‹ Journal du docteur Prosper MénièreChapitre 5 sur 170 · BIOGRAPHIE Y · texte numérisé non relu

BIOGRAPHIE Y

Maître avaient dès l’abord rendu empressé et familial, lorsque le célèbre professeur fut atteint d’une attaque de choléra qui le mit à deux doigts de sa fin. M. Ménière accourt prendre des nouvelles, et, chargé

d’un service de cholériques dans les bâtiments de

l'Arsenal, c'est la joie au front et tout pli anxieux effacé que les malades le voient revenir un matin à leur chevet. Le cher Maître entrait définitivement en convalescence.

Professeur agrégé de médecine en 1832, entre l'année de son concours et les années 1834 et 1835, où 1l fut chef de clinique de Chomel, se place pour Ménière un de ces événements qui décident du tour d’un esprit et éclairent toute la vie d’un rayon inespéré et chaud.

Mme la duchesse de Berry venait d’être arrêtée et enfermée à la citadelle de Blaye (1833). Tandis que le général Bugeaud et que son aide de camp, le capitaine Leroy de Saint-Arnaud, plus tard maréchal de France, étaient dépêchés auprès d'elle au titre de gardiens militaires, Ménière, lui, eut à jouer le beau rôle. Sur la proposition d'Orfila, le gouvernement le chargea de veiller sur la santé de la royale prisonnière : le choix ne pouvait être meilleur. Une femme malheureuse, ainsi que le fut cette princesse, que son oncle Louis-Philippe faisait incarcérer comme un vulgaire suppôt de conspiration, une femme maltraitée de la sorte et méconnue dans tout ce que sa personne renfermait de noble, de loyal et aussi de sensibilité élevée et vibrante, ne pouvait rencontrer comme soutien à sa grâce naturelle et confante d'appui plus chevaleresque, plus ferme et plus délicat que celui que Ménière avait mission de lui prêter. Entre deux natures s1 faites pour s’apprécier et se comprendre, la glace ne pouvait tarder à se rompre. Une amitié s'établit entre la prisonnière et son

médecin, amitié respectueuse de la part de celui-ci et infiniment prévenante, pénétrée de l'effet sur qui souffre d’une parole réconfortante et douce. Et après les conversations, où les rêves de liberté prochaine prenaient leur essor, c’étaient les lectures, le piquant d’une discussion littéraire ou l’érudition aimable d’un entretien scientifique. Le docteur herborisait, initiait la duchesse à la botanique, lui expliquait les plantes de son herbier. Il rapportait même des fossiles de ses courses à travers champs, et la duchesse de s’extasier. C'était de la géologie qu’elle apprenait, et elle en était très fière.

Lorsque Ménière fut mandé à la cour et que Louis- Philippe, plein d’affabilité, le remercia des égards et de la sollicitude dont 1l entourait sa nièce, certes le compliment était mérité! On croise souvent des médecins instruits, mais 1ls se comptent, ceux qui sont taillés sur le patron de Ménière et assemblent et combinent en eux, à côté des qualités de caractère et de cœur qui les font aimer, tant de connaissances diverses, toutes sérieuses et approfondies, présentées sous une forme qui les dépouille de leurs épines et les rend ainsi accessibles et agréables aux profanes.

Dire que les longues heures que Ménière passa en compagnie de la duchesse contribuèrent d’autre part à développer en lui ce qu'il possédait déjà d’ingénieux, de nuancé, de fin et de touche légère et spirituelle dans l'esprit, ne fait qu’exprimer une vérité, dont tous ceux qui ont fréquenté des femmes intelligentes et ont été appelés à jouir du parfum de leur conversation ont apprécié la constante justesse.

Entre hommes et femmes cultivés et de commerce agréable s’échange vite un courant de sympathie qui met en communication leurs âmes et fait bénéficier chacune d'elles de ses qualités réciproques : la femme gagnant à cette liaison la solidité et l'élévation de

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