CROISIÈRES ET VOYAGES IS
mon bord, et eus loisir de reposer la nuitée pour partir le matin ensuivant que nous appareillasmes la route pour Dantzik où j'arrivé en la rade, le 27° may. Il est à remarquer qu'il n'y à que les petits navires qui peuvent entrer dans la rivière de Danzik et que les navirestirant o à 10 pieds d'eau sont obligés de rester à la rade à plus d'une lieue de l’entrée, ainssy je me fis porter dans mon canot jusqu'à la ville, où je fus trouver M° Louchay, agent de France, et il me conduit chez les anciens sénateurs, et à notre retour chez luy il me dit de renvoyer mon canot, et que nous raisonnerions sur nos affaires, et il me communiqua ses ordres qui étoient de me charger mon vaisseau de plusieurs mâts de 80 à 85 pieds de long et de 32 à 33 palmes en circonférence et aussy 20 câbles de 120 brasses de long depuis 18 à 21 pouces de grosseur, mil à 1200 barils d'acier et des hossières de cordages depuis 4 à 6 pouces de grosseur et 200 barils de ferblanc, 200 paquets de fil de laiton et 200 paquets de fil de feret du bray noir en barils et des petites mastures. Je luy dis de m'envoyer en premier lieu tout ce qui étoit de menu et le plus de poids pour servir de lest dans les fonds, et ensuite 2 à 300 longues planches pour mettre au-dessus avant de recevoir les mâts mais les fonds des payements n'étoient encore arrivés et j'eus le loisir de me promener et d'examiner le pays jusuu’au 20° de juin que j'eus advis qu'il faloit charger et le 21° nous commençames par les menus et plus de poids, le 25 et 26 par les câbles et le 2 juillet par les planches pour recevoir les mâts quoyque long et gros je trouvay le secret de les embarquer plus facilement et promptement que les Holandois qu'on m'avoit envoyés pour l'effect, et ordinairement ces grosses mastures se conduise par des basteaux qui les entraïnent proche du bord de celuy qui les doibt recevoir, et du premier j'en embarquayhuyt, cequi surprist fortmes Holandois qui n’avoient coustume d'embarquer que deux ou trois par jour.
Et la nuit il survint un coup de vent qui fit rompre le câble qui en tenoit cinq mats aftachés derrière nous, et lorsqu'il calma j'envoyai mes chaloupes äleurs recherche le long de la coste où nous jugions à peu près estre transportés, et mon canot ayant esté du costé de la baye d'Olive (1) les ytrouva échoués, et m'en ayant fait
1) Oliva ou Olive. couvent de la Prusse Polonaise, sur [a côte à un mille de Dantzik.
rapport, je changeay d'équipage du canot et my embarqué et my fits porter, et ayant mis pied à terreje trouvay deux païsanset nous dirent qu'ils y gardoient par ordre de M' l'abé Dolives pour qu'on ne les enlevats. Je m'informay de sa demeure et ils me la montrèrent à bonne demie lieue en dedans les dunnes. Je fus saluer Mr l'abbé etluy dis de ne pas trouver mauvais que j'envoye reprendre les mâts du Roy mon maistre. Et il répondit : « Qui est-il votre Roy ? Il n'a rien icy; les mâts sont à may et tout ce qui vient en cette coste par droit de seigneur et de g'avage : » Je dits : « Mon Roy et mon maistre n'a d'autre Seigneur que Dieu, ainsy je Îles auray de grey ou de force. » Il me brusqua en me disant : « Retirez-vous d'icy. » Je retournay à mon vaisseau me trouvant trop faible et sur le soir. Ma grande chaloupe y ctoit, je laissay passer la nuit et dès le petit jour je fis armer la grande chaloupe de 4 périers et des fusils et sabres et des grenades et 45 bons hommes, un cric et de bons leviers et des rouleaux et 25 hommes armés dans mon canot où je m'embarquey, et fusmes descendre proche de nos mâts et y déjeunasmes dessus pour avoir meilleur courage d'y travailler. M. l'abé en fut adverty à son lever; j'avois posté des sentinelles en découverte et l'un d'iceux m'advisa qu'il venoit des gens armés. Je fus les examiné et je remarquay comme une procession de païsants mal armés et M. l'abé vêtu en camail et rochet qui suivoit à pas graves. Lorsqu'il fut approché et son armée de membrin je luy oposé 30 fusilliers, et les fis faire halte, et il demanda à me parler. Je m'aproché et luy dis qu'il n'auroit autres raisons de moy que de me laisser repre: mes mâts, et que s'il s’y oposoit le moindrement ou ses gens que j'avois donné ordre de faire main basse sur tout, excepté luy que j'enleverois en France. Il répondit d’un air doux : « Monsieur, cela est bien violent et j'en écrirai au Roy de France. » — « Alez, Monsieur, je luy dits et vous me ferez plaisir. » Et j'enlevay tous mes mâts sans plus d'oposition.
Je me trouvay près ayant levé toutes mes expéditions pour partir pour France. Il y eut plusieurs dames chez lesquelles j'avois fréquenté à Dantzik qui me témoignèrent avoir envie de voir un vaisseau du Roy de France, et je ne peut me dispenser
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