INTRODUCTION XVII
De l'autre côté, on était plus tiède. J'en atteste ce billet du 31 octobre 1792, écrit à Grimm par l'impératrice Catherine. Elle y parle ainsi de la retraite des Prussiens :
Mais quelle horreur et quelle cacade que ce duc de Brunswick est allé faire! Cette Champagne pouilleuse va devenir fertile par le fumier qu'ils y ont laissé.... Ah! mon Dieu, mon Dieu, qu'ils ont mal conduit feurs affaires, et celles des autres !
Le 7 décembre, la Sémiramis du Nord admire malgré elle la constance avec laquelle nos jeunes troupes soutiennent les rigueurs d'une campagne d'automne :
Les démons, comme vous voyez, savent marcher où ils veulent aller malgré les pluies, les boues, le manque de vivres et de fourrage. Tandis que nos compassés ne parviennent nulle part.... Je me sens une telle humeur contre certaines gens que je les souffletterais.
Dans cette guerre sans pitié, dans cette marche pour ainsi dire ininterrompue, quelques éclaircies. C'est quand il s'agit défaire boire les hommes et les bêtes. On jouit alors du calme d'une trêve respective de quelques heures. On ne se canarde plus, on cause presque toujours en gens dignes de se mesurer face à face. On plaisante même avec les Autrichiens i ou avec les émigrés, ces' hommes qu'on fusillera sans pitié le lendemain, s'ils se laissent prendre.
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XVin JOURNAL DU CANONNIER BRICARD
La nourriture vaut le coucher. On ne pense guère aux plats de viande et aux litres de vin que réclame aujourd'hui le dernier vendangeur ou le plus inhabile moissonneur. On n'écrit pas aux journaux pour se plaindre du menu de la caserne.
A chaque campement, sa pâture : qu'on tombe sur des pois verts ', on ne mangera que pois verts. Une ration d'eau-de-vie tient une fois lieu d'aliment en vingt-quatre heures de marche et tle combat \ A certains jours, on n'a que du pain 3 et encore par demi-rations. Et le lendemain on déjeune d'oignons, sans pain *. Dans les vergers de Francfort, l'oignon est remplacé par les cerises; on se bourre de bigarreaux sous les arbres. Mais la bonne aubaine;, c'est la pomme tle terre. Bien heureux ceux qui campent sur ses champs! Plus heureux encore ceux qui ont le temps de la cuire. Qu'il survienne une alerte s, alors, adieu kartofféll la marmite est renversée. Du côté des Autrichiens, même changement à vue, et quelquefois, on profite de leurs préparatifs comme ils profitent des vôtres.
Il peut arriver que la viande ne fasse pas défaut et que le sel manque; alors, nos canonnière y suppléent par une pincée de poudre à canon délayée dans la soupe6. Ils sont rares, ces
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