‹ Journal du canonnier Bricard, 1792-1802Chapitre 10 sur 41 · INTRODUCTION XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XV

Elle est restée légendaire, cette belle lithographie de Raffet *, qui représente des fantassins, enfoncés à mi-jambe dans la vase d'un marais. Un vieux sergent leur donne la consigne : il est défendu de fumer, mais vous pouvez vous asseoir.

Quelle bonne charge! disaient en riant ceux qui la contemplaient aux vitrines des marchands d'estampes. Hé bien, non! cette scène est vraie. Je ne parle pas des bains d'eau glacée pris pour marcher à l'ennemi. On en trouve plus d'un dans ce livre, à ne citer que les pages 150 et 151 ; mais prenons la page 135, et lisons ensemble. :

Nos vêtements n'étaient que boue, il tombait une pluie comme il n'y en a pas d'exemple. Nous étions dans une prairie où on enfonçait dans l'eau jusqu'à mi-jambe. Néanmoins, il fallut rester là. Les soldats étaient si fatigués que, malgré le froid, ils dormaient debout. La grande pluie ne cessa de tomber toute la nuit.

On le voit, c'est absolument le tableau de Raffet. Le manque de feu est de règle d'ailleurs aux avant-postes *. Et les marches forcées sous la pluie froide ne cessent guère dans ces régions brumeuses de l'Allemagne du Nord. On avance par des chemins peu praticables; bêtes et gens enfoncent dans la boue 3 des fondrières. L'heure tardive du bivouac groupe des hommes traversés jusqu'aux os, et souvent sans bois ni paille pour

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