L. VITET
(La suite à an prochain cahier.)
Handbvcb der Rômischen Epigrapbik, etc., Manuel pour servir à f étude de ïèpigraphie romaine. Deuxième volume : Introduction à la connaissance des inscriptions romaines, par M. Charles Zell , professeur à l'université de Heidelberg, etc. Heidelberg, chez Ch. Winter, 1862 ; viii-385 pages in-8°.
DlUXlàUS ET DXRNIKR ARTICLI1.
Nous arrivons à la deuxième section (p. i3q-3A&) du savant et unie ouvrage de M* Zell. Divisée en huit chapitres, elle n'est pas la partie la moins intéressante du volume , à cause des notions nombreuses qui y abondent. L'auteur les a tirées des inscriptions qui se rapportent au culte (tituli); il y a également placé les calendriers, les tessères, les épitaphaa, les inscriptions qui se lisent sur les monuments publics, les actes des magistrats, les inscriptions militaires, celles des personnes privées, enfin les inscriptions poétiques. Comme il serait impossible d'étendre notre analyse à toutes les parues de ce curieux travail, il suffira de relever un petit nombre de traits propres à caractériser le genre d'instruction qu'on peut y puiser, et de reproduire quelques-unes des observations que fauteur joint à l'exposé des faits. On a prétendu que l'historien doit s'abstenir de réflexions , et les laisser faire a ceux qui lisent; mais ce précepte ne saurait s'appliquer ni à l'archéologue ni à l'épigraphiste; et, d'ailleurs, le vrai moyen de suggérer des réflexions au lecteur, c'est peut-être d'en faire. Aussi M. Zell ne se contente-t-il pas de mentionner, de classer et de comparer ce que les marbres nous ont conservé des sénatus-consultes, des édita des magistrats , des réécrits et ordonnances des empereurs, des décisions que ceux-ci écrivaient ou faisaient écrire au bas des requêtes , des allocutions ou discours qu'ils prononçaient (orationes principam). A ces énumerations , l'auteur ajoute des considérations générales; il fait voir, par exemple, combien la plupart des pièces que nous venons de désigner, par la concision et la simplicité du style, différent des discours prêtés aux mêmes personnages, empereurs, consuls, généraux, par ceux des auteurs anciens qui, écrivant l'histoire en orateurs, semblent s'être inquiétés beaucoup moins de la vérité que de l'effet littéraire; combien ces harangues qu'on trouve chez eux à chaque pas, et qu'ils auraient
' Voyez, pour le premier article, le cahier de janvier, page 39.
été bien fâchés qu'on crût l'ouvrage de ceux à qui ils les attribuent , combien ces harangues, disons-nous, tout éloquentes qu'elles sont, ou plutôt parce qu'elles sont souvent des chefs-d'œuvre d'éloquence , font craindre que l'imagination des historiens ne les ait quelquefois égares dans la narration des faits. Une autre différence, remarquée également par M. Zell (p. 377), est celle que les monuments nous montrent entre la rédaction des sénatus-consultes et le style des lois. Impératif et absolu dans ces dernières, le langage des premiers est habituellement modéré et plein d'expressions dubitatives, telles que, sénats* jadicare, arbitrari, existimare, senatai viieri. Le même corps iadresse-t»il à ceux qui doivent exécuter ses ordres ? Rarement il le fait sans employer les formules restrictives et polies, quoi commodo reipablicœ fieri posset, uti 0 repubtica fideqœ esse ei viderttar, si eù videretmr. Sans doute, la forme du gouvernement, dans les derniers temps de la république, a pu dicter un tel langage circonspect et rempli d'égards; mais on y reconnaît aussi l'habitude et les formes de cette urbanité qui était alors, à Rome, le partage des classes élevées. Ces patriciens lettrés, ambitieux et intrigants, obligés de vivre les uns avec les autres et d'y vivre dans la réserve, souvent dans la défiance, étaient forcés de substituer à l'énergie des sentiments qu'ils éprouvaient la mesure dans te langage et la prudence dans les expressions. Il semble qu'on retrouve jusque dans leurs décisions administratives quelque chose de ce qui caractérise les Epi très de Cicéron si improprement appelées familières : dignité, heureux choix de mots, connaissance des hommes, méfiance qui en est souvent la suite naturelle, abandon qui presque toujours n'est qu'apparent, et désir de plaire sans trop d'empressement de le montrer.
De ces considérations générales M. Zell sait descendre aux détails les plus minutieux, mais aussi les plus instructifs. Nous ne citerons que le sixième chapitre (p. 3oo-33i), où il a réuni les notions nombreuses que les inscriptions fournissent sur l'organisation des armées romaines , sur leur marine militaire, sur les règles suivies dans l'avancement des officiers [promotio)\ et, dans l'impossibilité où nous sommes de tout reproduire, nous nous bornerons, en traitant de ce chapitre, a le signaler à l'attention des lexicographes. C'est par les monuments seuls que l'on connaît les octogenarii et les nonagenaru, qui, sur les trirèmes et les liburnes romaines, commandaient à quatre-vingts ou à quatrevingt-dix hommes; le maître calfat et ses subordonnés (anctor, subanctorcs);le coronarins, qui, aux jours de solennité et- de réjouissance, ornait le navire de couronnes et de festons de fleurs. Dans l'armée de terre, les tripUcarii ou triplant, soldats touchant une solde triple, à
titre de récompense. Plusieurs de ces mots manquent entièrement dans nos dictionnaires latins ; d'autres s'y trouvent , mais avec une signification différente de celle qu'ils ont sur les marbres. De ce nombre est accepter, receveur des contributions (p. a 5 8). D'autres inscriptions, citées par M ZelJ, fournissent de nouvelles preuves que le mot signant est pris quelquefois dans le sens de surnom , de sobriquet ou de nom de guerre
Après avoir servi seize ans dans la garde prétorienne, vingt ans dans une légion , vingt-cinq ans dans les troupes auxiliaires et sur la flotte . la carrière militaire des simples soldats se terminait par un congé définitif, qui, eu vertu d'un décret impérial, accordait les droits et les privilèges de citoyen romain au militaire qui n'en jouissait pas encore, et étendait les mêmes privilèges à ses descendants. On remettait alors h chacun des vétérans libérés (901 pie et foriiter militia fancti sont) une copie de ce décret gravée sur des plaques de bronze (tabahe honesta missionis), avec les signatures de sept, quelquefois de neuf témoins, attestant la conformité de la copie avec le décret original, gravé également sur l'airain, conservé au Capitole ou, plus tard, depuis le règne de Domitien, attaché contre un mur derrière le temple d'Auguste à Rome ( tabula tenea, 90a? fixa est Romee in maro post templum divi Augasti ad Mînervam). Le hasard nous a conservé un nombre assez considérable de ces congés délivrés à des militaires émérites; M. Zell (p. 3i8-33o) en a réuni jusqu'à quarante-sept, émanés de différents empereurs, depuis Claude jusqu'à Dioctétien. Gomme on y indique avec soin le corps auquel appartenait chaque soldat et le nombre d'années qu'il avait passées sous les drapeaux , ces états de services , gravés sur l'airain , sont aujourd'hui des documents précieux pour connaître l'histoire des légions qui, pendant trois siècles, jusqu'aux changements introduits par Constantin le Grand dans tout le système militaire , défendaient les frontières de l'empire.
Dans les deux derniers chapitres de la seconde section , M. Zell traite des inscriptions des particuliers [inscriptiones privatœ) et des inscriptions poétiques. L'auteur comprend parmi les premières (p. 33i-3Ao) les écriteaux mis sur la façade des maisons et des hôtelleries 2, les annonces, les proscynèmes, les inscriptions érotiques ou satiriques, enfin tout ce
1 Voyez aussi Muratori, p, kcccluxii, n*'8 : Octavim FeHcitati , sùjno LeontL Et, (ianj Vopiacus, Via d'Awrilien, c VIII : Tribuno . . . huic signant exercilm apposa erat. Manu ai femm. — 1 M. Zell cite, entre autres, un aubergiste qui, au premier ou second siècle de notre ère, était sévir Augastalis, distinction qui ne l'empêchait pas «le tenir à Narbonne l'hôtel da Coq. H se nomme, dans son épitaphe, Lucius Aframas Cerialis. . . domo Taraeone, otpitalù (sic) a Gallo gallinacio.
qu'on trouve gravé ou empreint sur les pierres précieuses et fines, sur les briques, les vases de terre (opta doliare) , sur les lampes , les cachets, les anneaux et même sur les colliers de métal que des maîtres sévères ou cruels faisaient porter aux esclaves soupçonnés de vouloir s'évader. Ces tristes monuments de l'antique servitude semblent prouver que l'usage barbare qu'ils constatent s'est maintenu jusqu'aux derniers temps de l'empire-, car, sur un collier où on lit, Jasshne DDD. NNN. (do~ minorant nostram) ne (fais serrant aliénant sascipeat (sic), les trois empereurs dont il s'agit sont probablement Valcntinien II, Théodose et Arcadius. La maison dont le fugitif s'était échappé y est assez souvent désignée par des formules comme celle-ci : Tene me, qniafagio, et revota me in viam latam ad Flaviam D. M. (dominant meam).
Une autre classe de monuments réunis dans le même chapitre . intéresse l'histoire des arts. Ce sont des inscriptions ou , plus souvent encore, des marques de fabrique, tantôt gravées sur toutes sortes d'ustensiles en métal, tantôt apposées sur les tuyaux de plomb dans lesquels coulait l'eau des aqueducs. Plusieurs de ces marques ne consistent qu'en quelques lettres entrelacées ou sxgles, difficiles à expliquer; d'autres, plus lisibles, nous représentant le langage des artisans et des classes inférieures, sont quelquefois fort incorrectes. Mais tout s'y pardonne à cause des faits curieux qu'elles nous révèlent; car elles attestent que non-seulement les industries ordinaires de l'Italie, mais aussi le luxe de Rome, avaient suivi en Gaule, en Germanie et jusqu'en Angleterre les besoins vrais ou factices de la civib'sation antique.
Dans le chapitre consacré aux inscriptions poétiques (p. 36o-3AA), M. Zell fait remarquer que les épitaphes en vers appartiennent, en trèsgrande partie, ou aux temps les plus anciens, dont elles reproduisent l'idiome naïf et sauvage, ou au temps de la décadence, qui était également celui de l'affectation d'esprit sous laquelle se cachait souvent une grande stérilité d'invention. Il y a cependant de ces épitaphes versifiées qui datent du haut empire, temps de lumières, de paix et de tranquillité, trop décrié par quelques écrivains d'un talent remarquable, qui, comme Sénèque, Pline l'ancien, et peut-être comme Tacite, eurent a la fois la satisfaction si douce de médire de leur siècle, et la prudence si nécessaire de rechercher son suffrage. D'après notre auteur, plusieurs de ces pièces joignent i la pureté du langage une harmonie douce et facile; quelquefois même, par l'élégance de la diction comme par la force de la pensée, elles soutiennent la comparaison avec tout ce que la poésie latine nous a laissé de plus remarquable ; elles prouvent que l'élévation, peu compatible avec la finesse, peut, au contraire, s'allier de
la manière la plus touchante à la sensibilité, dont elle augmente l'intérêt en la rendant plus noble. Reproduisant les fictions ingénieuses de la mythologie ancienne, qui donnait à tout l'âme et la vie, conçues tantôt en vers élégiaques, tantôt en hexamètres seuls, ou bien en vers ïambiques de six pieds (senarii, tenarioU), ces pièces sont irréprochables sous le rapport de la mesure et de la quantité. On ne peut pas en dire autant d'un certain nombre d'autres, composées par des personnes peu lettrées dont les efforts impuissants ne parviennent pas toujours à produire un distique correct; plus d'une fois même leur verve poétique s'éteignant tout a coup au milieu du second vers, elles terminent brusquement le pentamètre commencé par une ligne en prose. M. Zeil donne pour exemple f épitaphe suivante (p. 34 1 ) :
Ossa relata domum. Cinis hic adoperta quiescit.
Heredes titulum , versiculos Cornélius Eroi , conlegœ et amïco (feccrunt) .
Il nous reste à parler de la troisième et dernière partie du volume de M. Zell (p. 3Aa-356). Resserrée dans de moindres dimensions que les deux autres, elle est cependant la partie principale aux yeux des lecteurs studieux, puisque l'auteur cherche à y déterminer les principes d'après lesquels il faut lire, interpréter et apprécier les monuments dont il a fait connaître , dans les sections précédentes , la nature , les classes et le contenu. Lorsque le sujet est aussi intéressant, beaucoup de personnes regarderont peut-être l'étendue des détails comme une des qualités d'un ouvrage didactique et comme un mérite de l'écrivain. Ici, au contraire, ce que M. Zell appelle Yherméneutifjve des inscriptions latines n'occupe que treixe pages de son volume. Toutefois, il faut considérer que plusieurs préceptes qui auraient pu trouver leur place ici , ont été déjà exposés et surtout habilement appliqués dans les chapitres précédents; et les philologues qui voudraient reprocher à cette conclusion de l'ouvrage un excès de laconisme seront, en quelque sorte, dédommagés par la justesse des observations que l'auteur a su rassembler dans un si petit espace. Nous transcrirons quelques-unes de ces remarques. Elles paraîtront peut-être bien minutieuses; mais il n'en est pas moins vrai que les épigraphistes , ayant toujours présentes a l'esprit les règles générales établies par M. Zell, auraient évité bien des erreurs et prévenu des contestations que ces erreurs mêmes pouvaient rendre éternelles. Pour se guider dans des restitutions conjecturales, l'auteur rappelle d'abord combien il importe d'avoir plusieurs copies d'une inscription à moitié eflacée, quand on ne peut pas l'examiner soi-même; et, parmi les copies, celles qui ont été faites par des dessinateurs illettrés.
mais cloués d'une vue perçante et subtile, sont souvent préférables aux transcriptions provenant de latinistes instruits dont l'œil fatigué n'a pu discerner les traces presque imperceptibles des lettres , et dont l'imagination, ou même le savoir, ont rempli arbitrairement les lacunes. Ensuite, quand même toutes les lettres sont bien conservées, on ne saurait apporter trop de soin dans la distinction des mots. À la vérité, sur beaucoup de monuments, ils sont séparés les uns des autres par un point ordinairement triangulaire, et placé à moitié de hauteur de la dernière lettre; mais ce point manque souvent, et des savants justement célèbres ont commis d étranges erreurs en ne distinguant pas comme il fallait les mots, les membres de phrases et les périodes. Enfin, pour connaître la valeur de certaines abréviations ou pour se garantir de fâcheuses méprises, il est essentiel de s'enquérir, autant que possible , des localités où la pierre a été découverte. Parmi les faits nombreux cités par M. Zell à l'appui de ces trois préceptes, nous ne choisirons que deux exemples; ils prouveront combien il est utile de connaître la provenance du monument qu'on veut expliquer.
One inscription trouvée à Lodi [Laus Pompeii), sur les bords de l'Adda, ne contient que ces mots : H. L. M. C. APRON. C. L. CLEMENS V. S. Deviner la signification de la première lettre aurait été fort difficile , si Ton ne savait pas que la pierre a été retirée des décombres d'un temple d'Hercule, circonstance qui a permis à Reinesius 1 de lire avec une grande probabilité, sinon avec certitude : HereaH libens merito Gains Apronius, Cad Ubertus, Clemens votam solvit.
Une autre inscription est rapportée pâr Gruter* : R. M. TAD. PE- RVS. GEN. ORD. Maffei, qui lisait Tadperus gen[ius] * supposait qu'un faussaire, en composant cette ligne, avait voulu faire croire au culte* d'un dieu topique, d'un génie. Mais Vermiglioii prouve4 que le monument existe, seulement il n'est ni antique ni consacré au génie Tadperus ; c'est l'épitaphe du supérieur général d'un ordre religieux. Si Gruter et Maffei avaient remarqué que la pierre dont il s'agit est encastrée dans le mur d'une église d'Augustins à Rimini, ils auraient probablement trouvé, longtemps avant Vermiglioii, la leçon qui est la seule véritable: R[*>erendissimiu)m[a(ji3ter] Tad[*as] Peras[inus], gen[eralis] ord\inis].
La troisième section se termine par des remarques qui peuvent aider à reconnaître les inscriptions supposées. Personne n'ignore que. depuis le renouvellement des lettres, surtout au xV et au xvi* siècle,
' Class. 1, o* uni. p. i io. — ' PagcMxvm, n' r. — ' Art crit. lap. p. * Lêzùmt eiementari <U archeoîogia, Perugia. 1833. vol. n, p. a5l.
l'intérêt, la vanité, le désir de prouver l'origine ancienne de certaines localités, ont fait fabriquer une multitude de monuments entièrement controuvés [inscriptiones aàalterinee)\ quelquefois aussi les faussaires, en travaillant sur une pierre véritablement antique , n'en ont altéré qu'une partie {inscriptiones adalteraiœ). Enfin il y a des monuments épigraphiques en grand nombre (inscriptiones suspecta) dont l'authenticité a été contestée par quelques critiques, et admise ou même défendue par d'autres. Les premiers, tels queMaflei, trouvant dans les anomalies du langage une raison suffisante pour douter, eurent encore, plus d'une fois, le tort grave de rejeter d'avance tout ce qui ne ressemblait pas à ce qu'ils connaissaient, comme si les monuments ne nous révélaient pas, à chaque instant, une foule de particularités et d'usages dont les auteurs anciens ne parlent point. Toutefois, ce scepticisme poussé trop loin a été moins préjudiciable à la science que la crédulité de ceux qui ne se sont pas assez rois en garde contre la mauvaise foi des faussaires ; car malheureusement il s'est trouvé, surtout en Italie et en Espagne, des érudits qui, peu jaloux de leur bonne renommée, aimaient à répandre l'erreur a plaisir. M. Zell cite, comme s'étant rendus coupables de pareilles impostures, le Pogge, Jean Nanni, plus connu sous le nom d'Annius de Viterbe, l'enthousiaste Pomponius Lsetus, et celui qui fat le plus habile, le plus hardi et le plus fécond de tous, le Napolitain Pirro Ligorio, qu'un juge équitable plutôt que rigoureux1 appelle hominem in perniciem rei epigraphicœ totiasqae antiqaitatis natum. Pour découvrir la fraude, le moyen le plus sur est, sans doute, d'examiner le contenu d'une inscription, quand on possède une connaissance suffisante de la langue laune, de l'histoire et de l'antiquité en général. Cependant il y a aussi des indices pour ainsi dire extérieurs et matériels, que M. Zell signale à ceux qui auraient à prononcer sur l'authenticité d'un monument épigraphique. Si celui-ci est d'une certaine étendue, une orthographe partout conforme à celle que les latinistes modernes ont adoptée depuis l'invention de l'imprimerie suffit seule pour faire naître des soupçons; et, quand on peut soi-même voir la pierre, une trop grande régularité dans la forme des caractères , des abréviations ou des ligatures de lettres inusitées, d'autres anomalies encore, qui n'échapperont point à un œil exercé, révéleront presque toujours l'origine récente du monument.
Nous n'allongerons pas davantage l'analyse de cette exposition approfondie, quoique succincte en apparence, des règles qu'il faut suivre
' Orelli. Amplùtima collectio, etc., vol. I. p. 43.
pour apprécier et pour juger ies inscriptions-, ce que nous en avons dit peut suffire pour montrer que ces règles, dont nous n'avons pu faire connaître qu'une partie , seront méditées avec fruit par les jeunes philologues, s'ils savent les appliquer dans la mesure qui convient. M. Zcli y a joint une liste , disposée par ordre alphabétique, d'un grand nombre d'ouvrages, recueils ou dissertations, ayant l'épigraphie pour objet (p. 357-379). Si les traités généraux sont utiles pour fixer l'état des connaissances , pour en répandre le goût , pour aider le penseur dans ses méditations, c'est peut-être par les mémoires particuliers que les sciences ont fait le plus de progrès, soit en se débarrassant des erreurs, soit en s enrichissant de vérités nouvelles, soit en discutant d'une manière approfondie des questions controversées et difficiles. On doit donc, à notre avis, savoir gré à M. Zcll, après avoir réuni tant de monographies peu connues, de les indiquer non-seulement aux épigraphistes, mais aussi à tous ceux que l'aride étude des faits positifs n'effraye point. Ils trouveront dans ce riche répertoire les titres d'environ huit cents écrits éclaircissnnt presque tous les points de l'antiquité romaine.
Le volume est terminé par une table des matières (p. 38o-385), et par trois planches lithographiées représentant des alphabets phéniciens, hébraïques , grecs et latins , puis quelques inscriptions en lettres capir taies, onciales, liées, minuscules et cursives. C'est en quelque sorte une histoire figurée de l'écriture lapidaire chez les Romains, depuis les temps les plus anciens jusqu'aux règnes de Trajan et d'Adrien, où elle arrive à un degré remarquable d'élégance, et depuis cette époque jusqu'à la chute de l'empire d'Occident.
Après tous les éloges que nous avons si justement donnés à l'auteur, osons cependant faire un aveu : on pourrait désirer, dans ce volume comme dans le précédent, une plus grande exactitude dans les citations , dans l'orthographe des noms propres et dans celle des mots grecs. M. Zell, il est vrai, a pris soin de corriger lui-même, dans un errata , plusieurs de ces fautes d'impression (p. ix-xt), mais il en reste encore un certain nombre d'autres qu'il n'a point relevées. Nous croyons , par exemple, que le volume de la Bevae archéologique mentionné page a a , note 6 , n'a pas été publié en 1 86 1 , mais en 1 85 1 ; le savant antiquaire de Carpentras , associé honoraire de l'Académie des inscriptions et belles -lettres, s'appelait Bimard de la fiastie et non de la Bartie, comme on a imprimé page 0 55 , ligne 3o; enfin, dans i'errata même, p. x, ligne 5o. l'accentuation du mot if*/x<5irofnro« , épithète de Mer cure , est vicieuse. On pourrait multiplier les citations de ce genre ; mais il serait injuste de s'arrêter à des taches aussi légères, que, dans
là
une seconde édition, le savant auteur pourra facilement faire dispa raltre par une plus grande attention dans la révision des épreuves. Malgré ces inadvertances, le volume dont nous terminons ici l'analyse nous parait indispensable pour connaître l'état actuel de la science épigraphique. Il se répandra surtout parmi la jeunesse des écoles, dont il deviendra un des manuels nécessaires; il guidera ceux qui se sentiront de l'attrait pour suivre une carrière peut-être trop abandonnée par les philologues ; il instruira même les savants, soit en leur apprenant des choses qui leur étaient échappées dans leurs études, soit en leur rappelant ce qui avait fui de leur mémoire, soit en leur montrant certains objets sous de nouvelles faces; et l'épigraphie latine sera redevable a M. Zell d'un bon livre qui lui manquait.
HASE
Rjg-Véda ou Livre des Hymnes, traduit en français par M. Lan-
glois, membre de l'Institut. 4 vol. in-8°, Paris, 1 848-1 85 1. Rig-Véda-Samhitâ, avec le Commentaire de Sâyana, publié par
M. le docteur Max Muller. î" vol. in-4*, texte sanscrit. Londres
et Oxford, 1849.
Rig-Véda, traduit en anglais, par M. H. H. Wihon. 1" vol. in-8°.
Oxford, i85o.
Yadjouh-Véda blanc, avec le Commentaire de Mahidhâra, publié par
M. le docteur Albrecht Weber. 1er vol. in-4°, texte sanscrit. Berlin
et Londres, i85a.
Sâma-Véda, publié et traduit en anglais, par M. Stevenson, a vol.
in-8°. Oxford, 1 84a -1 843.
Sâma-Véda, publié et traduit en allemand, avec un glossaire, par
M. Théodore Benfey. Gr. in-8°. Leipzig, i848.
SIXIEME ARTICLE1
De l'époque des Védas.
On ne s'attend pas, bien entendu , à trouver ici des dates précises.
1 Voyei.pour le premier article, le cahier de juillet, p. 38g; pour le deuxième
L'Inde elle-même ne nous en donne pas une seule sur les faits les plus importants de son histoire; et les Védas, tout vénérés qu'ils sont, n'en ont pas en plus que tout le reste.
La science serait même fort embarrassée de dire comment ces monuments lui ont été transmis : elle les possède, elle les explique; mais comment sont-ils parvenus de ces âges antiques jusqu'à nous? c'est ce qu'il serait bien difficile de savoir, du moins aujourd'hui. Du reste, si les Indiens ont été peu soucieux de leur histoire, ils l'ont été prodigieusement de l'authenticité de leurs livres sacrés. C'est un fait à peine croyable que les Védas. dans leurs Mantras, c'est-à-dire dans leur partie vraiment essentielle, n'aient pas subi, depuis près de trois mille ans, la moindre altération; (es copies les plus diverses qu'on a pu s'en procurer ne présentent pas la plus légère variante; et le texte sacré, tel que l'a fixé le travail de recension fait huit ou neuf siècles au moins avant notre ère, n'a pas varié d une syllabe. J'ajoute que cette immutabilité du texte védique ne se montre pas seulement dans les transcriptions entières qui en ont été faites à profusion ; elle se retrouve au même degré dans les citations partielles, qui sont innombrables et qui se répètent sous toutes les formes dans toute espèce d'ouvrages.
Quand je parle de la chronologie des Védas, je ne veux désigner que les parties les plus anciennes de ce vaste recueil. J'en exclus les Brâhmanas, bien que quelques-uns, selon toute apparence, soient antérieurs à la rédaction définitive ; j'en exclus, à plus forte raison, les Oupanisbads, dont plusieurs sont d'une haute antiquité sans doute, mais dont quelques-unes aussi descendent jusqu'à des temps très -mode mes. Je n'entends fixer approximativement que l'époque du Rig-Véda et des parties originales de YAtkarvana et du Yadjoar. Il n'y a point à s'occuper ni des parties de ces deux derniers ouvrages qui sont empruntées au Ritch, ni du Sâma-Véda tout entier, qui n'est qu'une répétition des autres. Les Védas ont été la source de toute la civilisation indienne; et les dater, du moins comme on le peut à l'heure qu'il est, c'est dater l'origine de tout ce qui a suivi.
William Jones, se fondant sur la différence de langue qu'il remarquait entre les hymnes védiques et les lois de Manou, et accordant aux listes deRisbis données par quelques Oupanishads plus de confiance qu'elles n'en méritent peut-être, essayait d'assigner une époque aux Védas; et, avec l'impétuosité de génie qui le caractérise, il n'hésitait point à préciser
celui d'août, p. oa3; pour le troisième, celui de septembre, p. 553; pour le quatrième, celui d'octobre, p. 6ia; et, pour le cinquième, celui de décembre i85a.
les chose*: il déclarait que le Yadjoar^Véda avait été composé i58o ans à peu près avant l'ère chrétienne l.
Du témoignage trop peu sûr des Oupanishads, même quand William Jones l'interprétait. Colebrooke croyait pouvoir en appeler à l'astronomie; et voici comment il procédait dans sa recherche. A chacun des Védas est attaché un petit traité appelé Yotish , qui est un calendrier rituel , et qui fixe le moment des cérémonies diverses par l'apparition de certains astres qu'il désigne. Or, dans les deux Yotish du Rilch et du Yadjour, Colebrooke trouve un passage où est donnée la position des solstices relativement à deux constellations, et cette position ne peut avoir eu lieu que dans le xrv* siècle avant notre ère. C'est là l'époque où le calendrier védique a été composé-, et, comme naturellement le Véda lui-même a dû, l'être auparavant, on voit que Colebrooke arrivait au même résultat à peu près que William Jones, bien que par une tout autre voie 3.
Colebrooke confirmait ce premier passage du Yotish par une citation d'un auteur indien nommé Parâçara, qui rapportait une observation des colures des équinoxes; et cette observation, dont William Jones avait fait également usage, correspondait à l'année 1 391 avant l'ère chrétienne9; l'illustre indianiste en concluait encore que la compilation des Védas, tels que nous les avons aujourd'hui, avait dû être faite au plus tard dans le xrv* siècle avant Jésus-Christ. Enfin , remarquant qu'un des hymnes du Rig-Véda, l'hymne à Pouroasha *, était écrit dans le style des poèmes épiques, il en tirait cette autre conclusion qu'à l'époque de la compilation des Védas, le sanscrit avait déjà changé les formes irrégulières et rudes du dialecte védique , pour ces formes polies et sonores qu'on trouve dans les grandes compositions mythologiques et dans les Poùranas s. *
Colebrooke, d'ailleurs, avec la justesse d'esprit qu'on lui connaît , ne prenait ces assertions que pour des conjectures ; et il ne croyait pas qu'en cet obscur sujet on pût, même avec l'aide de textes aussi positifs, aller au delà d'une simple probabilité.
Ces preuves de William Jones et de Colebrooke , bien qu'employées avec tant de réserve , et quoique admises par M. Wilson , le plus illustre et le doyen des indianistes, n'ont pas paru suffisantes; et, sans les combattre directement, ni discuter les passages allégués par eux, on a tenté
1 Voir la préface et U traduction des Lois de Manou, Œuvres complètes de William Jones, t. VII, p. 79. — ' Colebrooke, Estays, 1. 1, p. 108. — * lbid. p. aoo — ' Voir plus haut, p. 75a; et dans Colebrooke, Estayt, t. I, p. 167. — ' lbid. p. 309.
des preuves différentes. M. Roth s'est borné à élever des doutes; et les monuments indiens d'astronomie lui ont semblé trop contestables pour qu'on pût s'y fier l.
Par le même motif, sans doute, M.Albrecht Weber* rejette toutes les autorités indiennes; elles lui paraissent dénuées absolument de valeur, et il s'étonne qu'on ait jamais pu songer à bâtir quelque chose sur un fondement aussi ruineux. Il s'arrête donc uniquement à l'étude des ouvrages védiques en eux-mêmes, au culte qu'ils renferment et aux indications géographiques qu'ils fournissent. A ce premier témoignage , il en joint un autre , celui de Mégasthène , qu'il regarde comme aussi grave. De cette série nouvelle de preuves , il tire seulement cette conséquence, que la littérature indienne nous a transmis les monuments écrits les plus anciens probablement de tous ceux que nous possédons , et que, dès le temps d'Alexandre, la presqu'île tout entière était convertie au brahmanisme. Voilà tout ce que veut affirmer M. Weber, et je ne le blâme pas de se tenir dans une sage circonspection ; mais ces assertions , toutes modestes qu'elles paraissent , reportent l'antiquité des Védas au moins aussi haut que le faisaient Colebrooke et William Jones ; et M. Weber lui-même, qui , d'après le Rig-Véda, fait partir le peuple indien des frontières reculées du nord-ouest pour s'avancer au sud et à l'est, ne peut s'empêcher de s'écrier: «Quelle suite de siècles n'a-t-il «pas fallu pour que cette immense étendue de pays, qu'habitaient des u races sauvages et puissantes, fût convertie à la religion des brahmanes ! »
Je concède à MM. Roth et Weber que les monuments de l'astronomie indienne sont encore trop peu connus, et probablement trop peu anciens , pour qu'on puisse les interroger avec sécurité et se fier à leurs réponses. Je concède que c'est aux Védas eux-mêmes qu'il faut s'adresser, et que c'est principalement par des investigations philologiques et littéraires qu'on peut espérer d'atteindre le but et de savoir ce qu'on doit penser de l'antiquité de l'Inde. Mais je crois qu'à côté des Védas, il est des faits historiques de la plus haute importance , de la plus incontestable certitude et dont on n'a pas suffisamment tenu compte. Ces faits historiques sont de nature à jeter la lumière la plus certaine sur la question qui nous occupe, si l'on veut se contenter, comme on le doit en pareille matière, de données approximatives. En effet, que veut-on savoir ici? Ce n'est pas apparemment en quelle année au juste tel hymne de tel Véda a été composé? en quelle année naquit ou mou-
1 M. Roth, préface au Siroaita . p. xvn. — • M. Albreeht Weber, Acadtmitch» Vorlesangm, p. a.
rut tel Rishi, auteur de cet hymne? L'Inde ne pourra jamais nous satisfaire par cette exactitude minutieuse, à laquelle la Grèce elle-même ne nous a pas toujours accoutumés, et qu'on ne peut trouver que dans les annales chinoises ou chez quelques peuples chrétiens. Mais ce qu'on veut savoir, c'est si l'Inde, en effet, a des droits à cette antiquité supérieure que tous ses voisins lui attribuent, qu'elle s'attribue elle-même, et qu'il est bien difficile de lui refuser quand on s'en tient à la tradition ; c'est de savoir si l'âge védique est antérieur à l'âge d'Homère, par exemple, et si, dans ce grand courant de l'histoire de l'humanité , l'Inde est plus près de la source que la Grèce, à laquelle elle a donné sa langue et sa mythologie.
Je ne crois pas qu'à la question ainsi posée, la réponse puisse être douteuse; et, à ce point de vue, les dates assignées par William Jones et Colebrooke, loin de paraître exagérées, ne sont , on peut le dire, qu'un minimum. C'est ce que je tiens à prouver.
Les deux grands faits historiques que j'indiquais tout à l'beure sont l'expédition d'Alexandre et le bouddhisme , l'un étranger à l'Inde, l'autre tout indien, si ce n'est brahmanique. J'en parle dans l'ordre où on les a connus, et non pas dans l'ordre où ils se sont réellement succédé.
L'expédition du héros macédonien remonte â l'an 3a 6 avant notre ère ; et , bien que le séjour des Grecs ait été fort rapide , le bruit des armes et de la conquête dans un pays absolument inconnu ne les a pas empêchés de nous transmettre une foule de renseignements curieux et très-exacts, au milieu de fables dont on leur a fait trop de reproches. A l'exemple du chef ou même par ses ordres , plusieurs de ses lieutenants écrivirent des mémoires intéressants et détaillés sur ce qu'ils avaient fait et sur ce qu'ils avaient vu. Avant Mégasthène , qui n'alla qu'une trentaine d'années plus tard à la cour de Tchandragoupta, roi de Patalipoutra , cinq ou six autres écrivains plus ou moins dignes de foi , avaient publié leurs ouvrages : Onésicrite , que Strahon a traité beaucoup trop sévèrement, Aristobule, Néarque, Clitarque, Ptolémée, etc. Il résulte de toutes les dépositions de ces témoins que l'Inde, à cette époque , était tout à fait constituée , que les castes y étaient établies avec toutes leurs différences, comme nous le montre le code de Manou, et que les brahmanes, que Néarque déjà désigne par leur propre nom, sont alors les maîtres de la société qu'ils ont organisée et qu'ils dirigent. On peut même, je crois, reconnaître des bouddhistes dans les Sarmanai de Mégasthène et les Pramnai qui sont opposés aux brahmanes
' Slrabon, liv. XV, p. 716.
Le mot de Sarmanai ou Germanai des Grecs est le mot sanscrit Ç rama aa, qui signifie un ascète domptant ses passions et ses sens, et qui est devenu le titre spécial des sectateurs de Bouddha. S'il n'y avait qu« ce seul fait pour démontrer que le bouddhisme c xi > tait dans l'Inde 1 dès le temps d'Alexandre , j'avoue que cette preuve me paraîtrait insuffisante, comme elle l'a paru à tant d'autres; mais, comme cette preuve est la moindre de toutes celles qu'on peut donner, je ne vois pas pourquoi l'on s'y est arrêté , et comment on a prétendu en tirer exclusivement des conséquences qu'on pouvait obtenir par des voies beaucoup plus certaines.
Ainsi, dès le temps d'Alexandre, l'Inde tout entière est brahmanique.
Mais les livres bouddhiques , que nous possédons comme nous possédons les Védas, nous le démontrent bien mieux encore et d'une manière absolument irréfutable. Les détails de tout genre dans lesquels ils entrent sont si nombreux, si précis, qu'il n'y a plus de place au scepticisme même le plus résolu ; et que , devant cet amas de preuves , accumulées à une tout autre fin, il faut se rendre, à moins qu'on n'ait le parti pris de nier l'évidence même. Les livres bouddhiques du Népal, découverts par M. Uodgson et traduits ou analyses par M. Eugène Burnouf *, nous montrent la société indienne parvenue, sous la direction des brahmanes, appuyés eux-mêmes sur les Védas, à cet état de corruption morale où une réforme est possible et où elle devient nécessaire. Ils nous montrent tous cette société avec ses gouvernements . tels que devaient les trouver plus tard les compagnons d'Alexandre, avec ses vices tels qu'ils ont subsisté malgré la réforme du Bouddha, avec ses superstitions extravagantes, ses légendes, ses croyances, sa religion dès longtemps fixée et toute-puissante. La mort du Bouddha, le réformateur, est de deux siècles au moins antérieure à l'expédition d'Alexandre. Cette date, si importante pour l'histoire de l'Inde, et l'on peut ajouter pour l'histoire universelle , n'est pas encore fixée précisément. Deux peuples convertis l'un et l'autre au bouddhisme et trèsfervents dans leur foi, autant qu'exacts dans leur chronologie, nous la donnent de deux façons différentes. Selon les Chinois , Bouddha serait mort en l'an 950 avant notre ère; selon les Singhalais, dont les annales ne sont pas moins authentiques , il serait mort quatre cents an»
' M. Albrecbt Wcber, Acad. Vorles. p. 37, n'a pas tenu asset de compte des fait* attestés par les livres bouddhiques. — * Voir le grand ouvrage de H. Eugène Burnouf, Introduction à rhutmr* dm bouUkum* indit*, et ta traduction du Lotos de la bonne loi.
plus tard, c'est-à-dire l'an 5 A3. Je ne décide pas entre ces deux chiffres; et les difficultés d'une solution sont si grandes, les questions, sont si nombreuses et si obscures, que les esprits les meilleurs et les plus savants ont hésité à se prononcer. Mais, s'il est un fait acquis dans ces recherches délicates, c'est que le bouddhisme ne peut être postérieur à cette dernière indication , et qu'il est tout au moins du vi* siècle avant l'ère chrétienne l.
11 n'est pas besoin, pour le point que nous voulons éclaircir, d'une donnée ni plus précise ni plus ancienne; et nous pouvons, sans la moindre incertitude, remonter de l'expédition d'Alexandre à l'apparition du bouddhisme, deux cents ans au moins avant cette expédition.
Maintenant calculons ce qu'il a fallu de temps , ce qu'il a fallu de siècles pour que le brahmanisme se développât, pour qu'il conquit une domination absolue, pour qu'il tombât dans la corruption et la décadence, et pour qu'il provoquât enfin la grande réforme de Çàkyamouni. Entre les Védas et le brahmanisme organisé et constitue comme nous le voyons dans les Lois de Manou, dans les livres canoniques du Népâl et de Ceylan , dans les fragments parvenus jusqu'à nous des mémoires composés par les lieutenants d'Alexandre, l'intervalle doit être nécessairement considérable. 11 ne l'est pas moins , il l'est peut-être encore davantage entre le brahmanisme, tel qu'il apparaît dans tous ces monuments , et le bouddhisme, qui tenta de le réformer et qui fut vaincu par lui2.
Mais, entre cette époque où le brahmanisme est dominateur incontesté et maître absolu , et celte autre époque où surgit une nouvelle croyance, se place un grand fait ou plutôt une grande doctrine, qui a fourni au bouddhisme lui-même et le fond de ses principes et ses arguments le plus puissants. William Jones, Colebrooke, E. Burnouf, M. Wilson, et je pourrais ajouter tous les indianistes, n'hésitent pas à reconnaître dans le bouddhisme, devenu plus tard une religion, un développement et une copie du Sânkhya de Kapila. La ressemblance ne peut faire le moindre doute pour qui se donnera la peine d'étudier
1 Voir l'article de M. Diot, Journal des Savants, avril 1 8^5 , sur le livre de M. E. Burnouf, Introduction à {histoire du bouddhisme indien. M. Biot a fait constater par le savant M. Stanislas Julien nue le plus ancien témoignage sur le bouddhisme qu'on trouve dans les annales chinoises est de l'an 58 après J. G., et que ce témoignage atteste l'existence du bouddhisme au nord de la Chine en l'an îao avant notre ère. — 'J'ai raisonné dans l'hypothèse de la date des Singhalais; si l'on admettait la date des Chinois, la question de l'âge des Védas serait, par cela seul, résolue dana les limilesoù nouslaposons ; et. ai le bouddhisme est dux' siècle avantl'ère chrétienne, les Védas seraient certainement antérieurs au xvi*.
les deux doctrines; les bases de l'une et de l'autre sont identiques. Kapila se sépare des Védas sans hostilité; et, sans attaquer l'autorité de l'Écriture sacrée , il la néglige , pour s'adresser a la science , en d'autres termes à la raison , seule capable, selon lui, d'assurer à l'homme le salut éternel. Par la science et par la vertu , son inséparable compagne , l'homme peut conquérir la béatitude, c'est-à-dire s'affranchir à jamais de la loi fatale de la transmigration. Voilà la doctrine de Kapila, et c'est aussi la doctrine bouddhique elle-même; seulement, comme le philosophe avait laissé planer une certaine obscurité sur l'état de l'âme dans cette vie immuable que lui procure la science, le Bouddha ajoute un nouveau principe à tous ceux qu'il emprunte, et il déclare que, parla science et la vertu, l'âme de l'homme est éternellement anéantie. L'adoration et la recherche fanatique du néant est le dogme fondamental du bouddhisme. Kapila, tout athée qu'il peut être, avait reculé devant la hideur de cette croyance ; Çftkyamouni la brave , ou plutôt il s'y complaît, mais, s'il ne l'a point dérobée à son maître, il lui a pris tout le reste. Ainsi, entre le "bouddhisme, apparaissant au plus tard -dans le vt* siècle .avant notre ère, et le brahmanisme, dès longtemps en possession du pouvoir religieux, nous pouvons trouver comme une balte intermédiaire de l'esprit indien dans le système indépendant du Sànkbya.que le- bouddhisme suppose nécessairement, puisqu'il le reproduit, tout en en faisant une religion au lieu d'une école.
Nous voilà donc, en faisant des pas assez sûrs et sans aucun* hypothèse, arrivés de l'expédition d'Alexandre au bouddhisme, du bouddhisme au brahmanisme, que le Sânkhya recule déjà dans un passé bien éloigné. Il ne reste plus qu'un pas à franchir : c'est de savoir quels sont les rapports du brahmanisme lui-même au Véda d'où il se prétend sorti. Parvenu! à ce point, l'horizon s'étend encore davantage, s'il est possible; et l'intervalle qui sépare les Samhitâs des Védas et le brahmanisme, tel que nous le voyons dans les Brâhmanas et dans les Oupanisbads, est peut-être plus grand encore que ceux que nous venons de parcourir. On a pu s'en convaincre par les citations que j'ai faites plus haut, et que j'ai tenu à multiplier, pour rendre la démonstration d'autant plus frappante :1e monde brahmanique proprement dit n'apparait pas dans les Ma n Iras; et rien n'y révèle ni l'organisation sociale dont Manou et Yàdjnyavalkya ont tracé les lois, ni le dogme qui est devenu plus lard la base de la religion brahmanique, et même de la réforme essayée contre elle.
Chose vraiment surprenante , et qu'on ne saurait trop approfondir ! les Védas ne disent pas un seul mot ni des castes ni de la transmigration.
Sur oes deux points essentiels, ils gardent le plus profond silence; et je ne crois pas trop hasarder en avançant que, si les Védas n'ont rien dit des castes et de la transmigration , c'est que les castes n'existaient pas et que le dogme de la transmigration n'avait pas encore imprégné de toutes parts l'esprit indien, comme il le fit plus tard et pour jamais. Mais j'ai tort quand je dis que les Samhitâs des Védas ne font aucune mention des castes : un hymne, un seul hymnedu Rig-Véda les nomme chacune par leur nom; et c'est le fameux Souk ta de Pourousha, qu'ont traduit Colebrooke et E. Burnouf, sans oublier la traduction qu'en a donnée aussi M. Langlois1. Mais le style de cet hymne n'est pas du tout védique; la langue est à peu près celle du sanscrit classique; Colebrooke l'a constaté*, et il n'est pas un seul juge compétent qui ne soit de son avis. Il ajoute avec raison que cet hymne a dû être composé a l'époque même où la compilation des Samhitâs a été faite , et qu'on l'a joint aux autres, tout récent qu'il était. Ainsi l'exemple unique qu'on pourrait alléguer ne saurait compter; et l'orf peut affirmer d'une manière absolue que le Véda ne connaît point les castes. Je sais bien qu'on peut objecter que ce peut être là une simple omission; mais, quaud on trouve dans les Védas tant de détails de moindre importance sur la société indienne au moment où elle les a produits , je ne puis concevoir, je l'avoue, qu'un fait aussi considérable leur ait échappé, et je pense : plutôt que ce fait n'existait pas dans ce temps, puisqu'ils n'en ont pas parlé. Les castes sont tout entières dans les Brâhmanas9, comme elles sont dans les Oupanishads; et cette différence profonde doit servir a distinguer les uns et les autres des Samhitâs, et à mettre entre ces ouvrages un intervalle qu'ont, d'ailleurs, creusé la langue et les idées. L'institution des castes, tout ancienne, toute durable qu'elle est, n'est pas absolument endémique à l'Inde :. les peuples Ariens , "ancêtres de la nation indienne, ne la connaissaient pas; et la réforme bouddhique prouve assez que les nations mêmes qui ont adopté cette institution ne la supportaient pas sans peine. Les Védas remontent 4 une époque où elle était encore à naître; ils étaient le livre sacré d'un peuple qui n'en avait pas lait la base de son organisation sociale. «
Quant au dogmedcla transmigration , laquestionest plus claire encore, s'il se peut. Je ne crois pas qu'on trouve dans le Véda tout entier un seul passage qui même y fasse la plus légère allusion. Or, quand on songr
' Colebrooke, U 1, p. 167; Burnouf, Bhagavata Poùrana, t. I, p. cxxx; et M. Langlois, t. IV, p 34 1. Voir aussi plut haut, p. 109. — ' Colebrooke. Euayt, i l, p. 3og. M. E. Burnouf a traduit cet hymne sans faire cette remarque. — 5 Voir surtout le septième et le huitième livre» de YAifriya Brikmma.
à la place que tient ce dogme dans la religion, dam la philosophie, en un mot dans toute la vie intellectuelle de l'Inde, on doit conclure, comme pour lea castes, que, si les Védas l'ignorent . c'est que ce dogme n'avait poiut cours au temps des rishis, auteurs des hymnes réuni» plus tard dans les Samhitàs.
Il résulte évidemment des considérations précédentes que les Védas répondent à un ordre de croyances et d'institutions qui n'est pas tout à fait celui du monde brahmanique ; et l'on a bien iàit de créer un moi spécial pour représenter cet ensemble de civilisation qui a précédé la domination des brahmanes. Le védisme ou indouisme sera le premier degré de la civilisation indienne sur les bords de l'Indu* et dans le Penjab; le brahmanisme et-le bouddhisme seront les deux degrés "postérieurs, quand la société se sera organisée sous la direction des brahmanes qu'elle mettait, a sa tète, et qu'elle essayera de se réformer sous la main d'un savant et d'un sage. Le védisme ainsi compris va donc s'enfoncer dans un lointain obscur où les traditions s'affaiblissent, il est vrai,- mais où les Védas mieux connus, et peut cire aussi les livres de Zoroastre, pourront jeter une grande et décisive lumière.
Ainsi les preuves historiques, comme les preuves tirées de l'astronomie , tendent a donner aux Samhitàs des Védas la plus haute antiquité. J'aborde maintenant un ordre de preuves tout à fait différent, et qui sera peut-être plus péremptoire encore. C'est a la philologie que je les demande.
Un fait absolument incontestable pour quiconque a étudié le sanscrit, c'est que le dialecte des Védas est très-différent du sanscrit classique , qu'il est beaucoup moins formé , et qu'il doit y avoir, entre ces deux développements d'une même langue, un très-long intervalle de siècles. William Jones, qui était si bon juge en ces matières de philologie et de goût à la fois, a dit ingénieusement qu'entre le sanscrit védique et le sanscrit classique il n'y avait pas moins de distance qu'entre le latin de Numa et celui de Gicéron1. Cette appréciation n'a rien d'exagéré; et les recherches qui sont venues après relies de William Jones, loin de restreindre l'intervalle, auraient plutôt pour résultat de l'agrandir encore. Ainsi que je l'ai déjà remarqué , on peut distinguer dans les Védas enx-mêmes des styles fort différents, et j'ajoute même des dialectes, dont les formes et la grammaire ne sont pas absolument identiques». MM. Roth, Benfey et Weber, ont constaté que, dans les
1 William Jorm, prefc» aux Loi» de Manoa, t. VII, n. 79 des Œuvrtt complètes. — 1 Voir plu* haut, p. 6a5.
vers du Rig-Véda et du Yadjoash reproduits par le Sâma-Véda, les formes grammaticales sont souvent plus anciennes que dans les ouvrages mêmes auxquels le Sâman les dérobe. La copie porte -un cachet d'antiquité beaucoup plus prononcé que l'original. Ce fait, très-singulier, s'explique assez aisément; et l'on» peut penser, avec M. Roth, que le texte du Rig-Véda, quand le Sâman lui faisait ses emprunts, n'était pas encore arrêté, et qu'il ne subsistait que dans la tradition orale Les besoins du culte, que \c Sâma-Véda devait satisfaire, ont exigé une première rédaction qui a dû soustraire tous les ritchas employés pour le sacrifice du Soma aux changements que les autres ont successivement éprouvés. Ces ritebas spéciaux ont été dès lors fixés dans la Samhità du Sâmait, tandis que les autres restaient exposés aux modifications qu'y pouvait apporter l'usage populaire qu'on en faisait On peut supposer encore , avec M. Albrecht Weber, que ce ne sont pas tout à fait les mêmes familles ni les mêmes peuples qui ont conservé les ritchas du Sâman et ceux du Rig-Véda. La transmission, qui ne se faisait peut-être point à cette époque par l'écriture, a été plus fidèle dans les races des risbis qui avaient composé primitivement ces hymnes -, elle l'a été moins dans les races qui ne faisaient que les répéter en les empruntant h leurs voisins. Quoi qu'il en soit de ces explications, assez plausibles et filtre lesquelles il est permis de choisir, le fait qui reste certain, c'est qu'entre le Rig-Véda et le Sâma-Véda, qui en est extrait, on doit distinguer des époques différentes, et que la rédaction du Sâma-Véda, bien qu'il ne soit qu'une contre-épreuve, est, selon toute apparence, la plus ancienne.
Des différences analogues se remarquent entre l'Atharvana et les autres Védas, le Ritch en particulier; et, sans revenir sur des détails que j'ai donnés plus hant, il est constant que Y Atkarva-Véda est plus récent que les trois autres.
Il est donc possible de distinguer entre les Samhitàs elles-mêmes des époques successives, et comme des degrés par lesquels passe la collection védique dans sa partie essentielle , pour arriver définitivement à l'état où nous la voyons. Le premier degré, ou plutôt le point de départ, c'est l'inspiration même des rishis. Emus par le spectacle de la nature, profondément pénétrés dur sentiment religieux, bien qu'ils le démêlent et le comprennent encore assez peu, ils chantent ; et leurs chants, pleins de la plus sublime poésie et gardiens de toutes les tradi-
' M. Roth, Zar LitternUir, etc., p. » i ; M. Benfey, préface du Sâma-Véda, p. xxvm ; el M. Weber, Acad. Vorlti. p. 8 et suiv.
lions mythologiques, sont conservés oralement par le peuple, qu'ils charment et qu'ils instruisent Le Rig-Véda et ÏAtkarta-Véda , dans la partie de leurs hymnes la plus ancienne, représentent cet élat primitif. Le second degré, c'est l'organisation du cuite: pour la cérémonie sainte et pour tous les détails du sacrifice, il faut tirer des hymnes entiers certains vers qui répondent plus spécialement aux besoins; liturgiques; il faut même joindre aux vers quelques morceaux de prose pour des formules indispensables, que la poésie n'avait pas pressenties et quelle ne donnait pas. De là le Sdman et le Yadjoush ; l'un complètement formé d'emprunts, l'autre emprunté partiellement; l'un tout en vers, l'autre moitié prose et moitié vert. * -
Mais, au bout d'un certain temps, deux nécessités se manifestèrent : d'un côté, la transmission onde, avec toutes les variations qu'elle rend possibles et quelle ne saurait éviter malgré le soin le plus sincère et le plus scrupuleux, était une garantie insuffisante pour la conservation des chants sacrés, qui peu à peu étaient devenus des chants divins; et, d'un autre côté, le sens religieux des cérémonies, le détail des pratiques , l'observation des rites, tendaient chaque jour à s'altérer et même à se perdre. Il fallut donc, presque à la fois , fixer le canon des livres révélés et en expliquer l'usage. De là le double travail des Samhilàs et des Bràhmanas. On fit des collections officielles des hymnes et des prières, et l'on fixa d'une manière minutieuse et définitive toutes les phases du sacrifice, en les rapportant, autant que possible, aux vers des Mantras. Après les Mantras eux-mêmes, après les prières, les Brâhtnanas sont, sans contredit, les parties les plus anciennes et les plus importantes de la collection védique tout entière. Comme l'a dit M. Weber, c'est dans les Bràhmanas, après le Véda, qu'on trouve toutes les origines et celles du rituel, et celles de l'exégèse sacrée appliquée, soit aux mots mêmes du texte saint, soit à sa signification symbolique, et celles des légendes, et celles de la spéculation religieuse et philosophique l. A ce titre, les Bràhmanas ne méritent pas moins d'attention que les Mantras; et nous pouvons concevoir comment l'orthodoxie les a joints de très- bonne heure aux livres divins qu'ils expliquaient, et qui, sans eux, couraient le risque de devenir inintelligibles. Il reste un asses grand nombre de Bràhmanas; mais il y en a bien davantage encore de perdus, si l'on en juge par les citations répandues dans une foule d'ouvrages. Peut-être sera-t il possible d'en retrouver que nous ne connaissons pas encore. La rédaction de ces monuments est sans aucun doute fort ancienne; mais, si l'on
1 M. Albrecht Weber. A toi. VorUt. p. 1 1 et «air.
trouve des nuances distinctes dans les Samhitâs, à plus forte raison
doit-on s'attendre à en trouver dans les Hràhmanas. Us ont été composés pour des besoins différents; et l'on comprend sans peine qu'ils doivent varier comme les Védas mêmes auxquels ils se rattachent. Le Hig-Véda s'adresse 'plu s spécialement au prêtre qui récite les Mantras . au hotri; le Sâman , au prêtre qui les chante, appelé oudgatri ; enfin le Yadjoar, dans ses deux Simhîtâs, au prêtre qui officie, à l'adhvaryou. Les Bràhmanas se modifient et se règlent en conséquence ; entre eux . il n'y a point d'uniformité ni d'ensemble. Parfois le Brâhmana n'a pas de rapport à la suite des hymnes, comme celui du tiij-Véda; parfois, au contraire, il suit pas a pas les vers et les formules de la Samhità, comme celui des Yadjoar-Véda blanc et noir; et alors, il n'est guère qu'un commentaire du texte, dont il dissipe les ténèbres et constate l'authenticité.
A quelle époque peut-on faire remonter les Samhitâs et les Brâhmnnas , ou, en d'autres termes, à quelle époque ont été recueillis les hymnes, et a-t-on essayé de les expliquer en montrant leurs rapports au sacrifice? Cette question. est aussi embarrassante et reste aussi indécise que la date de la composition même de ces chants et de ces formules sacrées. M. Albrecht Weher a trop précisé les choses en fixant au troisième siècle avant notre ère la rédaction du Yadjoar-Véda blanc, par ce seul motif qu'il reconnaît dans les Madiandinoi de Mégasthène l'école mâdhyandina, qui a donné une recension spéciale de ce Véda1. Il se peut fort bien que ce soit cher, les Madiandinoi qu'ait pris naissance l'école mâdhyandina; mais qui nous dit que cette école n'est pas de plusieurs siècles antérieure au siècle où Mégasthène a parlé des Madiandinoi ? îl est dangereux, dans un tel sujet, et sur des données aussi incomplètes, de prétendre à une complète exactitude. Je préfère m'en tenir a une autre opinion de M. VVeber, et placer avec lui la rédaction des Jirâhuumas à cette époque de transition où le védisme primitif disparaissait pour faire place au brahmanisme , moins grand peut être, mais plus politique. Cette indication, j'en conviens, est bien vague ; cependant clic reporte la date des Samhitâs et des Bràhmsnas beaucoup plus haut que l'autre; et je m'y fierais d'autant plus volontiers, qu'elle s'accorde avec les conjectures de M. Uoth, qui fait remonter le travail de la compilation au vu' siècle au moins avant 1ère chrétienne 2.
Loin que cette hypothèse soit entachée d'exagération, je crois qu'elle est très-modérée ; et ce qui me porte à le penser, c'est l'immense éla-
1 If. Albrecht Weber, Acad. Vorlu. p. 1 1. — * M. R. Roth, Zur Litttraimr, «te. p. 19.
boraUoo d'exégèse et de philologie dont les Védas ont été l'objet dès les temps les plus recalés. Le travail de Vyâsa, ou du premier compilateur, n'a oonsisté , à ce qu'il semble , qu'à rassembler en recueil les hymnes jusque-là isolés et récités arbitrairement. Mais ce travail ne suffit pas longtemps; et, si le nombre des hymnes réputés divins se trouvait désonnais fixé, les interpolations, les altérations, surtout , restaient encore possibles; et l'orthodoxie naissante s'attacha de toutes ses forces à les prévenir et à les empêcher. D'abord, tant que les hymnes n'avaient pas été réunis, Us étaient enseignés par le maître, qui les transmettait à ses disciples en les leur apprenant1. Mais, une fois qu'ils furent rassemblés en corps, et ce grand résultat suppose évidemment l'usage de récriture, il se forma des écoles (sâkhâs) pour interpréter les livres sacrés, pour en noter la récitation, soit parlée, soit chantée, pour en déterminer le sens exact, pour en séparer les mots confondus par le sanJhi , pour constater les noms des auteurs humains de ces hymnes, pour en fixer les divisions, en indiquer le rhytbme, etc. En général, ces écoles ne se distinguaient entre elles que sur des points secondaires; et le canon des sacrées Ecritures restait identique pour toutes 1 avec une immutabilité presque parfaite. Mais elles se multiplièrent à tel point, qu'il n'y en eut pas moins de onze cents 9, et leurs travaux s'étendirent aux Bràhmanas, dont elles essayèrent des recensions diverses, ainsi que pour les Samhitâs. L'édition que M. Albrecht Weber a donnée de la Samhitâ du Yadjour Véda blanc et du Çatapâtha Brâhmana suffirait à le prouver. La rédaction de la Vadjasanqd est celle de l'école kànvà; la rédaction du Çatapâtha Brâhmana est celle de l'école mâdliyandiuà.
Ces labeurs incessants des écoles formèrent peu à peu, dans le sein de l'exégèse certaines doctrines générales qui prirent de la consistance et qui devinrent comme une partie de l'orthodoxie elle-même ; elles fuaieot définitivement les règles de la grammaire védique et de la métrique, l'accent des mots, leur sandbi, c'est-à-dire les règles de leur union, leur prononciation, les divers pàdas ou manières de les couper en les séparant , etc. Toutes ces doctrines , d'abord é pars es et controversées, ont été résumées plus tard dans des ouvrages parvenus jusqu'à nous, et qui ont, dans l'Inde, une sorte d'autorité canonique. On les ap pelle, du nom même de leur origine, Prâtisàkhyasoûtrani, c'est-à-dire Aphorismes résumés des diverses écoles. Colebrooke y avait faij allusion
' L ensemble de» Samhitâs et des Brâhmana* s'appelle la Çroùli, c'est-à-dire la tradition que l'oo a entendue, en opposition avec celle qu'on a pu lire el dont on te souTient, la Smriti. — • Voir plus haut, p. 4^7. cahier d'aoûl i853. — ' Co- Jebrooke, Eumyt, t. I, p. 14.
plutôt qu'il ne s'en était servi pour son fameux mémoire ; et c'est M. R. Roth qui, Je premier de notre temps , a senti toute l'importance de ces ouvrages et les a signalés à l'attention des indianistes qui jusque-là les .avaient négligés Chacune des Samhitâs a son Prâtisàkhyasoûtram. Il n'y a que celle du Sânia-Véia qui en manque, sans doute parce que ce Véda n'est qu'un emprunt, et que toutes les explications qu'il peut exiger avaient été déjà données à l'occasion des trois autres.
A quelle époque remontent les Prâtisàkhyasoûtram ? M. Roth les place dans le vi* siècle à peu près avant notre ère , parce qu'il les trouve cités dans Pânini, et dans Yâska, l'auteur du Nighantoa et du éfiroakin , antérieur à Pânini lui-même, qui vivait en l'an 35o avant Jésus-Christ3. Une préuve d'un autre ordre qui pourrait faire reculer plus haut encore le Prâtisàkhyasoûtram du Rig-Véda en particulier, c'est qu'il cite des vers de ce Véda que nous n'avons plus dans notre rédaction^*; Il est donc probable qu'il a été composé avant la recension définitive; et cette recension, comme nous l'avons vu, serait du vin* ou du ix* siècle avant l'ère chrétienne. Ce qu'il y a de certain , c'est que les Prâtisàkhyasoûtram supposent eux-mêmes tous les travaux qui les ont rendus possibles. Ils citent nommément trente-six grammairiens antérieurs , sur lesquels ils s'appuient ou qu'ils réfutent ; ils citent aussi des écoles entières pour les suivre ou pour les combattre. Jusqu'à présent aucun de ces ouvrages n'a été publié, malgré l'intérêt qu'ils offrent et malgré l'utilité dont ils seraient pour l'interprétation du Véda. Mais M. Roth , qui serait si bien placé pour nous les faire connaître , puisque c'est lui qui les a découverts, a donné les deux petits traités du Nighantouct du Niroakta, qui peuvent, à certains égards, en tenir lieu jusqu'à nouvel ordre , et qui nous reportent également à des temps très-reculés dans l'exégèse indienne.
Le grammairien Yâska , qui florissait au v* siècle avant l'ère chrétienne, est fauteur du Niroakta , commentaire du Nighantou, dont il est peutêtre aussi l'auteur. Le Nighantoa est un dictionnaire védique, ou plus exactement un dictionnaire de la Samhitâ du Rig-Véda. Il ne renferme pas tous les mots de la Samhitâ; il ne donne que des mots d'une cer- ' taine classe et d'une même famille en quelque sorte, les plus obscurs et les moins usités dans le sanscrit ordinaire-, c'est un catalogue de synonymes pour les noms divers des dieux, de la terre, de l'air et du ciel.
1 M. Roth, Zar Litteralar, etc., p. lit et 53; et dans sa préface au Nighantou, p. xlii. — * M. Rolh, Zar Litteratar, p. 16 et 20. M. Albrecht Wcber conteste cm dates que soutient M. Bcthlinp, l'éditeur de Pânini, Acad. VorUt. p. aoi . — * Hem, préface au Nighantou, p. xuv.
Il n'est pas rangé par ordre alphabétique. Il est divisé en cinq lectures de longueur inégale , et , à la fin de chaque section , Yàska prend le soin d'indiquer exactement le nombre de mots quelle renferme, sans doute pour éviter les interpolations à l'exemple des Samhitâs elles-mêmes, ^ensemble du Nighantou n'a pas plus d'une trentaine de pages.
Le Niroakta, qui le commente, en citant les textes védiques qu'il explique, est encore très-peu considérable, quoiqu'il le soit cinq ou six fois plus que lui. Il est divise en quatorze lectures, qui se répartissent en trois sections principales. Le Niroukta, comme les Prâtisâkhyasoûtrani, nomme quelques-uns des grammairiens qui l'ont précédé ; et leur nombre ne s'élève pas à moins du 17. L'une de ces citations, rapportée par M. Roth1, prouve que la polémique entre les sàkhas ou écoles védiques allait assez loin, et que, dès cette époque, les esprits se donnaient toute carrière même contre le^ivre divin. Un grammairien réfuté par Yàska, et nommé Kaoutsa, prétendait que les Védas renfermaient beaucoup de passages absolument inintelligibles et absurdes, que la grammaire ne pouvait expliquer non plus que la raison. Kaoutsa , qui traitait si mal l'Écriture sainte, ne se montrait pas plus favorable pour ses commentaires; et il rejetait avec un égal dédain les explications données par les Brâhmanas , non moins obscurs et non moins faux que ce qu'ils essayaient d'éclaircir. Je crois que les lecteurs européens seront souvent de l'avis de Kaoutsa. Mais cette protestation du bon sens n'eatelle pas bien remarquable et nattes le-t-elle pas tout à la fois et la superstition aveugle qu'elle combat et la tolérance qui lui permet de se produire? Autant qu'on en peut juger, le temps de Kaoutsa correspond à peu près à celui de Kapila, le fondateur du Sânkhya, non moins indépendant en face de l'Écriture, s'il est un peu plus respectueux envers elle.
Ainsi voilà, dès le vf ou le vu' siècle avant notre ère, des travaux considérables de grammaire qui ont succédé à des travaux non moins considérables de liturgie et de symbolique religieuse. Or, comme la philologie n'étudie apparemment que ce que ne comprend plus le vulgaire, on peut conclure que, dès ce temps, le Védasous sa forme propre, n'est plus communément intelligible , et qu'il faut les efforts delà science la plus attentive et la plus éclairée pour en démêler et en conserver le sens vrai. On en est déjà réduit à faire des recueils de mots qu'on n'entend plus. A quelle époque inaccessible remontent donc les Védas euxmêmes? quand donc vivaient ces grands rishis qui nous ont laissé les
1 M. R. Roth, Z«r litieratar, etc. p. ai.
122 JOlfltNAL DES SAVANTS.
hymnes composés par eux, et qui nous parlent eux mêmes de ces autres rishis bien plus anciens encore qui les ont précédés, et dont Tes chants primitifs ont inspiré les leurs ?
Je ne prétends pas pénétrer plus avant dans ces obscurités où les rishis eux-mêmes n'osèrent pas s'avancer; mais, en réunissant tous 1* témoignages dé l'astronomie, de l'histoire, de la philologie et même de la poésie sainte, je me dis que, si William Jones et Golebrooke n'ont fait que des conjectures, ils ont, du moins, deviné assez juste; et que la date assignée par eux & la composition des hymnes védiques, si elle pèche, ne pèche pas par excès.
BARTHÉLÉMY SAINT-HILAIRE
(La fin à un prochain cahier.)
NOUVELLES LITTÉRAIRES
INSTITUT DE FRANCE
ACADÉMIE DES SCIENCES
Dans sa séance publique annuelle du 3o janvier dernier, l'Académie des sciences a proclamé, dans l'ordre suivant, les prix décernés et les sujets de prix proposés.
PRIX DÉCERNÉS
Sciences matulmatiqdes. — Prix d'astronomie fondé par M. de Lalande. M. de Gasparis, astronome de l'observatoire do Naples, et M. Chacornac, de l'observatoire de Marseille, ont découvert le même jour, le 6 avril i853, deux nouvelles planètes qu'ils ont nommées Thèmis el Phocéa. M. Luther, astronome de l'observatoire de Blik, près de Dusseldorf, a découvert Proserpine le 5 mai i853. Enfin, M. Ilind, superintendant du Nautical almanac, a qui l'on devait la découverte de sept planètes, a encore trouvé Thalie, le i5 décembre i85a, et Euierpe, le 8 novembre i853, ce qui porle à vingt-sept le nombre des planètes situées entre Mars et Jupiter. L'Académie a accordé à chacun de ces aslrouomes uue médaille de la fondation Lalande.
Prix de mécanique fondé par'M. de Moniyon. L'Académie a décerné ce prix à M. Franchot (Charles-Louis-Félix) î* pour l'invention de la lampe connue sous le
nom de lampe a modérateur; a* pour se» essais de construction de macliines motrices à air chaud.
Prix de statistique fondé par M. de Montyon. L'Académie a décidé qu'il n'y avait pas lieu de décerner ce prix; mais elle a accordé deux médailles d'encouragement, l'ane à M. Gustave Hubbart pour son ouvrage intitulé : De l'Organisation des socié tés de prévoyance ou de secourt mutuels.. . ; l'autre, à M. Adolphe Lachoze, pour son Résumé statistique et médical des décisions finies par le conseil de révision du département de Maine-et-Loire de 16*17 à 1850. Elle a accordé des mentions honorables à M. Ad. Berigny pour ses Recherches statistiques sur les conceptions et les naissances à Versailles . à M. P. Roubaud , pour sa Statistique médicale de la France, et à M. le général Carbuccia, auteur d'un ouvrage intitulé : Du Dromadaire comme béte de somme et comme animal de guerre.
Prix extraordinaire sur C application de la vapeur à la navigation. L'Académie « décerné, sur les 6,000 francs du prix proposé, un prix de a, 000 francs à M. Dupuy de Lôcne pour la conception et la construction du vaisseau à voiles, à .vapeur, avec hélice, le .Sapoléon, qui réunit l'ensemble le plus remarquable de vitesse et de qualités à la mer; un prix de a, 000 francs à M. Moll'pour avoir calculé les niécaniMnes du Napoléon, et construit avec perfection ces mécanismes, et pour avoir fait, de concert avec M. Bourgois, les expériences sur l'hélice, dont les résultats sont aujourd'hui la régie des ingénieurs, et un prix de 3,000 francs à M. Bourgois pour l'ensemble de ses travaux persévérants sur l'hélice, et pour ses considérations sur la transformation progressive du matériel de la marine militaire actuelle en manne mixte à voiles et à vapeur.
Le président ji remis les cinq volumes , formant la collection des œuvres de Laplace, à ii. Lerouxeau de Saint-Dridan (Louis-Marie), sorti le premier de l'École polytechnique, le nS septembre i853, et entré à l'Ecole des ponts et chaussées.
Scikscks physiques. Grand prix des sciences physiques pour 1853. Dans sa séance du a a mars i85a , l'Académie avait mis au concours, pour le grand prix des sciences physiques à décerner en i853, la question suivante: «Faire connaître, par des
• observations directes et des expériences, le mode de développement des vers intes-
• tioaux et celui de leur transmission d'un animal à un autre; appliquer à la deter-
• mi nation de leurs affinités naturelles les faits anatomiques et physiologiques ainsi
• constatés.» L'Académie a décerné ce prix à M. G. J. van Beneden, professeur à l'Université de Louvain. Une mention honorable et une médaille de 1 ,5oo francs ont été accordées à M. Frédéric Kuechenmeister, de Mittau (Saxe).
Prix de physiologie expérimentale pour 1853. Ce prix a été décerné à M. Cl. Bernard pour les expériences par lesquelles il a démontré «que la portion cervicale du
• grand sympathique exerce une influence manifeste sur la température des parties
• auxquelles ses fuels se distribuent en accompagnant les vaisseaux artériels. •
Prix relatif aux arts insalubres. L'Académie a dt cerné : l* un prix de a,5oo francs a M. Arnaud, pour avoir constaté le premier : 1* que, par l'emploi de la machine a battre, le grain obtenu des blés attaqués par {'.illicite est purgé d'insectes ; a* pour aveir imaginé et réalisé par la pratique les modifications de cette machine, qui étaient indispensables pour en permettre l'emploi sûr et économique dans le battage des blés alucités; 2* un prix de a,5oo francs à M. Ilerpin, pour avoir constaté de son côté : i* que le grain dévoré par l'alucite est, en effet, purgé de ces insectes par des secousses réitérées; a* pour avoir indiqué comment, avec des dispositions particulières, le tarare pourrait devenir susceptible d'être appliqué a ce nettoyage ; 3* un prix de a.5oo francs à M. Doyère : i* pour avoir démontré qu'à l'aide d'une
température de 55* il est facile de détruire l'alucilc et tous les insectes qui attaquent le blé, sans altérer le grain sous le rapport de sa germination, aussi bien que sous le rapport de la panification de sa farine ; 3* pour l'invention de deux appareils purificateurs des grains, dont la parfaite efficacité a élé sanctionnée par leur emploi sur une grande échelle, l'un qui est fondé sur l'emploi de la chaleur, l'autre, le tue-teigne, qui repose sur le principe du battage des grains; W un prix de i,5oo francs a M. Machecourt pour le parachute qu'il a inventé et mis en usage dans les mines de Decize (Nièvre) ; 5* un prix de i,5oo francs à M. Fontaine pour son parachute perfectionné, mis en usage dans les mines d'Anzin cl dans plusieurs mines de la Belgique; 6* une indemnité de 5oo francs à M. Chuard, pour l'encourager à poursuivre ses essais relatifs au perfectionnement de la lampe de sûreté employée dans les mines.
Prix de médecine et de chirurgie. L'Académie a accordé : î* une récompense de a.ooo francs à M. Kœlliker, pour son travail sur YAnatomie des tistus
et le Mannel.de Vanalomie générale de t homme; a' une récompense de a,ooo francs à MM. Charles Robin et Verdeil , pour leur ouvrage intitulé : Traité de chimie anafornique et physiologique ; 3* une récompense de a.ooo francs à M. Magnus Huss, pour son Traité de médecine $ar l'alcoolisme chronique; W nne récompense de a.ooo francs à M. More!, pour son Traité théorique et pratique des maladies mentales; 5* une récompense de a.ooo francs à M. Seslier, pour son Traité de l'angine laryngée œdémateuse ; 6* une récompense de a.ooo francs à M. Vidal (de Cassis), pour son Traité des maladies vénériennes; 7* une récompense de i,5oo francs à M. Giraldès, pour son Mémoire sur les kystes muqueux du sinus maxillaire; 8* une récompense de 3,000 francs à M. Guibourt, pour son Histoire naturelle des drogues simples; 9" un encouragement de 1 .aoo francs à MM. Becquerel et Vcrnois. pour leur Mémoire sur la composition du lait de la femme dans l'état de santé et de maladie; 10* une récompense de 3,000 francs à M. Abeille, pour son Traité des hydropisies et des kystes; 11* une récompense de >,ooo francs a M. Bouchut, pour son Traité pratique des maladies des nouveau- nés et des enfants à la mamelle; ia* un encouragement de 1,000 francs à M. Willeraain, pour son Mémoire sur le bouton d'Alep; i3* un encouragement de 1,000 francs à M. Gublcr, pour son Mémoire sur une nouvelle affection du foie liée à la syphilis chez les enfants du premier âge; i4' un encouragement de 1 ,000 francs à M. Bassereau , pour son Traité des affections de la peau symptomatiques de lasjphilis; i5* un encouragement de 1,000 francs k M. Gossefin, pour ses Etudes sur l'opération de la cataracte par abaissement; 1C* une récompense de 1,000 francs à M. Fontan, pour ses Recherches sur les eaux minérales des Pyrénées; 17* une récompense de 1,000 francs à feu M. Réveiilé-Parise, pour son Traité hygiénique de la vieillesse ; 18* un encouragement de 5oo francs à M. Revnoso, pour son Mémoire sur la présence du sacre dans les urines, etc.; 19* un encouragement de 5oo francs a M. Lecanu, pour ses Etudes sur le sang et sur les urines; ao* un encouragement de 5oo francs à M. Mouriès, pour son Mémoire sur le phosphate de chaux dans ses rapports avec la nutrition des animaux, etc.
Prix fondé par M. de Morogues. — Ce prix a élé décerné à M. Hervé Mangon , ingénieur des ponts et chaussées, pour 1 ouvrage qu'il a publié sous lo titre de Etudes sur le drainage au point de vue pratique et administratif