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CAUCHOIS-LEMAIRE

s'adressa à un homme assez puissant pour l'aider à les soutenir. Le père reçut un emploi, qui fit vivre cette smalah. On pourrait raconter bien des traits de ce

genre. 4 À cette époque déjà si loin de nous, il y avait une feuille de l'opposition — J'ai oublié son nom — ré-

digée par un publiciste à grand fracas, M. Cauchois- Lemaire (1). L'autorité ayant défendu de vendre ce Journal sur la voie publique, il arriva ceci : un matin, le journal paraît avec un article dans lequel on reproche au maire de Passy d’avoir fait arrêter un des porteurs de la feuille et de l’avoir livré aux gendarmes après des violences, etc. L'article est envoyé à Possoz, qui, furieux, se rend au bureau, fait passer sa carte à M. Cauchois-Lemaire en disant que, quand on savait insulter, 1l fallait savoir répondre, etc. Propos violents, présage de duel... Enfin, le rédacteur arrive et montre à Possoz un article dans lequel il rétracte son accusation. « Vous le voyez, monsieur, le mal va être réparé... Je n'ai pas attendu votre réclamation... J'ai recu de Béranger la lettre que voici : «Mon cher ami,

(1) Cauchois-Lemaire, qui mourut en 1861, à l’âge de soixantedouze ans, dirigea, sous la Restauration, plusieurs journaux : d’abord le Yournal de la Littérature et des Arts, dont il fit le Nain jaune; puis les Fantaisies, et enfin, sous un nom d'emprunt, le Fournal des Arts et de la Politique. Trois feuilles d'opposition hardie, qui furent vite supprimées. La vivacité de sa polémique attira même à Cauchois-Lemaire une menace de poursuites judiciaires qui le détermina à passer ia frontière. Hors de France, l’ardeur de sa plume inquiéta le gouvernement des Pays-Bas, où il se réfugia. Il rentra en France, mais sans désarmer. Il encourut bientôt deux condamnations successives à l’'emprisonnement. Inutile de dire qu’il fut de ceux qui protestèrent contre les ordonnances de 1830. Louis-Philippe lui offrit une pension de six mille francs, qu’il refusa, sans doute pour se réserver la liberté d'attaquer le nouveau régime; — à quoi il ne manqua, dans /e Bon Sens, dont il devint rédacteur en chef. Il mourut cependant fonctionnaire de la monarchie de Juillet, chef de section aux Archives royales,

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«j'apprends que tu as attaqué M. Possoz, maire de «Passy, je ne sais à quel sujet; Je n'ai pas lu ton «article, je n'ai pas vu M. Possoz, mais Je te prie de «démentir tout ce que tu as pu dire de mal sur lui. « Je réponds personnellement de M. Possoz, 1l est inca- «pable de rien faire qui puisse lui attirer un repro- «che, etc.» L'affaire est dès lors terminée, la satisfaction complète. Possoz, courant chez Béranger, veut le remercier de son intervention. «Ne me remerciez pas, c'est à Cauchois-Lemaire que j'ai rendu service.»

En vieiilissant, Béranger n'a plus voulu avoir de ménage, il a songé à se mettre dans une maison de santé, afin de ne plus s'occuper de ces détails d’intérieur fatigants pour lui et plus encore pour la dame qui lui sert de compagne assidue. Elle a bien soixantedouze à soixante-quinze ans; tout Juste l’âge du poète. Aussi se placèrent-ils l’un et l’autre dans une maison de ce genre, qui se trouvait avenue de Chateaubriand, en haut des Champs-Elysées. L'établissement, n'ayant pas prospéré, fut transporté rue d'Enfer, et le vieux couple se laissa déménager avec le mobilier. Mais 1l ne put s’accommoder longtemps du régime, et aujourd'hui M. Béranger habite rue de Vendôme, n° 5, au Marais. Et comme, tout récemment, je ne sais quel journal littéraire a cru devoir critiquer la vie privée du poète, celui-ci a répondu par la voie de la presse que, quand de vieux amis comptaient, à eux deux, cent cinquante ans (la dame se nomme Judith), on devait bien leur accorder la faveur de se consoler mutuellement des ennuis de la vieillesse et ne pas leur envier le peu de plaisir qu'il leur restait à goûter.

— On m'a raconté une visite faite au poète par Mgr l'archevêque de Paris. Le prélat fut reçu avec une extrême déférence. Il dit à Béranger : «J'ai lu vos chansons. — Quoi, toutes, Monseigneur? — Je les ai lues, vous dis-je. — J'espère que vous en aurez passé

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