‹ Journal du canonnier Bricard, 1792-1802Chapitre 21 sur 41 · INTRODUCTION XXIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXIX

paysan, endossent sa houppelande au besoin et se taillent des gilets ou des pantalons dans la première étoffe venue *. Quant aux Autrichiens, ils se battent en casquettes f malgré les gravures officielles qui nous ont habitués à les regarder comme inséparables de leurs bonnets plaqués à l'aigle, tandis que nos soldats portent en colonne de superbes bicornes à panache rouge. Double coquetterie contraire à la réalité. Sous le Consulat, on envoie encore en Egypte comme troupes de renfort des conscrits sans uniforme. Notez qu'en Egypte, il y avait si peu de drap disponible dans le commerce du Caire qu'on ne s'arrêtait pas à la couleur. Les corps étaient habillés de rouge et de vert 3.

Dans ces premières campagnes du Nord, il est intéressant aussi de savoir ce que faisait penser aux soldats le changement continu de généraux. C'est Dumouriez, c'est Houchard, c'est Custine, c'est Pichegru.... Les dénonciations pleuvent. Il leur faut passer à l'ennemi ou passer à la guillotine. Décapité ou transfuge! Pas de milieu. Et comme toujours ce sont les plus innocents qui vont offrir leurs têtes. A peine l'un est-il installé

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à la place de l'autre que le représentant du peuple vient annoncer son départ en jetant encore une fois à la face des troupes le grand mot de trahison.

On est porté à le croire quand on entend les discours de Dumouriez revenant sous la protection d'une escorte autrichienne pour inviter l'armée à faire cause commune avec lui contre la République. Gomment cette armée peut-elle tenir bon quand même, devant l'ennemi, et comment l'ennemi n'en profite-t-il pas davantage? On n'y comprend rien.

Le privilège d'être dénoncé n'est pas acquis seulement aux grades élevés. Les chefs de bataillon ne sont pas plus épargnés que les généraux; on les mène à Paris et on les guillotine comme eux1. Ceux qui sont accusés de lâcheté devant l'ennemi sont plus honorablement traités. On les fusille *.

Les gradés ne sont pas couverts d'or.... Au 11 floréal an IV (1796) nous voyons qu'un général en chef ne touche pas plus d'un franc treize sols et quatre deniers en numéraire par jour. Le chef de bataillon a le franc tout juste. Le sous-lieutenant a dix sous. Le surplus est payé en mandats. Et que pouvait valoir un mandat en un temps

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