ISAÏE, I
^que audit currus habenas (1). Je ne parle pas
de son cocher, ni de ses chevaux, mais de ce
chariot mystique de Platon, dont la raison est le
g'uide, qui étant troublé par des passions comme
des coursiers indomptés, toute la voiture s'en va
^ la renverse.
Le 1 3, qui étoit le Jeudi saint, il se fit une Procession de pénitents sur le soir, aux flambeaux, ^^^ns la conduite des Pères Capucins, où je vis ce ^ Vie je n'espérois pas de voir ailleurs qu'en Italie : ^^Xie trentaine d'hommes qui se fouettoient fort goureusement et à sang; trente autres attachés îs bras en crucifix ou portant des croix fort esantes sur les épaules. Un Capucin environné le soldats représentoit Jésus-Christ, dont Timage toit portée sur un lit funèbre par les plus honlêtes bourgeois de la ville, suivis des Domherr^ iinsi appelle-t-on les chanoines de Téglise cathédrale.
Le lendemain 1 4, Vendredi saint, comme je m'acheminois pour aller prêcher la Passion, je trouvai la procession des Pères Jésuites, divisée en trois corps : le premier, composé des dames qui portoient les instruments de la Passion et qui, entrant dans le Dôme, commencèrent à chanter
y (1) Géorgiques, I, v. 515.
un bel hymne en allemand; le second étoit composé des jeunes filles, dont trois représentoient les trois Maries, le tout vêtu et voilé de deuil, et la croix à la main; le troisième étoit les écoliers des Jésuites, divisés par classes, avec leur porte-croix et symbole de la Passion.
Le 1 6, jour de Pâques, nous célébrâmes la messe dans le Dôme, où Son Excellence communia et toute la famille (1).
Le 17, Son Excellence et toute la troupe fut à la messe aux Clarisses, où je n'avois encore jamais mis le pied; c'est l'église la plus propre de Munster et qui rapporte le plus à la politesse de nos religieuses de France. Ce couvent a été fondé depuis vingt ou trente ans (2), par une dame qui en est aujourd'hui la supérieure, que nous visitâmes. A leur habit, constitution et austérité, je vois que c'est le même ordre que VAve Maria de Paris (3).
(1) C'est à ce jour de Pâques 1645 que M. Giraud, dans son Histoire de Saint-Évremond, place une scène bien curieuse entre d'Avaux et Volmar, qui se serait passée aux Capucins. H semble qu'Ogier n'aurait pas omis ce fait, s'il était vrai. {Œuvres de Saint'Évremond, éd. Techener, 1. 1, p. ex.)
(2) La congrégation des Clarisses, dont la maison mère était & Cologne, avait été établie à Munster, en 1614, par Dorothée de Schmising-Tatenhausen et Marguerite Wilten. (Voy. Tibus, Die Stadi Munster, p. 208 et 305.)
(3) Monastère de religieuses de l'Ordre de Sainte-Claire, fondé à Paris au treizième siècle.
Celles-ci toutefois se servent d'orgue et de musique, ce que ne font pas les nôtres.
Le même jour, l'après-dîner, arriva M. de Saint- Romain de la Cour, qui apporta à Son Excellence des lettres du Roi, par lesquelles on lui accordoit congé de retourner en France avec permission toutefois et comme exhortation de n'en pas user (1). n Tavoit demandé constamment par cinq ou six ordinaires consécutifs, depuis la dernière injure que lui avoit faite son collègue, le dimanche gras, en présence du résident de Suède, de laquelle non plus que des précédentes on ne lui a jamais voulu faire aucune satisfaction ; bien lui a-t-on fait écrire par M. le duc d'Orléans, qu'il n'abandonnât point cette assemblée; pareillement par M. de Longueville, qui lui promet d'être ici dans peu de jours, et qui témoigne de désirer passionnément de terminer cette grave affaire de la paix avec lui. M. le cardinal de Mazarin aussi emploie sa rhétorique et sc^n conseil pour l'arrêter, et celui qui lui donne le coup lui vient faire accroire qu'il n'est pas blessé. Je prie Dieu qu'il lui inspire une bonne et courageuse résolution en cette occasion.
Le 19, Son Excellence fait baptiser un enfant
(1) Voy. Négoc. secrètes, II, p. 776, les lettres du Roi et du Cardinal du 5 avril.
avec Mme Servien, dans Téglise Saint-Lambert; nous nous accordons bien dans les choses ecclésiastiques, mais non dans les politiques.
Le 24, les députés de Francfort, Strasbourg et Colmar (1) eurent leur première audience de nos plénipotentiaires. Le député de Strasboui^ s'appelle Marcus Otto, qui dit entre autres choses en son compliment, que les Strasboui^eois étoient les seuls des villes impériales qui eussent refusé la paix de Prague, et qui n'avoient pas voulu acquiescer à un traité si frauduleux et si dommageable à rÉtat de la Germanie (2).
Le 26, vint la nouvelle de la délivrance de rÉIecteur de Trêves, qui est due à la magnanimité et au courage du maréchal Torstenson, le capitaine qui est aux portes de Vienne avec son armée victorieuse (3) et fait savoir à TEmperenr qu'il lui rendit cet Électeur, ou bien qu'il mettroit tout à feu et à sang. On a donc remis en liberté ce bon homme, âgé de près de quatre-vingts ans, mais plein de vigueur et de résolution, comme il a témoigné plusieurs fois depuis sa prison; ayant
(1) Lo député de Francfort était Zacharie Steinglin; celui de Colmar, Jcan-Balthasar Schneider. M. Mossmann a publié, dans la lievue d'Alsace, une partie des rapports de ce dernier.
(2) Voy. Lëgrelle, Louis XIV et Strasbourg.
(3) A la suite de la victoire du Mont-Thabor, en Bohême.
' été en plu!
hV CONGRES OS «nnSTER.
I l'audie
3 occasions a 1 audience pereiir, il lui a reproché son injuslice et
de lEm-
irli^
aussi librement qu'en une diète libre dans Francfort. Cette humeur se peut aussi facilement découvrir dans les lettres qu'il a écrites à nos plénipotentiaires, étant encore prisonnier, où il parle comme s'il étoit dans Trêves ou Spire, dont il est aussi évoque. Il s'appelle Philippe (1). Ainsi ce que toutes les négociations n'ont pu faire depuis un an en ce lieu, ni la déclaration de la H;uerre dont cet Électeur est la principale cause, a été fait par un trompette de la part de , Torstenson , qui a délivré le prince-prélat d'une captivité de dix ou douze ans. Nos Impériaux en sont liieu étonnés, qui s'attendent bien de l'avoir ici bientôt à rios. Il est homme, dit-on, capable de leur tailler bien de la besogne nouvelle.
Le 29, je fus voir l'église des Fratraux, qui sont plusieurs en société et comme une espèce de chanoines réguliers (2). Je lis sur la tombe d'un d'entre eux qu'il so qualifie Prœbcndatorius. Ils ont dortoir et cloître qui est orné de belles vilres depuis cent ou six vingts ans, données par diifé-
(1) Phi lippe- Chris top lie do Soettero , archeréque- électeur de Trâves, était prisonnier des Impériaux depuis 1633. (3) Le FraterhauH avait été fondé à ^fu^Bte^ eo 1400, par IleÎQ- "i von Aaliaus. (Voy. Tibus, Die Stadi Munster, p. 293-S95.)
rentes personnes de qualité. Leur temple est fort propre et leurs autels ornés de tableaux rares d'excellents peintres du même âge; ce qui me fait croire que cette maison a été considérée autrefois, et sans doute qu'ils tenoient le haut bout paravant la venue des Jésuites (1).
Le 6 mai, le comle de Wittgenstein, député et plénipotentiaire de TÉlecteurde Brandebourg (2), fit son entrée et fut reçu de la même sorte et avec les mêmes cérémonies que les autres; les Espagnols n'y comparurent point à leur ordinaire. Il entra dans le carrosse du prince-évêque d'Osnabrug, député des électeurs, et fut suivi de ceux de l'Empire, France, Venise, Savoie. Quantité de noblesse du pays de Clèves (3), sujet de cet Électeur, l'accompagnoit.
(1) Les Jésuites avaient été appelés en 1588, par le testament du doyen du Dôme, Godfried von Rasfeld. (Voy. Tibus, Die Stadt Munster, ^,299-ZOi,)
(2) Jean, comte de Sayn et de Wittgenstein, était accompagné du s' de Lœven et du D' Pierre Freitz, président au consistoire de Berlin pour les causes ecclésiastiques. (Pour leurs rapports, voy. Urkunden und Actenstûcke zur Geschichte des Kurfunten Wilhem Friedric von Brandenbourg, 4 Theil, Berlin, 1867.) Ces plénipotentiaires étaient toujours accompagnés des députés de Poméranie, von Ëickstedt et F. Runge. dont les rapports ont éi^ publiés dans Baltische studient herausgegeben von der Gesellschaf^ fur pommersche Geschichte und Altersthumskunde, années 1837» 1838, 1839, 1840 et 1852.
(3) Sept carrosses remplis de seigneurs du duché de Clèves dit la Gazette du 27 mai 1645.
Ed ce temps-là, tous les plénipotentiaires et députés des princes et républiques étoient fort étonnés et attristés de la résolution que Son Excellence a prise de se retirer (1). Plusieurs en témoignèrent leur sentiment par des lettres qui courui-ent par les mains des curieux, entre autres les jDiénipotentiaires de Suède et le docteur Lampa- *3îus (2), député des ducs de Brunswick et Lunefcourg.
Le ..., fut envoyé copie par M. de Wiquefort, »"&ident de Mme la Landgrave à la Haye, du traité «Je Ostfrise, entre le comte d'Embden et cette «3ame, par !e<iuel il y a trêve et surséance de toute liostilité de part et d'autre pour dix mois à comjmencer du \" mai, durant lesquels on cherchera les moyens d'assoupir tout différend, de sorte que
(1) I Tout lu monde, écrivait M. de Samt-Romain le S9 avril, xnurmure du partiimBot de M. d'Avaux; médiateurs. Suédois. Allemands, Hosgieas et les ennemis mémos. Il n'y a peraonae qui «n soit bien OdiUé, et cbacua en lire de f&clieuses consé<:[uences. » <Aff. étr., Allemegne, vol. XLVI, fol. 419.)
(2) StiF le docteur Jacob Latnpadlus, un des plus connus p&rmi Jee représeniants des petits Étals allemands, voy. Uaanovertchet
Magnifia, 1810. Stitck S4 uad S5, p. 13S9-13S2. — Mejern a eu communication de ses papiers, el s'en est beaucoup servi pour les Acta pocii Wetlphalica!. Dana une lettre à Voilure (publiée par M. Roux), le comte d'Avaux avait représenté Mme de Longueville causant avec Lampadius. Voiture lui ri>pondit (janvier 4S47) : - Nous avons ici duplaisir à nonsTimagicer entretenant U. Lampadius (on m'a dit que d'ordinaire il est velu de satin ■violet)... ■
120 JOURHAL
les troupes de Hesse n^étant plus occupées de ce côté, peuvent seconder les nôtres plus facilement.
Le 1 2, les résidents de Portugal, M. d*Andrada et de Castro, après avoir communiqué à nos plénipotentiaires les pleins pouvoirs qu'ils ont de leur roi, en furent reconnus pour plénipotentiaires. On les traita d^Excellences, on leur donna la main, et furent reçus et conduits jusques à leur carrosse.
La nouvelle de la défaite du maréchal de Turenne par les Bavarois (I), et de la prise du colonel Rose (2).
Le 15, nous célébrâmes Tanniversaire du feu roi Louis XUl, après deux ans de deuil, par ordre de Son Excellence, dans une chapelle où dès le soir du 1 4, qui étoit dimanche, nous récitâmes Vêpres et ^Vigiles des moits. Tous les couvents de cette ville, religieux et religieuses, reçurent aumônes pour dire leurs messes et leurs prières à cette intention. Je peux dire avec vérité qu'ils ont accompagné cet office funèbre de leurs larmes, non tant de ressentiment de la mort du défunt, que du regret qu'ils ont du départ de Son Excellence, en la personne de qui ils perdent, à ce qu'ils
(1) Le 5 mai 1643, Turenoe avait été battu par Mercy à Marienthal.
(2) Reinhold de Rosen Gross Ropp, colonel suédois, passé au service de France après la mort du duc de Weimar.
disent, non seulement en l'assistance de sa libéralité, encore Tespérance de la paix. Dieu veuille qu'ils se trompent dans leurs augures.
Le 1 9, comme je m'étois allé promener à la campagne avec M. le baron de Survilliers et M. de Saint-Rival, pour me raccoutumer d'aller à cheval, à l'effet de notre retour en France, nous trouvâmes le député du prince palatin (1)9qui s'acheminoit à Munster. Son train ne nous parut point désagréable pour l'envoyé d'un Électeur dépouillé ; mais on ne lui fit aucune forme de réception comme aux autres, son maître n'étant point en possession de l'Électorat.
Le 27, Son Excellence partit pour Osnabrug* Il alloit dire adieu aux plénipotentiaires de Suède devant que de s'en retourner en France.
Le 30, il revint, et le jour même il reçut une troisième lettre du cardinal Mazarin, qui lui parloit un peu plus correctement que les deux autres, par laquelle il le conjure de demeurer ici, et confesse qu'il y va du service du Roi, etc., de sorte que Son Excellence fit entendre qu'il attendroit
(1) Philippe Streuf, député de TÉlecteur palatin Charles-Louis» avait été employé aux traités d'alliance conclus entre Louis XHI et les princes et États protestants des cercles de Franconie, de Souabe, et de la haute province du Rhin, à Francfort en 1633, et à Paris en 1G34.
laj JOURNAL
la veniio do M. do Longueville, et cependant qpTdl Vtt(|ttor()it aux arraires qu'il avoit comme imerffiinoM.
Lo juin, Tarcliovôque de Cambrai, d-deiant évA(|uo do nom-lo-Ouc, Bergaigne (1), moine collot» nouvoau plénipotoutiaire d'Espagne, on rotto villo, inconnu, n'ayant voula ancmie» nionl avoir d'ontii^o.
Lo ..., lot( pU^nipotonliaires de Suède ymremt pottt* diro adiou à Son Excellence, mais ayant appriti i\y\\n\ Tavoit obligé à demeurer, ils chang6ronl 00 Irit^lo olUoo on démonstration de conjouiHHunoo,
Lo 10, arriva un gentilhomme de la part de M. do Longuo villo, avec loltros à Son Excellence pour Pobligor do doniourer ici, et lui donner avis do »a vonuo ((ui os»t proche. Arriva aussi M. de MoulloH (S), do Hambourg, qui venoit pour prendro congé do Son Excellence sur la créance qu'il
(i) Jonopti (to lU^rgAlguo» Auvorsois, nomiiiù à révôché de Boislo-Uuo on 10^7. priMuu outiuito à l'archovôché de Cambrai, avait M ohargtN do pluitlour» iiiittslons pulitiquos dans los Pays-Bas. W mourut à MuuNtor.
(t) M. do MouUoti avait OU^. dopuis 16^9, secrétaire du comte d'Avttux; il Tavait accomitagné dans toutes ses ambassades et JouiHHait do touto su conllauco. 1) fut nommé, grùce à son protoclour, nNsidout do Franco À Hambourg. (Woy, Correspondaneei p. 8, 14, Itt, etc.)
avoit que nous nous en retournions en France. Reyinl aussi M. de Saint-Romain, d'Osnabrug, où il étoit allé pour communiquer aux Suédois la proposition que nos plénipotentiaires doivent faire à la maison d'Autriche, et fut faite le jour de la Trinité.
Le 20, nos deux plénipotentiaires s'acheminèrent à Wesel séparément, et comme à l'envi Tun de Tautre, à qui des deux salueroit le premier M. de Longueville. Istapravaœmulatione, quantum honoris accedet duci^ tantum ipsis decedet; quibxAS si conveniret mutua ac prope pari majestaie hominem eœciperent. Ntinc cum aller alleri antistar e gratia apud principem omni arle conlendatj uterque amplissimij quod gerint muneris digniiaiem, immane quantum immintiere cordatis hominibus videantur.
Sur la crainte que l'on avoit à la Cour que Son Excellence ne fût parti pour retourner en France, on avoitenvoyé un plein pouvoir à M. Godefroy (i ), trésorier des registres et traités, pour le délivrer
(1) Théodore Godefroy, né en 1580, mort à Munster le 5 octobre 1649, fils aine de Denys et frère de Jacques Godefroy. (Sur cette famille d'iiistoriographes et leurs ouvrages, voy. Godeprot DE Menilglaize, Les savants Godefroy, Paris, 1873.) Les papiers de Tli. Godefroy sur le congrès de Munster sont disséminés à la Bibliothèque nationale, aux Affaires étrangères , et surtout à la Bibliothèque de Tlnstitut. (Voy. le très intéressant Inventaire de M. Ludovic Lalanne.)
ès-mains de M. Servien, avec cet ordre, toutefois, de le garder jusqu'à tant que Son Excellence fût actuellement délogée d'ici. Cela se faisoit de peur que l'Assemblée ne demeurât sans plénipoten* tiaires de France; rien que le pouvoir de M. Servien étant par indivis avec son collègue, il demeuroit nul par son absence. Je ne sais de quel artifice il usa pour tirer cette pièce des mains de ce bonhomme; tant il y a que, le 23, veille de Saint- Jean, il envoya quérir M. de Saint-Romain pour la lui montrer, et lui dire qu'il s'étonnoit comment après cela M. d'Avaux prétendoit de demeurer ici, et de se mêler d'affaires, et ajouta quelques autres paroles avantageuses et vaines à son ordinaire, comme qu'il ne falloit qu'avoir un pouvoir pour devenir en un moment agréable aux Suédois et capable des affaires d'Allemagne, etc. Ce triomphe fut fort court, et ne dura qu'une nuit, et des plus courtes d'été. C'étoit le jour du sol» stice, sur les dix heures du soir, que cela se passoit. Le lendemain, dès les six heures du matin, arrive un courrier exprès qui apporte deux lettres, l'une du Roi, par laquelle il conjure Son Excellence de demeurer pour le bien de son service; et l'autre de M. le Cardinal, fort longue et fort étudiée, où il s'efforce de satisfaire à Son Ex-
DU COMÎRÈS DE MUHSTER. 125
cellence sur tous les chefs de ses plaintes, et le prie instamment de ne pas abandonner le service du Roi en une occasion si importante, et où tout le monde le juge si nécessaire. Ces deux lettres furent ouvertes et données à Son Excellence par M. de Longueville, devant qui le paquet fut ouvert, lui étant encore à Wolbeek, à deux heures d'ici.
Le 26, nous délogeâmes des maisons que Son Excellence avoit cédées à M, de Longueville et vînmes habiter à l'autre coin de la place au logis de quelques chanoines, dont le principal appartenoit à un M. Kelteler (1), que j'eus bien de la peine à persuader de joindre et de consentir à un prix raisonnable.
Le 30 et dernier du mois, M. de Longueville fit son entrée, qui fut très magnifique et telle qu'il ne se vit jamais de pareille en ce pays (2). MM. nos
(1) La. famille Ecttclcr zù Alt Assea uud Sitten était une des plus sncienoesdc Munster. AumDmentduooûgrts, deux membres de colle famille, les deuï trÉrea llerniann et Dietrich, étaient chanoines du Dôme. (Voy. Geachlechis SegUter derFamilie Ketleler, aiayearbeitel von J. u. Sleinen, manuscrit conservé dans !a Bibliothèque de la Société liiBlarique de Munster.)
(3) On peut trouver le récit ofQciel de cette entrée dans la Gazette de France, année 1G18, n° 9S, et dans les Ne'gocialioni, 1. 1, p. 37*. • Cette entrée a eu grand nombre de spectateurs tant de la ville que de la noblesse de toute la Wcstpbalio, venue exprès pour la voir, qui tous, par leur^ acclamations, ont témoigné une
deux plénipotentiaires ayant joint leurs trains, furent au-devant de lui, environ un quart de lieue de France hors la ville; où là, étant descendus de carrosse et Son Altesse aussi, ils entrèrent tous trois seuls dans le sien, lui au fond, eux deux sur les chevaux. L'ordre de la pompe étoit tel : En premier lieu marchoient quelques officiers et chariots de voyage; ensuite douze mulets, couverts de tapis forts précieux, dont le fond est de velours bleu tout parsemé de fleurs de lys d'or; au milieu les armes d'Orléans, en grand volume, avec leurs ornements et colliers d'une broderie fort exquise et artificieuse ; suivirent cinquante gentilshommes, dont la plupart sont qualifiés, bien montés, et couverts d'habits brodés d'or de différentes sortes (i). Après paraissent douze chevaux de Son Altesse, enharnachés et caparaçonnés de diverses manières et couleurs, mais toutes précieuses, menés en main par des palfreniers à che-
grande allégresse. Tout au commencement étaient entrés dans la ville cent chariots de vin de France, qui réjouit fort toutes ces bonnes gens. »
(1) Parmi les gentilshommes qui composaient la suite du duc, la Gazette cite : MM. de Saint-Laurent, de Flavacourt, de Plénoche, Villars, do Bourneuf, premier maître d'hôtel; de Buade, premier écuyer ; de la Bruyonière, exempt des gardes; de Montaigu, lieutenant de la compagnie des gardes ; Lescalopier, le prédicateur; David, contrôleur, etc.
DU COKCBES DE MUKSTER. 127
Tal; vingt-deux pages, tout chargés de satin et de velours de la livrée de ce prince, passementéad'or et d'argent jusqu'au collet; et néanmoins six d'entre eux, pour la chambre, vêtus encore plus curieusement que les autres; douze Suisses -vêtus à leur mode, mais des mêmes étoffes et livrées; la tocque de velours en tête, la hallebarde au poing, l'épée montée d'argent au côté, suivoient le carrosse de Son Altesse, tiré de six chevaux dont les couvertures sont à fond rouge, au fond de même manufacture que celle des mulets, environné de deux douzaines de valets de pied de même livrée que le reste, suivi de gardes à cheval, vêtus de casaques d'écarlate, brodées de croix et de flammes d'argent. Les deux autres carrosses raarchoient après, beaux à merveille, dans le premier desquels étoient quatre résidents, deux de France, M. de Saînt-Roinain et M. Brasset; doux de Hesse, MM. Croisick et Vulteius; ensuite les six carrosses de MM. d'Avaux et Servien; puis vingt pages à cheval, douze des nôtres et huit des siens; les nôtres encore en deuil, les siens couverts d'une fort belle livrée : à leur queue, quatorze gentilshommes, tous de notre famille, bien montés, qui fermoient et finissoient la pompe, bliois nos trompettes, comme aussi ceux de
Son Altesse, qui sont quatre, avec leurs guidons d'Orléans, tous rehaussés d'or, qui alloient en tète de la cavalerie. En cette cérémonie n'ont paru aucuns carrosses des plénipotentiaires étrangers de cette assemblée, comme c'est la coutume; Son Altesse les ayant priés de s'en dispenser, soit pour éviter les contestations des précédences, principalement entre Venise et les Électeurs, qui étoient résolus de s'entremettre; soit que ces messieurs ne fussent pas résolus de donner le titre d'Altesse à M. le duc; sur quoi il y a bien de la diflSculté. D'ailleurs les Espagnols qui pouvoient y tenir rang sans dispute, sont absents, étant allés audevant du comte Penaranda (<), jusques à Dorst à une demi-journée d'ici. En cette entrée, tous ceux de la famille ont été occupés et acteurs, excepté moi, qui ai été l'unique spectateur. Ma place en cette occasion ne pouvoit être que dans un carrosse, et j'en suis ennemi. Je fus donc pour voir ce triomphe au logis (2) de Mme Brasset, dont
(1) Gaspar de Bracamonte, comte de Penaranda, premier plénipotentiaire d'Espeigne.
(2) Dans une lettre à Brasset (29 novembre 1644), Servien décrit ainsi ce logis : « Je crois qu'on vous a trouvé un logis qui vous sera assez commode et situé à peu près comme il faut entre le logis de M. d'Avaux et le mien. L'entrée et la rue sont assez commodes. Il y a de quoi loger un carrosse au derrière, écurie pour huit chevaux, une petite place de jardin ; de chaque côté du ves-
l'équipage étoîl déjà prfît pour s'en relourner en Hollande avec M. son mari, dont remploi cesse par la venue de Son Allesso; où étoit .M. d'Andrada, plénipotentiaire de Portugal, que j'entrelins toute l'aprcs-dîner.
Le ii juillet, le comie do Penaranda, plénipotentiaire d'Espagne, 6t son entrée sans aucune autre cérémonie, sinon que le gouverneur de la ville fut au devant de lui, et que l'on tira quelques coups de canon et de mousquet (1). Ses collègues Saavedra et Brun l'accompagnoient; son train et le leur faisant dix. ou douze carrosses et une vingtaine de chevaux.
Le 8, fllM. les médiateurs firent leur première visite à SL de Longueville, et d'autant qu'ils n'étoient pas d'accord de le traiter d'Altesse, ils
Ubnle, en entrant, il y a un petit poêle dont l'on peut servir de cabinet. Après cela, deus grandes cbumbres, dont l'une peut servir de salle et l'autre de cuisine; en haut, deux autres chambres assez commodes, et d'autres plus petites pour loger les valets, avec les greniers, les caves pour les provisions. Nous n'sTOus pas pu encore savoir le prix... • Le 13 Jécembre, Ser- Tiea écrivait : • ...ils ont demandé 30 rixdallee par mois, mais DODs avons trouva le prix excessif; s'ils avaient voulu couclare A ii ou H rixdalles par mois, j'aurais conseillù (Je signer le contrat, car quand la maison aura été un peu accommodâe, elle sera fort propre... » (Aff. étr., Aliemiigne, vol. XXV, fol. 1S6 et 310.)
(1) Sur l'eotrÉe de Penaranda et le contraste qu'elle offrit avec celle du duo do Longueville, voy. Négoc. secr,, t. 1, p. 376 et 378.
ne se doDDèreDt aucun titre, de part ni d'autre. quantum est in rébus inanel
Le 16 arrivèrent les nouvelles de la prise de Mardik par M. le duc d'Orléans, qui étant précédées immédiatement de celles de la reddition de Roses et delà Motte et de deux victoires du comte d'Harcoui t après le passage de la Sègre, inettoient nos affaires en un haut degré de félicité dans l'opinion des étrangers.
Le 29, le député plénipotentiaire de l'Électeur de Mayence (1) fit son entrée en cette ville. Il avoit eu dessein d'entrer le jour précédent, comme à notre insu, el disoit-on que les Espagnols en étoient avertis, et vouloient aller au devant; mais il proteste que non; qu'il se promenoit seulement, et qu'il remettoit au lendemain ; auquel jour on y renvoya les carrosses de M. de Longueville, et de MM. d'Avaux et Servien, suivis de tous les Électoraux et de Savoie. Les Espagnols, quoique on crût que la venue du comte de Penaranda leur devoit faire entreprendre quelque chose, n'y comparurent pointa leur ordinaire. Ni eux ni les Impériaux ne visitent, ni ne sont visités de M. de Longueville, à cause qu'ils ne lui veulent pas accorder le titre d'Altesse.
(1) Hugues Ëverhardt Cratz, assisté de Nicolas de Raigesperg.
Le 8 août, je reçus la triste nouvelle du décès de mon cousin de Maruche, Charles Dolet, auquel Dieu donne sa paix et son repos. Ce pauvre garçon n'avoit pas plus de trente ans. Quelques jours auparavant on m'avoit mandé la mort de notre lionne et ancienne amie la demoiselle de Gour- ^^y (1). Je crois qu'elle n'avoit pas moins de quatre-vingts ans. Non défient poma coloni cum ^^tura caduntj sed cum vellunlur acerba.
le 15, jour de l'Assomption Noire-Dame, vint '^ Nouvelle certaine de la bataille gagnée par le ^^c d'Anguien contre les Bavarois, proche de ^^rdlingen (2). Elle ne laissa pas de nous coûter ^^^ucoup de braves hommes, entre lesquels est le *^^rquis de Pisani, fils aîné et unique de M. de "^ïïibouillet (3), que je connoissois. C'étoit un P^tit bossu, qui avoit bien de l'esprit.
Les Princes et autres ordres de l'Empire
^'éloientpas d'accord de leur méthode de consul-
W ensemble, et de la manière de donner leurs
suffrages pour le fait de cette assemblée ; voire
(1) Marie de Jars de Gournay, Tamie de Montaigne, née vers 1566, morte le 15 juillet 1645.
(2) Bataille de Nordlingen ou Àllerheim, 3 août 1645. (Voy. duc o'AuMALE, Histoire des Condé, t. IV, p. 432 et suiv.)
(3) Le marquis de Pisani , fils de Charles d'Angennes, marquis de Rambouillet, et de Catherine de Vivonne.
même ils ne conviennent pas du lieu où ils se doivent tous assembler; les uns étant convoqués ici à Munster, les autres à Osnabrug; chacun d'eux, ue voulant pas céder à son compagnon la prérogative du Heu, ni l'aller cberclier, tant l'aoïbition de précédence a de pouvoir sur les plas grands, et le désir d'égalité et de ne pas céder ^ personne peut sur l'esprit des moindres. Cepet»' dant les Électoraux qui sont tous ici, except * Trêves el Saxe, qui n'ont encore envoyé aucun, députés, ont fait préparer des salles dans le palaf. — du prince, c'est-à-dire ia maison épiscopale, pou^s'assembler et conférer ensemble de leurs affaires,; ce qu'ils font à certains jours de la semaine.
Le 23, jour de Saint-Louis, nos trois Plénipotentiaires, soit Son Altesse et Leurs Excellences, célébrèrent la fête solennellement aux Cordeliers, où ils furent eu grande pompe. La messe y fut dite '^^\ en musique; et ensuite fut fait le sermon par ""^ M. l'Escatopier, prédicateur de Son Altesse (1).
(1) Le Dom do ce pivdicateur est cité h différentes reprises par Chapelain et par Gui Patin (l. I, p. âtS, et t. Il, p. £61). U est l'auteur de : Peiri Leicalopieri ParJtini Humantlaê ilisologica ia qiia M. T. Cicero De nafura deoram in lueem prodil. lËBO, io-fol. Cet ouvrage est dédié A. Fouquet, et Gui Patio en disait : > Je n'ai point vu ce livre nouveau de M. Lescalopier. C'est un ban compai^noa. Il a été autrefois jésuite. 11 a précbé. il a été à Munster, il a été prisonnier, maintenanl il fait des livres dafialterie, •
DU GOHGRfiS DS HUNSTEB.
..., arriva le député du cercle de Rour- ! (1), c'esf-à-dire de la Comté et des autres provinces que le roi d'Espagne tient en Germanie et aux Pays-Bas mouvants de l'Empire. Ce cercle est le dernier de tons les neuf, et fut ajouté par Maximilienll, afin d'avoir plus de voix et de pouvoir dans les diètes et assemblées de l'Empire. 11 ne faut pas douter qu'on ne l'employé aujourd'hui à cette même fin.
Le 31 et dernier, M, de Longueville traita magoiflquemenl M. Oxenstiern avec son frère (2) et tous les Suédois qui l'étoient venus voir d'Osnabrug pour la première fois.
Le 4 septembre, M. le Nonce me fit présent de ses poésies, qu'il m'envoya par M. Servieo. Elles ont été imprimées à Amsterdam, sous le nom de Cologne, par les soins de M. Niliusius, et portent pour litre Philomalhi Mvsœ juvéniles, et sont dédiées comme un ouvrage étranger audit seigneur Nonce (3).
(1) Pierre de Weïmbs, président au conseil de justice du duché de Luxembourg,
(S) Sans doute son cousin, Benoît OxensUeru, qui faisait partie de la députatiOD suédoise.
(3) Cet ouvriige avait paru à Cologue en 1G45. Joly {Voyage de Muntter, p. SS8) parle aussi de cas poiisies, et dit que Cbigi * avoue assez ouvertement pour sien ce livre, en une lettre qu'il Lt de Rome k M. Ojjier en IGS4 ».
Le i 3, nos trois Plénipotentiaires avec tout leur train furent conduire à deux ou trois heures de la ville le colonel Bonichausen (1), qui fait une levée de quatre mille hommes en ce pays-ci pour le service du Roi. Cette conduite se Taisoit non ■' seulement par honneur, mais encore pour mener cet homme en lieu de sûreté, car on tient que les Impériaux avoient dessein de le faire enlever à sa sortie.
Nouvelles de la mabdie et convalescence tt-^ M, le ducd'Anguien, que les gazettes d'Alleniagr^^^ avoient fait mort (2).
Le 22 et 23, grande assemblée des Impériau ^^ tant avec les médiateurs qu'avec nos Plénipoten*^'*' liaires, pour la réponse à la proposition qu'on leu: •-^^ a faite le jour de la Trinité.
Le 26, je reçus la nouvelle de la mort de Mari^ *^ Mangou, ma nièce, seule et unique, et apparem — *'
(1) Le 16 septembre, les pléaipolentiaireg écrivaient h Brieone ~
■ Le sieur de Bonichausen nous a donné bien de l'exercice, ayanlV été découvert par le baron de Pescbwitz, en qui il se fiait. Lo^^ Esps.gDola s'i'taient vantés de l'enlever, ce qu'ils pouvaient exécuter, ayant des garnisons proches d'ici. Mais noua ava assez heureux de t'en tirer, quoique cela n'ait pas été saos grandi peine. . {AIT. élr., Allemagne, vol. XLIV, foL 359. et Gazette di 7 octobre 16i5.)
(2) l'eu après la bataille de Nordlingen. la duc d'Aoguien eui on acciïsde fièvre chaude qui le for^a à. renti'ereo France. (Voy. du< d'Aumale, t. IV, p. Ui.)
ment la seule postérité qui pouvoit resler de trois frères et de trois sœurs. Elle est décédée ie 12 à Morsang, entre les bras de ses tantes, âgée d'environ seize ans. Sa pauvre mère qui étoit allée pour la secourir, est tombée malade à l'extrémité et peut-être l'a déjà suivie. Sive vivimus, stve morimur Ckristi sumus (1). Juvenes et l'irgines, senes cutn junioribits, laudent nomen Domini, quia exaltatum est nomen ejus (2) .
Le 4 octobre, jour Saint-François, mon patron, j'accompagnai Son Excellence aux Capucins où je dis la messe.
Le 8, dimanche, Fut faite une solennelle procession et prières pour le bon succès des armées chrétiennes contre le Turc (3), on aucuns plénipotentiaires ni médiateurs ne parurent, excepté les trois nôtres, et celui de Savoie.
L'après-dîner, M. de Longueville s'en alla à Osnabrug, pour faire sa première visite aux Suédois.
Le 1 6, les Impériaux firent réponse aux propo-
ic Romaini, jn
(3) La Gazetlt de France, année 1S45, d° 139, annonce cette procession, qui fut faite • à cause de rirniplion du Turc dans la chrétienté ■. M. Tmos ( Oie d'eihbithofe von Munsler. p. 176) cite lettre du suffragant de Munster au Papa à ce sujet.
fitiaiK^ qn'oD knr aroit £aile le jour de la Très âamt£ Trinité, «t ies firent damier à nos Plén^iotentiaiiBs par IIM. is médiotfflnnB.
Le 31, tes pténipol^eotiah'&mqiénaiix^ te comte df Tiasau «1 ie doctenr Isaac Tohnar^ firent lenr premièrB TÎsitç au dnr de LongueviUe^ qni «voit éO- différée jisqu'à présent pour la difficnhé da titrf d'Ahs^âÊ, qni Ini fut domié par le dodeor Tolmar: Je comte l'appela M. le dnc Getie entre- Tne & est £ai£e avec beaucoup de témoignage de bienreiliaBce de part et d'autre, On^lq^^es jours auparavant, ces messieurs avoient demandé^ par J'entremise de MM. les médiateurs^ un pa^eport pour le comte de Trautmansdorï, grand nuâtre d'botel de I*£mpereur et son principal ministre (I \ qui doîtvenir ici pour être cbef des deux députations impériales tant de Munster que d'Qsnafamg; ce qui noDS fait enfin espérer quelque issue de ce traité.
Ce jour même, j'acbevai la réponse à la BibUotheca Gallo-Suecica (2), libelle di&matCHre £ût contre rbonueur du Boi et de la France^ que Ton
{i) Maxîmilieii. comte de TrantmanBdorf, né en 15Bi. « Pbddaot diz-iiuit moiE que ce ministre conBommé passa an cfmgtès, il fut le centre de toutes les négociations et aFança pcmcqialemeot i'osurre de la paix. » £och, EisL da iraitéi.
(i) Ce pampiilet, que les contemporains paraissaient attninier •urtout à Brun, est de Volmar. Le P. Lelong Je prouTe, n» 28^4. iJ avait paru aous le titre : B^lioikeca Gallù-Suedca^ tive SyUo&w
veut attribuera M. Brun, plénipotentiaire d'Espagne; les autres au docteur Volmar, pténipolenliaire de l'Empereur.
Le 22, Son Excellence traita magniflquenient M. delà Barde (1), ambassadeur de Suisse, mais envoyé à Osnabrug, à la place de M. de Rorlé. En sa compagnie étoient un de MM. Pasqiiier nommé l'ÉIang, frère de madame (?) et M. de Villegat, aussi gentilhoniiue, venu avec M. de Longueville, qui s'en retoumoit en France. Il m'avoit apporté des lettres de M. L'Argentier.
Ayant reçu la nouvelle de la mort de M. le président BariUon (2), quelques jours après, je fia ce sonnet :
operum lelrctorum. qtiibai GallOTum Suecortimgue lempetiaU belH proferetidi, Pacii eteriendts Miadio pubitce exhibentur; aecenit pTOtogut >eu ad coiicordiam germanieam adhoriatio, auelçre Eraiino Irenica. VIopia. Apad Udonem nemiaim, vieo ubigut, hoe anno, in-i'. — La. réponse, qui parut en ISiS sous le titre : Monayehia Galliea, ab anonymo. emilra calunmiat in Libella eux titutut, Bibliotheea Saeco Galliea, inlaitatat adtefla, est attribuée par le P. Lsi-ona (a- SS13S) i Stcltu de Moriuoal, • Il y prouve que l'autour du libelle est très emporté, el que son ouvrage est si plein d'invccUvBB et de liiédiaaDccs coutrc les Pratifais et les Suédois, qu'il passe mËme les lois de la satire. >
(1) Jean de ta Barde, marquis de MaroUes (1600-1692]. Il a publié uoe liisloire des aunOes ilH2 é. lOÔS sous le litre De rebut Caltiœ, libri decem.
(S) Jeaa-Jacques Barillou, président aux enquêtes, fils de Jean SarillOD, conseiller au Parlement, et de JudiUi do Mesmes. « H était, d'après Gui Patin, ex vlllmii Gallorum; il n'y eu a plus guère de sa treuipe. •
SONNBT.
Vieux Sénat, le portrait revêtu de cette autorité Qui résidoit jadis au Parlement de France, Mais trop défiguré par l'abus, l'ignorance.
L'avarice, l'orgueil et la vénalité ;
Penses-tu recouvrer sous la minorité
D'un enfant de sept ans ton lustre et ta puissance "^
Ta vieillesse te met comme lui dans l'enfance
A trembler sous la verge, et tu l'as mérité.
Tes suffrages vénaux, ta lâcheté, ton schisme. Ayant laissé périr au troisième ostracisme (1) L'Aristide insensible aux atteintes du sort.
T'engagent pour jamais au joug de l'esclavage. gens nés pour servir, on ne vous fait point tort; La chicane et l'épice est votre vrai partage.
Le 1 8, jour Saint-Luc, arrivèrent les députés ^^ Christophe, Électeur de Trêves, qui sont quat^^» entre lesquels les principaux sont son grand vicaf ^^ et son officiai (2), qu'on dit être fort mauvC^^^ François; triste récompense de la guerre déclara® en sa faveur. Ils furent reçus par l'Empire, Fran^^® et les Électeurs.
Le 19, arriva M. de Cramayel, neveu de Sc^^
(1) Pour les exils de Barillon, voy. les Mémoires de Mole,
(2) Hugo-Frederic ab Eltz, chanoine capitulaire de Mayence ** de Trêves, et J.-Th. Bruwerius, « Principis Ëlectoris consiliari^^^^ et ofïicialis in spiritualibus », accompagnés des deux conseilla-** J. Anetanus et H. Scherer;
Excellence (1), que M. d'Irval, son père, envoyé ^ci pour étudier.
Le 30, arriva un courrier de la part de
*^- de Croîssy-Marcilly, dépêché des extrénûités
^® Transylvanie, qui nous assure qu'il avoit pris
'® chemin de Ck)nstantinople (2), ce qui étoit
Le 1*' novembre, jour de la Toussaint, je prô-
^*^sii dans les Ck)rdeliers, en présence de MM. nos
Plénipotentiaires et de M. le Nonce, qui ne parut
P^^îxit toutefois, mais se tint couvert dans la tri-
*^^^xie. Le sieur TEscalopier s'étoit retiré pour un
Ciident qui lui étoit arrivé.
te jour même. Son Excellence nous montre la
X^ie d'une lettre écrite par un Capucin, de la
rt du roi d'Espagne, au prince d'Orange, par
^^ Quelle on lui promet le duché de Gueldres en
^^^ Riveraine té, s'il veut quitter le parti de France.
'^ nous montre aussi la réponse dudit prince par
^ ^1) Jean-Jacques de Mesmes, mort en 1668, président à mor-
^p. C'est à lai qu'Ogier dédia le voyage de son frère, qu'il
Xihlia en 1656. Dans la dédicace, il lui rappelle le temps qu'il a
%8sé au Congrès, quand son oncle l'y appela : « Cum te Monasie^
"ittm Westphalorum evocasset, gravioribus philosophiœ et juris'
rudentiœ studiis, in sinu suo erudiendum. »
(2) Croissy-Marcilly avait, on effet, dû aller à Constantinoplo,
Négocier avec la Porte au sujet de Rakoczy. Le voyage n'eut pas
^eu. (Voy. Arch. aff. étr., Turquie, vol. V, une lettre de do La
^aye aux plénipotentiaires, du 9 décembre 1645.)
laquelle il refuse ces offres et proteste qu'il n'attend aucune libéralité du roi d'Espagne.
Le 8, arriva au soir la nouvelle de la prise d'Hulst par le prince d'Orange. Elle avoit été rendue lé 5.
Le 18, M. Salvius arriva d'Osnabrug pour conférer avec nos plénipotentiaires louchant la réplique qu'il faut faire à la réponse des Impériaux (1).
Le 19, il fut traité magnifiquement par M. de Longueville.
Le 20, il fut visité par le comte de Penaranda et les autres plénipotentiaires d'Espagne, qui est la première fois que les Espagnols et les Suédois se sont visités et abouchés en cette ville.
Le 29, arriva le comte de Trautmansdorf, grand plénipotentiaire de l'Empereur, et son principal ministre, sans aucune cérémonie et comme inconnu (2) ; ou pour éviter la dépense d'une entrée magnifique, ou pour obliger les Espagnols, qui n'eussent osé y paroltre. Le lendemain, jour Saint- André, il envoya un gentil-
(1) Sur les relations des négociateurs français et suédois, voy. OoHNER, Die Poliiik Schwedens im Westphalisehen Friedenieongress. Gotha, 1877.
(2) Voy. Négoc. secr., t. II, p. 219.
homme à chacun de nos plénipotentiaires pour leur annoncer sa venue.
Il fut visité des Espagnols et les visita extraordioairement, puis ayant été visité de M. le Nonce et ensuite des nôtres, il fut stipulé que, immédiatement après avoir rendu la visite à M. le Nonce, il lai rendroit aussi à nos plénipotentiaires, ce qui fut fait ainsi.
Le 3 décembre, premier dimanche de l'Advent, je prêchai en présence de Son Altesse et de Son Excellence. La nouvelle de la reprise et surprise de Mardyck par les Espagnols. (Mardyck veut dire palissade.)
Le 23, M. de Godefroy me vint trouver pour ™G dire qu'il avoit ordre de la Cour de me venir demander une réponse que j'avois faite à laBiô/to- ^heca Suecica, auquel je répondis que je n'avois ^i^n composé sur ce sujet. Silentium mihi impoli tum.