‹ Journal du docteur Prosper MénièreChapitre 124 sur 170 · ET · texte numérisé non relu

ET

348 JOURNAL DU D' P. MÉNIÈRE

M. Mérimée est un conteur agréable, il a parlé du vieux M. de Quatremère qui vient de mourir. Ce savant était le fils d’un ancien marchand de drap de Îa rue Saint-Honoré, et la maison de commerce subsiste encore, dit-on. Le négociant primitif a eu beaucoup d'enfants qui ont tous illustré leur nom. M. de Quatremère de Quincy a beaucoup travaillé sur les antiquités, sur la statuaire, et on lui doit des ouvrages intéressants. Celui qui est mort dernièrement était professeur d’hébreu au Collège de France, je crois. Il habitait depuis un demi-siècle un hôtel situé dans l’île Saint-Louis. Il avait entassé peu à peu dans cette maison une prodigieuse quantité de volumes, 25 à 30,000 au moins, et l’on prétend que les planchers menaçaient de crouler sous cette charge. Le propriétaire, en raison de cela ou pour tout autre motif, donna congé à son vieux locataire, et le dérangement apporté à des habitudes invétérées, l'ennui d’un changement, l'incertitude de trouver où loger une bibliothèque formidable, tout cela contribua, dit-on, à hâter la fin d’un vieillard dont la vie était marquée au coin de l'originalité la plus étonnante.

Ce vieux bouquiniste tenait ses livres cachés à tous les yeux. Jamais avare n’a fait si bonne garde autour de son trésor. À ce sujet, M. Mérimée nous a raconté l'historiette que voici. Un orientaliste avait trouvé dans je ne sais quel couvent de l'Asie Mineure un manuscrit fort ancien, traitant de linguistique. I1 le porta tout naturellement à M. de Quatremère, passé maître en pareille matière. Celui-ci voit le manuscrit, l’admire, et si chaudement que le possesseur de ce bijou croit devoir en faire hommage au vieux savant. Peu de temps après, le monsieur si généreux, ayant à terminer un travail important, se rappelle que le fameux manuscrit contient un passage, une citation d’un auteur ancien, fort utile au soutien de la thèse qu'il a entreprise. Il va

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