M. DE RŒDERER
un poste aussi difficile; on pressentait que la chose ne pouvait durer, et dans ses rapports avec les plus intimes de ses amis, l’empereur parlait toujours des Bourbons. Les dépêches qu'il recevait de ses ministres
extérieurs contenaient beaucoup de passages relatifs
à la famille royale, et enfin, dans une circonstance très particulière, voici ce qui fut fait par l’empereur luimême. M. de Rœderer avait été chargé d’une sorte d’ambassade par le frère de l'empereur, pour la défense de son trône d’Espagne. M. de Rœderer, arrivé dans le cabinet de l’empereur, le trouva avec le petit roi de Rome et Mme de Montesquiou. Il rendit compte de sa mission et dit que le roi Joseph espérait que son frère le maintiendrait à Madrid. L'empereur témoigna une vive impatience, et, comme 1l tenait son fils sur ses genoux, il dit : « Me voyez-vous occupé à cette belle « besogne lorsque je pense que celui-ci ne pourra pas « même régner en France! »
« On a reproché à l’empereur d’avoir altéré l’institution de la magistrature, et rien n'est moins juste. Quand 1il fallut créer la Cour de cassation et les cours impériales, on dut froisser bien des ambitions, mais encore écarter des hommes d’un mérite éminent qui ne pouvaient être choisis en raison de leurs antécédents. Merlin de Douai était certes l’un des jurisconsultes les plus forts de l’époque. Il aurait voulu être à la tête de la Cour de cassation, mais cela était impossible même sous l’empereur, à plus forte raison en 1815. Merlin était d’une rigueur inflexible à l’écard des émigrés. Quelques-uns ayant fait naufrage sur les côtes de France, furent saisis et l’on voulait les fusiller. L'affaire fut déférée à l’empereur et au Conseil d'Etat. Un rapport avait été fait, très sage, montrant les inconvénients de cette manière d'agir, et dans le conseil personne ne parlait contre. L'empereur s’adressa à Merlin, qui réclama la loi dans toute sa rigueur, éta-
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blissant que rien ne l'avait rapportée jusque-là Le maître arrêta l’orateur et les pauvres gens eurent ‘a vié Sauve.»
26 août 1801.
Hier soir, M. le chancelier était fort en veine de causerie, nous admirions sa vivacité, son entrain, 1l répondait à tout, s'occupait de tout le monde, en un mot, jamais homme n'a été plus vivant. Et comme on. revenait au chapitre de notre histoire contemporaine, au dernier volume de M. Thiers, M. Pasquier nous a dit ceci : « Certes M. Thiers est un rare esprit, plein de clartés, mais on peut lui reprocher une certaine dose de crédulité qui l’a poussé à l'erreur. Il a accepté sans cr1tique suffisante les mémoires de M. de Vitrolles et ceux du général Dupont. Pour ne parler que de ce dernier, on peut s'étonner à bon droit de voir M. Thiers en faire une sorte de grand homme, une victime de la fatalité, ou plutôt de la jalousie de ses rivaux. Jamais on ne pourra pallier le désastre de Baylen. Le général Dupont est un homme d’une bravoure éprouvée, il l’a montré maintes fois; il est de plus fort intelligent, très instruit, littérateur éminent, poète, en un mot, un homme hors de ligne, mais tout cela n'empêche pas qu'il ait perdu la tête à Baylen, qu'il ait fait fautes sur fautes. — Comment n’a-t-il pas été fusillé? — Je le sais bien, docteur, mais pour vous raconter cette affaire, 1l me faudrait une demi-heure, et ma voix n’y suffirait pas. En bref, voici la chose. On voulait le traduire devant un conseil de guerre, mais ses amis, sa femme, bien posée dans le haut monde, obtinrent que l'affaire serait portée devant la haute cour. Or, cette cour, existant en principe, n'avait jamais fonctionné. Il fallut la réunir, l’organiser, cela demanda bien du temps. Les intéressés faisaient en sorte de trainer la
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