‹ Journal du Congrès de MunsterChapitre 36 sur 57 · SONNET · texte numérisé non relu

SONNET

Vieux faiseur d'almanach, rêveur mélancolique, Tu ne peux parvenir au but que tu prétends ; Tes petites maisons, tes astres inconstants Ne font point le destin de ce prince héroïque.

Le comte de Dunois à ton art fait la nicque ; Son sort ne dépend pas d'un tas de charlatans Qui promettent la pluie alors qu'il fait beau temps, Et prédisent le chaud lorsque le froid nous pique.

NouS' avons du futur des signes plus certains

Que des Mars furieux et des Vénus ...,

Des Mercures voleurs, et des Saturnes blêmes ;

Cent héros, de mille ans dans l'histoire connus. Son Père, plus vaillant et plus Mars que Mars même. Sa Mère, une Junon plus belle que Vénus.

Le 24, M. de Warmont, fils de M. Warmont, qui est le seul catholique qui soit du corps des États des Provinces-Unies, de la maison de Vas-

senaer, me Tint visiter. Il étoit venu avec les députés des États par honneur, pour voir cette assemblée, et me fit des recommandations de la part des plus qualifiés catholiques que j'ai connus en Hollande.

Le 30, arriva enfin le nouveau bagage et emmeublement de Son Excellence, après quatre mois d'attente. J*v trouvai force livres nouveaux que mes amis m'envoyent de Paris.

Ce même mois, M. Porquier (1), trésorier de M. de Longueville, m'a fait la faveur de me livrer cent ducats, valant cinq cents francs, que je fais rendre à Paris par mon frère, sur un billet de ma main, sans qu'il m'en coûte aucun change.

Le 2 février, jour de la Purification, je prêchai devant M. de Longueville; et la rencontre de la fête et de mon texte : Sanctifica mihi omnes pri^ mogenitos (2), m'obligea de l'exhorter d'offrir son fils aine, le comte de Dunois, à Dieu.

Le 3, M. de Saint-Romain partit pour Suède, où il est envoyé de nos Plénipotentiaires pour sonder de plus près les sentiments de la Reine et de son conseil, sur le fait de ce traité.

(1) JoLY (Voyage de Munster) parle à plusieurs reprises du trésorier du duc de Longueville et l'appelle M. Le Porquier le Jeuoe.

(2) Liber eœod,, xiii, 2.

Le 11, dimaDche de la Quinquagésime, Son Excellence partit pour Osnabrug afin d'aller conférer avec les Suédois; et le même jour fut dansé ballet chez M. Servien, où étoient M. le Nonce, M. de Nassau et M. Contarini, M. de Longue ville, et quelques HoUandois ; M. de Soyecourt (1 ), neveu de Son Excellence, y fut, qui étoit arrivé ici de Hollande, deux jours devant.

Le lendemain, il fut dansé chez M. de Longueville en présence des députés des États, qui y avoient dîné, et je le vis en ce lieu.

En ce temps, je fus calomnié à la Cour d'être mal persuadé du gouvernement présent, et disoiton que videbar perstringere Emineniissimum dans quelques lettres que j'écrivois à mon frère. On en fit plainte à M. d'Avaux, et lui connoissant la sincérité de mes intentions et ayant pris la peine de faire mon apologie, tous ces soupçons furent écartés. M. Silhon (2) eut ordre de M. le cardinal Mazarin d'écrire qu'il étoit fort content de moi, et que tant s'en faut qu'il en eût mauvaise opinion, qu'il désiroit de me donner des preuves de sa bonne volonté. M. d'Âvaux me conseilla d'écrire

(1) Fils de Judith de Mcsmes et de Maximilieo de Soyecourt, marquis de Belleforière.

(2) Silhoo (1596-1667), aacieo secrétaire de Richelieu, conseiller du Roi, membre de l'Académie française.

au dit M. de Silhon, et en le remerciant du bon office qu'il m'avoit rendu, témoigner que j'acceptois les offres de son mattre, et que je me rendrois digne de sa bienveillance : Vos cogitastis de me malurriy sed Deus vertit illud in bonum ut excUtarel me. Genèse, 50.

M. Coiffier (1) fut envoyé à Paris de la part de nos Plénipotentiaires pour porter la parole que les Espagnols avoient donnée aux médiateurs de donner carte blanche à la Reine et de la prendre pour arbitre entre deux princes, dont elle a l'un pour fils et l'autre pour frère. Mais comme c'étoit un beau compliment sans effet, il fut reçu et payé de môme; Sa Majesté répondit qu'elle étoit mère d'un roi mineur et qu'elle seroit un jour obligée de lui rendre compte de son administration, et partant qu'elle ne pouvoit rien relâcher des instructions qui avoient été données aux plénipolentiaires de France. Ce qu'ayant entendu les Espagnols, ils offrirent par la voie des médiateurs

(1) Sur Coiffier, voy. Tallemant des Réaux, t. VIII, p. 312-316. Sandras des Gourtils, dans sa Vie de Colbert, raconte que Colbert « allait souvent souper chez Marguerite Vanel, femme da Jean Coiffier, maître des comptes, parce quMl prenait des leçons de politique du mari, au sujet du traité de Munster, dont il savait parfaitement toutes les négociations, ayant été secrétaire da l'ambassade sous Abel de Servien, dont il était encore commis pour la surintendance »,

<]e Dous laisser les villes de nos conquêtes, Hesdin,

fiapeaume, Landrecies, Damvillersy dont les nôtres

De furent aucunement satisfaits.

Je prêchai le carême aux religieuses Lorraines

jusqu'au 24 mars, qu'on célèbre ici l'Annonciation

par avance. Elle écheoit le lendemain, jour des

Palmes. Ce jour, mon auditoire fut transporté

chez M. le duc de Longueville, en la chapelle; le

lendemain aux Cordeliers, où je prêchai ensuite

^^ Passion (1), et le jour de Pâques, en présence

^^ IVl. le Nonce et de nos trois Plénipotentiaires.

Le même jour, qui étoit le 1" d'avril, M. le

^^nnte de Trautmansdorf, grand plénipotentiaire

de l*Empereur, communia à ma messe aux Capu-

^^ï^s. Je bénis Dieu de cette rencontre et célébrai

'& Jointe messe à Tintention de la paix. La dernière

^oll^cte(2)me sembla inspirée de Dieu à ce sujet:

^iP'i'ritum nobiSy Domine, tuœ charitatis infunde.

"^ •=^^"-^ fis aussi l'épilogue de mon sermon.

e 9, don Diego de Saavedra, plénipotentiaire

- v"4 ) Le tome II des Actions publiques de François Ogier (Paris, ^^) contient ce « Sermon de la Passion de Notre-Seigneur, pro-

^^ -c:é le jour du vendredi saint 30 mars 1646, dans Téglisc des ^^**c3eliers à Munster, en présence de MM. les plénipotentiaires ^*£mpire, de France, d'Espagne, et de M. le nonce, médiateur X la paix ».

) Nom d'une prière de la messe qui se dit avant TÉpitre et qui ie suivant les occasions.

d^Ëspagne, se retira de cette assemblée pour s'en aller en Espagne. Il avoit demandé congé à son maître, sur quelque mécontentement. On dit communément que c'est pour avoir été traité de mépris par le comte de Penaranda, et avoir été relégué au troisième lieu de la légation espagnole, après un Cordelier nommé à l'archevêché de Cambrai. 11 vint prendre congé de Son Btcellence, qui pareillement lui fut dire adieu.

Le 19, partirent pour France M. de Montigny, qui portoit, à ce qu'on dit, au Roi la concession que TEmpcreur nous fait de TAlsace; M. le baron de lu Mézangère; les Pères François, confesseur do M. de Longueville, et Nicolas son compagnon.

Le 28, entre onze heures et minuit, décéda M. Oudin, secrétaire de M. de Rorté, qui, voyant Tambassade de son maître pour la Suède rompue, étoit revenu en cette ville pour chercher parti (i). Sa maladie étoit une sergue invétérée qui obligea

(1) Nous dovons à Tobligoanco do M. Thibaudeau la copie d'une lottro do d'Avaux au baron do Rorté, du 23 mai 1645 : « Je viens

de dire au s^^ Oudin tout co que je pense de vos affaires Vous

n'avez pas à mon avis sujet d'ôtro en peine, puisqu'il ne tient aucuneinent ù, vous que votre parlement no s'avance. Mais ceux qui vous ont tirô d'Osnabrug sont bien aises de former des empôcbenionts à votre autre emploi, comme ils ont fait à celui de M. do Saint-Romain, et par ce moyen, ils nous cbasseront tous d'Allemagne... » Musée Britanni(iuo, 24207, f. 2.

à faire une section qui fut inutile, il mourut fort chréfienneraent et est enterré à Saint-Gilles, abbaye de filles. R. I. P.

Le 3 mai, revint M. de Préfontaine {<)de Paris, rapportant la réponse de l'offre de l'Alsace faite par les Impériaux.

Le 4, Jl. le Doyen me montra les lettres écrites de la propre main de Luther, que je considérai avec pareille curiosité que j'ai fait les reliques de Jean de Leyde, et que je ferois le portrait de Mahomet. Elles sont adressées à un nommé Wenceslaus Lisicus et datées ex comith's Monedularum, ainsi appeloit-il en raJlliint un château nommé Aslenburg, où quantité de choucas ou ;eais ont coutume de faire leur nid, où il se tenoit :urant la fameuse diète d'Augsbourg, 1 ii30. Il se trouve quelque épître de Mélanchlon à ce même ministre, L. !. Ep. LXXVI, par laquelle j'apprends qu'il étoit prédicant à Nuremberg.

Le même jour, je reçus la nouvelle de la mort de M. Gratian de Landres, mon bon et singulier Ecce sicut aquœ dilabimur super terrain... (2)

(4) PréfoDlaiDG, ami particulier du comte d'Avaux, était la Itère de Guillaume Le Roy, ctiaitoiDe de Notre-Dame. 11 devint Becrétuire des commandements de Mademoiselle. Voy. Dictionlire de Morèri. — Mémoires de Mademoiielle de Monlpetuier. (2J IlReguvt.ilw.ii.

sed memortajusti in benedictione erit (1) : eral vir erudiius, probus et timens Deum.

Le 6, M. de Croissy-Marcilly arriva ici, retournant de son voyage de Transylvanie, où il a voit été envoyé pour confirmer le prince Rakoczi dans notre parti.

Le 14, il fut député par nos Plénipotentiaires pour aller trouver Vrangel et l'armée de Suède qui assiège Paderborn, pour tâcher de détourner cet orage d'un autre côté et plus loin de ces quartiers-ci.

Le même jour. Son Excellence nous dit que les États avoient enfin conclu de faire pleine campagne. Jusqu'à présent, tant par les pratiques des Espagnols que par l'espérance d'une paix prochaine, ils avoient résolu de se tenir seulement sur la défensive et d'épargner les grands frais qu'il faut faire pour une armée capable d'entreprendre un grand siège. La province de Hollande principalement résistoit à ce dessein, d'autant que la conquête d'Anvers, qui est apparemment le premier objet des armées du prince d'Orange, otera une grande partie du trafic d'Amsterdam, et par conséquent des autres villes de cette province. Néanmoins , ils se sont laissé enfin persuader

(1) Ecclei., XLV, 1.

d'armer tout de bon, nos Plénipotentiaires leur

3yant fait toucher du doigt que les Espagnols

^e songeront jamais à la paix sérieuse qu'ils ne

^ voient à l'extrémité et en danger de tout

perdre.

Le 16, la ville de Paderborn, qui n'est distante

^'ici que de dix-sept heures de chemin, a été

P^îse par les Suédois. On dit qu'elle a racheté son

P^ll^ge de 30,000 rixdalles. Ainsi les évêchés

^ tlioliques tombent sous nos yeux entre les mains

^^s Luthériens.

Xe jour de l'Ascension et de la Pentecôte, qui ^tc:^il le 20 du mois, je prêchai dans la chapelle "^^ Son Altesse.

LeS!2,deuxgentilshommesdeM.deLongueville,

^** -* Du Plessis-Normand et M. de Thoury, frère de

^3vêque de Bazas, M. Martineau (1), se battirent en

^^^^ lel. Celui-ci donna deux coups d'épée à celui-là

^Dnt il mourut deux jours après et fut enterré aux »^Drdeliers. L'événement de ce combat fut contre ^attente de plusieurs, qui croyoient que le victo- ^rieuxseroit battu, maisil futconformeà l'équité; ^ défunt avoit otTensé l'autre mal à propos et "Méprisé extrêmement son ennemi, lequel toutefois

(1) Martineaa avait été nommé évoque par la protection du duc de Longueville.

ne fut pas seulement blessé. Sœpe et contemptus hostis indomitum certamen dédit. {Livius.)

Le 31, jour du Saint-Sacrement, Son Altesse et Son Excellence furent à la procession du Dôme , tous leurs pages ayant des flambeaux en main. Les Espagnols, qui n'ont jamais paru jusqu'à présent en ces actions publiques, s'avisèrent d'en faire une séparément, et obligèrent les Observantins, qui sont leurs hôtes, de les mener en procession à la paroisse qu'on appelle Trans aquaSj que M. de Penaranda avoit fait parer de ses plus riches tapisseries. Il marchoit au milieu de ses deux collègues, M. Tarchevèque de Cambrai et M. Brun, tous ses domestiques de livrée le précédant avec des flambeaux, au nombre de soixante ou quatre-vingts. Il fut aussi accompagné de trois ambassadeurs électoraux, Mayence, Bavière et Osnabrug, qui le suivoient au second rang, non sine tacito nostrorum morsu. Mayence toutefois et Bavière, qui est le baron de Hasslang, sont de la même paroisse; mais l'évêque d Osnabrug demeure sous nos yeux et campo dominicOy ce qui montre que cela a été un dessein formé d'obliger les Espagnols.

Le 4 juin, je fus dire adieu à M. Vanzer et à deux autres honnêtes avocats de Harlem qui étoient

venus ici pour voir celte assemblée. Le premier, qui est de la même qualité, ra'avoit apporté des lettres de nos ecclésiastiques de Hollande qui me ''avoient recommandé.

Le même jour, M. de Saint-Maurice me bailla •cinquante ducats, valant deux, cent cinquante li- ^'"es, que je fais rendre à Paris, par mon frère au sien, qui est M. de Chavaroche.

Le 1 1, fui fait le service de la défunte impératrice Marie, sœur de la reine régente, et du roi d'Espagne, dans le Dôme. Là se trouvèrent tous les Ordres de celte ville, réguliers et séculiers; 'ïiais il n'y avoit d'ambassadeurs que les nôtres et ■Quelques députés de Mayence et Trêves. Les Impériaux mêmes, de l'affaire desquels il s'agissoit, **^ s'y présentèrent pas, pour obliger les Espa- Sï^ols qui n'y osent paroître. Quelques valets seu- *^^Qient du comte de Nassau lenoient des torches à * entour de la représentation.

Ce même mois, le duc de Lorraine envoya ici *Jn député nommé M. Rousselot (1), à qui nos plétipolentiaires ne voulurent jamais accorder de passeport, ni le reconnoîlre en telle qualité. Lui-

(1) Rousselot d'Hédival. « d'une physioDomie si désagréable et ti impropre ù, un pareil emploi, qu'il était beaucoup plus fait I fionr gâter les eUalres que pour les accommoder >. (D'Hausson- [ VILLE, Bistaire de la réunion de la Lorraine, t. II, p. IQe.)

mènie se dit envoyé dans la ville du prince Fc^*"çois, évêque de Verdun et doyen de Cologne — D ne laisse pas de trailer avec les Impériaux. Bt Espagnols (les affaires de son maitre.

Le 20, nos (rois Plénipolenliaires furent p^ '■ rainsd"une fille qui étoit née à M. deRosenha ^*i résident de Suède, qui fut baptisée chez lui p.^r SOD ministre luthérien. Je ne sais pas ce qu'^^n jugera celte assemMée : Mthi vithid videlur pe^' peram factum et pessimo exempta.

M. de Traulraansdorff revint d'Osnabna^^t n'ayant pu rien faire avec les Suédois, qui I ■-" demandent des conditions très iniques, princip>^*" lement pour le fait de la religion i Et hœc ocit X*-* Deus aspicit œquis.

Le jour Saint- Jean, je prêchai devant M. *J^ Longueviile, qui m'avoit lui-même demandé ^^ sermon, à cause de la dévotion particulière qu'il ^ pour ce saint.

Le ... juillet, arrivèrent les députés de l'ÉIe-^^' leur de Saxe (1), qui sont les derniers que rtH^" attendoiten cette assemblée.

(1) Jaan-Erijest Pistorius, conseillar iatime, el J.-A. LeubBt "' L'état des ËnîLnces de l'Electaur retordail leur arrivée. Ils Toy — '' geaJGDt en [art pelit équipage, et la plus grande écouoinîe 1^ "' était recommaDdèe. (Voy. Aderbacq, la Diptomaixe franta'uctt '' caut' dt Saxe, p. 6. — G. A. Abnut, Arehiv der Mothiiithe» Ir ■^

Le 8, arriva un gentilhomme, M. de Monde- ^®i^e (1), qui passe à Vienne pour faire oflSce au '^om de la Reine, et se condouloir de la mort de * impératrice Marie, sa sœur. Non ejusdem est mac- ^^c divœaugustœ viclimœ et virum posterosque ejus ^^ectari. Tacite, Annales, IV.

Le 1 1 , M. de Lumbres (2), qui est employé dans ■®8 affaires par M. de Longuevilie, m'ayant apt^^ié une critique de Hollande de la part de M. de ^ Peyrère, où il est question s'il faut lire Hercules ^ Hécate dans un passage de Plante, CurcuL^ ^^® II, scène m (Invoco almam meam nutricem ^^^^/em); je fis cette épigramme sur ce sujet :

Romanis Hécate committitur ecce theatris Amphitrionidœ quisputet esse parem?

Etsi pauperies Hécate est auctoribus istis Tarn bene, Plautini queis sapuere sales,

Haud unquam mœdia pannis tuis hœsit arena Monstrum pauperies. Hercule, digna fuit,

\l^^le. Zweiter UieU 1785, p. 47-230, et dritterth. 1786, p. 42-181. .. "* Kurfurter Johann George I rescripte an seine bei den Weslpha-

^^len Friedens-tractaten befindliche Gesandten.)

, 1.1) Voy. les Négociations de Munster, t. III, p. 237. M. de Mon-

^ Vergue était très lié avec Mlle de Montpensier. « Le cardinal, dit-

^*^ dans ses Mémoires (t. I, p. 228), l'envoya en Allemagne parce

^^*il savait que je serais bien aise que ce fût lui qui y allât ; j'en

*U5 contente. »

(2) Antoine de Lumbres avait, grâce à la protection du duc de ^ongueville, été résident à Trêves, auprès du prince évêque de liiège, et à Berlin, avant d*ôtre nommé en Pologne. (Farces, ^nsti-uctions de Pologne,)

180 JOCBKAL

Le iS, nos Plénipotentiaires pàrdrenï ae c ville pour aller au-devant de Mme de Longu^^^" Tille (1), jusqu'à Wesel.

Le dioianclie 22, se fit une belle et ample çrczz*^ ' CKsioDpour la paix, où les députés des trois Éled^^'" ' teurs ecclésiastiques et M. d'Osnabrug porlèrec^» ' ' le Saint Sacrement. Nous pensions que les Espa^- " gnols prendroieot l'occasion de Tabsence de no * i plénipotentiaires pour y comparoître, mais ilsn'e^^'*- ' firent rien. |

Le lundi, seconde procession dans la place dtc:^^^^ Dôme, à quatre reposoirs ; Longueville, Osnabrug^^s» '

Nassau et M. le doyen, où les Espagnols déployé ^

rent les meubles et tapisseries de M. Peuaranda. — —

Le 26, Mme de Longueville fit son entrée qui -^* fut fort magnifique. Aucun toutefois ne fut de ^^ cette pompe que de la nation françoise et des fa- — " milles de 5IM. les Plénipotentiaires, Elle avoit ^ : amené en sa compagnie plusieursjetmes hommes de ■*' bonnefamilledeParis, entre lesquels sont M. Cour- "ti Ud (2), qui m'apporta des lettres de M. Croizé ^1

(t) ADDe-GcDevïéve de Bourbon, CUe <te Heori U de Bourbon, •^.

prïDce de Condè. et do Charlotte de Aloatmorency, nôe le ^

29 août 1619, aviît épousé le 3 juin t6iî le duc de Loti^evitla. Sur son séjour à Munster, voy. Codscc. Lajeuntiie de Madamâdé LanguerilU, et JoLT. Voyagtdc Mututer. |

(2) Achille Courtîo, maître des rcquêtea. • Étant de fort petits |

taille, mais Tort bien fsit, on l'appelait ordinairement le petit j

etdemonfrère;M.Fourreau{0,qui m'en apporte de M. le président de l'Archer son beau-père; M. Joly (2), aussi, chanoine de Notre-Dame, m'en donna de la part de M. Broussel, le conseiller (3).

Le ..., M. de Châteaux, qui avoit accompagné M. de Marcilly en Transylvanie, s'en relourna en France, et je lui donnai des lettres pour mon frère.

Le 1" août, nous eûmes nouvelles de la sédition arrivée à Liège, où le parti françoia fut rétat>li, et ceux qui avoietit été chassés il y a quelques années, pour en être, furent rappelés.

Le i 1 , je fus saluer Mme et Mlle de Longueville (A), au château où elles sont retirées à une

*^*niptin. • (CoHBABT, Ménioirei.) Tallemant oes Rêaci (t. V, ï*- 393) parte du • petit Courtin. qui avait été à Munster ».

0) Fourreau, fils de Marie Meraull, veuve Je Léon Fourreau, ^^erélaire du Roi, deuiièmo fomine de Michel Larcl[i;r, s' d'Oliïy, ï*WBident do la Chambre des comptes. Sur ses relations avec ^ioon de Lauclos, voy. Tallemast des Réaux, t. VI, p. 5.

(2) Claude Joly, né en 160T, mort en 1700; ctiaooiae de l'Église *i« Paris, se fil l'hialoriographe du voyage de Mme de Longoe- ^■ille, et publia en 1670 son Voyage de Maniter, qu'il dédia il .François Ogier.

(3) Pierre Broussel, qui fut ari'^té pendant les troubles de la

(i) Marie d'Orléans, connue longleraps sous le nom de Made- «uoiselle de Loogueville, et qui devint plus tard duchesse de Ne- Cuours. ctait la Dlle du premier mariage du duc de Longueville 4vec Louise du Bourbon, fille du uomte de Soissons. Elle était née I te S mars IGâS.

Ville, et H^^rançois H^ (3) Pier

mjie 5 mars IGâS.

lieue d'ici (l). Son Excellence me présenta et elles me firent une réception fort favorable et digne de leur bonté.

Le 15, jour de TAssomption, je prêchai à Téglise Notre-Da me- Trarw-Açuas, en présence de M. et Mme de Longueville et de Son Excellence. Quelques jours après, ladite dame s'en alla faire un voyage en Hollande pour voir le pays (2) .

Le 1 8, qui est mon jour natal, j'écrivis à M. Nihusius à Amsterdam, en faveur de M. Joly, qui accompagne Mme de Longueville et qui désire de le connoître. Ndscentes morimur^ finisque ah origine pendet (3).

Le ;^5, jour Saint-Louis, je fis son panégyrique aux Cordeliers (4) en présence de M. le Nonce, de Son Altesse et de Son Excellence et de toutes les nations de cette assemblée, oii je parlai évangéliquement de la paix et de la concorde des princes chrétiens. Tous, tant de l'un que de l'autre parti, demeurèrent d'accord que j'avois parlé en homme de bien. Quelque flatteur prétendit que j'avois usé de trop de hardiesse; mais Dieu me

(1) Le château de^Wilkinhem.

(2) JoLT raconte cette excursion à la suite du Voyage à Munster.

(3) Manilius, Asironom,^ IV, 16.

(4) Ogier a publié le Panégyrique de saint Louis dans le h' volume de ses Actions publiques.

garde de plaire à telle sorte de gens et d'être du Tiomkre de ceux qui componùntur verbum Dei. Le Père Brun, Jésuite, frère du plénipotentiaire d'Espagne (1), qui est de notre langue et prédicateur, y assista avec cinq de ses compagnons, omnes Rheto- Tumjilii. Néanmoins sur quelque ombrage, Son Excellence ayant refusé de mettre un mot de mon sermon dans la dépêche de la Cour, et M. Bezard ^yant fait un sonnet à la louange de mon action, j© lui fis cette réponse le 1 •' septembre :

Bézard, je te l'avoue et de plus je m'en pique, Pour un si beau dessein j'ai veillé nuit et jour, Au palais de Pi thon j'ai cent fois fait la cour Afin de réussir dans le Panégyrique.

Il n'est point de secret dedans la rhétorique Que je n'aie essayé ; des Navarre et Boncourt Je sais les mouvements et de haine et d'amour, Et célébrer les saints d'un stile magnifique.

Je ne m'étonnais pas qu'un pauvre saint crotté,

Accablé de misère et nu de pauvreté,

Ne pût d'aucun bienfaits compenser mon étude ;

Mais qu'un saint, si grand Roi, paye tous mes travaux D'un visage si froid, de tant d'ingratitude.

J'en appelle, Bézard, à notre grand d'Avaux.

(1) Claude-Simon Brun, le second fils de Claude Brun, conseiller au Parlement de Dôle. (Voy. Poignand, Éloge d* Antoine Brun.)

Le dernier août, M. l'abbé de Goussencourt partit pour s'en aller en France en la compagnie de Mme Servien, qui s'en retournoit. Elle amena aussi avec elle le Père Lecomte de l'Oratoire, qui avoit été jusqu'à présent de leur maison , et avec qui j'avois contracté amitié.

Le 4 septembre, M. Glaser, citoyen de Strasbourg, employé pour le Boi dans les affaires d'Alsace (i ), me consigna quatre-vingts ducats valant quatre cents livres pour les faire tenir à Paris, à M. Bernard, interprète du Boi en la langue allemande, dont j'écrivis le même jour à mon frère. Le jour précédent, j'avois dîné avec lui chez M. le Doyen, qui traita trois plénipotentiaires hollandois^ MM. Bipperda, Paw d'Helmstedt, et Clandt, le docteur Bottenlorf (2), médecin de cette ville, et deux autres de notre famille. M. Kinschot y étoit aussi, jeune homme de la Haye (3), qui promet

(1) Glaser, reçu depuis 1624 sous la protection de la France, était pensionné depuis 1629. Mazarin l'avait envoyé à Munster, aux plénipotentiaires, « croyant qu'il pouvait leur donner des lumières de la province d'Alsace, et de plusieurs autres choses qu'il a étudiées avec soin ». Yoy. Reus, Josias Glaser, et Legrelle^ Louis XI V et Strasbourg.

(2) Le nonce Chigi a dédié une de ses poésies sur Munster à ce médecin, Bernard Rottendorf. (Voy. Philomathi musœ Juvéniles^ p. 154.)

(3) Caspar de Kinschott, né à la Haye en 1622, avait étudié le droit à Utrecht et à Leyde, puis visité l'Allemagne et la Fraoce. n faisait partie de l'ambassade des États à, Munster. Il mourut à

beaucoup de soi par ses poésies latines et par la couuoissance qu'il a des belles-lettres.

Le 1 1 , le même M. Glaser m'envoya par son homme encore vingt ducats pour joindre aux quatre-vingts susdits, et faire tenir le tout audit sieur Bernard.

Le 13, MM. les médiateurs et nos Plénipotentiaires se trouvèrent chez M. Trautmansdorf, où se fit et signa le compromis de la paix de l'Empire et de la France.

Le 17, M. d'Herbigny partit pour aller porter cette bonne nouvelle à la Cour, et le même jour nos trois Plénipotentiaires partirent pour Osnabrug, pour faire condescendre les Suédois aux propositions faites par les Impériaux et à consentir à la paix. Tu Deus auctor pads Reipublicœ Christianissimœ succurre ac fave cceptis.

Le jour Saint-Michel, Son Excellence et ses collègues revinrent d'Osnabrug, où après plusieurs conférences il n'a été, je crois, conclu autre chose

vîDgt-sept aos d'anc maladie de poitrine, le 31 décembre 1649. Ses poésies latines, publiées en 1683 par ses amis (CaspaH KinsehoUipoemata in lib. IVdigesla. La Haye, in-12), comprennent de Bombreases pièces sur le congrès de Munster, dédiées à d'Avaux, à la duchesse de Longueville, à Courtin, à Ogier, et plusieurs odes sur son voyage en France. Le nom de Kinschott est souvent cité dans les correspondances du dix-septième siècle. (Voy. Bur- MAKS, Sylloge$ epUtolarum,)

iM JOURNAL

que d'envoyer en Saède pour avoir une dernière résolution sur les propositions qu'on leur a faites de la part des Impériaux.

Le 1 octobre, M. Kinschot n'ayant pas voulu accepter un exemplaire de l'Oraison funèbre, d autant qu'il ne me restoit que celui que je lui offrois, je le lui renvoyai avec cette épigramme :

Cher Kinschot, ton refus me pique, Et je ne puis le digérer.

Si cet exemplaire est unique U en est plus à désirer.

Mais ton esprit extraordinaire Dédaigne un ouvrage Tulgaire Par qui le peuple fut surpris ; Il prend souvent pour le corps, l'ombre, n faut, pour les rares esprits, Être plutôt unique en mérite qu'en nombre.

Le 1 4, M. de la Court Groulart(l), envoyé de la Cour pour être résident à Osnabrug à la place de M. de la Barde, qui s'enétoit retourné il y a quelques mois en France, fut reçu et traité magnifiquement par Son Excellence.

La nouvelle de la composition de Dunkerque

(1) Henri Groulart, seigneur de la Court, fils de Claude Groulart, premier président du Parlement de Normandie. M. Chéruel a publié des extraits de sa correspondance pendant le Congrès dans la notice biographique qu'il lui a consacrée. (Revue des Sociétés savantes, 1860.)

éloît arrivée quelques jours auparavant par M. de Yillars, gentilhomme de M. de Longueville, qui revenoit d'auprès de M. le duc d'Anguien. A propos de cette conquête, je me mis en peine de savoir par quelle voie cette place et Gravelines étoient du domaine et des possessions de la maison de Bourbon, et voici ce que j'en ai découvert : Louis de Luxembourg, le fameux comte de Saint- Paul, connétable de France, aussi remarquable par sa grandeur que par sa charité, épousa Jeanne, fille unique et héritière de Robert de Bar, dit de Béthune, comte de Marie, seigneur de Dun« kerque, Gravelines, Bourbourg, Varastin, comme remarque Belleforest en sa Vie de Louis XI. Le connétable eut un fils nommé Pierre, qui eut une fille (sans doute unique) nommée Marie, comtesse de Saint-Paul, qui épousa François de Bourbon, comte de Vendôme, père de Charles V duc de Vendôme, duquel mariage naquit Antoine, roi de Navarre, père de Henri IV, et voilà indubitablement par où ces belles terres appartiennent au Hoi et à la maison de Bourbon.

Le 18, M. de Croissy Marcilly partit pour l'armée de Suède qui assiège Augsbourg, afin de ménager une suspension d'armes entre les nôtres, les Suédois et les Impériaux et Bavarois. Le comte

de Bosemberg (1) a été pareillement député cK ^** Impériaux pour le même effet.

Le 39, je vis, chez M. le Doyen, cet ancien -^^ fameux original exemplaire, que l'oa tient avc^ ^' été le premier essai de l'imprimerie, et que 1^^^^ HollandoisaltribuentàLaurentiusCosterius, bou^^^^^ geois de Harlem (2). Il est intitulé Spéculum Ar — -^m manœ sahttis, qui est un ouvrage d'un style gro- ^^ sier en vers latins, rimes sans mesure, qui co^hczv tient les mystères de notre foi. Les pages ne so^^crst: imprimées que d'un côté dans le haut; environ ~^0,\

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