SOMMAIRE DES DÉPÊCHES DES AMBASSADEURS VÉ.MTIENS AU CO.NCILE
EXTRAITS RELATIFS A LA MISSION DES AMBASSADEUP.S DE FRANCE ET DU CARDINAL DE LORRAINE.
Nous avons dit dans notre Avant-propos (page 20) que les dépêches originales des deux Ambassadeurs vénitiens accrédités au Concile, sous le pontificat de Pie IV, n'existaient plus , mais que les iVrchives en possédaient un sommaire précis, officiellement rédigé par des secrétaires spéciaux de l'ancienne chancellerie de la République, sous le titre de Rubricario. Ce document, qui est un registre de petit format, faisait partie des manuscrits enlevés jadis aux Archives de Venise par le Gouvernement autrichien et restitués par lui en 1868. Nous en avons fait prendre une copie entière, dont nous donnerons ci-dessous les extraits qui sont relatifs à la personne des Ambassadeurs de France envoyés au Concile et au rôle qu'y joua M. le Cardinal de Lorraine. Le lecteur pourra juger, d'après ces mentions, de l'activité et de l'importance du rôle que
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remplissaient les ajjonts diplomatiques au Concile de Trente. Mais il conclura peut-être avec nous que louable est la sagesse dont les Puissances politiques actuelles ont jusqu'à présent iail preuve , en s'abstenant cette fois de se créer les embarras d'une représentation inutile dans une assemblée dont les décisions, quelles qu'elles soient, ne peuvent intéresser que les fidèles à l'Ejjlise catholique, et nullement les citoyens d'aucun État.
Il ressort aussi de cet exposé de dépêches adressées au jour le jour à leur gouvernement par les deux Ambassadeurs vénitiens, que M, le Cardinal de Lorraine fit au Concile la plus grande figure, au nom de la France, en même temps que pour son propre compte. On peut dire que sa personne était là comme une puissance avec laquelle on traitait. Que sont devenues toutes les dépêches qu il a du écrire à la Reine mère, tant sur sa négociation avec l'Empereur, que sur sa visite à la République de Venise et son voyajfe en Cour de Rome, pour l'accomplissement desquels il s'était déplacé de sa résidence au Concile ?
Le liiihricdrio, (jui fait I objet de cet article, comprend l'analyse de deux cent trente-sept
dépêches, la première datée du 18 avril 1562, la dernière du 5 décembre 1563.
19 mai. Un Ambassadeur de France est arrivé au Concile.
25 mai. Les Ambassadeurs de Venise ont fait visite à M. de Lansac seul, ses deux autres collègues n'étant pas encore arrivés.
25 mai (au soir). Les Ambassadeurs de France sont venus faire visite à ceux de Venise. Ils leur ont dit qu'ils n'étaient envoyés à autre fin que pour aider au maintien de la {jdoire de Dieu, et qu'ils avaient particulièrement prié les Lé^jats de donner une solution à l'article de la résidence... Ils ont reçu la visite de FArchcvêque de Gi'enade, qui leur a fait part de ce que les Espagnols avaient négocié pour arriver aux mêmes fins, leur demandant ce qu'ils feraient. Et comme ils ne répondirent que par des paroles générales, l'Arcbevéque leur dit : Pourquoi donc êles-voiis venus? Il leur assura toutefois que les instances des Espagnols n'avaient d'autre but que le bien de la religion, qu'ils ne prétendaient pas donner la loi au Concile, mais qu'ils confessaient que le Pape est cbef et supérieur au Concile.
26 mai. Les Ambassadeurs de France ont été admis en congrégation. On a lu leur mandat. Ils deman^ dent que le Concile soit libre.
29 mai. Les Ambassadeurs de l'Empereur, du Roi de France et du Portugal font de continuelles instan-
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ces auprès des Léjjats pour que soit résolue la déclaration de la résidence.
30 et 31 mai. Mous'' de Lansac, un des Ambassadeurs de France, a fait appeler le Secrélaire de l'ambassade vénitienne, et lui a parlé du préjudice (jui pourrait résulter de la dissolution du Concile. Il (ait dire aux Ambassadeurs qu'il a appris que le Pape était d'opinion de le suspendre. 11 nous cxborle, pour le bien universel, à écriie à la Sei<;neurie jioiir qu'elle dissuade le Pape d'une telle action, et pour qu'elle le persuade au rontiaire de le laisser continuer en toute liberté.
C) juin. Les Ambassadeurs de France n'ont pas été satisfaitsdes réponsesqui ont été failesà leurs mandats.
IG juin. On dit que le Pape s'est plaint de ce que les Ambassadeurs de France avaient inséré dans leur discours des passages empreints de l'intention d'abaisser l'autorité du Saint-Sié{je , et qu'il aurait fait écrire à la Reine mère, que si ses Ambassadeurs discutent et inquiètent son autorité, il lui refusera les secours en argent dont elle a besoin
1 juillet. Les Légats ont reçu avis que l'Empereur .s'était calmé à l'endroit des affaires du Concile. Iv'Empereur demande la léponse qui a été faite par le Concile au discours des Ambassadeurs de Fiance, et les Légats s'en inquiètent, ne sachant trop quel est le mobile de cette demande. Envoi à Venise d'un mémoire (scrittura) présenté par les Ambassadeurs de France pour demander que dans la déclaration des canons sur la communion il ne soif point fait préjudice au Roi Très-Chrétien, et pour exhorter le Concile
à accorder la communion sous les deux espèces. Ils disent du reste n'avoir à cet égard que des instructions générales.
1 1 août. La Reine de France a écrit à ses Ambassadeurs que différents prélats du royaume ai'riveraient au Concile au mois de septembre. Aussi ont-ils demandé que la prochaine session fût différée jusqu'à la fin dudit mois. Envoi d'un mémoire que ces Amiîassadeurs ont présenté aux Légats.
18 août. Envoi du texte de la réponse faite par les Légats aux Ambassadeurs de France sur leur demande de différer la session, au sujet de laquelle ils ont requis que leur mémoire fût présenté au Concile. L'un d'eux parle de retourner en France, pour donner part, dit-on, de la joie qu'on a ressentie à Trente du rejet de l'accord, et de la continuation de la guerre contre les hérétiques.
3 septembre. L'Ambassadeur de France, Lanssac, a fait part aux Ambassadeurs vénitiens des avis qu'il avait reçus de son collègue à Venise, touchant les secours en argent accordés par le Sénat à la Couronne de France.
15 septembre. Les Ambassadeurs de l'Empire et de Fraiice sont d'accord pour adresser une instance afin qu'il se fasse une véritable réformation. Ils ont prié les Vénitiens de se joindre à eux.
22 septembre. Après que le décret eut été prononcé en session sur le Sacrifice de la messe, un ordre du Roi Très-Chrétien à ses Ambassadeurs est arrivé pour qu'ils demandassent de faire différer ledit décret, et ils se sont résolus à demander que l'on différât de se
prononcer sur les do{;mes de TOrdre et du ^laria^je jusqu'à l'arrivée du Cardinal de Lorraine et des Prélats français. Ils ont demandé en même temps qu'on s'occupât de la Réformation, et ont voulu présenter un mémoire sur les réformes dont la France avait particulièrement besoin. Les Légats ont promis de trailer seulement le dogme de l'Ordre et de différer la discussion des autres.
29 septembre. En raison de l'arrivée prochaine de nombieux Prélats français, on dit que le Pape se préoccupe à''cn envoyer beaucoup fpii sont Ilaliens, voire des Cardinaux.
13 octobre. Les Ambassadeurs de France ont demandé qu'il leur soit donné copie des matières qui seront traitées dans les congrégations, pour pouvoir en donner avis au Hoi dans le cas où il y entrerait choses à son préjudice. Les Lég:ils ont promis.
20 octobre. Envoi de la copie <les lettres écrites au Pape par le Cardinal de Lorraine sur son arrivée au Concile.
27 octobre. Le Cardinal de Lorraine a envoyé ses fourriers pour faire préparer des logements.
13 novembre. Détails sur l'anivée au Concile du Cardinal de Lorraine, au-devant duquel est allé tout ledit Concile. iM. de Lanssac a dit que ce que M. le Cardinal demanderait serait pour le bien de la Chrétienté entière, et que tout se pourrait expédier promptement, à moins qu'il ne rencontrât de ces obstinés, faits pour refuser toutes honnêtes choses.
14 novembre. Les deux Ambassadeurs vénitiens sont allés faire visite au Cardinal de Lorraine, lui
exposant quel respect la Seigneurie avait à la Couronne de France, et l'affection qu'elle lui portait en particulier. Ils lui dirent qu'ils espéraient qu'il aurait tous égards pour conserver l'autoiité du Pape et la dignité du Saint-Siège. Le Cardinal, après avoir rappelé les services et bienfaits que le Royaume et lui avaient reçus de Venise, assura les Ambassadeurs qu'il répondrait à tout ce que la République attendait de lui.
17 novembre. Le Cardinal de Lorraine a eu une audience secrète avec les Légats, et parmi les choses dont il a été question , il a parlé de son entrevue avec les Allemands, qu'il ne croyait pas aussi éloignés d'un accord, pourvu qu'on réformât les abus de l'Eglise. Reaucoup de théologiens salariés et non salariés sont avec le Cardinal.
19 novembre. Accusé de réception des lettres de Venise du 20, avec la copie de celles des Recteurs de Brescia, touchant l'entretien qu'ils avaient eu avec le Cardinal de Lorraine.
24 novembre. Récit particulier de ce que le Cardinal de Lorraine a exposé au Concile à l'occasion de la présentation des lettres du Roi Très-Chrétien. Et de la réponse qui lui a été faite.
24 novembre (seconde dépèche). Les Légats ont décidé de communiquer au Caidinal de Lorraine ce qu'il est question de traiter touchant la suprématie des Evêquès , pour tâcher d'arranger cet article en bon accord, sans en venir à des décisions, en raison du scandale qui pourrait en résulter, vu le peu d'harmcnie qui règne parmi les Prélats. Envoi de la copie du discours prononcé par le Cardinal de Lorraine.
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l" décembre. Les Ambassadeurs (Te France assurent ne pas vouloir céder la jnéséance au Comte de Luna, ambassadeur du Roi Catholique au Concile, et que lorsqu'il sera question de la ré formation, ils remettront en question l'affaire des yJniiates.
'i décembre. M. le Cardinal de Lorraine, dans la discussion relative à la suprématie des Évèques, a parlé avec la plus {jrande éloquence et avec les plus grands é(}ards pour l'autorité du Saint-Siégo.
8 décembre. Bien que le Cardinal de Lorraine se soit exprimé avec une {)iande prudence dans cette discussion, cependant les antres Evèques français ont parlé fort librement, attachant une {;rande importance à ce que leur pouvoir soit de jure divino. ^lais les Lé{;ats, dans le but de ne pas aniver à une solution avei' de nombreux votes contraires, avaient négocié avec le Cardinal de Lorraine pour apaiser l'affaire, dans le cas où le désaccord continuerait. Puis le Cardinal et les Evêques, voyant que les Papalins se plaignaient d'eux, se sont montrés fort irrités. L'Ambassadeur de France a déclaré ne plus vouloir faire de demandes nouvelles, mais renouveler les anciennes.
15 décembre. Les votes sur le décret de la résidence sont très-variés, ainsi que sur le septième canon de l'Ordre. On attend des avis de Rome. Les Évêques français ayant parlé avec plus de liberté que le Cardinal de Lorraine, on disait <]ue le Cardinal avait fait argumenter sur son vote [tar hîs Évêques, d'où l'altercation qui eut lieu entre le Cardinal Simonetta, l>égat, et ledit Cardinal de Lorraine. Celui-ci fait en
sorte de hâter les discussions actuelles pour s'occuper des demandes des Evêques, qui n'hésitent pas à dire que si ou ne s'occupe pas à Trente des choses de la réformation , ils y pourvoiront en France à leur façon.
18 décembre. Les Français présenteront leurs demandes dans trois jours.
20 décembre. Les Ambassadeurs de France ont dit aux A^cnitieiis qu'ils s'étaient entendus avec les Ambassadeurs de l'Empereur relativement aux demandes à faire pour la Réformation. Ils déclarent que si elles ne sont pas acceptées, le Roi se chargera d'en faire observer les articles dans son Royaume.
22 décembre. II paraît que les Ambassadeurs de France ne sont pas d'accord avec les Prélats de France sur les articles de Réformation qu'ils veulent proposer.
26 décembre. Les Vénitiens font part à la Seigneurie de ce qu'on leur a dit que le Cardinal-Légat avait fait pour s'attacher le Cardinal de Lorraine et le Cardinal de Bourbon , et pourquoi ledit Cardinal se préoccupait peu de la formule proponentibus Legatis, étant décidé, en expliquant ses votes, de faire tomber la question sur toute proposition qu'il lui plaira de faire.
3 janvier. Les Légats dépêchent au Pape l'Evêque de Viterbe avec les demandes des Français, et les Ambassadeurs continuent à dire que si ces demandes ne sont pas acceptées, le gouvernement du Royaume se verra forcé de décréter lui-même les articles.
12 janvier. L'Ambassadeur de France ayant appris qu'il se traitait parmi les Prélats français de faire quelque opposition à ses demandes, les a tous réunis, leur enjoignant de ne point aller ;i l'cucontre des intentions de leur Souverain.
20 ja?ivie}-. Le Cardinal de Lorraine, qui traite avec les Légats et avec les Evoques pour les mettre d'accord sur la différence des canons à décréter, a dit que les J^égats veulent que dans les canons il soit écrit Pontificem esse pareni Pctro auclorîtate , tandis que les Prélats veulent parcm polestate ; que le Pape voudrait aussi celte formule : Episcopos habere prœcipiium loci/m in Ecclesia dependente a Romano Pontifice , mais les Evéques voudiaient sub Romano Pontijice; que le Pape voudrait encore Pontificem habere anctorilatem pascendi et regendi universalem Ecclesiam, et les Evéques , pascendi et regendi nniversas Ecclesias. Les Légats ont donné avis de toutes ces choses au Pape. Les Cardinaux de Lorraine et de Trente ont été chargés de réformer le décret de la Résidence. L'Évêque d'Orléans, Jean de Morvillier', est arrivé à Trente.
' M. GtsTAVE Baguex.\i:i.t dk Puchesse, dont nous avons cité le récent travail sur le Concile de Trente publié |)ar la Revue des questions histori(iues, vient de terminer un ouvr.ige important sur la vie politique de cet Évêque, qui fut garde des sceaux de France. — Jean dk ^Iouvim-ieh , Evèqi e r)"Oni.ÉA>s, G.\rde des SCEAUX (150(3-1577). Etude sur la politique française pendant le milieu du seizième siècle. (1 fort vol. Paris, librairie académique de Didier.)
'2.'^ janvier. La formule proposée par le Cardinal de Lorraine a été approuvée par les députés chargés du décret de la Piésldence, sauf quelques articles, et j^articulièrement où il est dit que les Evêqucs sont ex pvœccjito divino, qu'ils sont astreints à exercer personnellement leurs fonctions, etc. Cependant ils sont ensuite tombés d'accord. Les Légats se plaignent que le Cardinal n'a point proposé le décret qu'ils lui avaient donné, mais tout un autre. On dit qu'ils ont écrit en fort mauvaise part à Rome sur le compte dudit Cardinal. Les Ambassadeurs de France font aussi des doléances sur ce que les votes ne sont pas recueillis fidèlement par le secrétaire du Concile, et ils demandent qu'il lui en soit adjoint plusieurs autres.
20 janvier. Les Ambassadeurs de France ont fait part aux Légats de leurs observations sur le Mémoire qu'ils leur avoient envoyé relativement au canon de V Ordre. Ils l'ont discuté quelque peu, les Français disant que bien que le Pape soit chef de L'Eglise , il n'est cependant pas an-dessus de l'Eglise.
"iQ janvier. Le Cardinal de Loiraine se plaint particulièrement du Légat Simonetta au sujet du Décret qui est en discussion. Il prie les Vénitiens d'écrire au Pape, pour qu'il veuille faire en sorte que le Concile ne soit pas dissous.
21 janvier. Les Ambassadeurs ont appris que le Cardinal de Lorraine aurait dit qu'il croyait qu'en France on s'accorderait à permettre que chacun vécût à sa mode jusqu'à la convocation d'un Concile général et libre; que celui de Trente ne se pouvait dire libre, puisque les Légfats ne font rien de plus que ce
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que le Pape leur commet, et que si d'ici à la prochaine session il n'a point lieu d'espérer mieux, il fera ses protestations et retournera en France avec les Ambassadeurs et les Prélats, et qu'ils feront un Concile national où interviendra aussi l'Allemagne.
27 janvier. Les L<'gats se lénnisscnt pour tenter d'arranger le décret de la Résidence, et le Cardinal de Lorraine se plaint. encore de ce qu'ils ne le proposent pas dans la forme où lui et tant d'autres préhits l'avaient exprimé.
27 jduvier (seconde dépêche). Le Cardinal de Lorraine, vovant que les Canonistes veulent enlever et changer des paroles du décret de la Résidence, montre ne plus vouloir s'interposer comme médiateur dans ces difficultés. Il se plaint aussi du retard apporté à la proposition des canons du sacrement de 1 Ordre.
11 janvier (troisième dépêche). Le Légat Seripando s'est excusé auprès du Cardinal de Lorraine, sur ce que s'abouchant avec lui, il ne pourrait rien lui promettre, vu l'a versatilité de ses collègues. Les Ambassadeurs mentionnent aussi d'autres paroles qu'aurait exprimées le Cardinal, et entre autres que si l'on en arrivait à déclarer le Concile national en France, ce royaume ne reconnaîtrait ])lus le Saint-Siège Apostolique.
■M) janvier. Les Légats, vovant que les Ambassadeurs de France voulaient faire savoir au Roi, par un courrier expressément dépêché, ce qui avait été résolu touchant la place qu'ils avaient désignée en faveur de l'Ambassadeur d'Espagne, ont promis aux Ambassadeurs de ne rien faire (|ni fût préjudiciable à Thon-
neur du Roi Très-Chrétien. Ils n'ont pas voulu ajouter ce nouveau trouble au Concile. Le courrier n'a pas . été envoyé. Les Légats ne savent comment arranger le décret de la Résidence, et le Cardinal de Lorraine se plaint encore de ce qu'il n'a pas été proposé tel qu'il était. Il déclare craindre que si les Huguenots en France demandent un concile avec l'intervention de l'Allemagne et de l'Angleterre, la Reine et autres ne soient disposés à l'accorder, voyant que dans celui de Trente il ne se fait rien de bien. L'Evêque Commendone, par ordre du Pape, est parti pour se rendre auprès de l'Empereur • et justifier les choses du Concile.
30 janvier (seconde dépêche) . Etant question de proroger la session, les Légats, pour que cetle décision soit acceptée sans tumulte, sont tous allés chez le Cardinal de Lorraine pour lui demander conseil. Il leur a dit que, par la forme actuelle du décret, on donnait au Pape ce qui ne lui convenait pas, et qu'on enlevait aux Evêques ce qui leur convenait.
2 février. Le Cardinal de Lorraine a fait part aux Ambassadeurs de Venise de ce que les Légats étaient venus traiter avec lui. Il leur a dit que l'Empereur lui avait fait connaître le désir qu'il avait de le voir, et qu'il irait le trouver j qu'il désirait aussi aller à Venise.
9 février. Les Ambassadeurs de France ont fait
1 Voyez la publication récente : Lettere dei Cardinal CoMMENDONE nella sua nunziatura di Germania, publicate con discorso preliminare del Cav. teologo canonico Finazzi. (Turin, Imprimerie Royale, 1866.)
instance auprès des Léjjats jiour qu'ils proposent leurs demandes ou qu'ils leur poriiieltent de les proposer eux-mêmes, ou qu'ils leur donnent acte de refus. Puis, pour complaire aux L(''(;ats, ils sont convenus d'attendre une réponse du Pape.
10 février. Les Ambassadeurs de France ont communiqué aux Vénitiens la nouvelle qu'ils ont reçue du Royaume; ils disent avoir une lettre du Roi Très- Chrétien à présenter aux Légats et au Synode, et ils parlent de la piésenter en prononçant en même temps un discours. L'intention du Cardinal de Lorraine est de quitter le Concile, dont il parait n'espérer rien de bon.
XI février. Rapport sur la lettre du Roi Très-Chrétien, qui a été lue en confjréfjation , sur le discours prononcé par l'un des Ambassadeurs, et sur la réponse qui lui a été faite. Le Cardinal de Lorraine est parti pour se rendre auprès de Tlimpereur.
\Q février. Avis des opinions de quelques-uns des Prélats sur les articles du mariage. Pour complaire au Cardinal de Lorraine, on attendra son retour pour discuter le chapitre relatif au mariage des prêtres. Un courrier de France est arrivé avec des lettres du Roi pour le Cardinal de Lorraine.
\1 février. Au sujet des difficultés soulevées pour la doctrine et les canons de l'Ordre, ù propos des paroles iiniversalem Eeclesiatii, contraires à l'opinion de ceux qui sont d'avis que le Concile est supérieur au Pape, les Français avaient dit que si elles n'étaient pas proposées, ils protesteraient de tiullitate et partiraient. Le Pape aurait répondu aux Légats qu'ils
eussent à les proposer, quoiqu'il en pût advenir.
21 février. Le Cardinal de Lorraine a écrit au Pontife pour expliquer et justifier ses actes; le Pape lui a répondu fort affectueusement. L'Évêque Commendone est revenu de la Cour impériale.
23 février. On attend le retour du Cardinal de Lorraine. On ne sait rien encore de sa négociation. Les Légats en tiennent secrets tous les détails.
I^i février. Un des ambassadeurs de l'Empereur a dit aux Vénitiens que l'Empereur s'était entendu avec le Cardinal de Lorraine sur les choses qu'il voulait voir traitées dans le Concile et sur les moyens de le clore le plus tôt possible.
'ii^ février. Le Pape a rép"ondu aux lettres du Cardinal de Lorraine, lui assurant qu'il veut une réformation et qu'il consentait à l'abrogation des paroles qui faisaient la difficulté du décret. Cependant on dit aussi que les Légats ont reçu de Sa Sainteté des ordres contraires. Les Vénitiens ont visité le Cardinal de Lorraine revenu à Trente. Il leur a dit qu'il avait négocié avec l'Empereur le mariage de l'Archiduc Charles, et une levée de troupes en Allemagne de quatre mille chevaux et de six mille fantassins pour le Roi Très-Chrétien, lequel, pour les besoins d'argent qu'il avait afin de sauver la religion, avait vendu pour cent mille francs de biens de l'Eglise. Il dit aussi que l'Empereur et le Roi des Romains sont résolus de réunir leurs efforts pour amener le Concile à de salutaires résultats, que l'Empereur lui avait affirmé qu'au besoin il se rendrait en personne au Concile et même à Rome.
8 mars. Le Cardinal de Mantoue, Lé{jat, a remis avant de mourir au Cardinal de Lorraine une lettre du Pape, par laquelle Sa Sainteté déclarait vouloir qu'on proposât la réformalion. Le Cardinal, la montrant aux autres Lé(j^ats, les requiert de la proposer. Puis, les Ambassadeurs de France les ont requis de proposer leurs demandes. Les Légats ont envoyé un courrier à Rome à ce sujet.
10 mars. Le Cardinal de Lorraine a reçu la nouvelle de la iiioit (lu Duc de Guise, son frère, et a aussitôt pris des précautions particulièies pour la yarde de sa personne. L'Kvêqne de Viteihe, envoyé de nouveau par le Pape au Concile, est chargé de négociations avec le Cardinal.
] 1 mats. L'Ambassadeur Dandolo (son collègue Da Ponte étant malade) est allé seul faire ses condoléances au Cardinal de Lorraine sur la iiioit du Duc de Guise. A propos de Légats, l'Ambassadeur lui ayant dit que le Pape ferait bien de le nommer Légat, le Cardinal lui a répondu que la Cour de Rome ne se fie point aux ultram<mtains.
14 mars. Conseils fréquents tenus entre les Ambassadeurs de l'Empereur, ceux de France et les Prélats.
17 mars. L'Ambassadeur Dandolo a remis au Cardinal de Lorraine les lettres de condoléance de son gouvernement. Il rend compte de la conversation qu'il a eue avec lui sur les choses du Concile. Le Cardinal lui a fait part de son intention d'aller à Venise pendant la semaine sainte.
23 îiiars. Le Cardinal de Lorraine est parti pour Venise. Il a dit aux Ambassadeurs vénitiens que le
Roi d'Espagne avait fait écrire à ses Evêques pour qu'ils eussent à favoriser les intentions du Pape autant qu'ils pourraient; sauve toutefois leur conscience. Le Duc de Savoie a envové messer Lunardo délia Rovere pour faire savoir au Cardinal de Lorraine que l'accord avait été conclu en France, et que Sa Seigneurie devait avoir une entrevue à Rovigo avec le Duc de Ferrare.
30 mars. A l'occasion de la prorogation de la session, nombre de Prélats ont quitté Trente. Le Légat Simonetta attribue à ses deux collègues morts récemment les désordres actuels du Concile. M. de Lanssac, l'un des ambassadeurs de France, parle de vouloir se rendre à Venise.
22 avril. Les Ambassadeurs vénitiens sont allés visiter le Cardinal de Lorraine, qui leur a fait part des grands honneurs qu'on lui avait faits tant à Venise même que sur le territoire, et que son désir était de leur communiquer d'importantes choses qu'il n'avait pu dii'e' à la Seigneurie, le Nonce étant présent. Il n'avait pas voulu demander une audience secrète, pour ne pas se rendre plus suspect encore au Pape. Le Cardinal leur parla donc de l'opposition que lui faisait le Pape, l'accusant d'être chef de parti dans le Concile, de causer tous les retards à l'expédition des affaires, d'empêcher la translation du Concile à Bologne; il leur énonça toutes ses raisons pour se justifier de ces griefs. Il leur affirma qu'au nom même du Pape il avait été prié de persuader à l'Empereur de se rendre à Bologne et de faire que les autres Princes consentissent à ce que le Concile y fût transféré et
qu'il y fût déclaré clos, dès qu'il plairait an Pape, lequel désirait que, de la réformation, le Concile ne s'en luêlât pas, lui en laissant le soin, mais que lui Cardinal de Lorraine avait refusé de remplir cette commission auprès de l'iilmpereur, et qu'il avait évité de se rencontrer avec le Cardinal Morone , qui voulait sans doute lui donner commission de ce qu'il avait à négocier avec ledit Empereur... Il leur dit encon; que le Cardinal Morone serait celui qui {gouvernerait le Concile et régenterait les autres Légats, le Pape lui en ayant donné la commission secrète. Il leur fit part de l'ordre envové parla Reine d'Ecosse pour se déclarer soumise aux décisions du Concile, ot j^arla des prétentions qu'elle avait à succéder au trône d'Angleterre.
'M) avril. Les Ambassadeurs de Venise ont reçu les insiriictions de leur gouvernement sur ce qu'ils auraient à répondre aux Ambassadeurs de France touchant leurs offices pour hâter l'expédition des affaires du Concile.
2 mai. Le Cardinal de Lorraine a fait visite aux Vénitiens. Il leur a dit avoir des lettres de Rome qui lui affirmaient qu'aux propositions du Roi Catholique d'effacer les mots proponeniibus Lefjatis , de délibérer dans le Concile sans envoyer à tout" moment prendre ses ordres à Rome, de décréter la réformation, de ne pas suspendre ou transférer le Concile, le F^ape aurait répondu que les mots proponen films Li'fjatis s'interpréteraient de manière que serait proposé tout ce que chacun voudrait; qu'il a donné faculté aux Légats de délibérer sans lui écrire, qu'on
décrétera une réformation rigoureuse, et que le Concile ne sera pas suspendu. Il les a entretenus ensuite des dispositions présentes de l'esprit du Pontife, et a conclu que si on ne donne pas de suite à ces bonnes résolutions dans le Concile, le moins mal sera que chacun se retire chez soi et pense à pourvoir le mieux que faire se pourra.
4 mai. Les Ambassadeurs vénitiens font part des nouvelles que leur a communiquées l'Ambassadeur de France M. de Lanssac. Le Roi Très-Chrétien envoie le président Birague au Concile pour y rendre compte de l'accord conclu avec les Huguenots, Les Ambassadeurs de France et celui d'Espagne sont très-unis pour le moment, et les Légats s'effarouchent un peu de cette entente.
11 jnai. Le Secrétaire du Cardinal de Lorraine est revenu de Rome avec la réponse du Pape. La Reine mère a averti le Cardinal que certaines personnes devaient aller à Trente dans l'intention de le tuer. On dit que le Cardinal demande à ladite Reine licence pour retourner en France, et que la Reine envoie le président Birague pour parler d'un concile national.
12 mat. Le Secrétaire du Cardinal de Lorraine interrogé par le Pape sur la voie qu'il estimait la meilleure pour mener le Concile à bonne fin, lui répondit qu'il fallait faire une véritable réformation et se concerter avec le Cardinal sur les propositions opportunes à faire. Le Pape en est convenu, et les Légats l'ayant appelé pour consulter avec lui sur les propositions relatives aux abus, ni lui ni eux n'en parlèrent lorsqu'il fut en leur présence, et l'audience finit sans
([uil ait été (jueslioii de ces articles. Détails sur les dissensions du Concile. Le Léyat ^loione se plaint de ce que les Prélats français n'a(fissent que selon les conseils de leurs Ambassadeurs. La première congré- {jation relative aux abus de l'Ordre a eu lieu; le Cardinal de Lorraine y a pris la parole et fort lonjjueuient.
12 mai (seconde dépêcbe). Le Pape a donné l'ordre au Léyat Cardinal IS'avagero de traiter avec le Cardinal de Lorraine de toutes les questions pendantes.
16 mai. Le Cardinal de Lorraine, en expliquant son vote sur les abus de l'Ordre, s'est exprimé avec la plus grande liberté, voire à l'endroit du Roi Très- Cbrétien et du Royaume de France, blâmant fortement l'accord conclu avec les Huguenots, le pouvoir accordé aux Princes de désigner pour les prélatures, la faculté laissée aux Cardinaux d'avoir des évêcliés, etc. Cependant le Légat Simonetta aurait accusé ce Cardinal d'être hérétique, et celui-ci en a adressé ses plaintes au Pape par lettres récentes.
19 mai. Les Ambassadeurs de France voudraient que le Concile (et non pas les Légats) jugeât si on doit admettre en congrégation les procurateurs des Evêques absents.
21 mai. Affaire de la place donnée à l'Ambassadeur d'Espagne. Sa protestation sur la préséance de la France et réponse des Ambassadeurs.
22 mai. Le Cardinal de Loriaine est parti pour Ferrare. Les Ambassadeurs de France disent que le Pape lui a offert la légation de Spolèt(!, mais qu'il la refusée.
APPENDICE. - 2:i3
26 mai. Affaire de la préséance.
26 mai (seconde dépêche). Le Cardinal Borromée écrit que le Roi Très-Chrétien fait instance pour que Je Concile soit transféré en Allemafjne , et que dans ce but même il a dépêché vers l'Empereur.
31 mai. Les Vénitiens ont fait part au Cardinal de Lorraine de l'intervention de leur gouvernement auprès du Pape à l'instance de la Reine mère, pour que le Concile avançât ses délibérations. Sa Seigneurie en remercie le gouvernement de la République. Il leur a dit que le Cardinal de Ferrare, au nom du Pape et des Légats, s'était interposé auprès de lui pour que les difficultés relatives à la résidence des Evêques fussent closes par un décret pénal, mais qu'il n'y consentirait pas. Il les a entretenus des maux qui résultent de l'absence des Prélats de leurs diocèses, et des abus du clergé, ainsi que des dang:ers que couraient la Savoie et les autres contrées d'Italie voisines de la Savoie. Les Ambassadeurs font part de la réponse que le Pape a faite aux Français louchant la translation du Concile en Allemagne. Le Cardinal a dit aussi que l'Empereur lui avait écrit pour qu'il retournât promptement au Concile afin d'y mettre fin par une bonne réformation, et que le Cardinal ^lorone était venu à lui et lui avail exprimé le désir de le voir conseiller, commander et négocier quant aux affaires du Concile non moins que les Légats, mais qu'il avait répondu que les Légats ne devaient pas se décharger du poids qu'ils avaient, en le portant sur sa personne. iMorone disait que le Pape voulait une réformation sans qu'il fût parlé du Siège Apostolique, pour lui
conserver toute son aulorit»'- , et Lorraine répliqua qu'on ne devait point couvrir les abus avec le manteau dudit Siéfje Apostolique.
\" juin. La Reine mère aurait fait instance auprès du Cardinal de Lorraine pour qu'il revînt en France, mais il refuse de s'y rendre avant qu'il ait \u le Concile en voie de pro{;rès.
'2 juin. Récit du discours tenu en con{fré{jation par le président Birajj^ue, envoyé par le Roi Très-Chrétien. Les Léyats prennent leur temps pour lui répondre, car ils ne savent pas s'ils doivent louer l'accord conclu avec les Huguenots, ou s'en plaindre coiiime d'un fait préjudiciable à la foi catholique.
Wjiiin. Les Légats se montrant irrésolus sur la réponse à fcîire au président Birague, celui-ci s'en est allé sans réponse, et il se rend à la Cour de l'iiluipereuf.
M juin (seconde dépêche). Le Roi d'Espagne n'a pas été d'avis de demander la translation du Concile en Allemagne, selon la prière que lui en avait adressée la Reine mère.
12 juin. La session prochaine est indictée pour le G de juillet. Le Cardinal de Lorraine avant désiré avoir un entretien avec les Vénitiens, ceux-ci se sont rendus à son appel. Il leur a fait largement part de tout ce qu'il avait traité dans les affaires du Concile. Le Cardinal les a priés d'en donner le détail à leur gouvernement, appuV'int sur la difficulté relative au Pape supra Concilium et de înxiitutione Episcoporuui. Il leur dit aussi que l'Empereur, désireux de quitter Insprnck, lui avait auparavant envové des instruc-
tions; il les entretint des actes da Prince de Condé auprès des Princes allemands, du mariaf^e qui paraissait conclu entre la Reine d'Ecosse et le Prince d'Espagne. Il les exhorta aussi à persuader aux Prélats v,énitiens d'acquiescer à la réponse qu'on se proposait de faire au président Bira^^ue, pour ne pas laisser le Roi Très-Chrétien avec cette honte de n'avoir pas reçu de réponse.
21 juin. Envoi du texte de la réponse du Concile au président Birague.
29 juin. Particularités sur les difficultés survenues dans la cérémonie entre les Ambassadeurs de France et d'Espagne sur le fait de la préséance. Le Cardinal de Lorraine aurait fait dire aux Légats que les Ambassadeurs de France voulaient partir et protester, non contre le Siège Apostolique, mais contre la personne du Pape, comme étant l'auteur des ordres qui ont été exécutés à l'égard de la préséance.
^juillet. Le différend entre les Ambassadeurs de France et celui d'Espagne a été arrangé au moven d'une transaction. M. de Lanssac a obtenu licence de retourner en France.
9 juillet. Dans la congrégation de ce jour, presque tous les Prélats ont été d'accord dans la discussion de l'institution des Evêques à l'endroit de la résidence : c'est le résultat de la dextérité da Cardinal de Lorraine.
13 juillet. Le Pape a répondu affectueusement aux lettres du Cardinal de Lorraine sur le fait de la préséance entre France et Espagne, et le Cardinal se dispose à se rendre à Rome, où le Pape l'exhorte à venir.
27 juillet. Le bruit s'est répandu que le Cardinal ^lorone a offert au Cardinal de Lorraine la Légation en France, d'où a surgi une grande défiance de la part des Espagnols à l'égard dudit Lorraine. Il cherche à s'en jusiifier, et nous a fait dire qu'il ne l'accepterait qu'après que le Concile aurait voté une bonne réforniation; qu'il sera d'ailleurs nécessaire, une fois le Concile fini, d'cnvover des Légats dans 1rs Royaumes et Etats pour eu régler les affaires urgentes. On assure (jue le Cardiual de Lorraine aurait dit au Cardinal IS'avagero que cette Légation ne lui aurait été offerte que pour le mettre en défiance auprès des Princes ses amis, que le Pape l'aurait invité de se rendre à Rome, car ils seraient d'accord sur les articles de réformatiou , mais qu'il n'y voulait point aller avant que la réformation eût été déclarée...
^H juillet. Envoi du texte du mémoire que le Cardinal de Lorraine a donné aux Légats sur la nécessité de finir prouiptenient le Concile et d'envover des Légats dans les Etats.
3 août. Envoi du texte du incmoire remis par les Ambassadeurs de France aux Légats sur les articles de réformalion. Ils demandent que la déclaration en soit différée jusqu'à ce qu'ils aient une réponse du Roi. On dit que le Cardinal de Lorraine prépare aussi d'autres articles à proposer.
25 août. La Reine mère aurait dissuadé le Cardinal de Lorraine d'accepter la Légation de France, mais elle lui donnait l'ordre de se rendre à Rome et de demander au Pape la communion sous les deux espèces pour le Royaume de l'rance, et une concession des
revenus du clergé pour le Roi. Le Cardinal de Lorraine projette de se rendre à Venise à son retour de Rome, et il désireroit que la République l'accomniodàt de deux navires qui iraient le prendre à Ancône.
18 septembre. Le Cardinal de Lorraine est parti pour Rome.
22 septembre. Après qu'un des Pères eut parlé, en congrégation, sur la Réformation, un des Ambassadeurs de France fit un très-beau discours, et dit qu'au lieu de réformer les moeurs du clergé, ou proposait de réformer les choses des bénéfices ecclésiastiques; mais que son Roi l'avait chargé de veiller à ce qu'on ne dérogeât point aux lois et aux coutumes de l'Eglise gallicane, condamnant extrêmement les moeurs actuelles du clergé et la ténacité à ne pas vouloir les changer, suppliant tons les Pères de songer à ce qui importe le plus ; alléguant que si l'on continue comme on a commencé, les Prélats français et eux se verront forcés de partir.
28 septembre. Les Ambassadeurs de l'Empereur, du Roi de France et du Roi d'Espagne, sont d'accord pour les affaires du Concile et s'opposent à sa suspension. Envoi du texte du discours prononcé par l'Ambassadeur de Fi'ance, du Ferrier.
5 octobre. Les Ambassadeurs de France ne sont plus allés en congrégation depuis le jour où l'un d'eux a prononcé ce discours. Envoi de l'apologie que cet Ambassadeur a faite.
6 octobre. L'Ambassadeur, du Ferrier, est à la veille de partir, et se propose de se rendre à Venise.
13 octobre. Le^Pape a pris très-mal le discours de
l'Ambassadeur fiançais, et il ccrit aux Légats que si les Français veulent partir, ils aient à ne pas les dissuader.
19 oclohrc. Les Ambassadeurs de France ont reçu l'oidre de prolester au sujet de leur discours, et de se rendre ensuile à Venise pour y attendre de nouvelles instructions du Roi.
29 octobre. Le Pape a donné avis aux Léçats que s'ils ne peuvent finir le Concile avec une session, qu'ils le finissent d'ici à deu\ ou trois semaines, et qu'ils ne communiquent p;iscet ordre ii d'autres qu'an Cardinal de Lorraine et aux Ambassadeurs de l'Empereur; et les Léçats ont répondu qu'aussitôt que le Cardinal serait arrivé à Trente, ils sauraient alors dire à Sa Sainteté ce qu'on pourra Caire.
2 novembre. L'Evêque de Brescia a lait part aux Ambassadeurs de Venise qu'appelé par l'Ambassadeur d'I'Lspagne, celui-ci lui avait dit avoir reçu des lettres de son Roi pour les Légats, relativement aux formes à suivre pour clore le Concile, mais qu'il ne présenterait ces lettres que lorsque le moment en serait venu, car le Roi \oulait d'abord être informé sur la meilleure voie à suivre, et qu'il ne voulait tenir ces informations que de l'iï^mpereur et du Cardinal de Lorraine, comme étant les plus intéressés et les mieux instruits, l'un des besoins de l'Allemagne, l'autre de ceux de France. Il a prié ledit Evêcjue de Brescia de lui servir d'intermédiaire aupi'ès du Cardinal pour le persuader de donner son avis sincèrement.
8 nnvenihre. Le Cardinal IMorone, Légat, dit avoir persuadé l'Empereur, le Roi des Romains et le Cardi-
nal de Lorraine que la clôture du Concile serait le bienfait de la Chrétienté. Avis des différents Ambassadeurs à cet ég^ard.
9 novembre. Le Cardinal de Lorraine annonce ne pouvoir rester à Trente au delà de Tépoque de Noël , et les Ëvêques français se déclarent obligés de partir, se voyant privés de ressources, et se croyant d'ailleurs appelés pour le bien de leur Eglise.
15 7iovembre. Les Lég^ats, le lendemain de la session, ont fait arranger les articles de réforniation selon qu'on en était convenu. Trois jours après, le Cardinal Morone a formé chez lui une congrégalion des Légats, des Cardinaux et de vingt-cinq des principaux Évêques de toutes les nations. Il leur a dit que le Concile avait été formé pour les besoins de l'Allemagne et de la France, et que puisque l'Empereur et le Cardinal de Lorraine faisaient instance pour qu'il V fût mis fin, et que les autres Princes le demandaient aussi , ils voulussent bien émettre leur avis sur cette clôture et sur la voie à suivre pour la déclarer. Le Cardinal de Lorraine prit alors la parole, démontrant que cette clôture était urgente, pour ne plus tenir ainsi la Chrétienté en suspens, et pour empêcher un intérim comme au temps de Charles-Quint, pour empêcher aussi que la France ne formât un Concile national, qu'on pourrait donc le fixer en une session qui serait consacrée à traiter le reste des articles de réformation, l'index des livres, le catéchisme, et qu'on s'en remettrait au Pape pour ce qui serait encore à faire. Tous les personnages présents furent de son avis.
17 novembre. J.'Arrlievéque de Sens, Français, forl cslinié pour sa prudence et sa bonté, à la veille de retourner eu l' lance, est venu visiter les Vc'-nitiens el leur a dit que le Royaume avait la plus (;rande obli- (jalion à la Uépublique pour les si-cours qu'elle a\ail prêtés au Uoi. 11 lil un grand éloge du gouverneu)enl de la République. Il blâma l'attitude des Auïbassadeurs de France an Concile au sujet de la protestation qu'ils avaient faite en congrégation, les accusant de ne l'avoir laite que pour occasionner la confusion et pour donner lieu à former un Concile national, les considérant comme ayant été envoyés par le Roi de IN'avarre, trouvant que les choses en France étaient menées par les Huguenots, que le Connétable luimême, tout en étant homme de bien et catholique, était cependant carnale et voulait avoir appui des deux côtés, et que ses hésitations avaient fait que la Reine aussi avait été jusqu'à présent counne assise entre deux chaises, et qu'il fallait qu'elle marchât à l'avenir par un chemin droit. Hic est slatiis causée, a-t-il répliqué-
24 novembre. Le Cardinal de Lorraine ayant reçu des lettres pressantes de la Reine mère, fit part de beaucoup de choses aux Légats. La Reine le rappelle. Il veut se trouver en Lorraine pour le jour de Saint- Etienne. Que l'on fasse ou que Ton ne fasse pas la session le 9 décembre, il partira le 10. Il a voulu en aveitir les Légats, car les Prélats français «levant partir avec lui, le Concile, eux |)artis, ne pourrait plus s'appeler yeneral. Il dit aussi (pie le Roi lui écrivait (jiie si ses Ambassadeurs avaient protesté comme ils
l'ont fait, c'était à cause de l'article de la réformation des Princes, si rigoureux, mais que si ledit article devait être plus modéré, la protestation serait nulle.
30 novembi^e. Le Roi Très-Glirétien aurait écrit à ses Ambassadeurs qu'il était satisfait de leur protestation, bien que le Cardinal de Lorraine les en blâmât, et il les invite à rester encore à Venise jusqu'à nouvel avis. On pense que le Cardinal de Lorraine ne retrouvera plus en France cette autorité qu'il s'était acquise auparavant.
5 décembre. Dernière dépêche sur la fin du Concile. Récit des cérémonies faites par le Cardinal de Lorraine selon les rites adoptés par les anciens Conciles.
Les extraits qui précèdent sont pris au Riibricario des dépêches adressées par les deux Ambassadeurs vénitiens au Sénat, c'est-à-dire au Riibricario des dépêches ordinaires. Il nous restait à nous informer des dépêches extraordinaires, c'est-à-dire de celles qui auraient pu être adressées par les mêmes Ambassadeurs au Conseil des Dix. Le résultat des recherches a été de peu d'importance, et parmi les papiers des Dix nous n'avons pas rencontré plus de six de ces documents, qui sont les suivants :
Dépêche du 9 novembre 1563, Trente. Les Ambassadeurs ont reçu I4 dépêche de l'illustrissime Conseil,
en date du 3, relative aux remontrances à adresser aux Prélats vénitiens, qui auraient particulièremenl insisté dans les Con(;ré{;ations pour que les articles touchant la réformation des Princes fussent discutés. Les Ambassadeurs ont réuni les Prélats, et leur ont fait part des admonestations du Conseil. Ils se sont ensuite adressés à chacun en particulier, et chacun s'est défendu de vouloir rien faire qui pût déplaire au Conseil. Plusieurs se sont plaints de cette sorte de dénonciation, et en rendent responsable le Cardinal de Lorraine lois de sa visite à Venise et de son séjour à Rome. Plusieurs se sont aussi excusés de vouloir engager une discussion semblable, ayant à reconnaître qu'ils sont traités et considérés par leur gouvernement mieux que leurs collègues ne le sont en aucun Etat. Les Ambassadeurs demandent à cet égard de nouvelles instructions. Ils croient du reste que les articles de la réformation des Princes seront laissés de côté par le Concile.
Dépêche du 12 novembre 1563, Trente. Longue dépêche relative au fait particulier de la communication qui aurait été indiscrètement faite d'une relation d'Ambassadeur vénitien en Espagne, et dans laquelle plusieurs grands d'Espagne, voire le Roi même, auraient été l'objet de remarques peu dignes. Les Ambassadeurs ont connu ces détails par l'Ambassadeur de Portugal , à qui un gentilhomme envové à Trente par le duc de Sessa les aurait confiés.
Dépêche du 20 jiovembre 15()3, Trente. Un Prélat digne de foi a fait appeler le Secrétaire des Ambassafleurs, et lui a fait part eu toute confidence que dans
la Congrégation des Légats qui a eu lieu la veille, le Cardinal de Lorraine se serait exprimé avec ironie sur le compte du gouvernement de Venise, à propos de l'opposition qu'il faisait à la rédaction de l'article 32 relatif à l'Evangile, et où on a ajouté ces paroles : Régna possidentes. Ce même Prélat lui a dit que dans les discussions relatives à la règle des moines et à la réformation des monastères, le Cardinal îMorone s'était répandu en plaintes des plus amères sur les procédés de la République à l'endroit des couvents soumis à son gouvernement.
Dépêche du 20 novembre 1563, Trente. Détails relatifs aux instructions nouvelles reçues par les Ambassadeurs touchant la conduite des Prélats vénitiens dans l'affaire de la réformation des Princes. Les Ambassadeurs font l'histoire de la proposition de cet article au Concile.
Dépêche du 27 novembre 1563, Trente. Réponse très-digne des Ambassadeurs au Conseil des Dix en réponse à ses lettres du 24, dans lesquelles le Conseil semblait leur reprocher de ne pas être entrés en plus de détails personnels relativement à la conduite des Prélats vénitiens dans l'affaire de la réformation des Princes.
Dépêche du 27 novembre 1563, Trente. Recommandation particulière faite au nom du Cardinal de Lorraine en faveur d'un gentilhomme de Padoue exilé depuis vingt-six ans.
Quant aux dépêches mêmes ou gouvernement de la République, c'est-à-dire du Sénat,
2Vf JOURNAL DU CONCILE DE TRENTE.
aux Ambassadeurs accrédités soit à Rome, soit à Trente, à l'époque du Concile, elles se retrouvent à leur place dans les Rc;fistres secrets du Sénat. J ajouterai que la bibliothèque de Saint- Marc possède un manuscrit dont le contenu n'est autre que la copie de tous les passages des dépêches dudit Gouvernement relatives au Concile. Il v a lieu de penser que ce travail avait ét('' préparé soit pour 1 usarjc des Conseillers, soit pour celui d'un Vénitien désireux d'écrire l'histoiie du Concile. Cet intéressant manuscrit, réparti dans la Classe ÏII, porte le n" 1G57 et cette indication : Veneli Senntus Epistolœ fere ceutum Equitibus Nicolno a Ponte et Mattlieo Dandulo ml Concilium Tridentinutn Lecjatis, a die 2 martii 1560 ad 6 octobris 1564 datœ, de rébus idem Concilium spectantibus. lis interscruntur Epistolœ Intinœ (juœddin Ducis Venetiarum ac Itnliœ ejusdein Senatus Lecjato Veneto Romœ. Et pour aider à la curiosité de ceux qui voudraient avoir des infoimations plus amples sur cette correspondance officielle, nous donnons ici les dates précises de chacune des lettres qui ont été recueillies :
APPEISDICE.
2 mars,
l'ambassadeur à Rome
8 juin.
id.
8 juin.
id.
22 juin.
id.
9 novembre, id.
16 novembre, id.
23 novembre, id.
14 décembre, au Souverain Pontife.
14 décembre, à t Ambassadeur à Rome.
27 décembre, id.
14 février, à t Ambassadeur à Rome. 22 février, au Nonce du Pape.
22 février, à t Ambassadeur à Rome. 22 mars, au Cardinal de Vercelli.
22 mars, au Secrétaire à Rome.
22 août, à l'Ambassadeur à Rome.
29 août, id.
6 septembre, id.
11 septembre, id.
29 septembre, id.
30 septembre. Décret de l'Election des Ambassa-
deurs.
15 novembre, à P Ambassadeur à Rome.
29 novembre, id.
10 janvier, '/ t Ambassadeur à Rome.
14 février, id.
14 février, id.
21 février, aux Cardinaux Léyats.
21 février, à l' Ambassadeur à Rome.
21 février, à tEvêque de Brescia.
28 février, à tÂmbassadeur à Rome.
28 février. Décret relatif à tElcction des Am-
bassadeurs.
9 avril. Expédition du décret.
Il avril, id.
21 avril, aux Ambassadeurs au Concile.
9 mai, id.
10 mai, ''/ l'Ambassadeur à Rome.
16 mai, id.
29 mai, aux Ambassadeurs au Concile.
30 mai, id.
30 mai, à l'Ambassadeur à Rome.
l"juin, id.
l"juin, id.
(î juin, id.
14 juin, id.
14 juin, id.
IXîjuin, id.
18 juin, id.
18 juin, id.
20 juin, id.
4 juillet, aux Ambassadeurs au Concile.
4 juillet, à L'Ambassadeui' à Rome.
24 septembre, aux Ambassadeurs au Concile.
24 septembre, à t Ambassadeur à Rome.
24 septembre, id.
13 octobre, aux Ambassadeurs au Concile.
17 octobre, id.
17 octobre, à t Ambassadeur à Rome.
5 novembre, aux Ambassadeurs au Concile. 22 décembre, id.
30 janvier, à l' Ambassadeur à Rome.
20 mars, id.
3 avril, id.
18 avril, id.
21 avril, aux Ambassadeurs au Concile.
\" mai, à l'Ambassadeur à Rome.
22 mai, à t Ambassadeur au Concile.
22 mai, à l' Ambassadeur en France.
22 mai, à l' Ambassadeur auprès de tEmpe-
reur.
22 mai, à t Ambassadeur à Rome.
12 juillet, id.
12 juillet, id.^
24 juillet, aux Ambassadeurs au Concile.
24 juillet, à t Ambassadeur à Rome.
30 juillet, id.
7 août, aux Ambassadeurs au Concile.
7 août, id.
7 août, id.
JOURNAL nu CONCILE DE TRENTE.
7 août, à l'Ambassdeur à Rome.
7 août, id.