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M" SIBOUR

prélat nouveau, lancé dans cette voie républicaine, ne tarda point à l’abandonner pour suivre docilement le nouveau chef de l'Etat. Bel exemple de la souplesse

de ces esprits qui sont toujours de l’avis du pouvoir. Il faut convenir que les temps sont difhciles, que les

bergers du troupeau ne peuvent aisément le conduire, ni davantage se conduire eux-mêmes, et que trop souvent les intérêts privés entraînent tout à leur suite. Mais enfin Mer Sibour n'est pas parvenu à se concilier la faveur publique. Il n'avait que des vertus aumônières,; 1l ne tenait pas, dans la capitale, le rang que comporte le titre d’archevêque de Paris, et, sauf cette mort effroyable, on le regretterait peu.

L'assassin est, dit-on, un vicaire de Saint-Germainl’'Auxerrois, 1l se nomme Verger et a été tout récemment interdit. Je ne sais pas pourquoi. On a dit qu'il avait la tête dérangée, qu’il s'était promené dans la rue portant sur la poitrine une pancarte contenant des menaces contre le haut clergé. On m'a dit aussi que la police avait reçu l’ordre de l'arrêter, qu’il avait échappé hier à ses recherches, et c’est précisément au moment où se terminait la cérémonie des vêpres de la neuvaine de Sainte-Geneviève que le coup mortel a été porté. L’archevêque n’a pas survécu dix minutes à sa blessure. Il est encore en ce moment dans le salon du curé de Saint-Etienne-du-Mont, en attendant les actes judiciaires.

Voilà un terrible événement, hors de toute prévision, arrivé dans une église, au milieu des plus imposantes cérémonies du culte; un prêtre tué par un prêtre, le sanctuaire souillé du sang de la victime, un de ces rares forfaits qui épouvantent la raison et la foi. Admettons que ce malheureux insensé finira sa vie dans une loge de Charenton. Reste toujours l’événement, le cadavre, cette mort violente, subite, foudroyante, qui vous arrive sans avertissement. La vie

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accessoires des plus bêtes, dont il faut subir l'ennui avec courage. Enfin trois ou quatre mois de patience suffisent à cette œuvre, on a dépensé trente à quarante mille francs pour monter cette machine qui peut crouler dans un quart d'heure. Mais aussi, quand cela va, quel plaisir! Le Fils de la Nuit a été joué cent quatrevingts fois sans interruption, pendant six mois consécutifs, et le théâtre s'y est enrichi. Si la Belle Gabrielle a un pareil succès, c’est une fortune. Les amuseurs de M. le public ont fort à faire. J’en vois souvent, et des plus huppés, qui viennent exhaler leurs douleurs dans le cabinet de J. Janin. Tout n’est pas rose dans ce charmant métier dramatique. ;

2 avril 1857.

Je suis allé hier soir à l'Opéra pour voir le nouveau ballet, Marco Spada, dont l’idée première appartient à l'empereur, dit-on. Pendant qu'il était à Plombières, au milieu d’une conversation, l’idée d’un ballet nouveau est éclose dans cette auguste cervelle. On prétend que S. M. l'impératrice a aussi travaillé à développer ce scenario intéressant. M. Auber a fait la musique; il a rappelé la plupart des motifs charmants de ses opérascomiques. Il y a eu deux fameuses danseuses, la Rosati et la Ferraris, qui ont eu un grand succès. Ces deux artistes brillent par des qualités fort différentes, de sorte que, loin de se nuire, elles se complètent l’une l’autre. Je me suis fort amusé. J'ai vu beaucoup de monde de connaissance, des dames en toilette extraordinaire, et puis j'ai dormi par là-dessus tranquille comme un petit ange.

— Nos aïeux, qui nous valaient bien, après tout, n avaient point cette pudibonderie de langage qui nous vient, dit-on, d'Angleterre, et qui cadre si mal avec

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notre tempérament gaulois. Au dix-huitième siècle, les manières étaient exquises, et quand on vit comme mot dans la société de vieillards et d'hommes de l’ancienne cour, on est souvent honteux du sans-gêne et du laisser aller de nos mœurs. Et cependant, dans cette société nouvelle où nul ne voudrait se plier aux gentillesses d'autrefois, on ne supporterait pas les propos un peu caillards que faisaient circuler nos grand’mères. Bien qu'il y ait une plus grande retenue dans le langage, la politesse n’est plus dans les manières. Qui expliquera cette contradiction? Ainsi, l’autre soir, chez Mme de Boigne, une dame âgée rappelait un mot qui avait été fort goûté à la cour de Louis XV : une grande dame accouchant, disait : «Comprend-on qu'on ait tant de peine à faire un petit Poix!» C'était la princesse de Poix elle-même, ajoutait la narratrice, qui s'était permis ce léger calembour.

— J'ai vu hier soir mon gros Janin, qui était furieux contre le gouvernement. Il revenait du convoi de Béranger.

L'Empereur a eu l’infamie de se charger des funérailles du poète; 1l a même voulu que cette cérémonie ne devint pas une occasion d’émeute! En conséquence, il y avait beaucoup de troupes et personne n’a été tué. C’est le comble de la tyrannie! Je me suis beaucoup moqué du grand critique.

Deux mots sur Béranger. — Je l'ai vu, Je lui ai parlé, J'ai un beau portrait de lui où il a mis sa signature, enfin J'ai une lettre charmante, écrite tout entière de sa main. C'était un bon homme, charitable, obligeant, généreux et modeste. Il a été imprimeur, puis employé dans l'Administration, et, en 1812, il débuta par Ze Ro d'Yvetot, piquante satire contre Napoléon. Et puis, quand vint la Restauration, il se montra chaud patriote, chanta l'empire, la gloire, et contribua plus que personne à entretenir les idées napoléoniennes.

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Sous le roi Louis-Philippe, il ne fit plus de politique; il dauba sur les prêtres, sur les marquis, mais sans se montrer ami du gouvernement de Juillet.

La vieillesse arriva, il n'avait pas de fortune; son éditeur principal, Perrotin, que je connais très particulièrement, lui donna six mille francs par an, puis davantage, à mesure que les infirmités se développaient. Ce libraire est un excellent homme, généreux et bon; il s’est conduit envers Béranger comme un fils dévoué, affectueux.

Béranger fut nommé membre de la Constituante de 48. Mais cela l’ennuya bientôt; il donna sa démission, laissant les législateurs faire la belle besogne que l’on sait. C'était un homme aimant la solitude, vivant dans une obscurité volentaire. Il avait le sentiment poétique le plus vif, le plus profond qu’on eût connu dans notre pays depuis cent ans. Il a fait des odes qui seront admirées tant que la langue française subsistera.

15 août 1857.

Je vois M. le chancelier plusieurs fois par jour, il parle, je l'écoute, et Je recueille ainsi divers renseignements qui ont bien leur prix.

Ainsi, dans une conversation récente, à propos du procès fait aux sicaires de Mazzini, M. Pasquier s'est exprimé assez vivement sur la singularité des circonstances atténuantes accordées à ces brigands. Le vieux duc est fort sur ce chapitre des crimes politiques. Il lui a été donné d’en voir beaucoup, d'en juger, et il sait a merveille apprécier leur degré d'importance. Etonné de voir le jury et la cour d’assises accepter cette doctrine des circonstances atténuantes dañs un cas semblable, il a voulu en référer à un légiste éminent : il a écrit à M. le comte Portalis, ancien premier président

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