AVENTURE AVEC LE SIEUR PLETZ
vous réquiper sur le Profond que vous commanderez, et de suivre les ordres que l'on envoira à l'Intendant, et ne tardez pas sans vous rendre à Dunkerque. » Je remerciay humblement Sa Grandeur et luy promis de n’arester que deux jours à Paris et il m'arêta en me disant : « Tenez, voilà ce qu'on m'a écrit de vous mais j'ay esté informé du contraire, gouvernez-vous toujours sagement. » Et il me laissa la lettre. Je ne sorty pas do l’antichambre sans la lire et j'en fus surpris du contenu. Elle ctoit du S° Plets, grand armateur, qui écrivoit faux mesme jusque contre les intendants et l'état major. Je garday la dite lettre et partis pour Paris, où je ne fus que les deux jours, et pris ma route pour Calais.
Etentre Calais et Graveline courant la poste, je passay proche d'une chaize d'où l'on me souhaitoit le bon jour et comme je me portois. J'arestay à la portière et fus très surpris de voir Plets me faire sy bon accueil, me demandant des nouvelles. Je descendis de cheval et donnay à mon postillon la bride, et dis à celuy de la chaise : « Arreste. » Je disen frappant de mon fouet : « Comment coquin, avez-vous osé me parler ? » Et redoublois mes coups du manche du fouet et des bourades du bout je l'obligeay de mettre pied àterre, et luy dis de tirer son épée. Il se jeta à genoux disant : &« Que vous ai-je fait ? je ne suis pas homme d'épée, » Je luy présente un pistolet et il le laissa tomber. Je le fis soufler et je le blessay un peu à la lèvre d'en haut et me promit de ne s'en pas plaindre.
Je reprends ma route courant mieux que luy, et a demie-lieue en avant je fus rencontré de deux officiers de la marine, M" de Maisonneuve et chevalier de Montant, (11 qui aloien. à Calais. Ils s'arestèrent À me questionner comme j'avois esté receu et sur les nouvelles, et la chaise de Plets me passa devant et n'étions plus que trois quarts de lieux de Gravelines où il gagna un peu avant moy. Cependant je ne m'arestay pas à conter l'advanture de Plets et continué. En rentrant à la barrière des palissa-
(1) Nestor-Clemenceau de la Faudière de Maisonneuve, nommé lieutenant de vaisseau en 1675; capitaine de galiote en 1684; capitaine de vaisseau en 1689. Mort à Rochefort le 4 novembre 1700.
De Montault, garde-marine en 1671, enseigne de vaisseau en 1678 et lieutenant en 1001, fut interdit en 1602 et rayé des cadres en 1503.
des, je trouvay un officier avec un hauscol et un esponton qui m'aresta et me fait escorter par deux fusilliers chez M' de Vercantière commandant. Je mets pied à terre et il m'attendit au seuil de la salle. Il me rec-ut froid disant : « Comment, Monsieur, faites-vous mestier d’assasin sur les routes. » Je dis : « Aparamant vous êtes mal informé.» — Voyons et entrées. » — Sitots entré je trouvay mon plaintif dans un fauteuil tenant son mouchoir un peu ensanglanté contre sabouche et Madame de Vercantière voulant se mesler de me gronder. Et pour abréger matière, je dis: « Il n’y a qu'un ordre du Roy, qui puis me faire arrester ; je vais à Dunkerque où j'ay ordre de m'y rendre incessament. » Et puis je présentay sa lettre et dis : « Monsieur et Madame, que feroit tout autre que moy ? Il a eu l'effronterie de m'apeler et me demander come je me portois, que ne me laissoit-il passer, je ne luy aurois dit ny fait, et il m'a fait serment de ne s'en pas plaindre. Il écrit contre l'Etat-major et contre ies Intendants. » Monsieur et Madame luy dirent: « Alez vous plaindre ailleurs. » Il fit le pleureur disant n'estre pas en seureté de vie sy on ne m'areste jusqu'à ce qu'il puisse estre arrivé à Dunkerque Je luy dis: « Alées, marault, je vous assure de ma part vous n'en valez plus la paine. » Et il partit et M' le commandant m'aresta bien une heure en buvant une bouteille de champagne, et je n'avois que pour une heure de course à faire. Je pris congé et repris la poste. Je croyais mon homme rendu mais je le trouvay encore entre Mardye et la basse ville; sa chaise s’étoit embarrassée dans les dumes, et j'arrivay un peu plustôt que luy et les portes se fermoient. Il crioit de sa force pour qu'on l'entendit, et je priay M' le Major de fermer et ne laisser entrer. I dit : » Ho! Ho! c'est ce coquin, ferme, ferme. » Etil fut coucher à la basse ville, et j'eus loisir d'aller voir M' les deux Intendants et commandants et les prèvins sur les plaintes qu'il avoit à leur faire, et je fus me tranquiliser.
Vous ne devez pas doubter que je n’informats ma maîtresse de toutes choses, et qui avoit apréhendé que je ne fus entièrement disgracié puisque son oncle m'avoit écrit : « Il est juste pour vo- ::e honneur de vous justifier à la cour, mais ne vous inquiétez pas
:sponton chez M' il m'at- « Comes. » Je s et enfauteuil et Ma- Et pour qui puis m'y ren- « Monl'effrone ne me serment ntre 1es us plainté de vie nkerque us n’en m'aresta t je n'aet repris ; encore sée dans ortes se je priay lo! c'est ville, et dants et me tran-
resse de èrement Jour vOétez pas
1692 CROISIÈRES ET VOYAGES 177 de n’y plus estre employé, cets ce que nous souhaitons et aurons une bonne frégatte à vous donner en commandement, et je luy manday qu'il m'étoit bien plus honorable d'estre remonté comme je l'étois et après quoy je quitteray le service quant je voudray et quon ne retient pas les officiers par force et qu'estant destiné pour aller désarmer à Brest que je ne manquerois pas d'aller pour
accomplir ma parole et mes désirs.