M. COUSIN — M. PATIN
certains individus qui, à les croire, n'auraient besoin que d’un repos de quelques heures. En pareille affaire, chacun prêche pour son saint.
Partout où se trouve M. Cousin, il est difficile que les femmes célèbres du dix-septième siècle ne deviennent pas le sujet de propos intéressants. Le grand écrivain met une sorte de passion à tout ce qu'il dit sur ces dames. M. Lebrun et M. Patin lui ont donné la réplique, avec assez de vivicité, mais on voit que ces messieurs cherchent plutôt à le faire parler qu'à parler eux-mêmes.
Mlle de Scudéry a eu son tour. On a vanté son esprit, son talent. Elle fut une vraie femme de lettres, et pendant longtemps elle a exercé une immense 1nfluence sur la haute société contemporaine. Ainsi le grand Condé, écrivant à sa sœur, l’appelle tout naturellement Mandane, et lui, dans les lettres qu’il reçoit, est désigné sous le nom d'Alexandre. Qu'on ne croie pas que ces dénominations romanesques fussent des plaisanteries, des moqueries. Pas du tout; c'était sérieux, et les correspondances les plus graves, traitant des choses de la plus haute importance, contiennent ces noms empruntés aux romans de la demoiselle. Jamais mode ne fut plus universelle et plus durable. Et cependant ces livres, qui ont excité un si grand enthousiasme, sont à peu près illisibles aujourd'hui. Ce sont des histoires interminables, avec des épisodes inextricables, dédale dont les plus intrépides lecteurs ne pourraient se tirer. Mais Mlle de Scudéry a fait de charmants vers. M. Cousin dit que c'est là son vrai titre de gloire aux yeux de la postérité, si sévère pour elle.
Mme de Rambouillet a été ce qu'on peut appeler la première maîtresse de maison qu'on puisse citer en France. Elle a en quelque sorte créé ce genre de talent, qui, depuis, a été une des gloires de la société parisienne. Elle avait vingt-cinq ans lorsqu'elle embrassa
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ce rôle tout nouveau et, après elle, le sceptre de reine de salon n’est pas tombé en déshérence. Il est difhicile aujourd’hui de dire qui le tient le mieux, qui mérite davantage de trôner parmi le monde causant et pensant. Plusieurs femmes d’un grand mérite ont bien soutenu cette renommée française, mais on dirait que la chose se perd. Tant pis pour nous.
L’affluence des membres de l’Académie française chez M. le chancelier indique assez qu'il y a des élections prochaines. Il en est toujours ainsi dans ces circonstances. M. Lebrun doit répondre à M. Emile Augier, le futur récipiendaire. Mais celui-ci a une comédie en cinq actes et en vers, la Jeunesse, qu'on doit jouer à l'Odéon dans un ou deux mois. L'auteur est tout à sa pièce. Il ne songe guère à son discours. Aussi ferat-on les élections sans lui, puisqu'il se montre si peu pressé d'occuper son fauteuil.
18 novembre 1857.
J'ai toujours pensé que la véritable histoire ne se trouve pas dans les livres. On n’écrit pas les choses réelles, on arrange les événements, on donne à ces récits officiels une couleur de convention qui fait rire les vrais acteurs de ces scènes, de sorte que le public, qui lit ces histoires frelatées, ne sait jamais à quoi s'en tenir sur les causes des événements, sur les personnes qui y ont joué le principal rôle. Et voilà pourquoi je ne lis jamais ces relations faites après coup. J'ai peutêtre porté un peu loin cette répugnance pour nos historiens modernes; je n'ai jamais ouvert un livre sur la Révolution française, sur le Consulat et l’Empire, pas plus que sur les deux Restaurations, sur la monarchie de Juillet et le gouvernement provisoire de 1848. C'est dire que je suis ignorant comme une carpe sur toutes les choses contemporaines et que peu me soucie des