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M% THIERS

Europe. Aussi ce personnage est-il du petit nombre de ceux qu'on nomme les favoris de la fortune. Comme tout le monde, J'ai vu M, Thiers se promenant sur les boulevards, je l’ai vu-à l’Académie française, au théâtre, enfin partout, mais là ne se borne pas ma connaissance de cette célébrité contemporaine.

Le samedi 30 mars 1833, J'ai eu l'honneur insigne et dangereux de paraître devant le conseil des ministres du roi Louis-Philippe pour raconter devant cette grave assemblée les divers incidents de mon premier séjour a Blaye. M. Thiers était alors ministre de je ne sais quel département, mais enfin J'ai parlé devant lui, et la chose avait assez d'importance pour que je ne l’oubliasse pas. Depuis cette époque, J'ai rencontré plusieurs fois M. Thiers à l'Ecole militaire, lorsque le général Bugeaud commandait une des brigades de Paris. Plus tard, quand le général eut conquis une position plus élevée, quand 1l fut maréchal de France, 1l se fit une sorte de traité de paix entre le soldat et l’orateur. Je ne puis dire ici les motifs de la querelle violente qui les avait séparés pendant quelque temps.

Il m'est arrivé deux ou trois fois de diner chez le maréchal avec M. Thiers, et, à diverses reprises, j'ai causé avec lui, mais sans sortir des généralités de la conversation. Quand le choléra eut frappé le maréchal Bugeaud, M. Thiers vint tous les jours faire une longue visite à cet homme que la France allait perdre, et, dans ces lugubres circonstances, j'eus l'honneur de donner à M. Thiers tous les éclaircissements qu'on pouvait attendre d’un médecin sur le cas mortel contre lequel la science luttait en vain. Pendant plus d’une heure, M. Thiers m'interrogea, je répondis; il demandait toujours de nouveaux renseignements, 1l aurait voulu trouver dans mes paroles des motifs d'espérer, mais la mort avait saisi sa proie; nous luttions en vain, et 1l fallut se résigner.

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Depuis ce temps si funeste, — c'était en 1849, — Je me suis rencontré avec M. Thiers chez Mme la baronne X..., sa parente, et j'ai causé avec lui à plusieurs reprises et longuement, au sujet d’un petit garçon atteint d’une lésion grave des oreilles. Là encore, il fallait soutenir une thèse vraie, mais douloureuse. Les gens du monde n'acceptent pas volontiers les arrêts de la science, surtout quand ils froissent leurs désirs, leurs ambitions. Ma conscience ne pouvait fléchir devant des considérations de ce genre; aussi ai-je soutenu mon opinion, que le temps n’a que trop confirmée depuis. En ces dernières circonstances, je trouvai M. Thiers plus communicatif, plus cordial, et je sentis moi-même que j'étais sorti pour lui de la catégorie des indifférents. Tant de rapprochements divers avaient rompu la glace, et dimanche dernier, 1* novembre, lorsque je suis arrivé, à deux heures, dans son salon, J'ai pu remarquer que Je me trouvais en pays de connaissance. [Il y avait là plusieurs personnes que je connais, au moins de vue : M. Mignet, de l’Académie française, et quelques dames que J'ai eu l’occasion de rencontrer ailleurs. Il n’est pas intéressant de raconter cette visite. L’ayant faite comme médecin, je dois, au reste, m'interdire d'en écrire les circonstances dans ces pages légères. Mais je crois avoir le droit de parler de M. Thiers. de mes impressions à son endroit; il s'agit tout simplement de notes biographiques, et il est loisible à chacun de dire ce qu'il a vu, ce qu'il a pensé.

Donc, voici comment j'ai trouvé M. Thiers, en l’an de grâce 1857. Il diffère énormément de ce qu’il était en 1833. Ces vingt-quatre années écoulées ont apporté avec elles un grand embonpoint, qui se place assez mal chez un homme de taille exiguë. On peut dire qu'il boulotte, mais, à cela près, il se tient fort droit; comme les petits hommes, il dresse la tête, et sa voix de faus-

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