M. DOUDAN
majorité. M. Guizot a voulu soulever la candidature politique de M. le duc de Broglie; mais elle paraît mal accueillie par ce que Len appelle dans l’Académie le parti purement littéraire. Il y a des gens qui croient que, pour être académicien, le vrai titre, c’est d’avoir été ministre, ambassadeur, pair de France ou même archevêque. Ce système, qui a prévalu à l'égard de M. de Noailles, de M. Molé, de M. Pasquier et de quelques autres, n'est pas du goût des personnages qui n'ont fait que des tragédies, des comédies; des historiens qui ont passé leur vie à écrire, sans avoir besoin pour cela de secrétaires, d'amis complaisants, de ces faiseurs que tout le monde connaït.
Ainsi, M. de Broglie a pour travailleur un certain M. Doudan (1), le précepteur de ses fils, homme d’un grand mérite, écrivain habile, qui serait l’auteur de tous les travaux du duc, soit à la Chambre des députés, soit à celle des pairs. Il y a bien des choses de ce genre dans le grand monde politique, mais on né s’en vante pas. À la vérité, ce n’est pas une raison pour entrer à l’Académie française, mais le même Doudan sera encore là pour faire le discours de réception, et le reste ira tout seul. Les politiques voudraient pousser en avant M. de Falloux; d’autres vantent Emile Auger.
(1) Ximénès Doudan, né à Douai en 1800, mort à Parisen 1872, débuta par les fonctions modestes de répétiteur au collège Henri IV. Choisi pour précepteur de Louis-Alphonse de Rocca, né du second mariage de Mme de Staël, il sortit bientôt de l’obscurité. En 1830, il devenait chef de cabinet du duc de Broglie, ministre de l'instruction publique; il le suivait, cinq ans après, en la même qualité, au ministère des affaires étrangères. Il a fait l’éducation de Paul et d'Albert de Broglie. On sait la brillante carrière littéraire et politique de ce dernier. Paul de Broglie, dont on n’a pas oublié la fin tragique, avait donné sa démission de lieutenant de vaisseau pour entrer dans les ordres. Des lettres de X. Doudan et quelques articles ont été réunis en volumes. On y reconnaît une fine culture et un goût délicat.
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On parle aussi de M. Legouvé, auteur du Mérite des femmes. 11 y a M. Mazères et Je ne sais qui encore, car la foule est toujours aux avenues de la coupole de l'Institut. En France, cette distinction suprême n’a rien perdu de son prestige. L'Académie française est toujours la consécration souveraine des grandes intelligences, des talents hors ligne. Tous les chefs des diverses branches de la littérature ont un droit de place à cette haute cour du beau langage et du style heureux. Mais il n’y a que quarante fauteuils, et ce petit nombre d'élus est la preuve du mérite de ceux qui vont s’asseoir sous ces voûtes éloquentes. Il arrivera un moment, je l'espère, où mon cher J. Janin trouvera sa place au milieu de cette élite de bons écrivains.
22 janvier 1855.
J'ai dîné samedi dernier en compagnie de M. Billault, ministre de l’intérieur, et comme nous étions en petit comité, huit personnes seulement, tous ou presque tous Angevins et Nantais, Son Excellence s’est montrée fort oracieuse. J’ai déjà vu bien des fois ce personnage, J'en puis parler en pleine connaissance de cause. M. Billault est un tout petit homme, doué d’une figure très agréable, 1l est même, on peut le dire, très joli garçon. Il est Bas-Breton, du Morbihan, sans fortune patrimoniale, sans autre appui que son travail et son talent. Il a débuté à Nantes, jeune avocat sans causes, et samedi dernier 1l nous racontait avec une gaieté douce qu'il a gagné ses premiers soixante francs à faire des plaidoyers pour un avoué de Beaupréau (Maine-et-Loire). M. Billault et un de ses amis travaillaient pour les avoués de ce tribunal; ils plaidaient l’un pour, l’un contre; ces plaidoiries étaient expédiées aux gens de loi qui les prononçaient, aux grands applaudissements du public de cette petite ville; puis MM. les avoués gros-