‹ Journal du canonnier Bricard, 1792-1802Chapitre 5 sur 41 · INTRODUCTION VII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION VII

ou qu'on tripote pour en mieux trafiquer. Je pourrais citer ici des exemples assez récents, car cette industrie est encore florissante. Si la critique s'était maintenue comme elle, on n'aurait pas acheté de confiance bien des volumes toujours trop chers. Aux côtés de ces fabricants de faux et de demi-faux, on peut aussi réserver une section aux mystificateurs qui impriment mémoires sur leur couverture, qui les annoncent en gros caractères à la quatrième page des journaux et vous servent tout bonnement de vieux articles cousus ensemble, des pièces officielles qu'on peut retrouver au Moniteur, mais qu'on tient à vous donner parce que cela tient de la place.

Le journal du canonnier Bricard ne rentre dans aucune de ces catégories suspectes. C'est un bel et bon document. Quand j'ai publié Fricasse et Coignet, j'ai cru devoir tenir à la disposition du public incrédule mes documents originaux. On n'a pas abusé de la permission, sans doute parce que je la donnais de trop bon cœur, sans doute aussi parce que la bibliothèque de l'Arsenal, mon domicile d'alors, est située dans un quartier fort éloigné des lettrés fureteurs. S'ils demandent pour cette fois à voir le manuscrit du canonnier Bricard, ils seront plus à portée. C'est au cœur de Paris, à deux pas de la Bibliothèque Nationale, rue Richelieu, n° 39, que ce manuscrit

est pieusement conservé par les petits-fils de l'auteur, MM. Alfred et Jules Bricard.

Je pose d'abord la question de confiance, parce qu'on croit malaisément à l'existence du manuscrit original quand il s'agit de simples soldats. Comme je viens de le dire, j'ai été au-devant du soupçon en ce qui regardait Fricasse et Coignet. Ces deux modestes héros trouvent aujourd'hui dans Bricard un frère d'armes non moins brave, non moins honnête, aussi prompt à toujours bien faire. Il est des sceptiques qui admettent peu la possibilité de rencontrer ainsi sur sa route trois types de probité. On dirait que cela les gêne. Ils me rappellent un peu les bonnes âmes qui accusent la Préfecture de police d'inventer, pour faire croire qu'on les rapporte, des listes d'objets trouvés sur la voie publique. .

Pour moi, je reste plein de candeur; je crois aux trouvailles, en avouant toutefois que le bonheur d'en faire ne me serait jamais arrivé sans l'aide de confrères et d'amis auxquels je reste grandement obligé. C'est M. Francis Molard, l'archiviste d'Auxerre, qui m'a fait acquérir le manuscrit original de Coignet. Celui de Fricasse me fut donné par M. de Forges, qui l'avait reçu en héritage de M. de Coucy, conservateur des forêts,

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