SÉJOUR A LA HAVANE
pre laissasmes entrer l'eau, et l'on faisoit jouer les deux pompes, et MS nos gens contrefoisoient estre bien fatigués, et l'on nous dits | ue ii d'entrer. Et M" Jonchée vint au-devant de nous dans son canot ; da couvert d'une tente pour m'amencer chez luy et advertit le capi- | | “a taine Javelot comme il devoit se comporter, et le navire entra “ toujours jouant les pompes et avec empressement l'on demanda ie un magasin à louer pour y débarquer ce qui étoit dans le navire DU afin de pouvoir trouver son eau, et l'on enfonssa dedans des fu- Le vu tailles vides toutes les marchandises que l'on porta dans le dit AUADE magasin parmi les futailles des vivres. Et après quoy le navire ne es faisoit plus d'eau dont on marqua bien de la joye par les pavil- A lons, et nuitamment on enleva toutes les marchandises chez les PA achepteurs et elles furent vendues advantageusement et dont M' | Ni Javelot et Rouleau se contentoient de m'en remercier sur mes il a bons conseils et furent dix à douze jours sans me voir ny me té- Nu: be moigner d'autres reconnaissances dont Mr Jonchée me dits : Eos « Monsieur, je n'ai fait ces chgses qu'à votre seule considération FE et vous avez procuré un grand bonheur à ces gens 14 qui seroient MEET ruinées sans vous. Je vois que ce sont des ingrats et qui vous nt ue fuye, mais je veux qu'il vous en revienne tout au moins plus de Hi de deux cents pistoles et vous méritez bien plus. » Je le priay de ne LÉ leur en pas parler, et il répondit : « Cest une bagatelle pour eux. a Ce sont des vilains, sans vous ils auroient reporté ces marchanee dises en France, et je leur en ai procuré la décharge et la vente où ue ils ont profite de plus de 120 pour cent de leur adveu, Laissées pour moy faire, me dit-il, parbleu, vous estes ruiné de votre voyage et : ou- de votre peu de santé, vous vous estes endepté, hé! combien vous PEU en a-t-il couté pour vous rendre à Paris chez vous ? Laiisées les RARE venir, je les veray » Enfin ils se disposoient pour partir etii .. d, ariva deux vaisseaux du Roy pour la compagnie de la Siento, te ayant chaque $o canons commadées par M' de Vaulezard et Leil = roux, officiers de la marinne, puis une frégatte de 24 canons par LA le sieur Cosny, tous le; trois capitaines bien de mes amis qui Pet compatissoient À mes malheurs, et m'offroient leurs bourses. Et ss k M' Rouleau vint trouver Mr Jonchée le prier qu'un de ses commis LLC *
t Ê travaillats à lever leurs expéditions pour partir pour France. M: )u € 4
Jonchée leurs dits : « Rien ne vous presse, et je ne vous laisseray partir qu'avec ces trois navires lorsque je lesaurev espédiez, car sy malheureusement vous estes pris au sortir d'icy où sont tor:jours des navires de guerre anglois, votre équipage ne manqueroit de dire aux ennemis que ces trois navires sont icy et les atendrois au débarquement, cela est trop de conséquence et j'en serois blasmé des deux cours. Et je trouverois une bonne occasion à vous dédommager de votre retardement par un bon fret que je vous donnerois en chargeant vostre navire, mais vous estes des mengeurs de lard puant et des vilains qui ne meritez pas mes atentions. Ne me devez-vous la commission d’avoir vendu si bien vos effects et vous ne m'en parlez pas. Ne la devriez-vous pas à tout autre et auroit-il peuy réussir? Vous me prenez donc pour votre valet. Et vous estes sy vilains de ne pas reconnoistre les advis salutaires de mon pauvre parent qui a tout perdu et qui est infirme, et qu'à sa seule considération je vous ay rendu d'aussi bons services. » Les capitaines du Roy y etoient présents lesquels dirent qu'effectivement ils estoient des ingrats et que du moins ils auroient deub me présenter mil piastres. Et M" Jonchée dits : « Il m'a prié de ne rien demander », — parlant de moy — « mais je suis piqué. » La dessus Rouleau et Javelot dits : « Il est vray que nous avons manqué en luy et en nous, vostre commission vous est légitimement deub et à M' Doublet nous luy donnons 500 piastres. »M" de Vaulezard et Le Roux dirent : « Cest trop peu. » Mais M. Jonchée dits : « Cest assées, car mesme il ne vouloit pas que j'en parlats, » Et sur cela M. Jonchée leur dits : « Alées préparer votre navire pour recevoir des poches de tabac en poudre et cela vous produira un fret de plus de 40,000 livres et partirez dans un mois avec ces messieurs que je vais expédier en mesme temps. »
1706. Et il fallut caresner le vaisseau La Renomée comandé par M' Le Roux, et l'on avoit pozé des sentinelles Espagnols sur le quay près de ce vaisseau pour garder qu'on ne débarque nas des marchandizes, parmy les agréez du dit vaisseau, et un sentinelle s’aviza mal a propos de repousser du bout de son fusil un enseigne de la Renomée omé M" Langlois, qui se sentant mal à propos frapé tira son épée et culbutta le sentinelle sur le careau,
seray ar SY ‘jours it de ;1S au lasmé js dé- dongeurs s. Ne cts et tre et et. Et res de qu'à sa » Les ective-
reau,
1706 DÉFENSE DU CONSULAT FRANÇAIS ant
ce qui causa une révolte entre nos gens et ceux de la ville qui s'assembloient en grand nombre en armes criant : « Tue, tue les François. » Et le gouverneur du chasteau très imprudent fit tirer un coup de canon cet soner le tocssain pour alarme et s'enferma avec sa garnison, que c'étoit un désordre dans la ville où autant de nos matelots qu'ils rencontroient autant de tuées. Et M' Jonchée fut manqué de deux coups de fusil alant pour apaizer le tumulte, et sa maison où j'étois fut incontinent investie. Je fit fermer et baricader la porte de la rue et fit faire un retranchement en dedans de tous les bois d'un buscher pour en empescher l'entrée dans la basse cour voyant qu'ils enfonssoient la porte à coups de haches. Je fits dresser quatre périers en batterye et bien chargés à mitraille batant à la porte au cas qu'il eusse ouverte pour en tuer une partye. Et il y avoit une grande galerie en dedans autour du logis où il y avoit deux escaliers que j'avois pourvus au haut d'une quantité de grosses pierres pour jetter au besoin et j'enfoncey la porte du cabinet de M" Jonchées pour y prendre des menues armes, poudres et munitions. Le cuisinier s’étoit muni de ses broches à rotir et les Espagnols ayant aperceu nos préparatifs par un trou qu'ils avoient faits à la grande porte se retapirent. Le contrôleur de la compagnie nomé M' Galeux, fut sy effrayé quand je luy présentay deux pistolets pour nous défendre, qu'il ne fut par maistre de son ventre, qu'il gasta toutes ses culottes et nous penssa empoisonner. Un enseigne de M' Vaulezard dont je tairay le nom à cauze qu'il est gentilhomme ct fils d'un brave capitaine des vaissaux du Roy en fit autant que le controlleur, et se cacha soubs le lit de M' Jonchée et une flandrine nomée dame Catherine économe de la maison, prits les deux pistolets et me dits. « Monsieur je ne vous abandonneray pas. Il faut deffendre notre vie. » Elle vint avec moy bien à temps sur la terasse dont j'aperceut quatre échelles contre la muraille et des hommes qui y montoient pour piller le trésor de la compagnie qui estoit à costé, elle et moy renversasmes une des échelles avec les gens qui y estoient et ils abandonnèrent les deux autres que nous atirasmes avec agilité sur la terasse et les jetasmes dans nostre basse cour malgré plus de vingt mousquetades et des cailloux qui nous furent tirées. Je futs
dans un balcon donnant sur la rüe au-dessus de la grande porte et criay en langue Espagnolle : « Messieurs, que voulez-vous * et que nous vous avons fait.» Un coup de mousquet partit et la balle perça le bord de mon chapeau, et on me cria : « Ouvre la porte; nous te le dirons. » Jefits deffensse à Caterine de tirer sur aucuns pourne les pasiriter davantage, mais je leurs dits; « Ouvrez la porte et vous verrez comme nous vous recevrons. » Et dans le moment j'aperceut le gouverneur à la teste d'une trentaine de soldats, et Don Leaureano Dastorès qui venoit gouverneur de Chaillacola, et Mr Jonchée tout ensanglanté qu'ils amenoient tous d'un visage guay et me dirent d'ouvrir la porte et faisoient évader tous les assiégeants. Je fus faire ouvrir la porte et fus emrassé de tous et postèrent corps de garde soubs notre grande porte en disant ! « Vous estes par votre vigilance en vie et seureté. » Et admirè rent les précautions que j'avois prise pour résister. Je demandé à M'Jonchée ou ilétoit blessé voyant autant de sang sur son habit, et il me dits. « Cest qu'ils ont asasiné un malheureux jeune homme entre mes braset ils m'ont manqué par deux fois decoups de mousquets. Et je vous prie que Catherinne nous fasse donner à disner, car je meurs de faim. » — « J'en suis comme vous, luy dis-je et on a pas fait de feu à la cuisine, mangeons du pain et buvons du vin et ce soir nous souperons mieux. Mais votre controlleur et l'ensseigne de Vaulezard sont sy saouls que le premier a défonscé sa culotte, et on crève auprès de luy de sa bonne odeur; l'autre est couché dessoubs votre lit. » Mr Jonchée prit le sérieux et dit : Parbleu ! cest bien mal se comporter dans une parcille ocasion, » Et les fut trouver croyant les gronder, mais ils luy firent adveu de la faiblesse de nature quiles avoit maitrizées, puis ils vint me dire : « Pardié, vous me l'avez donnée belle ; j'alois les gronder, mais ils m'ont fait pitiéet mon dit que vous estes un intrépide. » Je dis : « Ils n'en ont pas veu la moitié, songées à fermer votre cabinet que j ay forcé la porte pour avoir des armes et munissions. » Et il m'embrassa très tendrement, et nous eumes trente deux hommes massacrés et 7 à 8 bien blessés, sans que nos pauvres gens fissent résistance, et il est certain que sy cela avait duré encore un quart d'heure que M. de Vaulezard avoit disposé les
rte et et que \ balle porte; aucuns vrez la ans le de sol- Chailus d'un :r tous le tous disant !
admirè andé à habit, homme MOUS-
à dis-
dis-je buvons
quatre vaisseaux à canoner la vilie et chasteaux et les auroient bouleversées, ce qui auroit cauzé de fascheuses «uites et un grand domage, étant unetrès jolie ville et le plus beau port et plus comode qu'il y aye, je puis dire, au monde.
Le six février ensuivaant entra en ce port cinq vaisseaux du Roy partye de l’escadre de M' d'Hiberville(1) dont cette partye étoit comandée par le frère de mon dit sieur d'Hiberville nomé Mr de Sérigy (2), lesquels revenoient d’avoir fait descente et pillé sur les Anglois les isles de Nieve et Antigue et prirent le prétexte de relascher à la Havane pour y racomoder leurs vaisseaux et y vendirent à la sourdine pour plus d’un 1/2 million de piastres de leurs pillages et s'en alèrent ensuite en France avant nous. Les deux balots que m'avoit confiées Mr le François au Petit-Goave me produirent, pour ma moitié du proïñt, 427 piastres et à luy autant avec son Capital que j'ay bien payé en France au sieur Pomenié suivant l’ordre que j'en avois, ei avec les $oo piastres des sieurs Rouleau et Javelot cela me fit un grand plaisir, et nous partismes ensemble 4 navires soubs le commandement de Mr de Vaulezard (3) dans le vaisseau l’Indien et il me fit rembarquer avec luy où il m'a traité comme luy mesme.
Nostre départ fut au 10° mars 1706 et avons esté trente huit jours à nous rendre à Chef de Boys, rade de la Rochelle, sans mauvaise rencontre que au dehors des pertuis nous rencontrasmes trois navires de guerre anglois qui nous vouloient taster nos forces. Mais nous fismes figure d’aler à eux et ils se retirèrent. Je débarqué à la Rochelle le 19 may et y fut quatre jours pour obtenir une place au carosse de Paris. Je m'étois chargé du soin d'y faire voiturer une grande cage où étoit 30 perdrix de la Havanne qui ont ja teste bleue et les yeux bordées d'un grand cercle
(1) Pierre Le Moine d'Iberville, promu capitaine de fregate au mois de février 1 692, fut nommé capitaine de vaisseau le 1e" juillet 1702. Il mourut à la Havane le 9 juillet 1706 sur le vaisseau le Juste qu'il commandait.
(2) Joseph Le Moine de Sérigny, fut fait enseigne de vaisseau le 1°" janvier 1602; lieu. tenant de vaisseau le 1°" janvier 1696; capitaine de vaisseau le 1e" février 1720. Mort je 12 septembre 1734.
(3) Juchereau de Vaulezard, nouveau garde-marine le 15 mars 1693. Fait enseigne et capitaine à la Louisiane en 1703. Retiré et passé à St-Domingue en 1713, Mort dans eette île en 1729.
rouge et devant leur poitrail un émail noir et blanc, et aussy une autre cage remplie de petits oizeaux curieux nomées maryposa (1 et azulettes que M' Jonchée envoyoit à son Altesse, M le comte de Briosne, fils aisné de M' d’Armagnac, grand écuyer et en survivance (2). Et étant arrivé à Paris, je me fit porter avec les cages à l'hostel d'Armagnac, où je fus bien receut de son Altesse qui étoit avec Madame la comtesse d’Arcos (3) favorite de Mr l'Electeur de Bavière qui eut sa part des petits oizeaux.
Je présentay à son Altesse les lettres de M" Jonchées, où j'étois recomandé à l'honneur de sa protection pour me présenter à M de Pontchartrain dont je craignois l'abord, sur ce qu'on l’avoit à faux informé contre moy, et lorsque ce prince eut leu ces lettres il me dits : « Reposées-vous », Et me fit servir proprement à manger, car il avoit disné et me dits : &« Dans deux jours je vous meneray à Versailles et vous présenteray au Ministre ». Madame d’Arcos luy demanda pourquoy, il luy dits le subjet et elle le pria de m'y servir. Il me demanda où j'avois laissé mes hardes, je luy dits : « Mon prince, elle ne consiste que dans une petite malle que j'ay laissée au carosse ». Et il l’envoya quérir et la fit porter dans une de ses chambres, où il me dit d'y rester pour aler à Versailles avec luy. Et au bout de deux jours il m'y mena dans son carosse quoyque j'étois très mal habillé. Il fut droit descendre au pied de l'escalier du Ministre et m'ayant introduit dans l’antichambre, il entra au cabinet et parla bien une demie heure à M" de Pont Chartrain et luy représenta mon malheur et innocence
(1) Le mnariposa est un oiseau du genre bengali; c'est le pinson de la Louisiane que les créoles nomment le pape.
(2) Louis de Lorraine, comte d'Armagnac, de Brionne, vicomte de Marsan, grand écuyer de France, chevalier des ordres du roi, gouverneur d'Anjou, néen 16.41, mourut le 13 juin 1718. Il était fils de Louis de Lorraine, comte d'Armagnac, grand écuyer, sénéchal de Bourgogne et gouverneur d'Anjou, décédé en 1666.
(3) « M®* d'Arco, dit Saint-Simon, mourut à Paris (1717) où elle donnoit à jouer tant qu'elle pouvoit. Elle s'appeloit étant fille M'te Popuel, étoit fort belle, et avoit été longtemps maîtresse déclarée, en Flandre, de l'électeur de Bavière. » — « Cette comtesse d'Arco, ajoute Dangeau, est une fille de Flandre, ancienne maîtresse de l'électeur. dont il aeu le chevalier puis comte de Bavière, et qu'il maria au frère du général de ses troupes, que chez lui on appeloit le maréchal d'Arco, Madame d'Arco est morte à Paris où elle faisoit une grande dépense. Son fils a été avancé dans le service et à la fin a été fait grand d'Espagne. »
Mémoires de St-Simon, t. XIV, p.171. Journal de Dangeau, t. VIIT, p. 07 et 98.
étois à M roit à ttres ent à vous \ame pria c luy nalle orter ler à S son re au antià M ence
ue les
grand rut le séné-
jouer it été tesse dont rouis où a été