‹ Journal du docteur Prosper MénièreChapitre 10 sur 170 · BIOGRAPHIE XV · texte numérisé non relu

BIOGRAPHIE XV

connaissances médicales pratiques dont il tire bénéfice à son propre usage. Auguste ayant été guéri d'une hépatite par l’emploi & l'eau froide en lotions externes et en boisson à l'intérieur, Horace s’empresse, essaye à son tour le traitemént. Il abandonne les thermes sulfureuses de Baïa et court se baigner dans l'eau froide à Salerne. Pour quelle maladie? Les uns disent la goutte, d’autres un affaiblissement nerveux. Avec Ovide nous retenons une vision de la peste qui orne les Métamorphoses. Juvénal nous montre l'éclair de son front indigné. Il lance l’anathème aux femmes riches qui ne veulent plus être mères et absorbent les drogues qui empêchent la grossesse. Plus loin, c’est Martial avec ses épigrammes, et aussi Ennius, Plaute, Térence, Catulle, Tibulle, Properce, Sénèque, Lucain. Les grands noms s'associent aux modestes. Gallus, Publius Syrus, Lucilius, ont leur place au-dessous des maîtres. [Il n'est pas déchelon de la gloire qui n'ait son représentant.

Intéressé, le lecteur demeure sous le charme et suit tous ces poètes de premier ordre ou plus effacés dans la voie médicale où leurs vers ont frayé. Le livre fermé, il ne se retire pas, ne s'arrête pas en chemin. Vite 1l court ouvrir Cicéron médecin, qui continue l’attrait, prolonge la promenade.

Ce n'est pas qu'il fût un fervent admirateur de drogues, le célèbre orateur. Des préceptes d'hygiène, la sobriété du régime, l'utilité de la diète, composent l'ensemble de ses procédés curatifs. Sa rhétorique ne l'emporte pas dans des digressions compliquées et superflues. Quand il parle science, il est exact, précis, et laisse échapper comme des bouffées d’intuition scientifique : ainsi quand 1l parle de l’absorption des poisons par les veines et de leur diffusion, au moyen de ces vaisseaux, dans les différentes partiesdu corps; malheureusement ces heureuses rencontres ne sont pas de durée.

xv1 JOURNAL DU D' PROSPER MÉNIÈRE

Les diagnostics de Cicéron apparaissent singulièrement flottants. En dehors de la fièvre quarte, :l ne connaît rien. Les termes : «C’est grave, ou long, ou douloureux,» suffisent à sa curiosité. Ce sont eux qui reviennent sous sa plume.

Bien des siècles plus tard, alors que le règne de Louis XIV jetait sa splendeur, un petit ouvrage parut, écrit par Mme Fouquet, la mère du surintendant des Finances. C'était un recueil de Réceptes choisies contre quantité de maux fort communs, tant internes gwexternes, invétérés et difhciles à guérir. Cicéron se serait fort accommodé de l'énoncé d’un titre aussi vague, la totalité de sa pathologie n'étant guère plus explicative. Quant aux panacées de Mme Fouquet, 1l eût pu, sans se compromettre, les recommander à ses amis. Et voyez la correspondance et la sympathie d'opinions! Mme de Sévigné pense sur ce chapitre comme Cicéron.

Elle a médité sur le volume de Mme Fouquet tellement que sa confiance lui est à jamais acquise. Mme Fouquet n’a-t-elle pas guéri la reine de ses convulsions, et n'est-ce pas un emplâtre de sa façon qui a opéré le miracle? Les médecins, des ânes, mais Mme Fouquet, une guérisseuse comme on n'en a Jamais vu!

D'accord, chère marquise, vous êtes trop spirituelle pour qu'on se risque à douter d’une seule de vos affirmations. M’accorderez-vous néanmoins une faveur? Celle de vous insinuer un simple et très humble conseil. Après le livre de Mme Fouquet, lisez celui que vous consacre M. Ménière : Zes Consultations de madame de Sévigné. Vous voyez qu'il vous prend au sérieux. Tournez ces pages alertes, ne vous fâchez pas d'être parfois un peu prise à partie. Qu'importe si vous manquez de jugement dans les questions de médecine! On peut très bien médire des médecins et

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