù philotophica optueula. Donuo recensuerunt cl cum notis et indice ediderunt P. C. Roux- La vergue, E. d'Yxalguier, E. Germer- Durand; t. I, Nemausi, i853. — On peut différer d'opinion avec les éditeurs sur la nécessité qu'il y avait à publier de nouveau la Samma contra gentitet et sur l'efficacité qu'ils supposent à ce livre pour redresser les erreurs de notre temps : toute la philosophie du moyen âge. celle de saint Thomas en particulier, n'a guère pour nous qu'un intérêt hblorique. Mais, à ce point de vue, le livre que nous annonçons est loin d'être sans valeur : c'est, sans contredit, l'édition la plus correcte et la plus commode que nous ayons de l'ouvrage le plus important de la scholastique orthodoxe. Les éditeurs y ont joint les principaux opuscules de saint Thomas, opuscules qui no se trouvent guère que dans les œuvres complètes du Docteur Angélique, et sont, par conséquent, d'un difficile accès.