PRO.COS.PROV.ASIAE.LEG.IMP
CAES.AVG.IN SYRI/ PATRONO
(Marco Tullio, Marci filio, Marci nepoti, Marci pronepoli, Cornelia (tribu), Ciceroni, consuli, prooonsali provinciœ Asiœ, legato imperatoris Canaris Aupusti.etc.)
Le moyen le plus sûr peut-être d'apprécier les souverains , c'est de les juger par les hommes à qui ils accordent leur confiance. L'heureux successeur de César, en appelant dans ses conseils Agrippa et Mécène , se montra digne de recevoir des éloges de la bouche de la vérité et de la justice; entouré d'amis éclairés, il put commencer avec succès le grand travail de l'empire et le nivellement du monde. Mais il est permis de supposer que , en faisant les nominations mentionnées par le monument d'Arc», Octave fut déterminé bien moins par le mérite personnel de son protégé que par la reconnaissance, les souvenirs de sa jeunesse et les égards dus à une gloire immortelle; car Marcus Tuilius le fds, s'il excellait dans l'équi talion , s'il savait lancer avec adresse un javelot a, ne
' « Ut in Arcano Quintus maneret, fecit dies : ego Aquini; sed prandtmus in Ar>
• cano. Nosli fundom. > [Epitt. ad Att.V, 1.) — * Tels furent Ira talents qu'il déploya à la guerre avant la bataille de Pharsale. «Quo in bello, qnom te Pompeius aue
• alteri pnefecisset, magnam laudem et a summo viro et ab exercitu consequebare , .eqmtando, jacuiando, omni militari labore tolerando. • [tk offic. Tl, i3. 45.)
ressemblait à son père ni par l'habileté dans l'argumentation ni par la sobriété, ni par les facultés intellectuelles s.
Nous avons déjà dit, dans notre premier article, que beaucoup d'inscriptions données par M. Mommsen n'étaient point inédites; mais trop souvent on n'en avait que des copies faites avec tant de négligence et de précipitation, qu'elles étaient à peu près inutiles au progrès des connaissances. En revisant ces textes défectueux sur les pierres mêmes, en recberchant partout des transcriptions plus exactes dues aux épigraphistes habiles si nombreux en Italie, en s'aidant des lumières que pouvaient lui fournir une critique judicieuse et une érudition solide, M. Mommsen s'est chargé d'un travail long et pénible, mais qui doit lui mériter une gloire durable et la reconnaissance du monde savant. Il n'y a presque pas de page dans son livre qui n'offre plusieurs de ces corrections ou restitutions heureuses, obtenues par la révision dont nous venons de parier ; nous n'en donnerons ici qu'un seu^ exemple. C'est une dédicace où l'on ne lira pas sans intérêt le nom du plus mordant des satiriques romains , qui , s'il flagellait sans ménagement les vices de son siècle, respecta du moins la divinité protectrice de sa ville natale. Le monument en«question nous apprend, en outre, quelques circonstances nouvelles de la vie du poète; découvert aux environs d'Aquinum , non loin des bords de la Melfa , il fut d'abord publié par Orlandi de la manière suivante5 :
O.N.PRIS.SEDEM D.IVNIVS.IVVENALIS COMBEL — NATARVM lï VIR QVINQ.FLAMEN.
DIVI.VESPASIANI.VO VIT.DEDICAVITQVE.SVA.P
Voici la restitution de M. Mommsen, qui a mis à prolit une copie laite avec plus de soin par Cayro x (p. au8, n. 63 1 1 ) :
1 Le rhéteur Cestius ayant dit que Cicéron avait été un ignorant [negabat littents seine), Marcus, alors proconsul d'Asie, pour prouver le contraire, fil flageller l'imprudent professeur d'éloquence. 11 est à' remarquer que Sénèquc le père, auteur des Suasoriœ (VIII, p. 695 de l'édition de M. Bouillet), trouve ce procédé tout naturel (ajj'erri protinut jlugra jtusit, et Ciceroni, UT OPORTU1T, de corio Cettii satisfecit), et que le méinc auteur avait dit quelques lignes plus haut , en parlant de Marrus : «Nihil ei paterno ingenio habuit, pneler URBAN1TATEM. » — ' ,.M. Tujlb et « nalûra memoriam dempserat, et ebrietas, si quid ex ea supererat,' subducebat. » jSénèquc. ibidj — » Délie città d'il al ta, Perugio, 177a, t. Il, p. »65. — 4 Sloria (TAquino, p. 36o, n. 1.
Cercri sacrum. Décimas Junius Juvenalis, Iribnnus coborlis prima; Delmatarum, duovir quinquennalis, flamen divi Vespasiani, vovit dedicavilque tua pecunia.
Le marbre portant cette inscription provient sans doute du temple révéré de Cérès Helvina, situé jadis près du bourg moderne de Rocca Secca, et appelé ainsi du nom de la famille llclvia ou Elvia, dont plusieurs membres habitaient les environs (p. a 3 4 , n. 44">7). C'est la localité à laquelle Juvénal lui-même fait allusion, en mettant dans la bouche de son ami Dmbricius les vers suivants (Sat. 01 , 3 ï 8-3 21):
Et quotas te
Roma tuo, reGci properantem , reddet Aquino,
Me quoque ad Helvina m Cererem vestramque Dianam
Couvelle à Cumis.
Les restes d'un aqueduc et d'un amphithéâtre marquent seuls aujourd'hui l'emplacement de Minturnes, non loin de l'embouchure du Garigliano et près de la petite ville de Traetto. Sous le règne de l'empereur Philippe, au contraire , vers l'an a/19, Minturnes était encore une cité florissante, faisant élever une statue à son duumvir Publius Bœbius Justus, qui avait excité l'admiration et mérité la reconnaissance de ses concitoyens en faisant égorger, dans un spectacle donné à ses frais, dix ours, seise animaux se nourrissant de substances végétales, et onze gladiateurs, les plus habiles, les plus vigoureux et les plus renommés de la Campanie. Ce fut la moitié de ceux qui avaient combattu 1. L'inscription étant trop longue pour être reproduite en entier, je n'en donnerai ici que les lignes suivantes, gravées sur l'un des côtés de la base qui soutenait la statue. En les lisant, plusieurs de nos lecteurs trouveront peut-être que ce monde romain , dont une littérature variée , ingénieuse et noble, n'avait point adouci les mœurs, ce monde où une civilisation réelle et élégante s'alliait si souvent à une grande inhumanité, méritait bien de périr. Au m* siècle de notre ère, il avait rempli sa lâche; après avoir propagé dans l'Occident les arts, les lettres et les éléments de la science administrative, il devait disparaître pour Caire place à une société nouvelle, à des idées plus généreuses, à un autre genre d'institutions politiques.
1 La magnificence d un autre duumvir, Aulus Clodius Flaccus , fui pins splendide encore : pour réjouir la population de Pompéi. il donna une grande chasse (n. îaa, n. 3378 : TAVROS TAVROCF.NTAS APROS VRSOS CETERA VENA- TIONE VARIA) et i! introduisit dans l'amphithéâtre jusqu'à soixante-dix gladiateurs (GLADIAT. PAR. XXXV). Un troisième duumvir, à Capoue ou à Naples. e» Gt combattre cent (p. n. 3657); à la vérité, on ne dit pas combien il y en eut de tués.
HIC MINT.DIEBVS ÏÏÏÏ. EDIDIT PARIA XÎ. EX HIS OCCID.GLA.
PRIM.CAMP.XI.VRSOS QVOÛVE
CRVD EL. OCCIDIT X QVOD 5 IPSI MEMINIST. CIVES OPTIMI HERBAN. VNIVERS.IN DIES SING. OCCIDIT QVATERNOS (P. ai3. n. 4o63.)
(Hic Mintumu diebus quataor edidit paria undecim. Ex his occidit gkdia tores , primos Campaniae1, undecim. Ursos quoque crudeles occidit decem. quod ipsi meministis. cives optimi. Herbanos unirersos in dies «ingulos occidit quaternos.)
Comme l'adjectif herbanus ne se trouve dans aucun auteur ancien et qu'il manque dans les dictionnaires, Visconti, en parlant de notre inscription3, crut y reconnaître les habitants de la ville d'Herbanum, mentionnée par Pline3; il rapporta donc le monument à cette localité en lisant : «Quod ipsi meministis, cives optimi Herbani universi, per «(sec) dies singulos occidit quaternos.» L'érudition de Visconti était considérable, attentive, philosophique et bien réglée; toutefois, nous ne croyons pas devoir adopter l'interprétation donnée par ce grand antiquaire, et nous préférons celle de M. Mommsen. Sans parler du nom de Minturnes, qui se lit à la première ligne, la pierre en question a été trouvée à l'embouchure du Garigliano, et Herbannm était une ville d'Etrurie. En outre, les marbres constatent la différence que les Romains établissaient, dans les cirques et les amphithéâtres, entre les combats avec des bêtes féroces [fera dentatec , p. i ào, n. a56g, 1. 7) et les chasses données aux cerfs, aux chamois, aux mouflons et i d'autres animaux herbivores. Un passage cité par notre savant épigraphiste prouve qu'on comprenait ces derniers sous la dénomination générale
1 Quelques personnes seraient peut-être tentées de suppléer, primat Campant*, ce qui voudrait dire qu'avant Bebius un pareil acte de munificence n'avait jamais eu lieu en Campante. Effectivement, on trouve : «Prunus omnium euro quattuor . « paribus gladiatorum splendido adparatu patriam suam bonestavit • (p. S 1 1 , n. 6789), et : «Quod prunus omnium editorum sumptu proprio quinque feras [African]u • cum. . . adparatu magnifîco dederit. * (P. a55, n. 4877.) Mais les gladiateurs habiles dans l'escrime étaient en grande réputation, surtout quand, triomphateurs habituels. Us avaient déjà tué plusieurs de leurs adversaires. Comme ils étaient de condition scrvile , on ne pouvait les acquérir qu'à un prix très-elevé ; et des phrases semblables à celle-ci .- « Viclores Campaniœ pretiis et sestimatione » (p. làA. n. a6a7), justifient l'interprétation donnée par M. Mommsen. — » Monummti Gabtni, nouv. édit donnée par Labus, Milan, i835, in8\ p. 118. — » HUt. nat.
d'herbatica animaha1; on pourrait ajouter qu'Us étaient aussi appelés herbariœ, d'après une inscription de Palerme*, incomplète, ît est vrai, au commencement de chaque ligne , mais dans laquelle il y n un passage dont le sens ne saurait être douteux :
cum omni] GENERE HERBARIARVM ET NVMEROSAS ORIENTALES [bestûs edidit?]
Le monument de Basbius Justus nous donne un troisième terme , herbani, où Ton peut sous-entendre animantes ou quadrupèdes. Ces chasses alternaient probablement, à Minturnes, avec les combats contre les arsi cradeles de la ligne 3.
Les inscriptions latines de la Campanie sont si nombreuses, elles offrent un si haut degré d'intérêt, que je continuerai à m'en occuper daus un article suivant, avant de passer à celles que M. Mommsen a recueillies dans le Samnium et dans les autres provinces formant aujourd'hui la partie septentrionale du royaume de Naples.
HASE
[La sait* à an prochain cahier.)
Des carnets autographes du cardinal Mazarin, conservés à la Bibliothèque impériale.