‹ Journal du docteur Prosper MénièreChapitre 100 sur 170 · L'IMPÉRATRICE EUGÉNIE · texte numérisé non relu

L'IMPÉRATRICE EUGÉNIE

tient aujourd’hui leur est odieux : c'est la négation des droits de l'esprit... Aussi déplorent-ils le régime actuel, mais on nous permettra de ne pas partager leurs regrets. Les Journalistes et les avocats ne composent pas seuls le peuple françafs; il y a d’autres intérêts en jeu que ceux des académiciens à prétentions ministérielles.

Et cependant c’est un beau spectacle que celui des hommes de génie aux prises avec les difficultés des gouvernements modernes luttant contre le flot populaire, cherchant à diriger les masses dans la meilleure voie, ardents compétiteurs des hautes positions sociales, où la gloire est la récompense du bien qu’on a fait à son pays, à ses concitoyens. Mais que d'erreurs chèrement payées!

17 mars 1856.

J'ai eu des détails très circonstanciés sur l’accouchement de S. M. l’impératrice. M. P. Dubois a raconté à Mme Dubois, qui me l’a redit, le menu détail de ce

/ / 5 >, e grand événement. Je me dispense de l’écrire. Cependant je consigne ici que le travail a duré plus de vingt- ° ,* F5 0 A cinq heures, qu'il a été fort douloureux, le trône ne mettant pas à l'abri de la sentence prononcée par Dieu même à l’occasion de la désobéissance d'Eve. Donc la / ® LA s A pauvre femme a gémi, pleuré, souffert, et l’art a dû intervenir d’abord en calmant les douleurs par un peu de chloroforme, puis par des instruments qui ont achevé ce que la nature ne pouvait accomplir.

Le petit enfant était fort affaibli; il ne respirait pas encore, et là encore les soins d’un habile accoucheur étaient nécessaires. Ainsi s’est heureusement terminé un drame traversé par beaucoup de petits incidents cruels, mais que l’on oublie promptement, quand la mère et son enfant sont en bon état. C’est ce que l’on peut dire

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aujourd'hui et Dieu veuille que le bien dure longtemps.

M. P. Dubois est pour moi un ami. J'ai été fort heureux du succès obtenu; une grande responsabilité pesait sur lui; l’en voilà débarrassé.

La ville a été brillamment illuminée hier soir. Aujourd’hui, les grâces, les aumônes tombent sur le peuple. La joie du père se mesure à ses largesses; elle est grande, car il est généreux. L'avenir nous apprendra le sort réservé à ce rejeton de la tige impériale. Puisse la fortune de l’empereur rester fidèle à son fils!

— La veille du 2 Décembre, une dame disait à M. de Morny : «On dit que l’on doit balayer la Chambre. De quel côté vous rangez-vous? — Moi, madame, mais du côté du manche!»

— À la naissance du roi de Rome, il y eut des harangues adressées à ce poupon par les grands corps de l'Etat. M. Séguier, alors premier président de la cour impériale, termina son discours par cette phrase :

« Puissiez-vous, monseigneur, vous montrer toujours aussi sourd à la voix des flatteurs que vous l’êtes aujourd'hui au compliment que j'ai l'honneur de vous adresser ! »

Le même personnage a fait des allocutions non moins originales au comte de Chambord. C'était un esprit bizarre, doué d’un grand bon sens, mais donnant toujours à sa pensée une forme piquante et inattendue.

20 mars 1856.

Un homme considérable et très véridique a raconté hier devant moi l’historiette suivante :

Un jour, au bois de Boulogne, l’empereur et l’impératrice se promenaient conjugalement dans les allées

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