VOLTAIRE
cessaire pour construire ce monument, et Jamais le cadavre de ce fils n'a reçu le moindre honneur. Tout ceci est rigoureusement vrai et bon à conserver dans les archives secrètes de l'humanité contemporaine. Le mal reçoit quelquefois sa punition. Un jour, cet homme, qui remplissait je ne sais quelles fonctions dans un bureau où 1l fallait aller (c'était, Je crois, à la police), vit entrer chez lui un personnage d'assez grand air et qui lui demanda je ne sais quoi. L’académicien, choqué du ton du visiteur, le reçut mal; 1l s’éleva entre eux une altercation et le chef de bureau s'écria : « Monsieur! vous portez la tête bien haut! — Possible, monsieur, mais cela vient de ce que je n’ai jamais porté que la mienne!» Voilà ma petite anecdote, elle n’est pas gaie, mais 1l faut les prendre telles qu’elles sont, en attendant quelque chose de plus jovial. Cependant, c’est tout trouvé, et voilà un petit conte très vrai qui peint bien la singulière vanité de Voltaire. On avait pendu en place de Grève je ne sais quel voleur célèbre, et l’on ne parlait d'autre chose dans les plus brillants salons. Voltaire, oublié, restait plongé dans son fauteuil, ne disant mot, faisant froide mine et en somme de très mauvaise humeur. Quelqu'un, l'ayant remarqué, demanda ce qu'avait le grand homme. Sa nièce répondit : «Ne le voyez-vous pas? il est jaloux du pendu!» — Que de gens sont ainsi!
2 décembre 1850.
M. de Talleyrand est une des plus grandes figures historiques de notre temps, il a joué le premier rôle dans nos affaires politiques, et tout ce qui tend à faire connaître ce personnage a un intérêt réel.
Voici quelques détails. Avant la fameuse époque du 10 août, 1l y avait à Londres un ambassadeur français jeune et peu capable. M. de Talleyrand avait été
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envoyé près de lui pour le surveiller, mais le prince, flairant les événements parisiens, revint ici à temps pour assister à la crise politique et y prit une part active. Notre ambassadeur à Londres était M. le marquis de Chauvelin. Il fut fort embarrassé; 1l écrivit à Pitt une lettre compromettante, il en écrivit une seconde pour redemander la première; on lui répondit en lui envoyant ses passeports, et la rupture éclata entre les Anglais et nous.
À l’époque où l'orage grondait sur l'Autriche en 1805, vers la prise d'Ulm, M. de Talleyrand, envoyé à Vienne, écrivit de Strasbourg une longue dépêche, une sorte de mémoire politique dans lequel le diplomate exposait l'utilité de ne pas pousser l'Autriche au désespoir et de façon à rendre impossible un raccommodement. Ce travail était excellent. C'est par suite de ces idées sages que l’on fit accorder à l’Autriche la Valachie et la Moldavie, en compensation de ce qu'on lui enlevait ailleurs, et ce cadeau était calculé en vue de contrecarrer la Russie du côté de l'Orient. Ce mémoire est conservé dans les archives de la chancellerie:
Plus tard, quand l'empereur malmenait toute l’Al-
lemagne, on pressentait à Paris des insuccès et les ha-
biles songeaient à se garder des ressources. Fouché avait envoyé à Londres un agent chargé de sonder les dispositions du cabinet anglais et de préparer les bases
d’un traité de paix. Ouvrard y était aussi pour quelque
chose, et quand il fut arrêté, on trouva dans ses papiers la trace de cette trahison. L'empereur furieux attendit
son retour pour foudroyer les traîtres, il alla jusqu’à
saisir le Conseil d'Etat de faire une enquête sur ces menées et M. d'Hauterive fut chargé du rapport. Talleyrand était fort compromis. Mais le rapporteur eut l’art d’embrouiller l'affaire et le procès n’eut pas lieu. M. de Talleyrand, qui aurait dû s’estimer bienheu-