DE TALLEYRAND — LA BESNARDIÈRE
reux, prétendit que M. d'Hauterive ne l'avait pas assez blanchi, et il lui garda rancune. Napoléon savait que Talleyrand avait reçu deux millions du sénat de Hambourg afin de favoriser certaines affaires de la Hollande, et il écrasa le coffpable de ses imvectives les plus amères, mais le diplomate écouta sans broncher. À la fin de l'Empire, M. de Talleyrand, qui se réservait toujours une retraite, avait arrangé d'avance une sorte de ministère avec le duc de Richelieu, et à la Restauration, quand il fallut exécuter ce projet, le prince mit dans son cabinet Fouché, mais M. de Richelieu refusa net. De là une colère effroyable du prince contre 1!
duc. M. Pasquier était là quand le refus du duc arriva, et fut témoin de la rage qui s'empara du prince. Alors arriva M. de La Besnardière, son secrétaire intime, son attaché; il lui donna la lettre. «Prenez cela, promenez-vous aux Tuileries, préparez une réponse et apportez-la-moi!» L'autre fit ce qu'on lui disait et apporta une réponse impertinente qui n'eut aucun résultat. Ce M. de La Besnardière était un intime du prince, il l’accompagnait partout; 1l travaillait avec lui, on peut dire pour lui, car le prince travarllait peu. Voici comment il vivait. I] causait, bavardait avec M. de Metternich, à Vienne, et toute la soirée se passait ainsi. Rentré chez lui vers onze heures, la table de whist était préparée, quelques intimes attendaient, et pendant un quart d'heure le prince, passant dans son cabinet, où était M. de La Besnardière, lui disait la substance de la conversation, émettait quelques idées, quelques réflexions, et se mettait à jouer. Cela durait ainsi jusqu'à une heure, deux heures et plus, puis il rentrait auprès de son scribe, lisait la dépêche préparée, corrigeait, ajoutait, et le lendemain, de bonne heure, il prenait la peine de copier cet écrit d’un bout à l’autre, de sorte que toutes ses lettres, en si grand nombre au ministère des affaires étrangères, sont toutes écrites de sa main, et
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cependant elles sont évidemment l’œuvre d’un secrétaire, et cela est si vrai que M. de La Besnardière a fait une demande expresse afn de les reprendre comme lui appartenant. À l’époque où M. Mignet fut chargé de la oarde des archives de la chancellerie de ce ministère, M. de Talleyrand lui remit de gros paquets, enveloppés de toile cirée, bien cachetés de ses armes, et il le charsea de dépouiller ce chaos. Il y avait de tout dans cet amas de paperasses : des billets, des dettes de jeu, des mémoires de fournisseurs, des rendez-vous et des lettres très importantes ayant trait aux affaires d'Etat. M. Mignet a rendu à Mme la duchesse de Dino tout ce qui était chose privée, et il a recueilli et fait relier en gros volumes les papiers politiques. Il y a là des choses d’un grand intérêt. M. de Talleyrand était assez malicieux envers ses confrères en diplomatie. Quand les accidents politiques le renversaient du ministère, il ne voulait pas que ses principaux confdents restassent en place dans la crainte que son successeur ne profitàt de leur expérience des affaires. C'est ainsi qu'il voulait toujours faire donner un congé illimité à M. d'Hauterive, mais cela ne se pouvait pas, et M. Pasquier, qui était garde des sceaux, fut obligé de révoquer M. d'Hauterive de sa place de conseiller d'Etat, qu'il na Jamais reprise depuis. La correspondance de M. de Talleyrand a été offerte à M. de Metternich qui l'a eue entre les mains, l’a gardée assez longtemps à Vienne, puis l’a renvoyée en France sous le couvert de M. de Rothschild qui l’a retenue longtemps à Francfort, puis elle est revenue à Paris, où elle figure au ministère des affaires étrangères.
Le baron Louis était un excellent ministre des finances; il se trouvait lors de la première Restauration en rapport avec le prince de Talleyrand et Ouvrard. Il n'y avait pas un sou en caisse. Cinq cent mille étrangers vivaient en France; il fallait payer 700 millions