‹ Journal du docteur Prosper MénièreChapitre 8 sur 170 · BIOGRAPHIE XI · texte numérisé non relu

BIOGRAPHIE XI

il arrache le nom de Prosper à l’interne de l'Hôtel- Dieu et l'affuble d'une dénomination différente dans les éditions qui suivent de so livre. Ménière voué à l'oubli par l’effacement de son prénom, telle est la vengeance de Balzac. Cette petite anecdote est contée avec verve dans la Correspondance du docteur. Aussi bien, que de détails curieux à glaner dans ces lettres et comme les physionomies des contemporains s'y reflètent dans la note juste! Nous lions connaissance avec Ampère le fils, le membre de l’Académie française, qui cause «avec sobriété et distinction, a la voix bonne et claire, de la finesse et du pittoresque dans l'expression». C'est V. Cousin, «dont la fougue incomparable a des illuminations soudaines qui sont triomphantes.» C'est Lamartine, «plein de bonté, mais faisant souffrir tout ce qui l'entoure, tellement son dévouement est combiné avec égoïsme.» C’est Hugo, «dont l’orgueil est élevé à sa plus haute puissance et auquel manque la dignité du malheur.» Nous voici en présence de Sainte-Beuve, «qui est un agréable conteur et a beaucoup plus de gaieté qu'on ne Dont, croire à première vue ou à première lecture. Il n’a qu'un tort : de ne pas écouter assez.» Saluons au passage Ponsard, Villemain, Mignet, Mérimée, et entretenons-nous un instant avec le chancelier Pasquier, le grand ami de Ménière. «Il a le ton d'un homme instruit et calme qui discute froidement, expose son opinion avec solidité, n’oubliant aucun argument capable de la faire triompher.» Et dans une autre lettre, à propos du même : «C'est merveille de voir et d'entendre un homme de quatre-vingt-quinze ans (le chancelier Pasquier avait cet âge en 1861), sourd et aveugle, tenir une si belle place à table et dans un salon, 1lluminer tout sujet de conversation par ses Jugements, plaisanter avec les jeunes, argumenter solidement contre les hommes mûrs qui sou-

tiennent des opinions dont il ne s’aécommode pas.»

Avec Crémieux, nous entendons l'éloge du gouvernement provisoire. Ménière écoute et se réserve. Sa nature aristocratique et pondérée répugne aux formes souvernementales où la brutalité des appétits se donne carrière : il n’est pas démagogue. La politique impériale reçoit son assentiment dans les grandes lignes; il fait l'éloge de Napoléon III «L'empereur, écrit-1l, est très susceptible d'entendre un bon avis, 1l écoute avec un soin extrême, il discute sérieusement les opinions des personnes compétentes et ne prend aucune résolution qu'après y avoir mürement réfléchi. Il a l'intuition de l'avenir, ses vues sont larges et étendues, il comprend les besoins futurs et rien de mesquin n'entre dans sa tête.» Nombre d'anecdotes suivent sur les Tuileries. L'empereur y apparait comme un homme simple et bon, ne demandant qu'à faire des heureux, fermant les yeux pour ne pas reconnaître les ingrats. |

Thiers lui-même lui rend justice. «Si l’empereur sen tient à ce qu'il vient de faire, dit-il dans un cercle politique après la guerre d'Italie, s'il n’a pas quelque arrière-pensée d’ambition et de vengeance, il est, à mon avis, le premier homme politique du siècle, il a su se faire la plus haute position qu’on puisse se désirer en Europe.»

Sous son règne, au moins, la France sentait battre son cœur, l'exaltation des sentiments qui fait les nations grandes trouvait un idéal où se prendre. On croyait à Dieu, on croyait à la Patrie. Ménière s’écrie : «Le chauvinisme a du bon, il tient le cœur chaud et fait merveille aux jours de dévouement.» Il est tout fer de nos victoires d'Italie et que le nom français soit salué très bas. A lire ces pages vibrantes, le feu d'action qui couve en chacun de nous se rallume En face de l’alanguissement, de la mollesse, de l’affais-

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