SAINTE-BEUVE — GÉNÉRAL FRIANT
tante; on lui refusa l'entrée, et, comme 1l insistait auprès du valet de chambre, celui-ci lui raconta l'affaire, qui fit grand bruit. La complice était précisément Mme du Chayla. Ma
M. Sainte-Beuve est né le 22 décembre 1804. J'ai saisi cette date à la volée. Le spirituel académicien cause bien, mais beaucoup; il a une bonne voix et se fait bien entendre de M. Pasquier, mais je trouve quil n'écoute pas assez. Il a certainement dit de fort bonnes choses, mais 1l y aurait profit à ce qu'il en dit un peu moins. M. Pasquier, à son arrivée, lui a fait compliment sur l’article qu'il a publié dans le Moniteur, ces jours derniers, à propos des souvenirs de guerre du général Friant. Le fils de celui-ci, qui n’a pas été militaire à proprement parler (1l a été général dans la garde nationale sous Louis-Philippe), a un fils qui est capitaine de cuirassiers. C’est en quelque sorte pour conserver les traditions de la famille que le second Friant a écrit ce livre, qui est.-un beau titre pour le capitaine actuel, troisième du nom et fort brave officier, dit-on. M. Sainte-Beuve a fait un bon article sur ces mémoires d’un soldat héroïque, qui serait devenu maréchal s'il n'avait pas été bien plus utile à l’empereur dans des commandements d’un ordre secondaire.
Un jour, dans une de ses promenades, Louis XVIII fut croisé sur la route de Versailles par M. Sosthène de La Rochefoucauld. Le monsieur, qui conduisait luimême sa voiture, s'arrêta, descendit et, se plaçant devant la roue, se tint courbé, le chapeau à la main, saluant profondément le roi. Celui-ci le vit très bien, et, avec un sourire malin, plaça son pouce sous les dents incisives supérieures et, projetant la main en avant, fit le signe : « Tu n'auras rien!» Le maréchal X..., qui était dans la voiture du roi, ne manqua pas de raconter cette mimique du prince plus plaisante certes que justifée. Ce La Rochefoucauld a eu un fils, qui est plus ou
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moins Sosthène, dit un malicieux personnage, et qui cependant vise à l’Académie.
On a parlé des deux élections prochaines, il faut remplacer Alfred de Musset et Briffaut. On prétend que M. de Laprade, un poète de Lyon, sera élu à la première place; il a eu quinze voix et plus, en concurrence avec M. Emile Augier. Un si grand nombre de suffrages assure une élection prochaine, ordinairement, et l’on peut regarder celle-ci comme assurée. M. de Laprade est fort peu connu. La place de M. Briffaut sera très disputée. Les principaux compétiteurs sont M. de Carné, ancien député de Louis-Philippe, homme de création Guizot, auteur de plusieurs écrits assez 1mportants. Il aura pour rival M. de Marcellus, et puis M. Jules Sandeau, ce dernier ayant plus de chances; mais M. de Marcellus comptait des amis chauds : 1l avait, lors d’une précédente élection, des voix assurées; on l’a prié de se désister, 1l a obéi. Les personnes qui lui ont demandé ce sacrifice se trouvent donc vraiment engagées vis-à-vis de lui. Mais ce personnage, qui sait le grec, est assez peu académique; il a écrit je ne sais quel poème fort inconnu et ne compte pas de réelles sympathies dans l’Académie. Il y a bien encore M. Cuvillier-Fleury et puis aussi M. Brizeux, un poète breton dont la gloire n’a guère dépassé la Bretagne. Il y a encore d’autres amateurs, mais qui ne valent pas l'honneur d’une mention officielle.
Dans un moment favorable, causant avec M. Sainte- Beuve, je lui ai dit que j'éprouvais le regret de ne pas entendre prononcer le nom d’un homme qui avait au moins autant de titres qu'aucun de ceux dont on venait de parler. Il a très bien senti mon allusion et m'a dit : «C'est vrai, votre ami Jules Janin ne se présente pas, et 1l a raison. Il ne lui faut pas de candidature hasardée. Qu'il attende.…. il n’attendra pas longtemps, et 1l entrera bravement par la belle porte, etc.»