M. COUSIN — M. BERRYER
losophes modernes, vous allez nous amener un dominicain, plus tard un bénédictin, pourquoi pas un capucin?...» La sortie a été vive, très piquante. En ces occasions, M. Pasquier retroüve sans peine une ardeur juvénile.
Hier soir, M. Cousin, qui venait de dîner chez M. le duc Decazes, est arrivé à 0 heures et a été reçu par Île chancelier avec une effusion d'amitié. M. Pasquier aime M. Cousin comme on aime un enfant terrible, et celui-ci est plein de tendresse et de déférence pour le chancelier. Il y a entre eux un vif échange de bons sentiments, une gaieté de propos qui ranime l’illustre vieillard, et c'est un singulier plaisir de les entendre causer.
Il est venu de nombreux visiteurs, entre autres M. Berryer, le célèbre avocat. On a lu tout haut le discours de la reine d'Angleterre à l’ouverture du Parlement sur quoi les hommes politiques ont fait des réflexions assez peu rassurantes : l'Angleterre est entrée dans une voie de réformes qui annonce de grosses affaires; les événements modernes lui donnent des leçons dont elle aura le bon esprit de profiter; 1l lui faudra nécessairement toucher à quelques parties de son antique édifice, et ces restaurations, si adroitement qu'on les fasse, entraînent quelquefois la chute de tout le reste.
À propos de je ne sais quoi, on est venu à parler de la fameuse bataille de Leipsick qui nous coûta si cher et qui marqua la première décadence de Napoléon. M. Pasquier, avec une sûreté de mémoire qui est prodigieuse, établit les principales phases de cette grande journée et indiqua très nettement les causes: dedinsuccés. Le livre de M Thiers: fut misven cause, et 1l fut démontré que le célèbre historien de l'Empire n'avait pas toujours raison dans ses récits. Il y a eu là un incident ridicule et fatal. L'empereur était malade, il n'avait pas la libre disposition de son
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intelligence. Je ne sa:s quel grand personnage de l'époque, parfaitement au courant de cette affaire, a dit dans le temps que le salut de l'Empire a tenu à une gousse d'ail, l'empereur ayant été indisposé gravement
par ce condiment La perte d'une bataille fameuse amenée par un embarras d'entrailles !
Pour M. Pasquier, la cause première des revers a été la bataille d'Iéna. Jamais journée ne fut plus glorieuse. D'un seul coup, l'empereur écrasait ses ennemis, s'emparait de la Prusse, tnomphait partout. Jusque-là, 1l avait facilement battu les en usses et les Autrichiens, mais alors 1l eut affaire aux troupes du grand Frédéric, aguerries, solides, et en un seul jour 1l écrasa cette armée fameuse Ce succès inouï lui inspira une confiance en soi qui devait entraîner de grands malheurs. Soldats et officiers crurent dès lors à l'étoile impériale; de bonne foi 1ls se dirent invincibles, et cette présomption eut pour résultat des néglhigences que châtièrent des insuccès. Tout cela a été dit avec une fermeté de souvenirs, une précision de détails qui m'ont charmé.
M. le général de La Rue, qui a toute l'autorité nécessaire pour bien juger cs hautes questions, a abondé dans le sens du chancelier M. de La Rue est le chef de la gendarmerie de France, inspecteur général, etc. C'est un homme distingué, et qui est fort aimé de M. Pasquier. Très attaché à la famille d'Orléans, il fut destitué en 1848, et le colonel Charras, qui était le bras droit de M. Arago, alors ministre de la guerre, se débarrassa bien vite d’un homme de cette valeur. Bientôt, le pouvoir devenant plus solide, Cavaignac redonna du service au général de La Rue et lui proposa même une mission secrète en Allemagne Le général répondit aussitôt que jamais 1l n'avait caché ses épaulettes et qu'il ne pouvait accepter un emploi qui exigerait une pareille honte. La lettre, que j'ai lue, dit M. Pasquier, est un chef-d'œuvre de dignité, de fermeté et de con-