EALLEMAND — MARQUIS DE LA PLACE
M. Arago. Il arriva à Metz ce qui était arrivé à Montpellier : le grand astronome usa de son influence pour nuire à ses anciens amis, à ses confrères en libéralisme, uniquement à cause de leurs bonnes relations avec l’homme qui était sa bête noire.
On n’a pas idée d’une vengeance aussi acharnée. Et cependant le Libri était un homme précieux aux yeux du chef de l'Observatoire; 1l était athée au suprême degré, à décontenancer M. Lallemand lui-même, le plus effronté des néanfistes, et, sur ce chapitre, tout à fait d'accord avec bien d’autres professeurs de ma connaïissance. Car, 1l faut bien en convenir, ces sortes de orands esprits inclinent communément à cette négation radicale de la cause première et divine. M. le marquis de La Place, le plus grand mathématicien de notre siècle, a fait un livre magnifique intitulé : la WMécanique céleste, et qui est un prodige de science. Le grand Napoléon, qui était en état d'apprécier le mérite de ce bel ouvrage, en faisait son compliment à l’auteur un Jour, aux Tuileries, et, dans la conversation, Napoléon dit au savant : «C’est très bien, monsieur le marquis meus Wadi remarqué. que le nom de Dieu. ne-se trouve pas une seule fois dans votre livre. — C'est vrai, sire, mais je n'avais pas besoin de cette Zypothèse!» Le mot a eu dans le temps un grand retentissement.
12 décembre 1856.
Après le diner, qui a été assez gai, M. le chancelier, rentré au salon, nous a raconté diverses histoires assez intéressantes. L'ancien régime révolutionnaire revint souvent sur le tapis, et comme le citoyen Louis Blanc, dans son Æistoire de la Révolution française, trouve moyen de faire l’apologie de Robespierre, de Danton et autres révolutionnaires, on a tout naturellement parlé
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de ces charmants personnages, dont la logique 1inflexible procédait à la conversion des royalistes en leur coupant le col. Voici la causerie de M. Pasquier :
«J'étais à Juilly, au collège, dans la division des moyens; nous étions fort indisciplinés (non pas moi, car je n'ai jamais été très tapageur), mais enfin nous avions pour préfet de quartier un brave oratorien, le Père Bailly (qu'on appelle Bailly de Juilly, pour le distinguer du maire de Paris). Cet excellent homme fut tellement fatigué de nos malices qu'à la fin de l'année scolaire il déclara au supérieur qu'il ne pouvait plus y tenir. Il fut remplacé par un autre oratorien, le Père Billaud-Varennes, qui, déployant une fermeté extrême, nous eut bientôt mis à la raison. Les punitions étaient sévères, nombreuses; il fallut céder; l’ordre fut rétabli.
«Ces deux personnages ont joué tous deux un rôle dans la Révolution, tous deux furent membres de la Convention nationale, mais leur manière d'agir ne se ressemblait guère. Le Père Bailly était un sage, un philosophe chrétien, plein de bienveillance pour tout le monde. Il échappa à l’échafaud, devint préfet sous l'empire et mourut en 1813 ou 1814. Son terrible confrère, Billaud-Varennes, au contraire, était un être dur, un tigre; 1l a eu la plus grande part aux désordres de la Révolution. Il était encore plus féroce que Robespierre et Saint-Just, et jamais la pitié n'eut accès en son cœur. Îl fut déporté à Cayenne et vécut plus de vingt ans dans cet exil. Il est mort à Saint-Domingue: le mépris ne tue pas, et ce monstre n’a pas subi sa punition sur terre.
L'orage grondait sur ma tête, continua le chancelier. Mon père était en prison comme parlementaire, je m'étais réfugié en Picardie, mais des affaires urgentes m'ayant appelé à Paris, je me cachai chez une brave femme, Mme X..., qui demeurait rue Aubry-le-Bou-