DOUBLET PRISONNIER
nostre petite flotte avoient obtenües de la cour, pour nous venir escorter jusqu'à la rade du Havre, et nous aconduire deux caravelles de Quilbeuf où estoient des pilotes lamaneurs pour chacun de nous et aussy des vivres pour tous nos équipages, et on nous fit sortir du port de Porsemuts pour nous joindre à la rade de S' Heleine proche de nos frégates, pour partir du premier bon vent. Je fut prendre congé de Madame la Duchesse et ensuitte de M' Angel de Ruiter qui en m'embrassant m'apela son frère et son amy, en m'assurant que sy je voulois l'aler trouver lorsqu'il sera arivé en Holande, et que sy je veux il fera mon advancement dans le service de M" les Etats et sur toutes choses que j'eus à luy donner de mes nouvelles, et que j'assurats M" les captaines de nos convois de ses civilités, et qu'il ne souffrira aucun de son escadre de coure après nous. Le 16 de janvier, sur le midy, d'un assez beau tems, nous mismes tous soubs les voilles faisant route et pendant la nuit pour la rade du Havre, et sur les huit heures du 17°, au matin, nous eusmes connoissance du cap dela Hève éloigné de $ à 6 lieux de nous et les deux convois forcèrent de voille et furent mouiller leursancres à la rade se persuadant que nous n'avions rien äcraindre. Mais sur les dix heures aperceusmesen arrière de nous trois navires qui faisoient nostre mesme route et qui nous aprochoient promptement, ayant leurs pavillons blancs qui nous donnoit lieu de croire que c'étoit des navires pour le Havre; mais nous fusmes bien surpris qu'estant à portée nous aperceusmes leurs canons et leurs équipages prest à nous donner leur décharge sur la moindre de nos résistances, et arborèrent les pavillons d'Ostende et nous sommèrent d'ameiner nos voilles, ce qui fut bien tots obéy, et nous amarinèrent et nous firent tous changer de route, excepté un qui étoit proche la rade comandé par Jean le Comte qui échapa, et Mr' de nos convois eurent la confusion de nous voir ainssy enlever à leur vüe. Il est vray que les trois navires d'Ostende étoient beaucoup supérieurs, ayant le vaisseau le Palleul de $2 canons, le Castel- Rodrigue de 36 et la Jusilice de 24, qui “evenoient de Cadix aporter
taine de frégate en 1675, obtint le grade de capitaine de vaisseau le 7 février 1678. Il se retira, le 1°* juillet 1721, chef d'escadre honoraire et mourut près de La Rochelle, le 22 janvier 1722,
la paye des troupes d'Espagne en Flandre, et nous conduisirent en Ostende tous bien dépouillés, et ne fusmes que trois jours prisonniers, puis on nous distribua à chacun deux escalins valant quinze sols pour notre conduite. Je n'avois sur moy qu'un justaucorps sans manches raptassé de pièces de thoille godronnée et une pareille culote, des vieux bas de deux couleurs et sans pieds, et de misérables souliers qui m'abandonnèrent à la première lieue, et pour bonnet le haut d'un vieux bas ataché avec une ficelle. Bel équipage dans un rigoureux froid, et réduit à la mandicité qui me causa bien des larmes avant de m'y résoudre, cepandant j'euts quelques bonnes aubeines chez des gens de qualité et qui seroient trop longues à réciter.
1672. — Etant arivé au pays, je fus ataqué d'une rude maladie causée par les fatigues que j'avoie souffertes, et pandant l'étéje me rétabli la santé,et il se fit l'armement d'une flûte nomée le Chasseur, de douze canons, commandée par le sieur Jacques Sansson mon proche parent (1). Nous fusmes au Sénégal charger 150 nègres ct autres effects de la compagnie, et fusmes à l'ile Cayenne débarquer nos neiges et y chargeasmes quelques caisses de sucre, un peu de l'indigot et du rocou et ensuite nous fusmes à l'isle de S: Cristofle où nous fusmes frapés d'une branche de houracan quoyque au quatreiesme d'octobre, ce qui fut tout extraordinaire. Nous étions sept bastimonts à la rade de la Basse Terre, tous furent péris, échoués à la coste, et bien des hommes noyez excepté nous qui résistèrent sur nos câbles, mais ayant coupé généralement tous nos mâts, et étions tous disposés à revevoir le sort des autres, et après que la tempeste eut cessé nous nous réquipasmes du mieux possible avec les débris des mâts de ceux qui avoient péry et aussy des autres. Il revint d’autres navires dans cette rade, et nous achevasmes nostre chargement de sucreetindigot, et sur lamy-novembre nous partismes de cette ille avec six autres navires tous marchands
(1) Ordre du roi aux officiers de l'amirauté de Honfleur pour leur dire de donner les congez nécessaires au capitaine du vaisseau le Chasseur qui est chargé d'armes et de victuailles destinées, par la compagnie des Indes occidentales, aux colonies françaises du Sénégal et de Cayenne (20 mars 1672.) -- Arch. de la Marine, Colonies, année 1672,
fol. 3r.
ous conduisirent e trois jours pri-
escalins valant Oy qu'un justauodronnée et une sans pieds, et de emière lieue, et une ficelle. Bel andicité qui me cepandant j'euts € et qui seroient
ne rude maladie ndant l'été je me mée le Chasseur, es Sansson mon rer 150 nègres et Cayenne débarses de sucre, un nes à l'isie de S:
>uracan quoyque ordinaire. Nous rre, tous furent yez excepté nous énéralement tous rt des autres, et Jasmes du mieux ent péry et aussy de, et nous acherlamy-novembre tous marchands
ur dire de donner les argé d'armes et de viconies françaises du Sé- Colonies, année 1672,