INTRODUCTION XXXVII
Au fort d'El-Arisch, cerné par une armée turque, ils descendront des cordes aux assiégeants * pour qu'ils puissent surprendre la place et torturer les camarades, car on sait que les Turcs ne se conforment pas aux lois de la guerre. C'est encore un groupe de ces Français criminels qui, à la grande révolte du Caire, guidera la populace contre les débris de notre armée. Ils sont trois cent mille contre six mille; nos transfuges grossiront la masse des trois cent mille.
Je n'exagère rien, je ne fais que reproduire Bricard. Ce qu'il dit, on ne le trouve pas partout, et, je ne saurais trop le répéter, ces aveux font le grand mérite de son journal, et c'est pour cela que je l'aime. Il faut le lire pour être bien convaincu qu'une armée va droit à sa perte en faisant grâce aux lâches et aux voleurs *.
Le degré d'intérêt de l'œuvre dépend naturellement des positions dans lesquelles l'auteur se trouve placé. Il est considérable au début de sa carrière où tout est souffrances et privations. Une fois arrivé au grade de sergent-major, Bricard est,
i.Page 388. — 2. Comme celui des auxiliaires de la révolte du Caire, le nombre des traîtres d'El-Arisch fut malheureusement assez grand. Bricard n'a pas oublié de parler du brave qui fit sauter alors une partie de la garnison et des assaillants en mettant le feu aux poudres (page 387). 11 est regrettable que son nom soit resté ignoré.
par obligation, moins militant, plus absorbé par les exigences administratives de son grade. Beaucoup de braves officiers laissaient alors à des sous-officiers instruits le soin d'une comptabilité qu'ils auraient été peu capables de tenir. Absorbé par ses écritures, courant d'un fournisseur à l'autre, allant souvent chercher au loin l'argent de la solde, Bricard n'est plus dans le feu de la mêlée. Il se contente de nous dire ce qu'il voit, et comme il voit juste, son journal est toujours précieux, bien qu'il n'ait plus le même mouvement.
Mais on y gagne un aspect nouveau des situations déjà connues. Pendant que Bonaparte conquiert l'Egypte, l'histoire particulière d'Alexandrie reste bien dans l'ombre. Il fallait le journal de Bricard pour montrer ce qu'on y a souffert Bonaparte parti, l'intérêt de cette campagne semble avoir disparu pour le gros du public; le héros est ailleurs, et l'attention l'y suit. Sans doute on n'ignore pas que Kléber l'a remplacé, qu'il a été assassiné, remplacé par Menou qui ne le valait point. On sait que cela finit mal, et il n'en faut pas davantage. On ne sent jamais le besoin de connaître les détails en pareil cas.
Le dénouement du drame vaut cependant la peine qu'on s'y arrête. Il est même, à bien