CONSIDÉRATIONS FINALES DE LA IV PARTIE
Le principe d,u pendule explorateur tel que nous venons de le formuler, considéré dans ses rapports avec les sciences expérimentales au point de vue le plus restreint, c'est-à-dire dans sa relation la plus immédiate avec un sujet spécial auquel il s'applique , a une importance incontestable, parce qu'il montre les erreurs auxquelles des esprits qui ont étudié les sciences du domaine de la philosophie naturelle peuvent être entraînés, tout en croyant rester dans les limites de l'expérience.
Aux écrits de Thouvenel et de Tristan sur la baguette, et de Gerboin sur le pendulo explorateur, qui sont trois exemples à cher à l'appui de cette proposition, il en est un quatrième, peu connu, mais trop intéressant et trop intimement lié à notre sujet, pour que nous le passions sous silence.
Longtemps après la publication de notre lettre à M. Ampère, nous avons retrouvé, dans les Transactionsphiksophiques 1 et ï Histoire de ï électricité du docteur Priestleya, des faits qui ajoutent quelque intérêt à l'explication que nous avons donnée du pendule explorateur. Tous les physiciens connaissent l'importance des découvertes de Gray en électricité, mais beaucoup de nos contemporains ignorent que les derniers travaux qui l'occupèrent avaient trait au pendule explorateur, et qu'au lit de la mort il les exposait au secrétaire de la Société royale de Londres, le docteur Mortimer.
Un globe de fer de î pouce à i pouce \/-x de diamètre, faiblement électrisé, est placé au centre d'un gâteau circulaire de résine de 7 à 8 poucesde diamètre; un corps léger, suspendu à un til très-fin de 5 a 6 pouces de longueur, dont on tient l'extrémité libre à la main audessus du globe de fer, se meut en cercle spontanément et constamment, suivant Gray, d'occident en orient.
Si le globe de fer est à quelque distance du centre du gâteau circulaire, le mouvement du corps léger est une ellipse dont l'excentricité est la distance du globe au centre du gâteau.
Que le gâteau soit elliptique et que le globe de fer soitaû centre, le corps léger décrira une ellipse de la même excentricité que celle de l'ellipse du gâteau.
Si le globe de fer est dans un des foyers de l'elupse du gâteau, le
1 Phi Tram. Abriged. toI. VIII , p. 4oi. oo3, 4o4, A18. — * Hùtoin de Xi- Itetricilé de Priestley , traduction française , 1. 1", p. 1 09 a 1 1 6.
corps léger aura un mouvement plus rapide dans l'apogée que dan* le périgée de son orbite.
Le corps léger ferait les mêmes révolutions autour da globe de fer placé sur une table sans reposer sur un corps électrique; mais le ptouvement n'a lieu qu'autant que le pendule est tenu à la main.
Gray ne doutait pas, si Dieu lui prêtait vie, qu'il ne portât ses expériences électriques & la perfection, qu'il n'étonnât le monde avec une nouvelle sorte de planétaire au moyen duquel il établirait une théorie certaine, propre à expliquer les mouvements des corps célestes.
Le docteur Mortimer confirma les expériences de Gray, et dit que le pendule faisait des révolutions autour des corps de différentes figures et d'espèces diverses aussi bien qu'autour d'un globe de fer.
Les expériences furent répétées avec une grande variélé de circonstances par M. Wheeler et d'autres personnes, dans la maison 06 s'assemblait la Société royale de Londres; mais on ne put en tirer aucune conséquence; enfin M. Wheeler, après beaucoup d'expériences et des résultats divers, dit que son opinion était que le désir de produire le mouvement d'occident en orient était la cause secrète qui avait déterminé le corps suspendu à se mouvoir dans cette direction au moyen de quelque impression qui venait de la main, quoiqu'il ne se fût pas aperçu lui-même qu'il donnât aucun mouvement à sa main.
Priestley, en rapportant les expériences de Gray, adopte l'opinion de Wheeler, et ajoute que les chimères de ce grand électricien (Gray) apprennent à ceux qui le suivent dans la même carrière, qu'il faut être bien circonspect dans les conséquences que l'on tire.
Si Wheeler n'a pas soumis son opinion à de nouvelles expériences pour lui donner le caractère de la vérité, conformément à la méthode expérimentale, et si elle ne peut dès lors être considérée que comme une induction, nos propres recherches la mettent hors de doute et lui donnent une importance qu'elle n'aurait pas eue sans elles; car aujourd'hui que le doute n'est plus permis sur l'explication du mouvement du pendule explorateur, évidemment les expériences de Gray, de Mortimer et de Wheeler, sont des laits à citer en sa faveur.
Le principe du pendule explorateur expliquera en oertains cas la différence existant entre des résultats obtenus dans le même temps par différents expérimentateurs qui ont travaillé sur un même sujet avec des vues différentes. Lorsqu'on a cherché soi-même la vérité pendant une certaine période de temps, on arrive à la conviction des difficultés de la connaître en quoi que ce soit; et, dès lors, les nombreuses erreurs dont l'histoire des sciences est semée n'ont plus lieu de sur-
prendre. Si toutes devaient être attribuées à la légèreté, à un défaut d'habileté et, dit-on même, à un manque de probité scientifique, nous ne dirions rien , mais il importe d'en signaler quelques-unes : elles sont commises par des hommes d'une entière bonne foi, et qui, à l'esprit de recherche, allient encore l'habileté de l'expérimentateur, de sorte que leurs organes obéissent à une pensée sérieuse et scientifique. C'est à eux que nous nous adressons afin d'appeler leur attention sur le principe du pendule explorateur, et que, le connaissant, ils évitent des erreurs qui, à leur insu, rentrent en définitive dans celles qu'on rapporte à ce qu'on appelle le coup de poace dans le langage vulgaire des expérimentateurs.
Le principe du pendule explorateur montre donc à l'expérimentateur la nécessité d'étudier l'influence de sa pensée sur ses propres organes, lorsqu'ils servent d'intermédiaire entre le monde extérieur et l'entendement dans l'étude des phénomènes du ressort de la philosophie naturelle.
Il montre au philosophe combien il importe , dans l'intérêt de la vérité, de connaître toute l'influence que la pensée peut avoir sur les organes du corps sans que cette pensée soit h volonté; et combien, lorsqu'il s'agit, au point de vue de la morale, d'apprécier certaines actions, il est nécessaire de distinguer celles dont je viens de parler des actions émanées d'une volonté prononcée.
E. CHEVREUL
NOUVELLES LITTÉRAIRES
INSTITUT IMPÉRIAL DE FRANGE
ACADÉMIES DES INSCRIPTIONS ET DES BEAOX-ARTS
M. Raoul-Rochelto. membre de l'Académie des inscription* et belles-lettres et secrétaire perpétuel de l'Académie des beaux-arts, et l'un des collaborateurs du Journal du Shtanti, est mort a Paris le 5 juillet.
kbh JOURNAL DES SAVANTS.
Dans la séance du 1 A juillet, M. de Cberrier a été élu membre libre de l'Académie des inscriptions et belles-lettre» , en remplacement de M. Séguier de Sainlfirisson , décédé.
LIVRES NOUVEAUX
FRANCE
Charles-Qaint , son abdication, son séjour et sa mort aa monastère de Yuste, par M. Mignet. membre de l'Académie française, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences morales et politiques. Paris, imprimerie de Pion frères, librairie de Paulin, i854, in-8* de xv-464 pages. — Les articles insérés par M. Mignet dans le Journal des Savants, du mois de novembre i85a au mois de mars i854* sont l'origine de ce livre. Nous n'aurions donc pas toute la liberté nécessaire pour en faire ici l'éloge, si l'illustre auteur s'était borné à reproduire son premier travail dans celle nouvelle publication. Mais l'Histoire de l'abdication de Charles-Quint, de son séjour et de sa mort au monastère de Yuste reçoit aujourd'hui, avec des développements nouveaux, sa forme définitive, et il nous sera permis de signaler à nos lecteurs l'art de composition que M. Mignet a su mettre dans ce grand morceau d'histoire, écrit avec la même supériorité que sa Jl/ari« Stuart. A l'aide de documents nombreux et authentiques, les uns récemmeat publiés, les autres demeurés encore inédits, l'éminenl historien explique l'abdication de Charles-Quint en lui donnant ses motifs et sa grandeur, et raconte sa vie à l'ombre du cloitre en lui restituant toute l'influence extérieure qu'elle conserve et tout l'attrait intérieur qui l'anime. • En se retirant de la scène, dit M. Mignet, Charles-Quint ne se retire pas de l'histoire. Les affaires l'accompagnent dans le couvent où il s'enferme et remplissent encore sa solitude de ce qui avait occupé sa puissance. . . Beaucoup de négociations s'y traitent, et de graves événements s'y préparent Les guerres d'Italie et de France, les batailles de Saint-Quentin et de Gra vélines, les sièges de Calais et de Thion ville, les entreprises maritimes des Turcs ont leur retentissement à Yuste, où Charles-Quint, soit par la connaissance, soit par le conseil, ne demeure étranger à rien de ce qui se passe alors sur le théâtre du inonde. Ce volume, consacré à sa vie dans le monastère, est donc tout ensemble une étude intime sur Charles-Quint et un tableau de l'histoire générale du temps aperçu du fond d'un cloitre, et tombant sousle regard et le jugement du plus grand politique du siècle.»
Récits de l'histoire de Frtmce, par J. A. Courgeon, professeur agrégé d'Uisloirc. Première et seconde période. — La Gaule romaine, les Mérovingiens. — Paris, imprimerie de Lahurc, librairie de Hachette, i853-i854, a volumes in-ia de vi-ago et /joa pages. — Faire connaître les principaux événements et les personnages les plus célèbres de notre histoire, ollrir. à l'aide d'une série d'épisr>des rattachés les uns aux autres par une rapide analyse des faits intermédiaires, un tableau abrégé de ce que fut la France depuis les temps le* plus reculés jusqu'à la chute de l'ancienne monarchie, marquer l'unité morale et l'encliainement providentiel des phases si diverses du passé de notre pays, tel est le but que s'est proposé l'auteur de ce» ouvrage. Ses intéressants récils, où se
trouvent reproduits, dans une juste mesure, les détails qui seuls impriment aux événements leur caractère et leur physionomie propre, sont principalement adressés à la jeunesse et peuvent servir d'introduction a la lecture des savants travaux publiés dans ces derniers temps sur l'histoire de France. Le premier volume embrasse la première période, c'est-à-dire l'histoire de la Gaule indépendante et de la Gaule romaine; le second volume comprend toute la période mérovingienne. L'auteur y a joint un appendice , des tableaux chronologiques et des tableaux généalogiques des rois de la dynastie mérovingienne. L'ouvrage entier comprendra six périodes ou six parties distinctes, et s'arrêtera à la révolution de 1789.
Jacques Cœur et Charles VII, ou la France au xv' siècle, élude historique, par M. Pierre Clément. Paris, imprimerie de Gratiot, librairie de Guillaumin, iHô.'i, a volumes in-8* de cti-3ia et 464 pages avec planches. — On retrouve dons celte étude historique les mérites d'érudition et de style qui distinguent deux autres ouvrages du même auteur : Y Histoire de la rie el de l'administration de Colbert, couronnée par l'Académie française, et le Gouvernement de Louis XIV, couronné par l'Académie des inscriptions et belles-lettre». M. Clément a recherché avec soin tout ce qui a été publié it ce qu'il a pu trouver d'inédit sur le sujet qu'il traite aujourd'hui, et il ix fait de ces matériaux un habile usage pour peindre avec beaucoup de vérité les personnages de Jacques Cœur et de Charles VII, et pour tracer autour de ces principales ligures un tableau aussi exact qu'intéressant de la Fiance au xv* siècle. L'ouvrage est accompagné d'une notice étendue sur la valeur relative des anciennes monnaies françaises, et suivi de pièces justitteatives dont la plupart sont publiées pour la première fois.
Dictionnaire des manuscrits, ou recueil de catalogues de manuscrits existant dans les principales bibliothèques d'Europe, concernant plus particulièrement les matières ecclésiastiques el historiques, par M. X ; publié par M. l'abbé Migne.
Imprimerie de J. P. Migne, au Pctit-Montrougc, i854t a volumes in-4* de i,q44 et i,8o3 pages sur deux colonnes. — Cet ouvrage important, qui fait partie delà nouvelle encyclopédie théologique publiée par M. l'abbé Migne, a pour base principale la reproduction du livre publié k Leipsick en i83o, par G. Haenel, sous le titre de : Cutalogi librorum manascriptorum qui in bibliothecis Gallia, Helvetiœ , Belgii, Britanniœ Magnœ , Ilispaniœ, Lusituniœ, assenantur, travail inexact et incomplet sans doute à beaucoup d'égards, mais dont l'extrême utilité a clé, depuis longtemps , reconnue. L'auteur du Dictionnaire des manuscrits a fait de notables augmentations aux catalogues d'IIaencl, dans lesquels on ne trouvait rien, ni sur la Bibliothèque impériale de Paris, ni sur les bibliothèques d'Italie. En ce qui concerne les bibliothèques de nos départements, il a cherché à compléter et à rectifier les listes trop souvent fautives du savant professeur allemand. Ainsi, pour les manuscrits d'Autun, d'Albi, do Laon , de Montpellier, il a fait usage des catalogues plus étendus et plus exacts qui en ont été publiés depuis Haenel par les soins du ministre de l'instruction publique. Nous regrettons, toutefois, qu il n'oit pas mis à proCt les travaux du même genre dont les manuscrits de quelques autres bibliothèques des départements ont été l'objet depuis quelques années, par exemple ceux dedmbrai.de Douai.de Lille. Quanta la mbliolhèqucîmpériale de Paris, on ne pouvait s'attendre à trouver ici un catalogue général des manuscrits de cet immense dépôt. L'aulcur s'est borné à donner, principalement d'après M on l fa u ton [Dibliolheca Dibliothecurum manuscriptorum nova), les listes des fonds les plus importants. Ce sont aussi les ouvrages de Montfaucon cl «le Haenel qui lui ont fourni la plupart de ses catalogues des manuscrits d'Angleterre, de Suisse, de Belgique, de Hollande, d'Espagne el de Por-
togal. On trouve aussi beaucoup d'extraits de Monlfaucon sur les diverses bibliothèques de l'Italie. Mais ce qui donne un prix particulier à cette partie de l'ouvrage, c'est la reproduction presque entière du catalogue des manuscrits de la bibliothèque Capponi, à Florence , publié, en i845, par M. Charles Milanesi. En résumé, malgré quelques lacunes et des fautes d'impression malheureusement assez nombreuses, ce Dictionnaire des manuscrits sera d'une grande utilité à toutes les personnes qui étudient l'histoire à ses sources. Cette utilité serait plus grande encore, si l'ouvrage était suivi, comme le livre d'Haencl, d'une table des noms d'auteurs.
La Syrie, la Palestine et la Judée; pèlerinage à Jérusalem et aux lieux saints, par le R. P. Laorly-Iladji. Paris, imprimerie de Morris; chez Boltc-Lasallc, éditeur, r854, in-i a do 5oG pages. — L'auteur de ce livre a visité lui-même les lieux qu'il décrit, et il appuie ses propres observations d'un grand nombre de citations empruntées aux historiens et aux voyageurs anciens et modernes. L'ouvrage se divise en deux parties, dont la première traite de la Syrie. On y trouve un résumé de l'histoire de ce pays et une description étendue des quatre pachaliks qui en forment les divisions terriloriales. La seconde partie, plus développée que la première, est consacrée a la description de la Terre sainte. Tout ce qui concerne Jérusalem et ses monuments, Bethléem, Nazareth, la mer Morte, le mont Sinai, y est traité surtout avec un grand soin. On trouve dans les derniers chapitres un tableau des mœurs des Turkomans, des Kotirdes, des Arabes du désert, et des remarques sur le sol, le climat, l'industrie de la Palestine, sur l'état des chrétiens dans cette partie de l'empire ottoman et sur l'influence du gouvernement des Turcs.
Mémoires de la Société dunkeraaoise pour T encouragement des sciences, des lettres et des arts. Dunkerquc, imprimerie de Vandalle, i853, in-8* de a36 pages. — Fondée en i85 1 , cette Société a déjà fait beaucoup pour propager dans la Flandre maritime le goût des études sérieuses. Les résultats de ses travaux sont consignés dans une série de bulletins et dans le recueil de Mémoires dont nous annonçons le tome premier. Parmi les mémoires que contient ce volume, on remarque une notice de M. Carlicr sur don Louis Velasco, comte de Salazar, un des généraux les plus renommés de l'armée espagnole dans les Pays-Bas, mort à Dunkcrque en i6a5; un rapport de M. Cousin sur d^ux manuscrits de l'abbaye de Watten ; des considérations et des recherches de M. Derode sur ie blason , particulièrement sur celui de la ville de Dunkcrque et sur les armoiries de Jean Bart; des souvenirs d'un voyage en Morée, par M. Bobilier; des observations météorologiques sur le- climat de Dunkcrque, par le même;. une notice sur un météore igné observé près de cette ville, parM.Oru'IJc.
TABLE
Bibliographie des matarinades, etc. (Article de M. Aveoel.) 389
Le Lotus de la bonne loi, traduit du sanscrit par M. E. Buanouf, etc. (3' article
de M. Barthélémy Saint-Hilaire) 400
Examen d'écrits concernant la baguette divinatoire, le pendule dit explorateur, et
les tables tournantes, clc. (8* et dernier article de M. Chevreul.). 427
Nouvelles littéraire*. 453