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LOUIS XVI — PHILIPPE ÉGALITÉ

chez moi je ne voyais plus que des visages consternés.

«Je puis donc parler de cette affreuse affaire; J'ai raconté, comme témoin oculaire, un fait que personne ne paraît avoir vu, car tous les historiens de cette époque ont omis une circonstance importante. Il semble qu'un aussi grand crime est déjà passé à l’état de lésende, la rumeur publique ne s'occupe que du fait en lui-même, sans tenir compte du lieu, du moment, des détails caractéristiques. Plus tard, ce fut en effet auprès de la statue de /a Liberté, placée au beau milieu de la place de la Révolution, que furent immolées tant d'autres victimes. Remarquez bien que jamais Madame la Dauphine, la fille de Louis XVI, duchesse d’Angoulème, n'a voulu passer par les Champs-Elysées entre les groupes de Marly, elle prenait toujours le cours la Reine ou le faubourg Saint-Honoré.»

À l’époque de la condamnation du roi par la Convention, on trouvait dans le public parisien un très vif mouvement de sympathie en faveur de l’infortuné monarque. M. Pasquier a entendu chanter dans les rues, sur l'air de Pauvre Jacques, une sorte de complainteromance dans laquelle le roi lui-même, adressant la parole à ses juges, à ses bourreaux, leur disait entre autres choses : «J'ai toujours aimé la France et son peuple, J'ai vécu simplement, suivant la loi de Dieu et la Justice, enfin je n'eus jamais n1 favori ni maïtresse.» Cela prouve au moins que les impressions de la foule étaient on ne peut plus favorables au roi et aussi que le gouvernement d'alors tolérait ces manifestations populaires.

Il a été question de la part qu'a prise le duc d’Orléans, Philippe-Egalité, à l'arrêt de mort de Louis XVI. Evidemment ce prince ambitionnait le trône, il avait un parti qui le poussait, mais il n'avait pas la force morale, le courage nécessaire pour conduire à bien une aussi srande entreprise. Lors du jugement, son fils

Louis-Philippe était à l’armée. Un autre fils, mort plus tard à l'étranger, suppliait le prince de ne pas voter la mort du roi, et il avait promis de s'abstenir. Mais le jour fatal, quand il lui fallut monter à la tribune et motiver son vote à haute voix, 1l eut peur d'un groupe d'énergumènes qui entourait la tribune; 1l opina pour la mort, et l’on sait que ce fut par lâcheté qu'il prit ce parti.

Mirabeau disait de ce personnage : « Vous voudriez en faire un roi, je n'en voudrais pas pour mon laquais!» La plupart des faits que je viens de citer ont été racontés à M. Pasquier par Boissy d’Anglas, qui en avait été témoin. Peu après le 21 janvier, le duc d'Orléans fut invité à quitter la France et se réfuoia en Angleterre. C'était un homme pour lequel la postérité a été Juste autant que sévère. C'est une mémoire odieuse, flétrie de crimes et de lâchetés.

On dirait que son fils Louis-Philippe, parvenu au trône en 1830, n'a pas tardé à porter la peine du mal originel. La branche d'Orléans est marquée d'un signe fatal, et la grande histoire du dix-neuvième siècle enrecistrera des malheurs que bien des gens considèrent comme une salutaire expiation. De pareilles catastrophes sont dans le secret de la Providence. On a dit que le duc d'Orléans avait assisté au supplice du roi, mais cela n'est pas vrai.

6 octobre 1858.

M. Pasquier, qui ne se permet que de rares épigrammes, en a commis une petite à l'égard de la princesse Elisa. « J'ai connu, a-t-1l dit, trois ou quatre favoris que l’empereur enleva à sa sœur en leur donnant un emploi au loin.»

— Je ne vous ai pas dit quelle brillante réunion J'avais vue chez le chancelier, lundi soir, après dîner.

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