‹ Journal du canonnier Bricard, 1792-1802Chapitre 15 sur 41 · INTRODUCTION XXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXI

blique. Puisse-t-il empêcher la multiplication des récits qui nous initient depuis quelque temps aux vilains côtés de la caserne, comme si on n'y devait pas faire son apprentissage des duretés de la vie en campagne. Mieux vaut passer sur ses épreuves, en considération du but, que chercher à attendrir le public en dévoilant les brutalités d'un caporal ou les exactions d'un sergent-major. C'est pur enfantillage, et cela sent par trop les griefs de la vie de collège, qu'on vient de quitter. Le soldat ne doit rien conserver des dépits de l'écolier.

Dans Coignet, j'ai retrouvé le type du soldat de Napoléon; dans Fricasse, celui du volontaire de la Haute-Marne sous la première République, firicard peut passer pour l'idéal du volontaire parisien. Il a plus d'intelligence, plus d'instruction que les deux autres; il montre la même horreur de toute vilenie, et, disons-le bien, le même respect du devoir sans lequel ne saurait exister ce qu'on appelle Y esprit militaire, cette âme des bonnes armées.

Uniquement consacré aux faits de guerre, son journal comprend trois grandes parties : dans la première, on peut comprendre les campagnes du Nord, des Pays-Bas et d'Allemagne; pu*

la campagne d'Italie, et enfin la campagne d'Egypte. Sa valeur est essentiellement positive, parce que tout ce que l'auteur a vu est noté à son jour et à son heure sans aucune idée de soutenir une thèse quelconque ou d'impressionner un lecteur. Il est difficile d'être plus rigoureusement impartial. C'est qu'aussi Bricard est avant tout homme d'équité. Rien ne l'empêchera de réprouver le mal quand il se produit chez les siens. On voit avec lui le désordre des premiers jours de campagne; on entend les cris des volontaires qui prétendent diriger la marche au milieu d'officiers incapables * ; on voit les lâches se sauver en jetant fusil, habit et fourniment 2; on assiste à ces paniques inévitables à la guerre qui font tirer sur des frères d'armes en croyant tirer sur l'ennemi 3. En revanche, quand le narrateur rapporte une belle action, vous pouvez être sûr qu'il dit la vérité, et qu'il est heureux de la dire. Les qualités de couleur manquent ici comme dans tous les journaux de marche rigoureusement tenus. La préoccupation du chiffre semble repousser comme secondaire tout ce qui peut donner du charme au récit. Quelquefois cette lacune n'a d'autre raison que l'absence de certains dons de l'esprit. Mais Bricard n'en est point

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