‹ Journal du docteur Prosper MénièreChapitre 11 sur 170 · BIOGRAPHIE XVII · texte numérisé non relu

BIOGRAPHIE XVII

croire aux recettes des bonnes femmes. L'un n'empêche pas l’autre, tout scepticisme étant entamé par des coins de crédulité. Comnie vous êtes imaginative et charmante et que votre jolie tête n'est pas loin du bonnet, vous possédez au service de votre cause tout un luxe de mots et d'expressions vives dont la gerbe jaillit dans une variété de tours tout à fait amusante. Nous sourions de vous entendre et n'osons protester. Nous vous demandons même de largement épancher votre bile à notre adresse, si cela vous soulage; mais cela fait, et au premier répit, pour montrer au moins que vous nous savez gré de notre condescendance, ouvrez le livre de M. Ménière. Vos lèvres se pinceront bien un peu quand vous trouverez la valeur de vos consultations médicales en jeu; mais sur tout le reste, sur ce qui touche aux choses de l'esprit et du cœur, justice complète vous est rendue, et vous vous reconnaîtrez comme dans un miroir fidèle et galamment tendu. | D'ailleurs, vous qui vous délectiez, belle marquise, aux Essais de morale de Nicole, que de plaisir ne goûteriez-vous pas à d’autres ouvrages de votre historien médical? Voici un volume manuscrit de portraits. [l date de 1855. Dans la préface, je cueille ces préceptes que distingue un esprit d'observation indulgente et de charité : «Il faut s’étudier soi-même, avoir le courage de contempler notre propre infirmité et ne rire des misères de son prochain qu'après s'être dépouillé des enveloppes menteuses que le monde et la mode ont mises au service de notre vanité.» Et d’autres lignes suivent dont l’accent touchant rappelle l’effusion tendre d’un Vauvenargues. « Dès qu'il s’agit d’un homme, il faut le juger avec impartialité et douceur. Et cependant la plupart des historiens de l'humanité qu'on désigne sous le nom de moralistes ont procédé par le dénigrement et la:calomnie... b

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Abondons en tolérance, donnons pour recevoir, mutuel échange de secours dont tout le monde a besoin.»

Mme de Sévigné, j'imagine, ne devait pas beaucoup apprécier les esprits tout d’une pièce et d'un seul trait, les raides, les empalés, les atones, les figés, dont la figure sévère ou épanouie dans son expression 1invariable garde au front un pli toujours le même ou à la lèvre l'éternité du même sourire. Avec Ménière, elle peut être rassurée. L'esprit du docteur a des jeux de lumière.

Sa relation de voyage dans le midi de la France et vers la frontière espagnole, intitulée Serza-Nugae (1852), donne accès au rayon familier et badin. Ce n’est plus la gravité généreuse de tout à l’heure, mais l'expansion d’un voyageur qui s'amuse et se détend, jouit de l’imprévu et, dans ses admirations toujours naturelles, garde l'horreur du convenu.

Pour nous convaincre du reste de la note souriante et railleuse qui effleure sans méchanceté et qui est celle où Ménière se complaît, il me suffira de citer l'épigramme suivante. Elle avait été écrite au sortir d’une séance de l’Académie de médecine où, pendant des heures, la discussion s'était éternisée à propos des parasites de la gale.

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