‹ Journal du canonnier Bricard, 1792-1802Chapitre 20 sur 41 · INTRODUCTION XXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXVII

ne se refusent aucune jouissance *, et traînent à leur suite des bagages trop considérables. Ils sont rendus responsables de la solde arriérée *, car on ne reçoit pas souvent ses deux sous par jour 3, des habits qu'on ne distribue pas *, des casernements représentés par des cloîtres, des corridors ou des églises, sans paille, sans couvertures, sans marmites 3, des hôpitaux dépourvus du nécessaire où les malades abandonnés sollicitent de l'humanité du concierge un prêt de trois livres pour les frais d'une vaste soupe à l'oignon, seul remède à portée de leurs forces défaillantes 6. Ceci se passe en Italie. En Egypte, c'est pis encore; on vend pour payer un arriéré cte solde 7 toute la provision de vin emportée de France, quatre cent mille pintes. Tant pis pour les malades et les convalescents. S'il y a des médecins héroïques, d'autres le sont beaucoup moins, et on les punit d'une façon si originale qu'elle perdrait à l'analyse. Voici l'extrait 8 :

Le nommé Boyer, officier de santé de la marine, ayant refusé de traiter des blessés atteints de la peste, fut condamné à être destitué de ses fonctions, promené dans les rues d'Alexandrie, habillé en femme et monté sur un âne, portant devant et derrière un écriteau avec ces mots : // est indigne de porter le nom de Français, il a peur de la

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mort. Après quoi, il devait être conduit en prison et renvoyé en France par le premier bâtiment expédié, avec invitation au président de son département de le rayer comme citoyen français.

Autre châtiment qu'on ne pourrait plus renouveler aujourd'hui. En 1796, le général Collot inflige à un canonnier, comme punition, une coupe de cheveux *.

On voit que la queue passionne les troupes au plus haut degré. Bien avant que Bonaparte s'en mêlât, elle avait déjà ses ennemis et ses soutiens. Déjà en 1793, on se battait, on se tuait pour elle 2. Notre locution populaire : défends ta queue! pourrait bien être un souvenir de cet acharnement. C'est comme les épaulettes d'argent et les grandes capotes blanches; certains officiers d'ancienne infanterie résistent à l'injonction officielle de les changer 3; ils préfèrent sortir du rang et se faire licencier \ On le croirait difficilement si Bricard n'avait circonstancié et daté les faits.

Pour les soldats, on ne les chicane point sur la couleur de leur habit qu'ils perdent assez vite aux bivouacs de leurs campagnes d'hiver, et qu'ils remplacent souvent avec ce qui leur tombe sous la main 5, car ils sont nu-pieds 6 et vêtus de lambeaux 7. Ils coiffent le feutre du

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