INTRODUCTION XXXIX
juger, plus digne d'admiration que le commencement, car il nous offre le spectacle inoubliable d'une poignée d'hommes luttant jusqu'au bout dans la situation la mieux faite pour abattre les âmes ordinaires. Au début des expéditions aventureuses, tout est beau, ou du moins permet de caresser un espoir de fortune. Mais à la fin, quand l'adversité s'en mêle, quand la confiance dans le commandement n'y est plus, quand le cercle ennemi se resserre, quand la peste et la guerre éclaircissent assez les rangs pour qu'on en vienne à se dire comme aux temps antiques : « Encore une victoire comme celle-là, et nous sommes perdus », — alors on voit plus clairement ce qu'il y a de grand chez certains hommes. La personnalité de Kléber se dégage si éclatante à ces heures dernières de l'armée d'Egypte, qu'on se demande quelle eût été sa fortune s'il avait survécu.
Ce n'est pas à lui qu'un général blessé à mort aurait osé dire : « Va! je suis f..tu, et ta colonie aussi! * » Menou méritait cette prophétie par une sotte irrésolution qui est le pire défaut à la guerre.