‹ Journal des savantsChapitre 40 sur 66 · TROISIEME ARTICLE · texte numérisé non relu

TROISIEME ARTICLE

Le premier carnet de Mazarin se termine vers le milieu de juin ; le

1 P. a43. — 1 P. aa8. — » Sat. II, m, 1 1. — * Epist. I, xvm, 109. — • Voyez, pour le premier article , le cahier d'août, p. «57; et, pour le deuxième, celui de

. p. 457; et, pour

septembre, page 5a 1.

deuxième comprend la fin de juin, tout juillet et le commencement d'août; le troisième, août et septembre; le quatrième et le cinquième, tes derniers mois de 1 663 etJes premiers de i6hà. Mazarin continue d'y faire, en quelque sorte, l'éducation de la reine. II la guide à travers les difficultés d'un gouvernement nouveau; il lui apprend à connaître les choses et les hommes; il travaille à la séparer peu à peu de ceux de ses amis dont les prétentions démesurées étaient contraires aux intérêts de l'État et faisaient ombrage à ses propres prétentions; il surveille et redoute particulièrement le plus jeune des Vendôme, le duc de Beaufort, qui plaisait assez à la reine et s'efforçait d'être ou de paraître bien avec elle; Potier, évéquc de Beauvais, qui dirigeait sa conscience et aurait bien voulu diriger aussi l'État , et cet habile et ambitieux Châteauneuf, qui, sorti de son exil, malgré la dernière volonté de Louis XIU, sans avoir encore obtenu la permission de reparaître a la cour, du fond de sa maison de Montrouge, où il recevait tout Paris, conduisait les fils de l'intrigue ourdie contre le cardinal. On sent aussi que madame de Hauteforl et la remuante et audacieuse duchesse de Chevreuse sont revenues auprès de la reine. Situation difficile de Mazarin entre tant d'ennemis; effort constant de gagner de plus en plus le cœur d'Anne d'Autriche; crainte perpétuelle de la voir céder à d'anciennes affections et aux intrigues qui l'environnent. Dans toutes les observations qu'il lui adresse, il mêle adroitement l'éloge et la plainte; il met en avant de grandes protestations de désintéressement; il offre même de se retirer, mais on voit bien qu'il veut rester, pourvu qu'il soit le maître. Les notes du second carnet et une partie du troisième montrent qu'au mois d'août 1 663 Mazarin se soutenait et même avançait, mais sans être encore arrivé au but.

Voici de nombreux passages où paraissent tour à tour les flatteries étudiées d'un serviteur presque tendre, les sévères avertissements de l'homme d'État, avec les jalousies et les inquiétudes du premier ministre aisément alarmé des moindres indices favorables à ses rivaux. L'évêque de Beauvais, Beaufort, surtout Châteauneuf et madame de Chevreuse. assiègent sa pensée et reviennent sans cesse sous sa plume.

i* «Je sais toutes les obligations que j'ai déjà à S. M., et que je « pourrai lui en avoir un jour de plus grandes , puisque , sans que je lui « aie donné encore les preuves de fidélité et d'absolu dévouement à sa «volonté que je prétends bien lui donner avec le temps, elle a pu ré- « sister aux instances violentes et réitérées qui lui ont été faites contre « moi par des personnes du plus haut rang et depuis longtemps en pos- « session de sa confiance. — Je ne veux dépendre que d'elle : qu'elle me

fasse un signe, et tous ceux quelle me désignera seront mes amis. — Je ne pense qu'à la servir, et. si j'avais des ennemis et le pouvoir de « m'en veuger, au lieu de le faire, je les embrasserais avec joie, si une

* conduite différente pouvait nuire aux intérêts de S. M. — EUe fait i tout avec grâce et abandon. Je suis au désespoir de n'avoir pas été

toujours à elle; on doit me le pardonner, étant bien résolu d'être à « elle éternellement à l'avenir, sans demander d'autre récompense que ' la permission de la servir à son gré. — S. M. ayant eu la bonté de « me demander quel moyen il y aurait de me rendre content lorsque je «suis auprès d'elle, j'ai répondu que mes déplaisirs et mes chagrins " venant de un la pas voir servie comme je voudrais, et du mauvais « tour que prendront les affaires, si on n'y porte remède pendant que je « sui» auprès de S. M., je m'afflige d'autant plus, que je connais mieux «son grand mérite, mes devoirs et l'ingratitude de ceux qui ne font « pas ce qu'ils doivent pour son service. Dans la chaleur du discours •>je lui ai dit que, si elle voyait tout le désir que j'aide la servir, et mapas- « won pour sa grandeur , elle serait triste du peu que je fais . bien « qu'elle me témoigne d'en être satisfaite. — Elle fait plus d'une chose u sans moi : cela est contraire à l'amitié. — L'amitié oblige à commu- « uiquer toutes choses, et c'est ainsi que je pourrai croire avoir gagné « son cœur; cependant S. M. ne me communique que les affaires d'Etat. «

i" «Tout le monde entre chez S. M. lorsqu'elle est au lit; il ne » devrait entrer alors que trois ou quatre personnes. S. M., en voulaut u être agréable à tout le monde, fera que personne ne la considérera, u — Il n'est pas besoin de se presser de taire des grâces-, il faut les faire

• a lier une à une; de cette manière elle satisfera mieux, elle sera plus "comptée, on fera plus de cas de ses faveurs; les accorder si vite ne usert qu'à mettre ceux qui les reçoivent en état d'en demander d'autres. •« — Tout le monde perd le respect qui lui est dû et parle haut en sa <« présence. Au nom du ciel, que S. M. y fasse attention. »

3" « Que S. M. me pardonne si je lui dis que je peux craindre les •< mauvais offices de ceux qui l'entourent, puisque je leur vois le pou- '< voir de faire changer d'avis a S. M. en beaucoup de choses où elle avait pris une résolution contraire. Ils disent que S. M. est la personne « du monde la plus dissimulée, qu'on ne doit pas s'y fier, et que, si elle « témoigne faire cas de moi , c'est par pure nécessité , et que toute sa « confiance réelle est en eux. — Au nom du ciel, que S. M. déclare ce u qu'elle veut. Si elle pense à Chitcauneuf, qu'elle me le dise, je n'ai «d'autre désir que de bien vivre avec ceux que S. M. m'indiquera. — «Si S. M. estime ma capacité, qu'elle me croie : les faits lui appren-

«dront si je l'ai bien conseillée. Si elle n'a pas confiance en moi, a qu'elle en choisisse un autre et suive ses conseils; cela vaut mieux « que de chanceler dans toutes ses résolutions. Quand j'ai l'honneur de «kii dire mon sentiment, elle doit, au moins, être bien sûre que c'est <> toujours sans passion et avec nn vrai zèle. Beaucoup pourront dire la «. même chosex et assurer S. M. de leur dévouement, nul n'en a donné *• de preuves plus évidentes que moi. — Tout le monde dit que S. M. « a des engagements en faveur de Châteauneuf *, s'il en est ainsi, que « S. M. me le dise. Si elle veut lui confier ses affaires , je me retirerai «. quand elle voudra. — L'évéqne de Beauvais travaille contre moi de 'toutes les manières: il reçoit M. de Châteauneuf et se jette dans les «bras de Beaufort et de madame de Montbazon. — La raison pour « laquelle madame de Chevreuse et les autres croient pouvoir me faire » retirer, c'est que S. M. , en récusant Châteauneuf, a dit que présente- •I ment il lui était impossible de le mettre auprès d'elle et qu'il y avait « un obstacle à cela; d'où ils concluent que je suis cet obstacle. La dame « assure que S. M. a grande estime et affection pour Châteauneuf, et k elle espère bien qu'il prendra ma place lorsqu'on se sera défait de moi. «On me dit que, tous les jours, S. M. assure en particulier M. de Beau- «vais de son affection , et s'excuse sur la nécessité des témoignages d'ino térêt qu'elle me donne. C'est là un point si délicat, que S. M. doit me u pardonner si je lui en parle souvent. — Madame de Chevreuse et les «autres publient que bientôt la reine appellera Châteauneuf, et, par ce « moyen , ils excitent tout le monde à lui faire visite et à rechercher son « amitié. Ils excusent la reine de tarder à le prendre parce qu'elle est u forcée de se servir encore de moi pendant un peu de temps. — Tous les « serviteurs de S. M. font leur cour à mes ennemis. Ils devraient venir «à moi, si par là ils croyaient plaire à S. M. Leur conduite fait voir «ou qu'ils ne sont pas de vrais serviteurs de la reine ou qu'ils savent « qu'elle ne se soucie pas de moi. — Si, pendant quinze jours, S. M. avait «•la bonté de ne faire bonne mine qui ceux qui, pour plaire à S. M. «vivent bien avec moi, elle ajouterait beaucoup à toutes ses faveurs *. en forçant tout le monde à me reconnaître pour ce que je suis1. »

1 I" carnet, p. 95 . « lo »o le obligation! che dev© a S. M. e che mai potro haver- «gkene ma^giori, poiebe senta cite gfi habbi par aiicora date le marche chepre-

• tendo con U tempo darli délia mia fedeuà et aasoluta resignazione alla sua volooia ,

• ba poUito résistera aUe istanxe violente e reiterate che li sono slate faUe contxo ■ di me da peraone grandi et accrediiate eon lei. > — P. 96 : «lo non vogtio dtpen-

• der di nessuoo. e vivero bene coalutti qttelli che voira, al segno che mi ordinal*. > — P. 93 : • Vorrei baver neniei e campo da vendicannene. perche S. M. veoesse

Le grand objet des anciens serviteurs de la reine, devenus les favoris du jour, était de détruire les créatures de Richelieu et de se partager

• coo chc moderazioiie mi governerei, e corne gli abraciarei se faeendo il contrario . dovessi pregiudicare a S. M. « — H* carnet, p. 37 : • Fa lutte le cose con grazia e

• disinvolla : mi pento dî non esser slato sempre a lei, e devo esser ricevuto in gra-

• ùa nella risoluzione di esserlo eternamente ail' avvenir, senza volcrne prelender

• altro premio che quello cImj mi sia permesso di servire con gradimento. » — P. 5i- 5a : • 5. M. dicendomi *e tï Mrebbe qualche modo da farmi caser contente , quando « aono appresso di lei , gti ho risposto cbe corne li miei diapiaceri e afflizioni non pro- «cedono da altro che da non vederla servit* corne vorrei, e dalla mala piega cbe

• prenderanno gli affari, se non si vi rimedia quando aono appresso di S. M ,

• mafïlipo davanlaggio perché conosco più da vicino il suo gran merito, le mie « obligazioni e l'ingratitudine di quelli che non fanno il loro dovere apresso di lei.

• Gli ho dette oel fervore del discorso cbe se S. M. vedesse il moite che desidero ser-

• virla , e l'eslrema passione cbe ho per la sua grandeua, si dolerebbe del pocoebe

• faccio, ancorche lestiGchi gradirlo. • — IV carnet, p. 5: «Si fanno alcune cose

• sema me, e cosi sî prcgiudica ail' amicitia. * — III' carnet, p. 5a, en espagnol :

• L'amistad obliga a romunicar lodas cosas, y asi mi podre créer de averla ganada.

• y solamente S. M. mi comunica los negotios de Estado. > — II* carnet, p. 36 :

• Ogni uno entra quando S. M. è in letto, eppure non dovrebbe inlrarai che tre

• o quatro persone. S. M. faceodo generahnente le graiie farà che nessuno la t stimerà. * — P. 53 : • Non bisogna correre in far graiie, mà trattenerle e forle

• filare poco a poco, et in questo modo sodisfarà più, e sarà più considérais, e si «Carà più caso délie dette graiie, tante più che quando si concedono subito non

• servono che a mettere quello che le riceve in istato di pretenderne délie altre. »

— IIP carnet, p. 61 : «Ogni uno perde il rispetto, parla alto in sua presenza.

< S. M. di grazia ne habbi cura. ■ — II* carnet, p. A a : • S. M. mi perdoni se li dico

• che posso temere dei mali oiïitii, poiche vedo clic questi hanno forza di far cambiar

r-er a S. M. in moite cose, ancorche avesse risoluto in contrario. Hanno dette a A. che S. M. è la più dissimulât* persona di mando, che non si deve ûdare,

• chc sebbene in apparenta mostra far caso di me, in effet to dissimula per la ne-

• cessità degli affan , e che ha tutta la confidenza in loro. ■ — P. 3. « Di grazia S. M.

• si dichian di quello che ama. Se ha inlenzione per Chaltonof, me lo dica, non ha-

• vendo altro desiderio che viver bene con quelli S. M. vorrà. — P. ao : « Se S. M. « rai stima abile, mi creda e riconoscerà in effetti se l'hatrô ben consigliata. Se no.

< faccia elcttione d'un altro e li creda, convenendo più cosi che titubare nette riso*

• lutionL Quand» bavrô havuto l'onore di dirli il mio aenso, cbe il meno deve esser

• certa che sarà sempre aenza passione e cordiale. Molli possono usar di questi lennini » assicurando S. M. délie loro servitù, mà nessuno con fondaroento più palpabile «diroe. » — P. ai.iOgni uno dice che S. M. è irapegnala assai infavore di Chattonof. « Se questo è, da grazia, S. M. me lo dica, e se vuol servirsene mi ritirero corne

< voira. » — P. 3i : t Bovè (l'éveque de Beauvais) travaglia contro me per ogni verso : « rieeve M. de Chattonof; si mette nelle braccia di Bofort e madama di Monbazon. *

— III* carnet , p. a5 : • La ragione per la quale crede la Dama ( madame de Chèvre ose) « et altri di poter farmi ritirare è che S. M. nella ricusatione di Cbatoneu ha dette

• che non poteva presentemente metterb appres«o la sua persona, e che qualche «rispetto l'impediva; da cbe condudono che il mio riguardo ne sia cagione. e

leurs dépouilles. Les Vendôme redemandaient le gouvernement de Bretagne, qu'ils avaient eu autrefois, et que Richelieu avait pris pour lui et donné à un de ses parents, La Porte, le maréchal de la Meillerayc, homme de guerre très-capable, qui était en même temps grand maître de l'artillerie. Ils voulaient aussi ôter l'amirauté au jeune Armand de Brézé, le plus intrépide officier de la marine française, fils du maréchal duc deMaillé- Bréxé, gouverneur de l'Anjou, beau-frère de Richelieu, et dont le dur d'Enghien avait épousé la fille. On enviait fort la citadelle du Havre, qui était au jeune duc de Richelieu et à sa tante, madame d'Aiguillon, ainsi que le gouvernement des Trois Évêchés . confié au maréchal Charles de Schomberg, homme de mérite, appliqué a ses devoirs et honorablement soumis à l'autorité royale. Le mot d'ordre du parti était de rappeler sans cesse les cruautés de Richelieu, de soulever l'opinion contre sa mémoire, sans respecter toujours celle du feu roi. Maz-arin eut besoin de toute son adresse et de toute sa prudence pour conjurer cette tempête. Parmi les nombreuses lettres manuscrites du cardinal, que possède la bibliothèque Maxarine , nous en trouvons une adressée au maréchal duc de Brézé, où Maxarin explique lui-même, à cet égard, dès les premiers jours de son ministère, ses sentiments et sa conduite :

* Monsieur, bien que je ne pusse recevoir de douleur plus sensible que d'ouïr deschirer la réputation de M. le cardinal, si est ce que je considorequ'it faut laisscrprendre cours, sans s'en esmouvoir, à cette intempérance d'esprit dont plusieurs François sont travaillés. Le temps fera raison a ce grand homme de toutes ces injures, et ceux qui le bJasment aujourd'hui connoistront peul-estre à l'avenir combien sa conduite eût esté nécessaire pour achever la félicité de cet Estât, dont il a jeté tous les fondements Laissons donc évaporer en liberté la malice des esprits ignorants ou

« dicendo la Dama di esser certache S. M. ha gran stima et affeUione per il sudetlo , « spera che quando si potrà disfar di me, il luogo sarà certoaU' allro; et ogni uno si

• lusinga in questo massimamente. Mi si dice che ogni di S. M. assicura particolar- « mente Bovè délia sua affethone e si scusa délie dimostrationi che fa a mi con la ne- «cessità Quatto è un punlo tanto delicato, che S. M. deve compatire se ne parlo « spesso. ■ — P. ag i : « La Dama et altri publicano che trà poco la Régine si servira di « Cbatloneu , e cosi ingannano ogni uno e obligano a visiurio e ricercare la sua ami- « cilia. Scusano la Rcgina délia tardania in chiamarlo sopra la necessità che (ha) di

• servirai di me per un poco. » — «Li servitori di S. M. vanno tutti a lar la corte a

• quelli che mi vogliono poco bene ; e pure dovrebbero Tenir da me se eredessero

• piacer cosi a S. M. , e non facendo pare che o non rieno veri servitori di S. M. o ■ che sappino che la S. M. non si cura di me. • — P. 46 : i Se per 1 5 giorni S. M. si

• com pin cosse di non far buona cera ad altri che a quelli che adherendo al gusto di «S. M. vivono bene meeo, gtovarebbe molto alli suoi favori, fonando tutti a rico-

• noscermi per qudlo che sono. * — 1 Bibl. Mazann*. manuacr. 1 7 1 9 , n* 1 , fol. 48.

passionné», puisque l'opposition ne servirait qu'à l'irriter davantage , et consolons-

uous par les sentiments qu'ont de sa vertu les estrangera qui en jugent tans passion et avec lumière. Ce que vous m'escrivet mesme de la sédition qui a failli à plusieurs fois à s'exciter à Angers, e»t une preuve du bien que causoit le seul nom et la seule autborilé de cet incomparable ministre. On a ici délibère* sur les remèdes qu d faJloit apporter à ce désordre; de quoi le secrétaire d' Estât qui ■ le département de l'Anjou vous informera. Quant à moi, vous devez (aire un estât certain que je ne perdrai jamais occasion de vous servir, et que ce que je dois à la mémoire de M. le cardinal m'estant plus cher que la vie, et l'estime que je fois de vostre mérite ne pouvant estre plus grande, ces deux considérations m'obligeront tousjours à désirer avec passion de vous pouvoir faire paroistre que personne n'est plus 1 r, etc., etc. » ,

Loin d'abandonner les parents et les amis de Richelieu, les acquit en les défendant sans trop se compromettre lui-même.

Quand l'évêque de Beauva» allait disant que, pour effacer la mémoire du cardinal de Richelieu en France, il fallait qu'à la paix on rétablît toutes choses comme elles étaient avant lui , Mazarin répondait ou faisait répondre : 11 faut donc alors rétablir La Rochelle et toutes les places fortes des protestants que le cardinal a abattues1.

Madame de Senccé , dame d'honneur de la reine et gouvernante du petit roi, l'excitait contre Richelieu, et on prêtait au jeune Louis XIV ce mot au-dessus de son âge : «Le cardinal voulait être roi et pape9.»

Les Vendôme étaient les plus animés, et le duc de Nemours, beau-frère de Beau fort, disait qu'il voudrait voir démoli le château de Richelieu, probablement avec la ville qu'il avait créée et qui portait son nom , et toutes les maisons de ses parents*.

La reine, au fond du cœur, était contre les amis de Richelieu, et elle trouvait fort dur de les maintenir dans leurs charges au détriment de ses propres amis. C'était là le point qui inquiétait le plus Mazarin. Quelquefois il apprenait qu'aux instances de ses anciens serviteurs, de

1 11' carnet, p. 3a, 33 : iDtee (Bovè) che perche non resu me m aria in Francis

• del cardinale, vorrebbe che neila pace si irestiluissc ogni cosa. A che Botru (Bautra,

• comte de Sérant, si connu par ses bons mots) ha riaposto che converebbe riediacar « aneora la Hocella. e tanle piane a battu te. * — * 111' carnet, p. 3a : «Si

• trisce il re contra la memoria del cardinale, etc. Li caotono canzoni contra di h».

• AChaliotlo (Chaillot), Senese (madame de Senecë) disse vedendo il ritralto del

• cardinale : eocola quel cane, e ii re disse : daterai usa balcstra per tbttrfi. » — IV" carnet, p. & : • H re a Villequier disse che il cardinale deninto voleva esaer

• re e papa. » — 1 II* carnet, p. 47 : «Tutta la casa di Vendôme- dice che non si i havra risposo, hnche li parenti di cardinale sieno intioramente rovinati e quelli si

ao arriebiti nel tempo passeto. Principe di Neraor dice l'istesso, e ! demoliio Richelieu c le altre case dei parenti del cardinale, ■

rechercher et de chasser tous les parents du cardinal, la reine avait répondu qu'elle y penserait, alors il prenait l'alarme et la suppliait de s'expliquer franchement avec lui à cet égard1. H s'appliquait i lui montrer que les parents du cardinal étaient des gens très -considérables . qu'il valait bien mieux les gagner que de les mettre contre soi , et que les acquérir c'était se faire tout d'abord un grand parti*.

Il faut voir, dans les Mémoires de madame de MotteviUe, comment toutes les instances de La Rochefoucauld pour avoir le gouvernement du Havre, et le désir qu'avait d'abord la reine de le lui donner pour récompenser son ancien dévouement, échouèrent devant l'habileté de la duchesse d'Aiguillon, soutenue par celle de Ma tarin. Tome 1. page 1 36* : «La reine eut intention, en ce temps-là, doter le gouwvernement du Havre à la duchesse d'Aiguillon, et de le donner au a prince de Marsillac, ami de madame de Chevreuse et de la dame de «Hautefort, qui étoit fort bien liait, avoit beaucoup d'esprit «et de lu-

1 II* carnet, p. 5o : tS. M. ha detto al Rosso che lue 1 lis rifento sopra ricerca

• alii parenri del cardinale, e loi a risposlo che vi pensarebbe. Si vede di questo che

• S. If. non si iida di me, menlre non si aprequando li domando la sua intentîone

• in questo parboolare, • Sous le nom emblématique de il Rouo, noua ignorons quel personnage Mazarin désigne. Dans ces carnets, surtout dans les premiers, il emploie souvent dea noms semblables. Nous avons déjà vu qu'il appelle la Clef, la Chiave, un personnage qui, à Narbonne, en i64a , lui faisait mille protestations d'amitié et allait »e plaindre à Richelieu ou au roi qu'il eut été préféré pour le cardinalat à tant d'autre* prélats français. Nous trouvons dans le II* carnet, p. 79, cette ligne: • lit ieuere rimesse a Filoména del 8 giugno. t Quelle est cette Filoména? Fréquemment aussi il désigne un de ses ennemis ou de ses amis très-peu surs sons le nom du Veau , il Vitello ; une dame est appelée , en espagnol , la Génisse , la Terneru. Ce jargon était alors fort à la mode. La correspondance de mademoiselle de Chemeraull, trouvée parmi les papiers de Richelieu, et plusieurs fois publiée, est de ce genre. C'était une sorte d« chiffre qu'on empruntait a des romans connus ou a des habitudes de société. /I Rouo désigne peut-être un personnage aux cheveux blonds tirant sur le roux , et que la reine et Mazarin avaient coutume d'appeler ainsi. Nous avons essayé bien des hypothèses auxquelles nous n'avons pu nous arrêter. Nous en demandons bien pardon à M. Léon de la Borde; mais il est impossible de songer à Retz, et d*^ lire ilRetto au heu d'if Rom; car, d'abord, dans la partie espagnole de ces carnet*, nous trouvons le même personnage désigné sous le nom de el Rabio , ce qui est déoisif; et, d'ailleurs , Retz était alors un jeune abbé plus occupé de ses plaisirs que des affaire?, de l'Etat, et bien loin du rôle qu i! joua depuis, vers la fin de 16A7. 1aaDU< ^es portants devinrent les Frondeurs. // Rouo doit être un personnage très-haut placé; il inquiète et embarrasse beaucoup Mazarin. Nous laissons le choix entre Monsieur. M. le Prince el le duc de Vendôme. Selon nous , la vraisemblance est pour ou plutôt contre M. le Prince. Voici, en effet, le portrait de il Rouo, qni n'intéresje guère a l'original, quel qu'il soit. 1** carnet, p. 87: « Bugiardo, inventionero, timido, in-

• teressato, nemieo degK buomini da bene, sema segreto. • — * I" carnet, p. i/i5 :

• Cbi li havrà, havrà un gran parlito. •

« mières , et dont le mérite extraordinaire le destinoit à faire une grande « ligure dans le monde. Cette duchesse, nièce du cardinal de Richelieu, «qui en ayoît fait une si belle pendant le ministère de son oncle, comii mandoit dans celte place, et ce gouvernement lui avoit été laissé par « lui, du consentement du feu roi, pour le garder à ses neveux. Cette » dame, qui, par ses belles qualités, surpassoit en beaucoup de choses c les femmes ordinaires, sut si bien défendre sa cause, qu'elle persuada <i quasi à la reine qu'il étoit nécessaire pour son service qu'elle lui laissât « cette importante place , lui disant que , n'ayant plus , en France , que des .< ennemis, elle ne pouvoit trouver de sûreté ni de refuge que dans la ( protection de Sa Majesté, qui en seroit toujours la maltresse; qu'au l' contraire, celui auquel elle vouloit donner ce gouvernement avoit trop u d'esprit, qu'il étoit capable de desseins ambitieux, et pourroit, sur le u moindre dégoût, se mettre de quelque parti, et qu'ainsi il étoit im- « portant pour le bien de son service qu'elle gardât cette place pour le «roi. Les larmes d'une femme qui avoit été autrefois si fière, arrê- « tèrent d'abord la reine, qui, après avoir fait réflexion sur ses raisons, •< trouva à propos de laisser les choses en l'état où elles étoient. u Les plaintes du prince de Marsillac furent grandes; il murmura u publiquement, etc. » Evidemment Mazarin ne fut pas étranger à cette conduite de la reine. Madame de Motteville elle-même nous l'assure un peu plus bas, page ia8 : «Il (Mazarin) confirma cette » princesse dans l'inclination qu'elle avoit de conserver le Havre a la « duchesse d'Aiguillon et l'empêcha de ruiner les parents du cardinal l' de Richelieu. » Et , dans les deux premiers carnets , on rencontre souvent cette ligne : u Visitar madama d'Aiguillon. » L'art de Mazarin fut d'avoir l'air de confirmer seulement la reine dans sa résolution , lorsque, en effet, il la lui inspirait.

Il lui fit comprendre aussi combien 0 importait de ménager La Meilleraye et Brézé, au moins pendant la guerre, ajoutait-il pour ne pas trop heurter les passions secrètes qu'il lui suffisait d'arrêter; Us ont des places, de l'argent, et La Meilleraye est un homme de secret et de résolution

Mazarin n'eut pas trop de peine à sauver Brézé , qui était appuyé par la maison de Condé, laquelle, de son côté, pensait aussi à l'amirauté, quelle demanda plus tard , à titre d'héritage, quand le jeune et vaillant amiral

' 1" carnet, p. i44 ; — < Megliare e Brete, ii consenti , perche aisolutamente, «quando saranno disgustali, qualche principe sene prevaler*. Almeno durante la « guerra, non introduca cosa che possi îoro dupiacere. Hanno piaste, aono denarosi . r e la Megliare ha tegreto e resolulione. »

fut emporté par un boulet, au siège d'Orbitello , en 1666. Il fallut bien que le cardinal se résignât à sacrifier La Meilleraye; mais il le fit le moins possible; il persuada & la reine de s'attribuer à elle-même le gouvernement de Bretagne et de n'y avoir qu'un lieutenant général , charge au-dessous des prétentions du duc de Vendôme, et qu'il fit donner à La Meilleraye. Celui-ci ne se pouvait trouver trop offensé d'être sous le gouvernement direct de Sa Majesté, d'autant plus que Mazarin demanda pour lui le titre de duc, que le feu roi lui avait prorais, et la survivance de sa charge de grand maître de l'artillerie pour son fils, ce même fils auquel un jour il donnera en mariage sa propre nièce, la belle Hortense. Il rappelle sans cesse à la reine que La Meilleraye a un gouvernement, des régiments, des amis, du bien, du talent, qu'il est son serviteur et qu'il se donne entièrement à elle

On a beaucoup reproché a Mazarin d'avoir abandonné Boutlullier et Chavigny, qui l'avaient tant servi auprès de Richelieu ; on oublie que les défendre absolument tous les deux, c'eût été vouloir se perdre avec eux; car la reine, comme Bricnne nous l'apprend8, était résolue à s'en défaire, et Mazarin fit preuve à la fois d'amitié et de jugement en livrant Boutbiliier pour sauver son fils Chavigny , qui resta dans le conseil sans portefeuille, comme on dirait aujourd'hui, mais avec le rang et le titre de ministre. Deux notes de la page 1 9 du deuxième carnet démontrent non-seulement qu'il ne cessa de protéger toute la famille, mais qu'il insista auprès de la reine pour qu'elle ménageât toujours Chavi gny, dont il fait valoir les services et l'importance : « Benefitii per un « figlio di M. di Chavigni. » — « M. di Chavigni ha sempre ben servito «S. M.; entra inoltre in tutti li segreti délia Francia; onde per gratitu-

• dine e per politica deve esser protetto in ogni tempo da S. M. » Matarin se conduisit donc avec fidélité et reconnaissance envers Chavigny. C'est celui-ci qui se conduisit fort mal aveo Mazarin. Loin de comprendre que le cardinal avait fait pour lui tout ce qu'il était possible de faire, il l'accusa de l'avoir sacrifié, et cette accusation, répétée par La Rochefoucauld et par madame de Mottcville3, a passé presque partout. Brienne, qui succéda à Chavigny et qui fut dans le secret de toute cette affaire, se garde bien d'attribuer la disgrâce de son prédécesseur et sa propre

1 II* carnet, p. 39 : 1 La «opravivenxa per il Ggiio del Megliare. » Ibid. p. 108:

• Darii il ducato chc il re gli kaveva promesso. ■ Ibid. : * S. M. consideri La Megliare

• cbe ai dona a Ici. Ha governo, recgimenti , amici , comodità e valure, e si dona in- « lieramente alei. — Megliare suo domestico è per il governo. ■ — * Voy. le deuxième article, cahier de septembre, p. 538. — * Collection Pelitot, Mémoires de La Rochtfouemaid, I.JJ. p. S75, et Mémoire* de madaou de Motte*iUe, X- IV, p.

élévation à la volonté de Mazarin; il se borne à remarquer que le pre» mier ministre ne pouvait souffrir qu'on allât publiant partout que Cha« vigny était l'auteur de sa fortune. Le fils de Brienne , qui épousa une des biles de Cha vigny, tout en partageant' les ressentiments de son beaupère contre Mazarin, laisse échapper la vérité dans les lignes suivantes, tome I , p. 3 1 1 : « Le reproche le plus sensible que fit ML de Chavigny « au cardinal fut de s'être emparé de l'administration des affaires sans lui « en faire part. Le cardinal avait beau lui dire qu'il1 n'était pas le maître « des volontés de la reine, cette défaite ne contentait nullement M.deCha- « vigny, qui s'était flatté de partager avec lui le ministère. En ceci, pour «un habile homme tel qu'il était, il se trompa lourdement. L'autorité « se partage-t-ellc ? non , sans doute. ■ Chavigny, maintenu dans le conseil par la protection de Mazarin , d'ailleurs chancelier de Monsieur, pouvait peu à peu , avec son esprit et son mérite , regagner la faveur de la reine , et , en aidant le cardinal , se faire sous lui une situation considérable. Mais Chavigny était aussi vain que capable. Il ne put pas supporter la perte des grandes espérances qu'il avait conçues; il prit pour une trahison ce qu'il aurait dû regarder comme une marque d'attachement : mécontent de sa position un peu effacée, il s'agita, se mêla de toutes sortes d'intrigues, et en fit tant, que Mazarin fut obligé, en cela trèsagréable à la reine, de le renvoyer du conseil, et même, plus tard, de le faire arrêter. *■• '* > .• r <p » '

C'est par cette conduite habile, en sachant faire quelques sacrifices plus apparents que réels , en ne blessant jamais les sentiments particuliers d'Anne d'Autriche, en s'appliquant toujours à l'éclairer sur ses véritables intérêts et sur ceux de son fils et de la royauté, en l'entoorant d'hommages assidus, en lui rendant la vie agréable et douce, que Mazarin parvint peu à peu à s'établir auprès d'elle et à lui devenir nécessaire. Ainsi que nous l'avons annonce , il n'en était pas encore là en août 1 66 3 , puisque alors même il exprime des craintes assez vives sur sa situation et même sur la sincérité de la confiance de la reine. Ses succès avaient ouvert les yeux à ses ennemis. Ils l'avaient vu arriver sans grand effroi, pensant qu'il ne pourrait se soutenir qu'en leur livrant tout et qu'ils le renverseraient lorsqu'ils le jugeraient à propos; mais lorsque, au bout de quelque temps, Us eurent reconnu qu'au lieu de se faire leur instrument , il savait fort bien se passer deux, qu'il continuait a peu près la politique de Richelieu et qu'il n'y avait de différence que dans les formes, ils se réunirent contre lui, et formèrent un parti puissant, dont les chefs furent appelés les Importants, parce qu'en effet ils se donnaient des airs d'importance, en critiquant les actes du

Di

Gourera eurent d'une façon hautaine et avec une gravite* affectée. Les Importants avaient partout des intelligences et des appuis, dans le cabinet, parmi les princes du sang, dans les plus grandes familles, dans le parlement, dans le clergé, surtout dans l'intérieur le plus particulier de la reine.

Dès le début de la régence, le cabinet avait été, sinon entièrement renouvelé , au moins considérablement modifié. Le premier acte de la régent» avait été de congédier Oaude Le Bouthillier, qui faisait les fonctions de surintendant des finances , et d'ôter celles de secrétaire d'Etat, chargé de l'expédition de toutes les affaires, à son fils , Léon de Chavigny, tous deux favoris de Richelieu, et qu'elle ne pouvait souffrir. Elle avait donné la place de Chavigny au comte de Brienne , qui lui était entièrement dévoué , mais n'aimait pas Mazarin' et lui aurait préféré Châteauneuf, comme il l'avait déclaré à la reine 1 , bien qu'il ne se fût pas opposé au cardinal et qu'il l'eût même appuyé par politique dans les eonseHs secrets de la future régente. Quand il avait été nommé , il n'avait pas faityvisite au cardinal3 pour bien marquer qu'il ne lui devait pas sa nomination. Sans se compromettre , il était assez bien avec les Importants , et lui et sa femme, couverts par leur dévouement à la personne de la reine, se permettaient, dans les commencements, un langage assez libre, qui inquiétait un peu Mazarin. Brienne aurait dit au maréchal d Estrées qu'il allait visiter Châteauneuf de la part de la régente et lui offrir iè cordon bleu et le gouvernement de Touraine». Maxarin, sans le cranidre beaucoup /ne pouvait compter sur lui.

fton< contenté d'avoir fait entrer Brienne au conseil, Anne avait aussi imposé au cardinal son chancelier, Nicolas de Bailleul, un des présidents à mortier du parlement de Paris, qui désirait et espérait la place dé garde des sceaux et de chancelier, et qui eut seulement les finances laissées vacantes par Bouthillier. Si Brienne était assez peu favorable a Mazarin, on a vu que Bailleul l'était bien moins encore*. On lui donna quelque temps pour adjoint, dans la surintendance des finances, le comte <TAvaux, un dés frères du président de Mesmes, diplomate expérimenté, qui quitta bientôt le cabinet pour se rendre au congrès de Munster. D'Avaux n'était nullement pour la politique de Richelieu et de: Mazarin ni au dedans tri même au dehors; H n'aimait guère le premier ministre, et Mazarin ne l'ignorait pas9.

1 Voyez notre deuxième article, cahier de septembre, p. 54o. — * II* carnet, p. ai: «Briena non m*ha vedulo. • — * 1T carnet, p. aa : •firieoa h* dette al M1* «d'Estrées che andara a riritare Cliattonof, e per oraioe délia reginn offrit-!! l'or- • dioe e il govemo di Turena. • — * Article deuxième p. 53g. — ' lit oernet,

Enfin la régente n'avait pas manqué de mettre dans le conseil son grand aumônier, Potier, évôque de Beauvais, frère du président Novion , que Richelieu , le trouvant trop médiocre pour le craindre , avait laissé auprès de la reine. L'évèque de Beauvais l'avait soutenue et consolée dans toutes ses épreuves, et il possédait sa confiance. Elle avait d'abord pensé à lui pour en faire un premier ministre; il en avait fort bien accepté l'espérance , et comptait que Mazarin était là pour lui préparer la place. On demandait pour lui et il attendait le chapeau de cardinal. Il avait eu, d'abord, la bonhomie de favoriser Mazarin, et toutes ses craintes s'étaient portées sur Beaufort, jeune, ardent et audacieux. Il s'était aussi bien gardé de travailler pour Chàtcauneuf, le candidat sérieux de madame de Chevreusc et des Importants. Mais Mazarin ayant peu à peu gagné du terrain, le prélat s'était bientôt tourné contre lui. Il avait vanté Chavigny, laborieux et habile, mais trop désagréable à la reine pour devenir jamais à redouter. Cherchant un homme capable de gouverner sous lui après Mazarin , il donnait des espérances, tantôt à M. d'Avaux, tantôt à M. des Noyers, qui avait eu la sottise de donner sa démission sous Louis XIII et qui souhaitait passionnément de rentrer dans les aflaires. Puis, en désespoir de cause, et en haine de l'ennemi commun , il avait fini par se réunir à Beaufort et à Chàtcauneuf1.

M. de Bailleul, le surintendant des finances, n'ayant pas montré une grande capacité, il fallut lui donner un nouvel auxiliaire lorsque d'Avaux s'en alla à Munster. M. de Beauvais insinua à la reine que, si elle ne voulait pas encore mettre Châteauneuf à la place de Mazarin.

p. 86 : «Riconosco che Avo non mi vuol benc » — 1 I* carnet, p. îoa et io3 :

• M. di Bovù freddo et intiero con me non ostanti H avanzi fattili. Soao avvisalo da « pin parti che non puol «offrire l'onore che ricevo da S. M. , e che «pera ben presto « impedirmene la conlinuaxione. Ha dettd a) Principe che Chav. era tin gran hoomo. « che riporlara* otlimamente, e che ne faccia gran'caso. Lui e Novion suo fratello « fecerogran rumoreiklla tUolutione diS. M. didarini ilbrevello. Diaceamad'Briena

• che S. M. haveva prouieiso di lassarmi andar yial Ha assicurata unione e ainicitia

• inliera a Cbavwni il quale ha impiegato ogm mémo per consequirla. • — Ibid. p. i ta : « 3i Maggio i643. Bovc a M. cT'Ayo cnesàrà contento : molle protestationi « d'amiciua e che non li poleva dir allra » — DT carnet, p. 6 : t Bovè procurai! ri- . aowo di M. di Noyer s-e lutti gU Iifcjwtanli. II* carnet* p, 1 7 : « Bovè e Boforf.

• lega contra me. > — P. a5. « Bovè travaglia incessantemenle per acquislar amîci

• e logliermi i miei. Dice laie caser l'inléntibne délia regina. Io non laccio alcuna

• dihgcrua onde potrô jxrdcnm, se S. M. non mi prdina il conirario. » — P, 1 13 :

• Gran gelosia : Bovè trava^lia clà per tyllo.» P^j.x & : i«Bovè querelato M. di

• Glùmené perpjjè. diœva essor per ^ie'. OjleuUtfone; deU', unjouc sua. çpn Briena. .

* n>.rtarr, faire d« rapports a ■ conseil . i ■. * ii

elle pouvait au moin» l'introduire dans le conseil , en lui donnant Ja surintendance des finances, emploi modeste qui ne pouvait faire ombrage au premier ministre. Mais celui-ci comprit la manœuvre, et la déjoua1. Jl persuada assez aisément à la reine de maintenir M. de Bailleul en mettant auprès de lui , comme contrôleur général , d'Hémery, qui, plus tard, le remplaça entièrement.

Le seul membre considérable du conseil qui fût a Mazarin était le garde des sceaux et chancelier, Pierre Séguier, un des instruments les moins honorables de Richelieu, mais que les vertus de sa sœor, la mère Jeanne, carmélite du couvent de Pon toise, soutenait auprès de la reine, et que sa capacité et sa souplesse rendaient commode et utile à un chef de cabinet. Sa conduite dans le procès de De Thou l'avait rendu odieux. 11 avait osé, dans cette même affaire, pour obéir à Richelieu, interroger Monsieur, et auparavant, en 16^7, il avait manqué de respect à la reine au Val-de-Grace. 11 s'était beaucoup enrichi, et sa fortune avait fait faire À ses filles d'illustres mariages. De toutes parts on demandait son renvoi. Mais on .ne s'entendait pas sur le successeur3. Le seul possible était Château neuf, qui déjà, sous Richelieu, avait eu les sceaux ; mais l'entrée de Cbâteauneuf eût été le renversement même de Maxarin. On n'osait pas aller jusque-là, et le cardinal ayant eu l'art de faire échouer l'habile combinaison qui portait Bailleul à la chancellerie et mettait Cbâteauneuf aux finances, Séguier conserva le poste auquel il tenait tant , au milieu des baines de beaucoup et sans avoir l'estime de personne.

A côté de Séguier était Le Tellier, que Louis XIII, sur la proposition de Mazarin, avait tiré de l'intendance de l'armée d'Italie pour en faire, lorsque de Noyers se retira, un ministre de la guerre, et qui remplissait fort bien, cet emploi,, intelligent, laborieux, attaché ù Mazarin. mais encore sans importance, ainsi que Phélippeaux La Vrilliùre , lequel était depuis longtemps dans le conseil , et y fut laissé.

On voit donc que Mazarin, tout en étant à la tetc du cabinet, n'y dominait point, et on comprend fort bien qu'il prie si souvent la reine de lui donner quelque nouveau collègue qui augmente son influence3. Il pensait à Servien*, oncle de Lyonne, formé à l'école de Richelieu dans les intendances civiles et militaires, rompu aux affaires, d'un

' U* carnet, p. 16 : • Non faccia sopra intendante Chattonof, se non vuol rialacUlirlo tatiemmeote. • — ' II* rarnet, p. Ai : « Ogni ono ai e messo in testa (Il ro-

• vioar il canceUiere, e aono diviai circa il dar queala carica a Cbatlonof, eleuni « escludandulo , «Jlni deuderandolo.* — * I" carnet, b. g» : «S. II. babbi cura nell'

• eletuone de' minislri damai qualche aroico. » — * 1" carnet, p. 96 : «âerritn

614 JOURNAL DBS SAVANTS.

caractère résolu , et sur lequel il aurait pu s'appuyer, à défaut de Ghavigny , fort habile aussi, mais qui avait passé bien vite du côté de ses ennemis. Mais Servien était plus capable qu'aimable : roide et tranchant, il ne plut guère à Anne d'Autriche, et tout ce que put faire Mazarin fut de l'adjoindre à d'Avaux et à M. de Longueville pour aller à Munster, afin d'y avoir au moins un agent fidèle , qui l'informât du véritable état des affaires, et suivît ses instructions confidentielles.

Si Mazarin n'était pas maître dans son propre cabinet, il était encore bien moins sûr des princes du sang. Il fit tout pour les gagner. D réussit assez bien auprès de Monsieur, duc d'Orléans, qui, encore sous le poids des tristes résultats de son dernier essai d'indépendance, et déclaré lieutenant général du royaume, se contentait volontiers <de l'apparence du pouvoir et d'hommages que Mazarin ne manquait pas de lui prodiguer. L'intérieur du Luxembourg était divisé : la conspiration de Gnq-Mars et du duc de Bouillon, si mal terminée, avait décrié, dans l'esprit de Monsieur, Montrésor et Fontrailles1, serviteurs résolus du maître le plus indécis. Labbé de la Rivière, qui, dans la déroute de leurs folles espérances, avait assez habilement couvert la retraite, était le favori du moment. Mazarin s'efforçait de le gagner par les moyens ordinaires, de l'argent, des abbayes et la promesse d'un évêché. Mais Mazarin promettait toujours plus qu'il ne voulait et ne pouvait tenir. Alors La Rivière menaçait. Mazarin redoublait ses' promesses, et il se résignait à les exécuter quand la nécessité l'y forçait. Il lui fallait acquérir a tout prix la Rivière parce qu'il gouvernait le duc d'Orléans , et qu'une des bases de la politique de Mazarin était l'union de la reine et de Monsieur3. .^j.îi ou ut iJ

Pour ne pas perdre l'appui, ou, du moins, pour éviter l'hostilité du lieutenant général du royaume il avait été contraint de lui promettre un gouvernement de province, la chose du monde la plus contraire

• vîeoe : ûnpiegarlo qui o per paee.» — II* carnet, p. 84 : «Fortificanni di on

• nuaistro corne Servien. » — 1 Bourdeillo, comte de Montrésor, neveu do Brantôme, succéda a Puylauren* dans la confiance du duc d'Orléans, prit part à tous ses complota , et fut enûn forcé de s'enfuir en Angleterre , d'où il ne reviot qu'en 1 663. H a laissé des Mémoires, collection Pelilot, t. LÏV. Le vicomte de Fontrailles est fort semblable à Montrésor. Vojex sa Relation * la suite des Mémoire* de Montrésor, dans la collection Petilot. — * I" carnet, p. 88: «Si mantenghi con Monsieur.» — P. 1 16 : ■ Faccia csreize alla Riviera, e ordini a Bellegarde di viver nene con loi. • — W carnet, p. 86 : « La Riviera , vescovato. » — P. ioo : t Tener un vescovata, < per quello di Chartres, a fine di soddisfar Monsieur.» — III* carnet, p. n: «Badia edi S. Michel, è buooa per La Rivière,» — P. 1A : «Bisogna finir l'auare délia . Riviera. per contenter Monsieur. .

aux maximes de Richelieu et à la volonté de Louis XIII1. Monsieur eut donc le gouvernement de Languedoc, et La Rivière des abbayes en attendant un évêché. Il n'y a pas jusqu'à Mon trésor auquel Mazarin ne soit prêt à faire une pension pour plaire à Monsieur; et, afin d'apaiser les nombreux amis de l'infortuné De Thon, il accorde à son Irère une pension et même le titre de conseiller d'État». C'était avec de l'argent et des pensions qu'il s'efforçait d'aplamir toutes les difficultés, et il recommande souvent à la reine ce moyen de gouvernement'. Aussi trouve-t-on ici des pensions à tout le monde, au dedans et au dehors; à des cardinaux romains, par exemple a son ancien protecteur, le cardinal de Bentivoglio, a des militaires, à des évèques, à des membres du parlement, à des gens de lettres, à des amis qu'il veut encourager; surtout, et c'est là le trait particulier de son caractère, à des ennemis qu'il essaye d'adoucir.

Que ne fit-il pas pour les Condé 1 Mais M. le Prince n'était facile ni h tromper ni à contenter. C'était un politique uniquement attaché à son intérêt, ne cherchant que la grandeur de sa maison , et tenant peu de compte de tout le reste. On lui doit beaucoup pour avoir donné au duc d'Enghien la forte éducation militaire qui le rendit capable de commander et de vaincre à vingt-deux ans, et il avait aussi été fort utile dans la crise dangereuse d'un gouvernement nouveau , d'une part en se prêtant avec plus ou moins de bonne grâce à l'abolition du testament du roi, qui opprimait la régente et lui donnait à lui-même un très-grand pouvoir dans l'État; de l'autre, en secondant la régente dans ses vues sur Mazarin et en se prononçant pour le seul ministre capable de conduire heureusement le difficile passage d'un règne à un autre. Mais, après avoir servi Mazarin, nous avons dit à quelles conditions, parce qu'il avait obtenu pour lui-même la haute charge de grand maître de France, et, pour son fils, le commandement d'une armée, il était tout prêt à l'abandonner, si Mazarin ne servait sans cesse son ambition et sa cupidité. Se sentant fort supérieur à Monsieur, il était jaloux de son rang et aspirait à effacer le plus possible l'intervalle qui les séparait : pensée fatale, qui pénétra dans sa maison, et la conduisit sur le bord de l'abîme. C'est en caressant cette pensée que la reine s'était assurée de M. le

' ni* carnet, p. 33 : « La RJWera mi ha pariato dello stabtlmento di Monsieur per

• an gorerno con ana piasa forte. * — P. 7.I : ■ Rtsolver per il governo di S. A. e per

• La Rîriera. * — P. 87 : « La Riviera per il governo di S. A. et per vescovato. « —

• II' carnet, p. 16: « Pension! di Ta e di M. di Biontresor. 1 — IV* carnet, p. 85:

• M. di Tu brevetlo di consiltcre di Stato senza appuntamento. » — * II* carnet, p. 100 : « Denari non mancaranno. Bisogna dar pensioni segreti e guadagnar molli. •

nir>

Prince et de son fils. La Rochefoucauld raconte qu'avant la mort de Louis XIII et le départ du duc d'Enghien pour l'armée, il avait été chargé par la reine de gagner le jeune duc en lui promettant de le préférer à Monsieur, qui, eu sa qualité de lieutenant général du royaume, était naturellement appelé à commander les armées1. Nous verrons, plus tard, que la reine ne put ou ne voulut pas tenir sa parole, et que, dans la campagne qui suivit, ce ne fut pas le vainqueur de Rocroy, mais Monsieur, qui commanda la grande armée de Flandre. De bonne heure Mazarin apprit à la reine à s'appuyer sur Monsieur contre les Condé , après s'être d'abord ménagé l'appui des Condé contre Monsieur, et à fonder son pouvoir sur la division des princes du sang. M. le Prince devina vite cette manœuvre du cardinal , et il y répondit par une manoeuvre semblable en cherchant à s'unir à Monsieur et à le tourner contre le cardinal. Mazarin n'avait donc guère le droit de se plaindre ici comme il le fait, que M. le Prince n'est plus aussi bien pour lui et qu'il se rapproche du duc d'Orléans3.

Pendant que toutes ces intrigues se passaient à la cour, le duc d'Enghien se couvrait de gloire en Flandre. Non-seulement il empêchait les Espagnols de s'emparer de Rocroy, mais il leur livrait et gagnait sur eux une grande bataille, qui sauvait à la fois la monarchie et le nouveau cabinet. Mazarin , ainsi que nous l'avons dit , s'empressa de faire écrire les plus beaux compliments au duc d'Enghien J; mais, quand celui-ci

' Collection Pelitot. t. LI, p. 370 : t J'estois particulièrement ami d« Goligny.

• co qui le duc d'Enghien avoit une entière confiance. Je lui représentai les « avantages que M. le duc pourrait trouver dans cette union , et qu'outre l'intérêt que « la maison do Condé avoit de s'opposer à l'autorité de Monsieur, celui de l'État l'y « obligeoit encore. Celte proposition fut reçue de M. le duc d'Enghien comme je le

• désirois Nous fûmes dépositaires , Coligny et moi , de la parole que la reine

• donna au duc d'Enghien de le préférer à Monsieur, non-seulement par des marques

• d'estime et de confiance, mais aussi par tous les emplois dont elle pourrait exclure f Monsieur sans le porter à une rupture ouverte. Le duc d'Enghien promet toit, de

• son côté, d'être inséparablement attaché aux intérêts do la reine et de ne prétendre

< que par elle toutes les grâces qu'il désirait de la cour. 11 partit peu de tetyps après

• pour aller commander l'armée de Flandre , et donner commencement aux grandes

• choses qu'il a, depuis, si glorieusement exécutées. » — * I" carnet, p. îoî : * Il Printeipe non coopéra presentemente . perché vorebbe unir tnlti contra me e farmi

< risolver di ritornar a Roma. ■ — P. 1 06. ■ Il Principe (a diligenza' per unîrsi con t Monsieur. Un tal Graraont vi ha travagliato. fiellegarde ne ha notizia. S. M. irn-

• pedisca questa unionc. • — 1 Voyez notre deuxième article, cahier de septembre , p. 344. Voyez, dans les papiers de LeTeilier, conservés à la Bibliothèque impériale, et dont le dépôt général de la guerre possède une copie, deux lettres, l'une du roi, l'autre de la reine, à M. le duc d'Enghien , sur la dé/ait» de tanné* de$ ennemis et la délivrance de la ville de flocroy. Elle sont datées du aa mai 1 643.

voulut profiter de sa victoire, marcher en avant et aller faire le siège de Thionville, Mazarin hésita : il s'agissait, d'abord, d'affaiblir considérablement l'armée qui couvrait notre frontière; ensuite, il fallait un secret profond et un art merveilleux pour conduire de si loin tout ce qui était nécessaire à un pareil siège , sans que l'ennemi s ou aperçût et courût au secours de Thionville. Il < ommuniqua en grand secret le projet du duc d'Eoghien à Turcnno et à Rautzau1. Plus d une sérieuse difficulté militaire pouvait être proposée et le lut. Mais ce ne sont pas des motifs de cet ordre qui arrêtèrent quelque temps le cardinal. 11 redoutait par-dessus tout l'avantage qu'allaient tirer les Condé de ce nouveau succès. Cependant l'intérêt de l'Etat l'emporta, dans son âme, sur toute autre considération, et on trouve iei quelques lignes qui, en trahissant la raison secrète de ses premières incertitudes, témoignent clairement du noble sentiment qui le décida. «Quelque crédit, dit-il, que cela doive donner à Enginen, le bien de «l'État exige qu'il aille en avant. — Dressé avec Le Tellier les ins- « truc lions nécessaires2. »

En effet, nous rencontrons dans ces carnets, ainsi que dans la correspondance du ministère de la guerre3, des preuves irrécusables et, jusqu'ici, ignorées, de la rare activité qui, du centre du Gouvernement, seconda celle du jeune capitaine. Mazarin chargea le duc d'Angoulême , oncle du duc d'Eoghien, officier médiocre, mais docile et sûr, de défendre la Champagne et la Picardie , en lui donnant pour lieutenant général Rantzau, en qui il avait une très-grande confiance. 11 ordonna au maréchal de Guébiïant, qui commandait notre armée d'Allemagne , de s'entendre avec le due d'Enghien et de surveiller l'armée impériale. 11 entama une négociation avec l'incertain et aventureux duc de Lorraine, Charles IV, l'amusa et l'arrêta quelque temps, jusqu'à ce que Thionville fût pris. Enfin , il puisa dans la cassette même de la reine pour envoyer au jeune duc l'argent nécessaire aux dépenses du siège *.

1 II* carnet, p. »a» : «Conferisca il disegno S. M. a Turena e Rantzo in gran « segrelo. • — ■ ' II* carnet , p. i : • Conaidcrato il credito che ne résultera a Anghien , « ma il ben dello Stato deve andar avanti. ■ Et, dans la même page : < Travagliato con «Teglié per le istrutioni. ■ — 5 Celte correspondance, qui n a jamais été analysée, nous- fait connaître tout le mouvement de la campagne, les belles instructions de Mazarin, et, dans i'e&écution, le mélange de prudence et de hardiesse du duc d'Enghien. On y rencontre d'abord une instruction générale, du i5 avril i6A3, encore du vivant de Louis XIII, laquelle témoigne qu'en risquant une bataille pour secourir Rocroy, le duc d'Enghien montra un grand coup d'œil militaire, mais qu'il ne fit rien de contraire aux ordres qu'il avait reçus. Dépôt général de la guerre, Muùttère de M. Le Tellier, II' vol. — * II* carnet, p. ia& : «Ranto con

Ce siège difficile dura quelque temps|avec des fortunes diverses. Le nonce du pape se mit en tète de faire, a Thion ville, ce que Mazarin avait fait à Gazai : il proposa d'intervenir entre les deux armées, et d'obtenir une suspension d'armes qui devait amener la paix 1. Mais ce n'était là le compte ni de Mazarin ni du duc d'Enghien. Thion ville, pressé vigoureusement, se rendit le 10 août, et le duc victorieux marcha à de nouveaux exploits. Il s'empara de la forteresse de Sirk, et, comme le maréchal de Guébriant, ayant affaibli sa propre armée pour renforcer celle qui assiégeait Thionville, avait été contraint de reculer devant les Bavarois et même de repasser le Rhin, le duc d'Enghien, au lieu de poursuivre ses conquêtes, s'empressa de voler à son secours, prit le commandement, ranima les troupes ébranlées, leur fit de nouveau traverser le Rhin et les ramena en Allemagne en face du vigilant et audacieux Mercy , réduit, à son tour, à se tenir sur la défensive.

Ainsi s'acheva la première campagne du duc d'Enghien , cette cam pagne de t6&3, qui ne sauva pas seulement la France, main la porta d'abord très-haut, et dans laquelle un jeune homme de 3 a ans montra déjà toutes les qualités des plus grands capitaines : le bon sens et la profondeur dans la conception, dans l'exécution une énergie irrésistible; le talent des batailles et celui des sièges; le génie qui sacrifie toujours l'accessoire au principal , se propose un grand but et des coups * décisifs, avec une merveilleuse prévoyance administrative appliquée aux moindres détails ; sans parler de l'héroïque confiance qu'il portait naturellement en sa personne, et qui, sans aucun charlatanisme, se com-

• Angulem , oltre due mareschialli di campo. Cbe pigii un poato por guardar la Pt- « cardia et la Champagna. Cite il Duc* lasci aaaai di foi» per opporre a quelle dei « Spagnuoli. Che si întenda con Ghebriant, il quale prenderà le sue misure aeooodo « clic le cose d Alcmagna anderanno. Avverla bene cbe 1 inimico non posai esser « prima di lui alla piazu. Il duca d'Anghien , per dar gelosîa . polrebbe traltenersi col

• oorpo di Picardia e spinger l'allro per seguitario poi. » — P. 85 : • Replicar a

• Ghebriant di osaervar iî andamenti délie trappe di Bariera e di Loreoa, et in caso «die parte di esse o lutte si aocostassero al soccorso di Thionville, s'inteoda , corne

• già se li scraae, con il duca d'Angbien e l'assista coûte giudicara meglio. • — P. »oa : t Trattenere des tram en te in negotialioni il Duca di Lorena, affinche non

• » impegni con le trappe contre di noi dorante l'aasedio di Thionville. • — P. 8o :

• M and a r Go m. lire al duca d'Angbien per H travagli, dei denari délia regirra che

• si reprend eranno. ■ — 1 II* carnet, p. 6*1 : «11 Nuntio che intendeodo che van « mal le cose a Thionville , propone di nuovo la sospensione , etc. ■ — P. i o4 : « So«-

< pensions à Thionville, corne si fece a Cazale per meszo mio, rinternuntio dicendo

< che la Francia ne ha hisogno corne loro. » — III' carnet, p. a : t II Nuntio è veuuto

• da me per dinni cbe intendendo che li affari di Thionville andavnno maie, ve- « niva di nuovo ad ofierire la sospensione. »

muniquait à tout ce qui l'entourait, et, de ses regards de feu, passait dans l'âme de l'armée.

U fallait bien s'incliner devant une telle gloire, et acquitter le prix de tels services. M. le Prince n'était pas homme à se contenter de peu. Mazarin nous peint l'habile attitude que prit M. le Prince au milieu des succès du duc d'Ënghien, qu'il avait puissamment secondé, en réclamant sans cesse pour lui des envois d'argent, de troupes, de munitions, et parmi les intrigues des Importants qu'il fomentait sous main en ayant l'air d'y être étranger. Il affectait une assez grande indifférence politique; il disait qu'il n'était d'aucun parti, ce qui était fort vrai, car il n'était que du parti de son intérêt; et il allait déclarant qu'il attendait sans s'agiter ce que l'on ferait pour son fils1.

C'est un triste spectacle que celui des prétentions opposées des princes du sang dans une monarchie mal assurée. M. le Prince demanda pour luimême le gouvernement du Languedoc, en échange de son gouvernement de Bourgogne, et de toutes ses places qu'il proposait de remettre à son fils, en y ajoutant, comme il disait, un petit gouvernement, par exemple celui de Champagne, avec la forteresse de Mézières3. Mais Monsieur, qui n'était pas moins jaloux des Condé que les Condé ne l'étaient de lui, et que déjà la gloire du duc d'Ënghien importunait, réclama pour lui-même le gouvernement du Languedoc. Le refuser eût été mettre contre soi le lieutenant général du royaume et se donner entièrement aux Condé. Pour maintenir un peu d'équilibre, on accorda le Languedoc à Monsieur, M. le Prince garda ses gouvernements de Bourgogne et de Berri, et on donna au duc d'Ënghien le gouvernement de Champagne avec la place de Stenay, qui devait, un jour, dans les guerres civiles de la Fronde, entre les mains de madame de Longueville et de Turenne, tenir en échec l'armée royale. On avait donc à peu près satisfait M. le Prince, mais le duc d'Ënghien avait d'autres

1 IV* carnet, p. ar>4 : «S. M. dîca al Principe quakhecosa perché lui fomenta

• tutto. » — P. a8: t M. le Prince ba detto a M"* di San Maaritio che per lui era con- « tento; che attendeva quello si farebbo per sue- figuo, cho havova assai ben servito « par baver ricompensa ; che (aceva quello che al tri volevano, l&sciando U negotii alU

• pîu ambitiosi di lui.»-— ' IV* carnet, p. 7a : «M. le Prince di manda per suo « figtio la Champagne t Meuere. Suo figtio m'ha dimandato li Tre Vescovati e Metz.

• U Principe ha propoeto ancora di iasciar la Borgopna con tulle le piasae per il

• Languedoc c Monpellier, solamente le aceelterà per suo figtio, con un piecôlo go-

• verno, e che per ogni ragione S. A. R. prenderebbe più presto la Borgogna. ■ Soaueoe che M. di Boxé per parte di S. M. Ira le altre cose sli ha promesso un

• governo per suo figtio con una piaaa, e che gliclo ralifico alÙapresenza di M. di . Nemur doppo la morte del re. •

vues. Indifférent à la fortune, il ne songeait qu'à la gloire. Il tenait beaucoup moins à se rendre puissant en France qu'a se faire quelque part, au dehors, une principauté indépendante. 11 rêva tour à tour une principauté en Franche-Comté, en Lorraine, dans les Pays-Bas, et, plus tard, le trône de Pologne. Mazarin nous apprend qu'en 1 663 il lui demanda le gouvernement des Trois Évêchés et de Metz, qui le plaçait en face de la Lorraine, et lui entrouvrait l'avenir où s'élançait sa jeune imagination.

Ce ne fut pas tout : si les Condé n'acquirent point le gouvernement du Languedoc, qui autrefois avait appartenu à Henri de Montmorency, ils rentrèrent alors en possession de la plus belle partie de l'héritage de l'infortuné maréchal. On sait que, décapité en i63a, sans laisser d'enfants, les biens de Henri de Montmorency avaient été confisqués au profit de la couronne ; mais ce qu'on sait beaucoup moins, c'est qu'un an à peine écoulé, le roi de France1 rendit à sa fnmille, à ses trois

1 Les lettres patentes de LouisXIII , de mars G33 , qui rendent les biens de Henri de Montmorency à sa famille, a l'exception de la terre de Chantilly, de Gouvieu et de Dammartin , honorent tellement Louis XIII et Richelieu , et sont si pou connues , que nous croyons bien faire d'en donner au moins le préambule. On y reconnaît le coeur d'un roi que l'intérêt de l'État peut bien forcer à faire monter sur un échafauri un illustre coupable, mais qui rougirait de prendre ses dépouilles. Le style élevé de cette ordonnanco trahit la main de Richelieu :

• Louys, etc comme ainsi soit que tous les biens qui ont appartenu a Henry.

« duc de Montmorency, meubles et immeubles, en quelque lieu qu'ils soient situés, « nous soient acquis et confisqués par l'arrest contre luy le trentiesme jour d'oc- « tobre mil six cent trente - deux dernier passé , en noslrc Cour de parlement de «Toulouse, toutesfois nous souvenant du service que ses prédécesseurs ont rendu « a cet Estât, en plusieurs importantes occasions, nostre intention n*m point esté de

• profiter desdits biens, ny d'en augmenter nostro domaine, ainsd'en gratitlicr ceux

• auxquels par le droict ordinaire de la nature {cessant ladite condamnation) ils

• eussent deu retourner, faisant par ce tesmoignage de douceur et de modération « en nos justes indignations, reluire aux yeux d'un chacun nostre bonté et clémence; « par laquelle nous donnons subiect à nos bons et loyaux serviteurs de redoubler

• leurs affections envers nous, obliges par des faveurs si particulières et bienfaits si

• signales par lesquels leurs fidélités sont recogneûes autant qu'elles doivent et peu-

< vent mériter-, ce que nous avons d'autant pins désiré accomplir en cet endroit, que « nostre très-cher cousin le prince de Condé, premier prince de nostre sang, et pre-

• mier pair de France, gouverneur et lieutenant-général pour nous en nostre duché ' de Bourgogne et Berry, a cause et en considération de nostre très-chère cousine, «la princesse de Condé, son espouse, sœur dudit feu duc de Montmorency, se

• trouvant principalement intéressés , nous avons bien voulu lui faire paroistre la

• satisfaction qu'il nous donne par ses déporlements et le contentement que

• nous recevons de ses services, comme pour l'honneur qu'il a de nous toucher de si

< près, et encore admettre et recevoir no» cousines les duchesses d'Angoulesme et

• de Venladour, sœurs dudit feu duc de Montmorency, à participer à la mesme

sœurs, madame ia Princesse, la duchesse d'Angoutéme, et la duchesse de Ventadour, sa veuve , Félice des Ursins , s'étant retirée du monde au couvent des filles de Sainte-Marie de Moulins, tous les biens confisqués, à l'exception toutefois de Chantilly et des terres de Gouvieu et de Dammartin. C'est la glorieuse campagne de 1 663 qui fit cesser cette exception, et restitua, ou plutôt transporta aux Condé ces trois beaux et précieux joyaux de la couronne ducale des Montmorency K

• gratiffication , en considération des services que nous ont rendu notre cousin le « duc de Vantadour, de son vivant , et ceux que noslre cousin le duc d' Angoulesme nous «rend journellement, continues parleurs enfants , désirant les faire jouir pleinement

• de l'effect de nostre bonne volonté : Avons par ces présentes , signées de noslre main , «donné, octroyé et remis, et, en tant que besoing est, cédé, quitté, transporté et «délaissé à nostre dit cousin et cousine le prince et la princesse de Condé, a cause «et en considération de nostre dite cousine, la princesse de Condé, nos cousine>

• les duchesses d'Angoulesme et de Ventadour, iesdits biens à nous acquits et ap- « partanants en vertu dudit arrest, à la réserve néanunoins des terres et seigneurie» «de Chantilly, avec les meubles portez par l'inventaire faict d'iceux, par le sieur

< Lauson, le seiriesme février dernier, réservés par nous, ensemble ta seigneurie et

• estang de Gouvieu et le comté de Dammartin , faisant partis d'iceux biens , etc »

Suit le partage des biens de Henri de Montmorency entre ses trois sœurs.

' III* carnet, p. 6 : «Briena per parte di madama la Princesse, Chantigli e Dam- « marrin. « — P. 53 : « Madama la Princessa , Chantigli : darlo a Ici . et Dammartin

• a sub figlio. * — P. 8i : Chantigli alla Princessa e parlarne a S. A. prima cbe «parla. » L'idée de donner Chantilly a madame la princesse et Dammartin au dur d Enghien fut abandonnée : les trois terres réservées à la couronne par les lettres patentes de i633, Chantilly, Gouvieu et Dammartin, furent données aux Condé, sans distinction de la mère et du fds, par des lettres patentes du mois d'octobre 1 643. En voici un extrait :

«Louis, etc les grandes et royales actions du feu roi, notre très-cher, honoré

< seigneur et père, nous fournissant des exemples d'imitation de toutes les vertus «dignes de notre naissance et du rang que Dieu nons a donné parmi les hommes,

• elles nous obligent aussi à suivre, autant qu'il nous est possible, ce que nous juge «tons avoir été de ses intentions en achevant les choses qu'il a heureusement com-

• mencées et desquelles il auroit vraisemblablement ordonné lui-même l'accomplisse-

• ment entier, si Dieu lui avoit prolongé davantage ses jours , nous estimons qu'entre « celles de celte nature se trouvent les remise et don des biens du feu duc de Mont- «morency a lui acquis et confisqués, desquels le feu roy notre dit seigneur et père ■ n'ayant* en son vivant, entièrement disposé par ses lettres patentes en forme de

• charte du mois de mars mil six cent trente-trois, il en retint entre ses mains les « terres et seigneuries de Chantilly, et calera , lesquelles cl^es ne furent comprises «dans la disposition et don desdits biens, mais seulement par lui retenues et réser- «vées, avec si grande apparence néanmoins du peu dedésir que ce feu roi noire

• diet seigneur et père avoit de les retenir à soi incommntablement , qu'il n'ajama» « voulu qu'elles fussent réunies à notre domaine et que le revenu d'icelles passât par « nos officiers comptables ou qu'il en fût rendu compte à notre chambre des comptes « de Pari* , en attendant l'occasion d'en gratifier notre très-cher et très aimé roush:

Au milieu de ces solides récompenses, il y en eut une qui alla particulièrement au cœur du jeune duc et de madame la Princesse, ce fut la conduite de la reine dans l'affaire de madame de Longueviile. Nous avons raconté ailleurs1 cette aflaire, l'ardente jalousie de madame de Montbazon envers madame de Longueviile, i'indigoe outrage qu'elle lui fit, la satisfaction que la reine en exigea, l'insolence de la dame, son expulsion de la cour et de Paris, la fureur de Beaufbrt, qui en était le cavalier servant, et le déchaînement de tout le parti des Importants. Mazarin se posa d'abord à lui-même cette question : Que devrais-je faire si une querelle éclatait entre les Vendôme et le duc d'Enghicn ; ajoutant, il est vrai, sans que le service de l'État y fut intéressé11 ? Mais cette querelle particulière étant promptement devenue

tle prince de Coodé, premier prince de noire sang, premier pair de France, et «noire très-chère et très-ainièc cousine, la princesse de Condé, son épouse, plu» € notablement intéressée en ladite détention, tant en raison de la proximité do sang

• dont notre dite cousine atonchoit audit feu duc de Montmorency, duquel elle

• étoit sœur germaine, qu'à cause que ladite rétention lui ostoit les moyens de paver « les grandes et excessives debtes de la succession dudit duc de Montmorency qu ils «sont obligé» d'acquitter et auxquelles lesdites terres et seigneuries sont hypo- «théquées, aussi bien que le reste des biens dudit duc de Montmorency; ce que « nous avons d'autant plus sujet d'exécuter, que, d'après ledit temps , notre dict cou-

• sin n'a cessé de rendre au feu roi notre dtet seigneur et père et a notre État de «grands et notables services, et cetera : désirant les reconnoitre et l'obliger par

• nos bienfaits à nous les continuer pendant notre minorité avec son affection et

• fidélité accoutumées, même de lui donner les moyens d'acquitter les dettes de la

• succession dudit feu duc de Montmorency; à ces causes nous avons, par ces

«présentes, signées de notre main, cédé, remis et octroyé, et, en tant que de besoin

• est, cédons, donnons et remettons, transportons, quittons et délaissons à nosdils

• cousin et cousine, les prince et princesse de Condé, lesdites terres et seigneuries «de Chantilly avec les meubles, et caetera, ensemble les seigneuries, étangs et « moulin de Gouvieux et compté de Dampmartin avec ses circonstances et dépen-

• dances desdites terres, le tout ainsi que le feu roi notre dict seigneur et père en a «joui et jouissoit au jour de son décès, retenues a luy par lesdites lettres patentes

• du mois de mars mil six cent trente-trois, lesdites terres et seigneuries a-dessus - mentionnées de la qualité qu'elles sont, unies et mouvantes des seigneurs dont

• elles relevoienl, lesquelles appartenaient audit £eu duc de Montmorency, et sous « lâ juridiction et ressort des justices dont elles avoient été accoutumées de ressortir

• avant le décès dudit duc sans y rien changer ni innover, chargées des droits et

• devoirs seigneuriaux, selon qu ils sont dûs et afin que nosdits cousin et cou-.

■ sine jouissent pleinement et entièrement de la grâce, don et remise par nous à « eux faits, nous avons révoqué tous autres dons et commissions qui peuvent avoir

• été laites par ledit feu roi notre dict seigneur et père desdites terres et seigneuries

• ou portions d'icclles. • Ces lettres furent enregistrées au parlement de Paris le ad novembre i643.

1 La jewutu de madame de Longueviile , chap. ni*. — ' 111" carnet, p. 100 : «Corne

une affaire d'Etat, il fallut bien que Mazarin y entrât. Madame de Longueville s'était plainte très-vivement à son frère de la conduite de Beau fort; le duc, qui adorait sa sœur, saisit un moment où il était moins nécessaire à Thionville pour venir passer quelques jours àParis l, et il entraîna aisément le Gouvernement. Le cardinal servit à la fois ses propres intérêts et ceux des Condé, en prenant parti pour madame de Longueville contre les chefs des Importants. 11 engagea la reine à visiter elle-même la belle offensée*. Il faisait sa cour à madame de Longueville pour gagner et même, dit-il, pour gouverner par elle le duc d'Enghien 8. Quand vint le duel de Coligny et du duc de Guise, et que les Importants ménagèrent au vainqueur un nouveau triomphe dans les salons de Paris, Mazarin lui fit interdire pour quelque temps l'entrée de la cour4.

Un peu plus tard, en i644, lorsque, après la mort du maréchal de Guébriant, la défaite de Rantzau à Tudelingen, et le peu de succès xlc Turenne, qui ne put empêcher Mercy de s'emparer de Fribourg, on envoya précipitamment le duc d'Enghien prendre le commandement de l'armée d'Allemagne, et qu'il ajouta de nouveaux lauriers à ceux de la campagne précédente , Mazarin s'empressa de feux donner à madame la Princesse une gratification de Ao.ooo livres, et il offrit des diamants à madame de Longueville, afin, dit-il, que toute la maison soit satisfaite*.

On avait beau presser M. de Longueville d'aller à son ambassade de Munster, il ne voulait pas quitter sa femme, et celle-ci ne voulait pas quitter Paris. Elle faisait agir son frère en sa faveur, tout en ménageant son mari et en gardant les apparences. Mazarin était bien forcé de se résigner à tous ces retards °.

• dovrei povernarmi te nascessc qucrela 1rs il duca d'Anghien e la casa di Vcndoruo . « tenta che vi fosse iotrigato il servitio délia regina. > — 1 III' carnet, p. 4o : « Per-

• roisiione al duca d'Anghien di venir per otto giorni, inentre la sua assenxa non «posai pregiudicare al servitio del re. » — ' III* carnet, p. 17 : «S. M. veda ma-

• dama di LongaviUa et H parti. ■ — 1 III* carnet, p. 13 : «Accareztare madama di « LongaviUa per govemare cosi il duca d'Anghien. » — * IIP carnet, p. 69 : « Ordjne 1 perché il duca di Guita non si présenta e non si riceva. 1 — * VP carnet, p. 57 : t Mander il présente di diamanti alla duchesse di Longavilla , con che, essendosi

• date 40.000 lire i madama la Principessa , hanno occasione tutti di quella casa di

• esser contenu. » — * 1" carnet, p. 1 1 4 : ■ LongaviUa non parla d'andar alla pace ;

• non vuol lasciar sua mogiie, et elle non vnol andarvi. » — VP carnet, p. 5a : « Ma- « dama di Longavilla finge in publico e con suo marito di voler in ogni modo an-

• dtre a Munster, ma solto mano faceva aggirc suo fratcllo per togherne il pensicro « al marito, e madama di Chavigni mi h* detto havcr saputo per via deU' abbate délia

• Vittorio che si valeva di M. di Chtvigni per far parlare al detto marito. »

Pour épuiser ce qui regarde madame de Longueville dans les carnets de Mazarin antérieurs à la Fronde, nous donnerons ici le portrait qu'il en trace sur la fin de 1 64û. Le duc d'Enghien , après la bataille de Fribourg , était l'idole de la France , et commençait à prêter l'oreille à de dangereux conseils. Sa sœur, comme lui, environnée d'hommages, s'abandonnait à une coquetterie que Mazarin lui-même déclare innocente; en même temps elle laissait paraître la hauteur naturelle aux Condé , prenait un ton d'indépendance qui faisait ombrage à la cour, et employait son esprit et ses charmes à gagner des partisans à son frère. Mazarin la peint à ce moment comme si déjà il pressentait sa plus redoutable ennemie : il ne la calomnie pas, mais il ne lui passe rien ; il met le doigt sur tous ses défauts sans relever une seule de ses qualités. C'est un portrait de main de maître, qu'on peut placer, dans le genre sévère, à côté de celui que Retz1 a fait, dans un genre opposé, de cette même personne , que nul n'a pu voir et traiter avec indifférence.

« Madame de Longueville a tout pouvoir sur son frère. Elle fait va- <» nilé de dédaigner la cour, de haïr la faveur et de mépriser tout ce qui « n'est pas à ses pieds. Elle voudrait voir son frère dominer et disposer <> de toutes les grâces. C'est une personne fort dissimulée : elle reçoit « toutes les déférences et toutes les laveurs comme lui étant dues. D'or- •'dinaire elle est très-froide avec tout le monde; et, si elle aime la gau lanterie, ce n'est pas du tout qu'elle songe à mal, mais pour faire des « serviteurs et des amis à son frère. Elle lui insinue des pensées ambiu ticuses, auxquelles il n'est déjà que trop porté naturellement. Elle ne « (ait pas état de sa mère, parce qu'elle la croit trop attachée à la cour. « Ainsi que son frère , elle considère comme des obligations toutes les «grâces qu'on accorde à sa personne, à sa maison, à ses parents, à ses «amis; elle croit qu'on voudrait bien les leur refuser, mais qu'on ne « l'ose , de peur de les mécontenter. Elle a un grand commerce avec la « marquise de Sablé et la duchesse de Lesdiguièrcs. Dans la maison de <( madame de Sablé viennent continuellement d'Andilly , la princesse de «Guéméné, Enghien, sa sœur, Nemours, et beaucoup d'autres, et on u y. parle de tout le monde fort librement : il faut y avoir quelqu'un « qui avertisse de ce qui s'y passera*. >»

De la maison de Condé la personne la plus facile à satisfaire était

1 Mémoires, 1. 1", p. a 19. — * V carnet, p. 53 : «La dalla dama ba tulto il po-

• 1ère soprà il fralello. Fa vanilà di disprenar la cor te, di odiare il favore e di spreuar

• tutto quello che non vede a suoi piedi. Vorrebbe veder il fralello dominare e dia-

• porre di lutte grazic. E donna «imulaussimâ ; riceve lutte le deferenze e grazic . corne dovuleli ; vive d'ordinario coo gran fredena con tutti ; ama la galanteria più

madame la Princesse. Elle était fière, mais sensée. Son mari n'avait aucun empire sur elle; elle ne l'aimait ni ne l'estimait1, quoiqu'elle eût noblement partagé sa captivité pendant trois années. Elle adorait ses enfants, mais, si elle rêvait pour eux des grandeurs extraordinaires, elle ne songeait à les obtenir que de la faveur de la reine et en la servant loyalement. Elle s'affligea de la Fronde et n'approuva point la conduite • de ses enfants, tout en leur demeurant fidèle, jusqu'à mourir de leur exil et de leur prison. Alors amie particulière d'Anne d'Autriche, elle était souvent un appui, jamais un obstacle à Macarin. Aussi l'adroit cardinal en prenait-il le plus grand soin. Il eut fort égard à elle en restituant Chantilly aux Condé. Pour lui complaire en une des choses qui lui étaient le plus à cœur, il écrivit souvent à Rome afin de presser la béatification de madame Acarie, soeur Marie de l'Incarnation, et celle de la mère Madeleine de Saint Joseph3, du célèbre couvent des Carmélites de la rue Saint-Jacques , où madame la Princesse se plaisait presque autant qu'à la cour. Il lui faisait de fréquentes gratifications, dont nous trouvons ici des traces, et il tenait grand compte de ses moindres recommandations 5.

Enfin Mazarin avait fait aussi une fort belle part à M. de Longueville. Déjà le roi Louis XIII lui avait confié la plus grande mission diplomatique du temps, l'ambassade de Munster, qui pouvait donner la paix à la France et à l'Europe ; et il avait été convenu qu'à son retour M. de Longueville aurait entrée au conseil. Celui-ci, avant même de se rendre

• per acquislar servi tori el amici al fralello che per alcun maie; insinua nel fralello « conceltî alli alli quali per lanto egli è naturalmente porlato , non fa conto délia t madré perche la crede troppo atlaccata alla corte; credo con il fralello che tulle

• le grazie che si accord ano alla sua persona , casa , parenti el amici . li sieno dovule . «e che si vorrebbe bene poter le negare, ma che non vi è coraggio di farlo per

• timoré di disguslarli. Grande intelligenie con la marchesa di Sablé e duchessa di i Lesdiguièrcs. In casa di Sablé vi è un commercio continuo d'Andilly, la princiipessa di Ghimené, Anghien, sua sorella, Nemur e molli allri, e vi si parla di « lutti liberamente. Bisogna haver qualcheduno là che posai avertire di quello vi

• passera. • — 1 Mémoires de madame de Motteville, t. I p. 129. — 1 IV* carnet, p. 85 : « M. Dunoset (auditeur de rote, chargé des affaires religieuses de France à Rome) , per la bealificatione di suor Maria del Incarnau'one. » Dans les Mélanges de Clérambault.t.CXXVI, p. 65i,oo rencontre une lettre de Mazarin, du 3 avril » 648, au cardinal Barberini à Rome, pour le prier d'intercéder en laveur de la béatification de la more Madeleine de Saint-Joseph, p. 455, el une autre lettre sur le même sujet , au cardinal des Ursins. — ' Par exemple , dans le VI* carnet , p. 5 1 , il s'occupe de procurer, à sa recommandation , une pension à l'abbé de la Victoire , qui déjà élail fort répandu dans la société de madame la Princesse, de sa bile et de madame de Sablé, et que nous retrouverons chez celle-ci, sur la Gn de leur commune car-

à M un» ter, demanda l'anticipation de la faveur qui lui avait été promise. Maxarin, tout bien examiné, est d'avis de ia lui accorder; il rappelle à la reine que c'est le feu roi et elle-même qui ont attaché cette récompense à la mission de M. de Longueville, qu'il a commandé plusieurs fois les armées , et qu'il a bien servi , sans avoir reçu aucune grâce depuis trente années l.

Il semble que tant d'avantages suraient pu suffire à la maison de Condé, et qu'elle pouvait suivre sans arriére-pensée, tranquille et satisfaite, l'immense carrière d'honneurs et de gloire qui était devant elle. Il n'en était point ainsi. La pensée fatale qui avait pénétré dans cette maison y entretenait une ambition inquiète. Dans ces premiers temps de la régence, elle paraissait marcher unie avec la reine et son premier ministre. Mais cette union était plus apparente que réelle, et, dans le fond des coeurs, couvaient déjà les orages qui éclatèrent plus tard, suspendirent la fortune de la France , et pensèreni accabler les Condé.

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